Vigne

Wine Paris & Vinexpo Paris

Quand le terroir s’exprime

Publié le 27/02/2023

Quatre lieux-dits, un blanc, un rouge pour chacun… Les jeunes vignerons indépendants d’Alsace défendaient la fabuleuse variété des terroirs et des vins de la région lors d’une masterclass organisée à l’occasion du salon Wine Paris.

Elle affichait complet une dizaine de jours à l’avance : la masterclass des Jeunes vignerons indépendants d’Alsace avait pour cadre le village de la Revue du vin de France (RVF), où les équipes du magazine proposent, depuis deux ans, masterclass et conférences thématiques. Faire découvrir l’expression d’un même terroir sur des vins blancs et rouges, c’était l’objet de la séance, animée par Jean-Emmanuel Simond, membre du comité de dégustation de la RVF. La volonté de « pousser les vins de lieu » est à l’origine du groupe des Jeunes vignerons indépendants d’Alsace, introduit Victor Roth, qui le préside. La cartographie des lieux-dits qu’ils ont élaborée est projetée à l’écran. Elle résulte d’un important travail de recueil de données, visant à faire reconnaître et à valoriser la diversité des terroirs de la région. Situé à Ingersheim, le Steinweg est l’un de ces lieux-dits. Sébastien Mann, du domaine des Trois Terres, y cultive une parcelle de riesling vieille de 55 ans provenant de sélection massale. Sur un sol de graves à faible retenue en eau, la vigne produit « de toutes petites grappes très aérées » sans excéder 30 à 35 hl/ha de rendement. Le riesling Steinweg 2020 est « un vin très précis, avec une acidité de milieu de bouche, très droite, très pure ». Cette précision, explique le vigneron, tient au travail en biodynamie mené sur la parcelle et en cave : utilisation de tisanes pour « passer les caps de chaleur », de levures indigènes et fermentation sur lies grossières pendant plus d’un an. Le pinot noir provenant du même lieu et du même millésime est « un vin hyper-juteux », « généreux », avec des notes d’épices et de poivre. Lui aussi est issu de petits rendements (25 hl/ha). Le vigneron a procédé à une macération d’un mois et demi, avec 60 % de grappes entières, il a élevé le vin en barrique sans le filtrer, contrairement au riesling qui a fait l’objet d’une filtration lenticulaire douce. Les deux vins, qui s’ouvrent très vite, n’en présentent pas moins un potentiel de garde. « Ils donnent déjà beaucoup de plaisir », commente Jean-Emmanuel Simond. Un endroit où les sols se chevauchent Fils de coopérateurs, Julien Klein vinifie ses propres vins à partir d’un hectare de vigne situé à Kintzheim, « au nord de la faille de Ribeauvillé, un endroit très complexe où beaucoup de sols se chevauchent ». Le Hahnenberg, d’où proviennent le pinot gris nature et le pinot noir 2020 présentés, possède un sol plutôt calcaire dans sa partie sud, mais qui se prolonge par du grès et du granite. Les vignes n’y souffrent pas de stress hydrique. Les 20 ares de pinot gris que cultive Julien sur ce lieu-dit ont fourni deux barriques d’un vin à la couleur prononcée, alliant « l’acidité large due au calcaire et la vivacité du grès ». « Un vin gourmand, assez tendu, totalement sec », apprécie Jean-Emmanuel Simond, qui souligne toute la difficulté de ce cépage, qu’il faut surveiller de près pour éviter une récolte en surmaturité. Le pinot noir, quant à lui, a macéré en grappes entières. « La rafle absorbe une partie de l’alcool et ramène un côté plus frais » à ce vin qui a été élevé 18 mois en barrique. Le défi est là : atteindre la maturité phénolique des raisins sans avoir trop d’alcool dans les vins. C’est par le travail du végétal qu’on y parvient, assure Sébastien Mann. Le Mittelbourg est « le terroir de prédilection » de Victor Roth, du domaine Robert Roth : une colline exposée plein sud, sur des calcaires assez cristallins avec quelques éboulis de grès. « Un terroir très solaire avec des sols assez séchants. » Le riesling et le pinot noir issus du Mittelbourg proviennent du millésime 2019. Ils ont en commun « une attaque en bouche généreuse et une finale plus fraîche ». Le riesling Mittelbourg « a besoin de temps » : il lui faut entre 6 et 18 mois pour achever sa fermentation, souligne Victor Roth, qui pratique un élevage sur lies totales. Issu pour moitié de raisins égrappés, pour moitié de raisins entiers, le rouge a subi une macération de 20 à 25 jours et a été directement entonné après décuvage. Il a été élevé 18 mois en pièces, a reposé dans l’inox avant d’être mis en bouteille, non filtré. Son expression est plutôt sur le fruit, « la minéralité arrive ensuite ». Interrogé sur la façon dont il gère le stress hydrique, le vigneron soultzois insiste sur le virage qualitatif opéré depuis 2017 qui l’a conduit à réduire le rendement de 30 % et à limiter ses interventions pour préserver le vivant dans ses vignes. Tamponner les à-coups climatiques Un blanc et un rouge 2019 du domaine Marcel Deiss concluent la masterclass. Ils proviennent du Gruenspiel, terroir au sol le plus lourd des quatre présentés, constitué de marnes du Keuper. Le Gruenspiel est exposé plein sud, contrairement à la majorité des terroirs de marnes en Alsace, souligne Mathieu Deiss. Le blanc n’est « pas du tout centré sur l’acidité mais sur une vraie salinité qui rafraîchit la bouche et donne sa légèreté au vin ». C’est bien cette salinité que le vigneron de Bergheim recherche. « Il y a de la mâche et du sel, c’est là que se trouve la vraie signature du lieu », assure-t-il devant ce blanc vinifié en macération. Le rouge, lui, provient du milieu et du bas du coteau, il présente « une acidité plus fine qui rend les tanins veloutés ». Il a été élevé en foudre, sur lies, durant un temps assez long. Les marnes du Keuper apportent à ces deux vins au profil « assez austère », largeur en bouche, épaisseur et densité, augurant d’un grand potentiel de garde. Le domaine Marcel Deiss est connu pour ses vignes complantées. Une pratique que Mathieu Deiss et son père conçoivent comme « une façon de tamponner les à-coups climatiques » de plus en plus fréquents.

