Vigne

Publié le 17/06/2017

Pour ses 60 ans, la cave de Pfaffenheim s’est offert une belle inauguration de sa nouvelle ligne de conditionnement. Une manière également de fêter sa santé économique retrouvée.

Pour ses 60 ans, la cave de Pfaffenheim réussit la double performance de glaner à l’international une belle série de médailles remarquées au Decanter Wine World Awards, et de faire progresser très sensiblement son chiffre d’affaires, notamment à l’export : + 58 % entre 2014 et 2016, précise le directeur Frédéric Raynaud. Une triple performance même, puisque cette réussite s’inscrit « dans une période de turbulences climatiques et économiques », que traverse le vignoble alsacien, notamment avec « une concurrence internationale de plus en plus pressante, dans un contexte de faibles disponibilités des vins d’Alsace », précise-t-il. D’où cet appel du pied du directeur de « Pfaff » et de son président, Jean-Luc Hanauer, au vignoble pour l’inciter à « innover, à aller plus loin dans la recherche de nouveaux produits, mais en s’inspirant de la tradition ». En gardant toujours bien à l’esprit l’objectif de « créer de la valeur ajoutée, de valoriser les vins tout en poursuivant l’amélioration de la rentabilité ». Tout ceci pour rémunérer ses viticulteurs, résume Frédéric Raynaud. Une volonté de coller au marché Le dernier investissement en date, pour 2 millions d’euros (M€), concerne « une chaîne de mise en bouteille ultramoderne, entièrement inertée, pour obtenir des vins plus frais, une meilleure persistance aromatique, et de l’élégance, ce que veulent les consommateurs… », précise le directeur. Il traduit cette volonté d’« innover pour être performant en prenant en compte les attentes des marchés ». Il fait suite à l’automatisation de l’encaissage et la palettisation en 2014, pour 700 000 €, afin de « fiabiliser la chaîne logistique et la gestion des flux par flashage ». Et en 2013, à l’achat d’un pôle logistique de 3 000 m2 sur Colmar. Au total, ce sont pas moins de 15 M€ qui ont été investis. Des investissements particulièrement orientés sur le service export, comme la capsule à vis, « sans renier ses savoir-faire ancestraux et la tradition ». De fait, la cave de Pfaffenheim exporte aujourd’hui 60 % de sa production au Japon, Canada, Russie, Israël, Islande et Brésil. La coopérative : un modèle d’entreprise Cet anniversaire était aussi l’occasion pour Jean-Luc Hanauer de réaffirmer les valeurs coopératives qui président aux destinées de la cave de Pfaffenheim. « Bien plus qu’un regroupement de moyens techniques, la coopérative est un modèle d’entreprise démocratique et durable, fondée sur des valeurs éthiques de responsabilité, de solidarité et de transparence. C’est un acteur du développement économique et social », a-t-il souligné. Rappelant aussi que l’histoire de la cave coopérative n’a pas toujours été un long fleuve tranquille, la fusion avec la cave de Gueberschwihr en 1968, ou encore « les turbulences des années 1980 ». De 40 hectares lors de son lancement en 1957, la cave compte aujourd’hui 320 ha et 153 adhérents. Jean-Luc Hanauer a rappelé l’œuvre de ses prédécesseurs, Arthur Boesch, « l’artisan de la fusion », René Burn qui « a pris le destin de la cave à bras-le-corps », puis Aimé Roeslé, président de 1996 à 2009. Mais également celle de Michel Kueny, le chef de cave qui, pendant 45 ans, a contribué à sa réussite pour faire de « Pfaff » une référence qualitative. En « clin d’œil aux jeunes », le président Hanauer a enfin dit sa « fierté de transmettre des valeurs humaines et professionnelles, et de redonner du sens à la profession en leur indiquant le chemin ». Et de conclure sur un mot de Descartes : « Apprendre, comprendre et transmettre, c’est exister. »

Gestion écologique du cavaillon, sous le rang de vigne

Partage d’expérience autour de la piloselle

Publié le 10/06/2017

Sujet agronomique innovant s’il en est, la piloselle comme alternative au désherbage de la vigne, peut aujourd’hui profiter à bien des vignerons, pour répondre à des situations viticoles précises, notamment en coteaux. Et ce, grâce à l’expérience innovante partagée des vignerons de Westhalten et quelques autres en Alsace.

