Première festivité vinique de l’année en Alsace, la foire aux vins d’Ammerschwihr a eu lieu cette année dans un climat un peu morose, dix jours après les gels qui ont détruit de nombreuses parcelles. Heureusement pour les viticulteurs de la commune, l’enthousiasme du public pour la production locale - Kaefferkopf en tête - est resté intact.
La fête malgré tout. Rebaptisée « Festi’Vins » pour se démarquer des foires aux vins commerciales des grandes surfaces, la 89e foire aux vins d’Ammerschwihr s’est tenue cette année dans un contexte un peu particulier, dix jours après des gels inhabituels pour la saison. Sur toute l’Alsace, ce sont 3 000 ha qui ont été touchés, dont 1 500 ha « rasés à blanc ». Lors de l’inauguration qui a eu lieu samedi 29 avril, le président du syndicat viticole d’Ammerschwihr, Romuald Bohn, a fait part de sa frustration légitime alors que le potentiel « était très bon ». « L’an passé, nous avons tous été surpris par des volumes généreux et de belle qualité après une année capricieuse. Pour 2017, la messe est malheureusement déjà dite. La nature nous a brusquement rappelés à l’ordre. » Sur le seul ban d’Ammerschwihr, les parcelles ont enregistré des dégâts qui vont de 15 % à plus de 80 % pour celles situées en plaine. Une situation d’autant plus compliquée pour certains viticulteurs de la commune qui ont également des parcelles sur les bans de Sigolsheim et de Bennwihr, d’autres communes du secteur particulièrement meurtries par ce gel. « Après des années difficiles en 2013, 2014 et 2015, de nombreuses exploitations auront des problèmes de trésorerie », prévient Romuald Bohn. Pour Ammerschwihr, seule une petite moitié est assurée contre le gel. Il va donc falloir agir rapidement pour soulager les entreprises en difficulté. « Nous allons demander un dégrèvement de la taxe foncière. Nous comptons aussi demander à la MSA ce qu’il est possible de faire. » Ça, c’est pour les solutions à court terme. Pour le long terme, le syndicat viticole d’Ammerschwihr souhaite qu’une ou des solutions soient mises en place pour permettre le stockage de production en cas de récolte importante. « Le Volume complémentaire individuel (VCI) est une solution mais ne saurait être suffisant pour l’ensemble de la récolte », estime Romuald Bohn. Il rappelle que c’est la « survie » des viticulteurs qui est aujourd’hui en jeu face aux extrêmes climatiques de plus en plus fréquents et violents. Sans oublier les ravages provoqués par l’esca, la flavescence dorée, ou encore la drosophile suzukii qui a fait tant de dégâts en 2014. « Il faut que l’on réapprenne rapidement que c’est la nature qui commande. Les lois et les textes des hommes ne font pas le poids face à elle. Il serait bon de s’en rappeler. » Comme le souligne le président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava), Jérôme Bauer, il y a des « lourdeurs administratives insupportables » pour les exploitations viticoles. « Il est temps que l’on puisse avancer rapidement là-dessus », explique-t-il en se tournant vers les élus présents : la sénatrice Patricia Schillinger, le conseiller départemental Pierre Bihl, le député et président du Conseil départemental Éric Straumann, le conseiller régional - et candidat aux prochaines élections législatives - Jacques Cattin, et le maire d’Ammerschwihr, Patrick Reinstettel. Ce dernier s’est déclaré « particulièrement touché » par la détresse vécue par les viticulteurs. Une situation d’autant plus préoccupante à ses yeux au regard des autres difficultés rencontrées par la filière. « Nous devons demeurer vigilants avec le repli du marché intérieur et la concurrence de plus en plus accrue à l’export », prévient l’édile de la commune.
Fort heureusement, les vignerons d’Ammerschwihr restent toujours prophètes en leur pays. Et ce n’est pas près de changer si l’on se fie à l’affluence de cette 89e édition de ce « Festi’Vins ». Cette année encore, il avait de quoi faire… et boire. Si les enfants pouvaient se défouler dans le château gonflable installé pour l’occasion, leurs aînés avaient tout le loisir de découvrir une sélection des meilleurs crus de la commune, du dernier millésime 2016 jusqu’à des vins de réserve pouvant remonter à 1969 avec une dégustation verticale de muscats du domaine Sick-Dreyer. « Un bon millésime, ça peut se conserver longtemps », commente le vigneron. Au total, une vingtaine de viticulteurs de la commune ont répondu présent pour faire découvrir les subtilités des nombreux vins produits dans leurs caves : l’incontournable grand cru Kaefferkopf, véritable porte-étendard de la commune, le surprenant « Côtes d’Ammerschwihr » qui mêle astucieusement le pinot auxerrois et le muscat, ou encore les innombrables cuvées spéciales au nom du père, du grand-père, de la sœur ou de la fille. Tous les apprentis œnophiles pouvaient aller plus loin dans la compréhension des vins en participant à la dégustation commentée par François Lhermitte, sommelier chez Julien Binz, l’un des restaurants du village récemment récompensé par une étoile au Guide Michelin. Une raison de plus de faire la fête. Malgré tout.