Wine Paris & Vinexpo Paris

Bienvenue sur la planète vin

Publié le 23/02/2023

Le salon Wine Paris & Vinexpo a ouvert ses portes pour trois jours, du 13 au 15 février, au Parc des expositions de la Porte de Versailles à Paris. 72 maisons alsaciennes ont fait le déplacement pour cet événement et ses quelque 30 000 visiteurs professionnels attendus.

Des petits domaines familiaux aux grandes coopératives ou maisons de négoce, 72 exposants alsaciens sont présents à cette édition 2023 de Wine Paris et Vinexpo Paris. Un salon incontournable qui, en quelques années, semble avoir trouvé le bon format, selon Philippe Bouvet, directeur marketing du Civa. « C’est un grand salon, mais il reste praticable. Les connexions se font bien, les conférences et les masterclasses sont d’un très bon niveau. Grâce à sa localisation à Paris, il véhicule l’image du made in France dans le monde », décrit Philippe Bouvet. L’interprofession fédère 37 entreprises sur son stand collectif de 380 m2 qui s’affiche « au cœur des tendances, à la fois en termes de consommation, de compréhension des marchés et de savoir-faire ». Sur cet îlot, un espace de dégustation libre, réapprovisionné tout au long de la journée, permet de découvrir les vins d’Alsace dans leur diversité. « Des vins au goût du jour, respectueux de la nature et porteurs de sens », selon la narration déroulée par l’interprofession alsacienne dans ses actions de promotion. Le message s’incarne sur chacun des emplacements du stand collectif. En parallèle, le deuxième jour, Thierry Fritsch, conférencier du Civa, anime une masterclass très suivie sur le thème « Cassez les idées reçues sur les vins d’Alsace » : trois effervescents, trois vins frais et secs, trois grands crus d’exception et trois rouges surprenants pour apporter la preuve que les principaux clichés sur les vins d’Alsace ont du plomb dans l’aile. Se concentrer sur l’aspect commercial Le Civa ayant pris en charge toute la logistique du stand collectif, les professionnels peuvent se concentrer sur l’aspect commercial. « C’est très bien organisé, approuve Ludovic Hauller, responsable commercial de la maison Hauller (40 ha à Dambach-la-Ville). Pour un petit vignoble comme l’Alsace, c’est judicieux de se regrouper pour être plus forts. Seuls, on n’arriverait pas à une prestation de cette qualité. » Accompagné d’un commercial, il présente la gamme du domaine, dont les rieslings, fer de lance de Famille Hauller, avec pour objectif de « trouver de nouveaux clients sur tous les marchés ». Créateur de la marque Niderwind, des vins d’assemblage vinifiés à Strasbourg, Igor Monge vise plutôt les acheteurs français. « Pour l’instant, mes vins sont surtout distribués à Strasbourg, je veux élargir le cercle tout doucement, sans partir dans tous les sens », dit-il, conscient que ses petits volumes ne lui permettent pas de répondre à des commandes importantes. Il reste tout de même à l’affût des opportunités. Au premier jour du salon, il a d’ailleurs enregistré une commande d’un client coréen avec lequel il était déjà en relation. Adepte du salon allemand Prowein (Düsseldorf), devenu « trop cher », Martine Becker s’est recentrée sur Millésime Bio (Montpellier) et sur Wine Paris. Pour un domaine travaillant « à 90 % sur le marché français », cette présence est justifiée, assure la vigneronne de Zellenberg. Ne serait-ce que « pour montrer aux clients qu’on est toujours là » après deux années chahutées par le Covid. Le passage d’un client hollandais sur le stand et le retour des Japonais lui semble de bon augure. Entretenir les relations avec les clients existants, c’est aussi l’objectif de Céline Metz, du domaine Hubert Metz (10 ha à Blienschwiller), qui partage un stand avec trois autres Divines d’Alsace. Mais ce n’est pas le seul : « L’export représente 10 % de nos ventes, nous n’en sommes qu’au démarrage. » Cécile a préparé sa visite en amont pour essayer d’accrocher de nouveaux clients à l’export. La plateforme du salon permet en effet de faire un tri et d’envoyer un message aux visiteurs sélectionnés en fonction de leur pays d’origine, de leur catégorie ou de leur pays ou région d’intérêt. Un travail dont elle espère un retour avec des contacts de qualité. Un maximum d’acheteurs en un déplacement Dans le prolongement d’une année 2022 à forte croissance, Bestheim a fait le choix d’un stand de 36 m2 indépendant du stand du Civa. La coopérative de Bennwihr, qui a renforcé ses équipes commerciales l’an passé, souhaite améliorer sa visibilité et valoriser sa marque. « Comme tous les salons qui gagnent en maturité, Wine Paris nous permet de rencontrer un maximum d’acheteurs en un seul déplacement », souligne Agathe Prunier, assistante marketing. Deux petits salons permettent d’accueillir les clients ou potentiels clients pour des rendez-vous. Bestheim espère élargir ses débouchés à l’export, notamment en Espagne et en Italie, en s’appuyant sur l’engouement pour les effervescents, qui ont tiré sa croissance l’an passé (+23 % en valeur). La cave profite aussi du salon pour mettre en avant ses engagements RSE (la cave est en cours de certification Vignerons engagés) et son offre d’œnotourisme, grâce à un casque de réalité virtuelle qui permet de s’immerger dans les vignes et dans le chai tout en restant confortablement assis dans un fauteuil. Wine Paris est le seul salon auquel participe la maison Henri Ehrhart d’Ammerschwihr, qui travaille essentiellement avec la grande distribution. Accompagnés de Cyrielle Albisser, responsable commerciale de l’entreprise, Henri, Sophie et Cyrille Ehrhart ont fait le déplacement jusqu’à Paris avec la volonté de développer l’export et leur présence dans le réseau CHR (cafés, hôtels, restaurants). Premier exportateur de vins d’Alsace au Japon, ils sont déjà présents en Belgique, en Angleterre, aux États-Unis, en Chine, en Russie et en Corée-du-Sud. Pour développer les ventes, ils misent notamment sur le crémant, dont la gamme s’est étoffée depuis cinq ans avec la sortie de plusieurs références premium (jusqu’à 48 mois d’élevage sur lattes). Signe de ses ambitions, l’entreprise a investi dans une chaîne de dégorgement des crémants dernier cri, ce qui lui permet d’en maîtriser le processus d’élaboration de A à Z.

Publié le 21/02/2023

À Marlenheim, Clément Fend mise sur les grands crus et les rouges pour faire reconnaître son travail à sa juste valeur.