La piloselle est cette petite plante rampante aux vertus allélopathiques, c’est-à-dire qui empêcherait la levée des graines d’autres herbes. Ces propriétés sont mises à profit par des vignerons qui la plantent sur le rang de vigne. Installée durablement, mais non sans une certaine pratique à acquérir, elle permet d’éviter d’avoir recours aux herbicides ou aux techniques de buttage et débuttage. En Alsace, cette piloselle a fait l’objet d’essais à plus ou moins grande échelle, individuels ou collectifs. Quelques techniciens-conseils en viticulture, promoteurs de la piloselle depuis le début des années 2010 étaient réunis autour d’une table le 24 mai dernier au Petit Wettolsheim chez Jean-Marc Buecher, avec quelques viticulteurs alsaciens, qui ont testé ou testent la piloselle - Michel Ottermann des domaines Schlumberger, Pierre Isner, Jean-François Lallemand, Frédéric Schermesser, pour le GIEE de Westhalten, ainsi que Jean Masson, un chercheur de l’Inra. Ils ont partagé leur expérience, avant et après avoir visité les parcelles plantées de piloselle sur le rang de vigne. Motivés par des alternatives écologiques « Il y a cinq ans, on avait tenté de trouver une solution pour ne plus avoir à désherber ou tondre le cavaillon, dans des terrains inaccessibles et les vignes en espalier », introduit Michel Fritsch, technicien conseil d’AB2F. « Aujourd’hui, le retour technique nous l’avons, mais il nous manquait un regard comparatif global. Et c’est l’Inra, avec le GIEE de Westhalten, qui serait capable de nous donner ces données chiffrées objectives, servant de base de réflexion à des viticulteurs intéressés par la piloselle, et nous permettant de continuer de proposer des solutions », poursuit-il. Michel Ottermann, des domaines Schlumberger, souhaitait pour sa part installer la piloselle notamment sur les talus du domaine, lourds à gérer, et sur des vignes en dévers, également techniquement très contraignantes. L’objectif pour Pierre Isner était cependant de répondre aux prescriptions d’Écophyto, de réduction en herbicides, trouvant que l’alternative du désherbage mécanique dégrade le bilan carbone, représente une « contrainte de temps, d’énergie et de coûts ». Quant à Jean-François Lallemand, il s’agissait surtout « de retenir la terre du cavaillon en forte pente ». En effet, quand la bande désherbée un peu large se conjugue au passage de la roue, peuvent alors survenir des érosions par ravines au niveau du passage de roues, explique-t-il. Enfin, Jean-Marc Buecher à Wettolsheim, en bio sur son domaine, cherchait un mode de conduite écologique du cavaillon, notamment sur ses vignes en espalier du grand cru Hengst, dont la gestion en dévers, requiert extrêmement de technicité. Une mise en œuvre précautionneuse Michel Ottermann, assisté du technicien-conseil Stéphane Freyermuth, a été l’un des tout premiers en Alsace à installer la piloselle sur ses talus. S’il se montre satisfait, en revanche pour les cavaillons en dévers, ça a été plus compliqué. La piloselle s’installe par plantation : « L’expérience montre qu’on peut implanter une vingtaine d’ares à deux planteurs en une matinée, plus un préparateur de plants, puis c’est un îlot qu’il faut entretenir », explique Jean-François Lallemand. « Il faut se donner les moyens d’y arriver. Une fois le tapis obtenu, c’est plus cool », poursuit-il. Puis « l’entretien consiste à extirper les adventices résiduelles, tels les géraniums. Contre le trèfle, le meilleur moyen c’est la fauche. » « Si la zone n’est pas propre, la plante s’installe mais ne prend pas le dessus. En talus, on est moins exigeant sur la propreté. On a planté à une densité de 50 cm en quinconce », ajoute Michel Ottermann. Une synthèse et un guide à venir La réussite de la colonisation des cavaillons par la piloselle a connu plus ou moins de réussites et d’échecs, résume Jean Masson, qui a suivi le groupe de vignerons à Westhalten, dont le ban