Vigne

Publié le 09/04/2022

Issu de la seule et unique parcelle de muscat du domaine François Bléger, à Saint-Hippolyte, le muscat Kappellreben 2020 a obtenu le trophée « vin sec » dans sa catégorie au dernier Mondial des vins blancs.

LE TERROIR. Son nom ne figure ni dans la liste des 51 grands crus ni dans celle des lieux-dits alsaciens les plus connus. Le muscat Kappellreben* 2020 provient d’une parcelle de plaine de 14,22 ares située sous la Chapelle de la Croix à l’entrée du village de Saint-Hippolyte. Située sur un sol limoneux assez lourd qui, en période de sécheresse, retient mieux l’eau que les coteaux granitiques qui font la réputation du village, la parcelle a été plantée il y a tout juste 20 ans. Parce qu’ « historiquement, le muscat se plaisait bien à cet endroit », François Bléger a replanté la surface en deux blocs - deux tiers de muscat ottonel, un tiers de muscat d’Alsace - avec l’idée qu’un assemblage des deux variétés de muscat pouvait offrir une richesse organoleptique supérieure à une variété unique. La parcelle, qui avait bénéficié d’un apport de compost au préalable, en reçoit depuis à intervalle régulier selon un roulement permettant de couvrir chaque année 2 à 3 ha. À ce jour, elle est « la seule parcelle de muscat » du domaine de 9 ha. « C’est pour cela qu’on la chouchoute », explique Clémence, la nièce de François Bléger, qui le seconde dans la conduite du domaine. LA CONDUITE. La vigne est taillée en guyot double. « Ces dernières années, on taille de plus en plus court pour réduire le rendement et on commence à arquer entre cinq et huit yeux », indique Clémence. Au printemps, son oncle ébourgeonne pour tendre vers un meilleur mûrissement des baies. Certifié HVE 3 (haute valeur environnementale) depuis trois ans, le domaine alterne enherbement naturel et semis de couverts végétaux un rang sur deux, afin de réguler la vigueur et d’aérer le sol. Le couvert utilisé est un mélange de quinze espèces, à dominante de trèfle et de pois. Il est roulé deux fois l’an alors que le rang enherbé est fauché. Le désherbage du cavaillon est réalisé mécaniquement : en vue de sa conversion à l’agriculture biologique, débutée en septembre dernier, le domaine s’est équipé de disques crénelés, disques émotteurs et disques à doigts. En 2020, ce matériel lui a permis de désherber le rang en trois passages. Contrairement à 2021, 2020 n’a pas été une année compliquée à gérer sur le plan sanitaire : « Il y a eu peu de maladies et peu de pourriture, même en fin de saison », résume Clémence. Pour protéger la parcelle contre le mildiou et l’oïdium, le vigneron a prioritairement joué sur le palissage et l’effeuillage, de manière à ne pas créer un microclimat humide au sein de la parcelle. Il n’a traité qu’à partir de la floraison, en privilégiant le cuivre et le soufre au premier passage, avant d’utiliser un systémique. Il n’a pas eu besoin de traiter contre les vers de la grappe. François a pratiqué un effeuillage sur les deux faces assez tôt dans la saison, ce qui lui a permis au passage de se débarrasser des capuchons floraux, et il a vendangé en vert au courant de l’été. Sa parcelle du Kappellreben a atteint le rendement autorisé, soit 65 hl/ha. Des reflets argentés et un nez gourmand LA VINIFICATION. Les raisins ont été récoltés le 15 septembre lors d’un jour « fruit » selon le calendrier biodynamique. « Les deux muscats ont été vendangés manuellement et pressurés en même temps », souligne Clémence. Pour pouvoir extraire les précieux arômes du muscat, François a opté pour un cycle de pressurage relativement long de huit heures. Sulfité à 2-3 g/hl à la sortie du pressoir, le jus a été refroidi à 12-13° en cuve inox thermorégulée le temps d’un débourbage statique. Le soutirage a été effectué en fonction du calendrier biodynamique. Le moût a été levuré pour assurer une fermentation alcoolique homogène, puis transféré en foudre où il a passé l’hiver sous le contrôle de l’œnologue Pierre Sanchez avec qui le domaine travaille de longue date. Filtré sur filtre kieselguhr par un prestataire, le muscat Kappellreben a été mis en bouteilles en avril suivant sa récolte, après un ajustement de la dose de SO2 à 3,5 g/hl. En dehors de cette petite série de 1 300 bouteilles, le muscat issu de la parcelle a aussi servi à élaborer un pétillant naturel constitué d’un assemblage de cépages blancs vinifiés nature. LE VIN. Le muscat Kappellreben 2020 se présente avec une robe claire bien brillante, « aux reflets un peu argentés. Son nez est très gourmand, avec des arômes de raisins frais, de pêche, d’abricot. Une pointe de fraîcheur apparaît derrière, un petit côté agrumes, voire zeste de citron », décrit Clémence. Ses 2,2 g/l de sucres résiduels le classent dans la catégorie des vins secs, comme l’atteste l’échelle de sucrosité figurant sur la contre-étiquette. Parfait pour l’apéritif, il se marie très bien avec des toasts au saumon fumé ou, selon un accord devenu classique, avec des asperges. La jeune femme le recommande aussi avec des légumes ou des fruits frais, des fromages de chèvre, voire avec des desserts : associé à une tarte au citron ou une tarte à la rhubarbe, il en renforce le côté gourmand tout en apportant un équilibre à cette alliance de saveurs. Récompensé par le trophée « vin sec » dans sa catégorie au Mondial des vins blancs 2021, le muscat Kappellreben du domaine Bléger est commercialisé auprès des particuliers et des professionnels (cavistes et restaurant essentiellement). Son tirage limité lui permet de se vendre dans l’année.