Dans la conduite de son domaine de 7,20 ha, Clément Fend, 33 ans, est guidé par un principe : « garder la tradition, mais toujours innover ». Ses parcelles, situées sur le ban de Marlenheim, bénéficient d’un terroir argilo-calcaire bien exposé, qui réussit à la plupart des cépages. Plus de la moitié de ses surfaces sont situées sur le Steinklotz, le grand cru le plus au nord de la route des vins d’Alsace. « Il y a 40 ans, avoir des vignes au nord, c’était considéré comme un problème pour obtenir de la concentration. Aujourd’hui, ça devient intéressant pour garder de la fraîcheur », observe le jeune vigneron. De retour sur le domaine familial en 2016, après un cursus court de viticulture-oenologie à Rouffach, Clément n’a eu de cesse d’expérimenter. Il a eu la chance de ne pas être freiné par ses parents, aujourd’hui disparus. « Dès l’âge de 17 ans, mon père m’a donné la possibilité de vinifier. Il m’a encouragé à faire des essais, quitte à prendre des risques. Ça a été très formateur. » Dans les vignes aussi, le jeune vigneron procède par tâtonnements avant d’entamer la conversion en bio, qui aboutit à la labellisation à compter du millésime 2022 : il commence par bannir les produits de contact utilisés pour lutter contre les maladies, puis supprime le désherbage chimique. Il introduit les engrais verts pour aérer les sols et leur apporter de la matière organique : depuis quatre ou cinq ans, il teste céréales et légumineuses à différentes doses, en veillant à ne pas concurrencer la vigne. Si les couverts végétaux ne suffisent pas, il apporte de l’engrais organique « en quantité très maîtrisée », l’objectif étant de ne pas dépasser « 8 à 10 grappes/pied sur le grand cru et 15 à 16 grappes/pied sur les autres parcelles. » Clément expérimente aussi les tisanes et décoctions à base de plantes, afin de réduire l’utilisation du cuivre et du soufre. La récolte des raisins est manuelle sur 80 à 90 % des surfaces. En cave, Clément est équipé d’un pressoir pneumatique à cage fermée, qui lui permet de faire des macérations et d’avoir très peu d’oxydation sur jus. Sauf exception, ceux-ci ne sont pas sulfités avant fermentation. Le pressurage dure 3 à 4 h en moyenne, mais peut aller jusqu’à une dizaine d’heures. Les jus sont ensemencés avec un levain fait maison : le jeune vigneron attribue la bonne réussite des fermentations à l’utilisation des levures indigènes. Depuis deux ans, il s’essaie à la vinification sans soufre, à raison d’une cuvée par millésime. « Ma clientèle n’est pas trop portée sur les vins naturels, mais moi, j’aime en boire », dit-il, ayant à cœur de faire découvrir sa cuvée « Casual », composée à 90 % d’auxerrois, 5 % de pinot noir et 5 % de muscat et embouteillée dans un flacon transparent après un passage de quelques mois en barrique. Faire venir les gens au domaine Dans une structure réduite comme la sienne, les choix de production engendrent un coût de production plus élevé que Clément n’hésite pas à répercuter sur le prix de vente. En témoigne son rouge 100 % barrique vendu à 54 € la bouteille : un juste prix, pense-t-il, pour une cuvée produite une année sur trois ou quatre. Il en est convaincu : « Une bouteille bien valorisée donne la possibilité de bien travailler. » C’est le message qu’il s’efforce de faire passer à ses clients : privilégier « une bonne bouteille dans un moment rare », plutôt qu’un vin quelconque consommé plus souvent. Cette conviction l’amène à mettre en avant les grands crus et les rouges, tout en gardant une gamme de vins moins complexes, davantage axée sur le cépage que sur le terroir. Il élabore également trois assemblages, « faciles à expliquer, à comprendre et à boire », dont il a soigné l’habillage avec une étiquette annonçant d’emblée le style du vin, dry (sec), fruity (fruité) ou playful (espiègle). Ces trois vins s’adressent à une clientèle plus jeune, d’où le choix de l’anglais dans la dénomination et de la sobriété dans le design. Hors vrac, Clément réalise 70 % de ses ventes au caveau, le reste auprès des restaurateurs et cavistes. Ses vins sont présents dans plusieurs restaurants gastronomiques, dont Le Cerf, voisin du domaine. « Je ne fais pas de salon. Je préfère faire venir les gens ici, leur faire déguster mes vins autour d’une planchette de charcuterie et de fromage, c’est plus convivial et ça met davantage les vins en valeur. » Clément ne propose pas de formule toute faite, mais il s’adapte à la demande et au budget de ses clients - particuliers, groupes ou entreprises. Le bouche à oreille fonctionne bien. Le vigneron a joliment rénové son magasin et peut accueillir des groupes de 30 à 35 personnes dans une cave en grès rose voûtée jouxtant sa cuverie. Il projette d’aménager un espace cuisine d’ici un à deux ans et d’y faire venir des professionnels pour proposer des prestations plus abouties.

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