comprend à ce jour 16 hectares implantés de piloselle. « On a mesuré la vitesse de colonisation sur l’ensemble des parcelles. En fonction de conditions pédoclimatiques, on peut arriver jusqu’à 80 % de colonisation en 18 mois. Cependant, les parcelles qui accusent un retard de colonisation - entre 20 et 40 % de couverture à 18 mois - peuvent le récupérer. » Ensuite, poursuit-il, pour atteindre de 80 à 95 % de surface du cavaillon colonisée, « c’est là qu’interviennent les soins apportés avec la fauche et en extirpant les quelques adventices ». Une fois cette attention apportée en troisième année, la piloselle est installée durablement. Le groupe de vignerons de Westhalten a même adapté un outil de fauche à rotofil constitué de satellites, à l’assiette inclinable pour les cavaillons en dévers… L’ensemble de ces expériences, partagées dans le GIEE de Westhalten, font l’objet de rédaction d’une synthèse des échecs et réussites sur l’implantation de la piloselle, et de la rédaction d’un guide de pratiques, explique Jean Masson. À Wettolsheim, Jean-Marc Buecher, plus esseulé, mais parmi les précurseurs, a procédé différemment en tentant quelques innovations personnelles avec son fils Steeve, qui avait imaginé un ingénieux système de semis de graines enrobées et épandues en voie liquide sur le rang : « Notre objectif était de garder le sol propre le temps que la graine de piloselle germe et s’installe. On avait identifié l’outil, et on avait même testé différents enrobages. » L’idée étant qu’il est toujours moins fastidieux de semer que de planter des plants. Car, « c’est pénible à planter », prévient Jean-François Lallemand. Quant au taux de germination, il est bas et aléatoire, d’où le risque d’une colonisation irrégulière… « On avait différents essais avec différents terreaux, avec des échecs et des réussites. » Aujourd’hui, si les principaux obstacles techniques ont été levés, subsistent encore quelques interrogations et des volontés d’innovation, par exemple pour développer une planteuse de piloselle, peut-être par transfert de techniques d’outils implantation utilisés en maraîchage… Ou encore d’apprécier l’effet de concurrence de la piloselle sur la vigne en d’autres situations pédoclimatiques. C’est en partageant que les vignerons de Westhalten se sont rassurés… Une viticulture qui ose, mais qui veut s’appuyer sur des résultats Il est bien possible que le sujet de la piloselle aurait été abandonné s’il n’y avait pas eu « au départ dans ce projet une vocation de partage », et la volonté de co-construire « de l’innovation à partir de savoirs et de mobilisation des acteurs au sens large dans leur diversité de pensées, explique Jean Masson. On est en présence d’une viticulture qui ose, mais elle est confrontée à un besoin de confirmation, de vérification, de reconnaissance de résultats chiffrés pour aller plus avant dans le changement de pratiques… » Un sujet innovant comme la piloselle, requérant de la technicité et de l’observation, était au départ constitué de bouts d’informations. L’écueil réside dans « l’assemblage illégitime d’informations qui aboutit à faire prendre un risque à celui qui réunit les informations pour expérimenter dans sa parcelle. Si ça marche, tout va bien, si ça ne marche pas, alors on aurait dit que la piloselle c’est nul ! C’est ce que nous vivons en permanence sur bien d’autres sujets », explique Jean Masson. « L’âme du projet n’était pas de proposer une solution clé en main. Maintenant on aboutit à des résultats et on voudrait les partager. La profession pourrait en profiter, surtout pour ne pas reproduire les erreurs que nous avons commises », estime Jean-François Lallemand. « Aujourd’hui, nous avons cinq ans de recul, il sera un peu plus aisé de communiquer sur la piloselle avec une certaine confiance. Et il nous semble qu’elle peut répondre à des problématiques viticoles précises », résument Michel Fritsch et Éric Baumer.

Publié le 09/06/2017

Adhérent chez Wolfberger, François Siffert vient régulièrement en appoint des forces commerciales de sa coopérative. C’est à la fois son dada et sa fierté.

En son genre, François Siffert est un peu le prototype du coopérateur commercialement enthousiaste que recherche Wolfberger. Quand il y pense, il consacre une bonne quinzaine de jours par an à assurer des permanences à la boutique d’Orschwihr, à se rendre quatre à cinq jours au marché de Noël à la gare de l’Est à Paris, sans compter quelques remplacements ponctuels. Retraité, exploitant depuis douze ans une petite surface en vignes qu’il a replantée, François est assez facilement disponible. « J’aime le contact, la discussion à bâtons rompus, le vin, la vente » résume-t-il. Il intervient depuis six ans. « En boutique, je viens en appoint ou tenir le magasin tout seul pendant un ou deux week-ends par an. J’ai été formé sur le tas. Cet été, ce sera à moi de montrer comment je fais à un jeune adhérent ». Pour les opérations ponctuelles, la cave organise une demi-journée d’information pour expliquer aux participants les gammes de crémants, de vins tranquilles et d’alcools ainsi que les nouveautés. Les coopérateurs et le maître de chais choisissent ensemble les vins faisant l’objet de la mise en avant à chaque date. « Cela permet de réajuster l’offre. Au marché de Noël de Paris, nous avons réduit la part des crémants au profit des grands crus et des vendanges tardives » rappelle François. « Et cela a été concluant ! ». François s’est rodé au contact du terrain. A Paris, il interpelle les clients avec deux questions type. « Connaissez-vous Wolfberger ? ». Ou alors : « avez-vous déjà vos vins pour les fêtes ? ». « Si je ne dis rien, les gens passent sans s’arrêter. En les hélant, j’en accroche environ 20 %. Cela se conclue six à sept fois par une vente. Je fais toujours déguster ce que m’on demande. Mais aussi toujours autre chose ». Il a aussi un œil sur ce qui se vend sur le stand voisin du sien. Il est habituellement installé à côté d’un producteur de foie gras. Alors forcément, François ne va pas se focaliser sur un vin sec dans la foulée… De même, il adapte le vin proposé selon le budget estimé du client, selon qu’il l’évalue débutant ou déjà installé dans la vie. En boutique, François sert toujours un autre vin pendant qu’il recherche un cru qui a déjà été retenu. C’est ce qu’il a réitéré en mai avec des clients belges venus pour acheter six bouteilles de pinot gris Lucien Albrecht. « Nous étions seuls. Nous avons discuté vin et bière pendant une heure et demie. A la fin, ils ont doublé leur commande initiale et l’ont étoffée avec douze bouteilles de crémant cuvée des 115 ans » raconte François qui ne cache pas qu’il est fier de « faire de belles caisses » ! Trois messages à diffuser « Wolfberger cherche en permanence des coopérateurs prêts à intervenir » indique Fabien Cnapelynck, responsable vente directe et administrateur des ventes au sein de l’entreprise. Les conseillers commerciaux ne suffisent-ils pas ? « Ils sont formés et parfaitement compétents pour parler du vin, mais ils ne le produisent pas. C’est pourquoi Wolfberger a besoin de personnes qui pratiquent, qui reprennent ce discours avec leurs mots à eux et qui le font avec fierté. C’est du relationnel, la volonté de montrer qu’il y a des hommes derrière l’étiquette, une façon de fidéliser le client » explique Fabien. « L’adhérent qui s’investit ainsi devient un moyen pour l’entreprise d’échapper à l’anonymat » complète François. Si les coopérateurs se racontent, dans leur vie et dans leurs vignes en crédibilisant l’image de la cave, ils sont également les diffuseurs de trois messages. Le premier est de rappeler que même si la bouteille ne le mentionne pas, la coopérative est certifiée Agriconfiance depuis 2012. Le deuxième est de faire remarquer la qualité de la production en signalant les prix et récompenses glanés par les vins de la coopérative lors de concours divers et variés. Le dernier est d’expliquer les différentes gammes de vins aux clients. Comme tous ses collègues qui se transforment en vendeur à leurs heures, François n’applique pas de stratégie commerciale prédéfinie. Il n’a pas non plus à atteindre un objectif de vente fixé par l’entreprise. La cave ne lui verse aucun intéressement. Il est seulement dédommagé pour le temps passé. Wolfberger confie à un prestataire extérieur le soin de lui régler les heures passées selon un tarif forfaitaire. Ce contrat qui ressemble à celui signé par les intérimaires est étoffé par des avantages en nature, en l’occurrence du vin et un tarif préférentiel pour ses commandes personnelles. Ce n’est pas l’aspect qui interpelle le plus François. Lorsqu’il se rend à Paris, il se libère pour l’ambiance, le plaisir de retrouver des visages connus avec qui il partage pauses et soirées. D’ailleurs, il a déjà indiqué ses dates pour la mi-décembre…

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