Publié le 03/04/2022

Le projet de cité des vins d’Alsace se précise : sa localisation est annoncée à Kientzheim, en face du château de la confrérie Saint-Étienne.

Ce sera « un nouveau bâtiment, parfaitement intégré aux vignes, face au château de la confrérie Saint-Étienne » : Serge Fleischer l’a annoncé le 24 mars à Colmar, lors de la plénière du Civa, le projet de cité des vins d’Alsace se précise. Pour l’interprofession, le défi consistait à trouver « un lieu emblématique », à la fois chargé d’histoire et susceptible d’être connecté au monde entier. Un lieu qui puisse rassembler l’ensemble des organisations professionnelles viticoles, de sorte que les professionnels pourront se l’approprier. Une dizaine de sites ont été étudiés. Finalement, « une localisation a fini par faire l’unanimité », celle de Kientzheim face au château de la confrérie Saint-Étienne, mais de l’autre côté de la D28. La zone est actuellement plantée en vigne. Au nombre des atouts, le président du Civa cite le positionnement stratégique sur la route des vins, la proximité de Colmar et de nombreux villages viticoles renommés, l’image de carte postale qu’offre le village fortifié, et la présence en vis-à-vis du prestigieux château auquel le projet permettra d’assurer un nouvel avenir. Cette cité des vins d’Alsace, dont le nom définitif sera soumis à consultation, n’en est encore qu’au stade du projet. De nombreuses autorisations restent à obtenir avant que la première pierre n’en soit posée, au cœur d’un espace de 4,80 ha. Ce nouvel outil permettra d’assurer la promotion des vins d’Alsace, mais aussi de son patrimoine culturel. Il comprendra une partie restauration, une autre réservée aux expositions culturelles, une boutique, des salles de séminaire et de réception. Il inclura un parcours d’initiation aux vins d’Alsace et des équipements de formation. Ouvert à tous et accessible depuis le monde entier grâce aux outils numériques, il devrait contribuer à « désacraliser le monde du vin », espère Serge Fleischer. Pas avant 2025-2026 Le moment est-il bien choisi pour investir dans une cité des vins d’Alsace ? Le président du Civa est convaincu que oui. « C’est dans les années difficiles qu’il faut investir », juge Serge Fleischer qui s’engage à ce que ce projet n’engendre pas de pression financière supplémentaire sur la filière grâce à « un plan de financement inédit ». Il chiffre le coût entre 20 et 25 millions d’euros. Avec 50 % d’aides attendues, le coût sur 20 ans ne devrait pas dépasser les coûts d’exploitation de l’actuelle Maison des vins d’Alsace, estime-t-il. Une évaluation de la valeur marchande de celle-ci sera d’ailleurs réalisée. Si tout va bien, le couper de ruban pourrait avoir lieu fin 2025-début 2026. En attendant, un programmiste va plancher sur le cahier des charges de cette future cité des vins, en lien avec l’architecte des Bâtiments de France. Un concours d’architecture sera lancé. Serge Fleischer espère qu’à la prochaine assemblée plénière du Civa, les participants pourront faire leur choix parmi les trois ou quatre projets finaux.

Stratégie

Le goût du partage

Publié le 14/03/2022

À Wolxheim, Christèle et Mathieu Zoeller conduisent leurs 11 ha de vigne avec le souci de toujours regarder ce qui se fait ailleurs. Que ce soit au sein de leur Cuma ou au contact des clients rencontrés sur les salons, ils valorisent l’échange d’expérience.

Avec 11 ha presque entièrement situés sur le ban de Wolxheim, Christèle et Mathieu Zoeller ont la sensation d’avoir atteint « la bonne taille ». Celle où ils ont la main sur l’ensemble du processus d’élaboration de leurs vins. Le couple œuvre sur le domaine avec l’aide d’un salarié qui travaille dans les vignes. Le père de Mathieu et leur fils Hector, en seconde pro au lycée de Rouffach, viennent en renfort. Les vignes sont conduites en agriculture biologique depuis 12 ans. Le passage en biodynamie, à compter du millésime 2020, prolonge cette orientation. « Nous avons un parcellaire concentré, la parcelle la plus éloignée est à 1 km-1,5 km. C’est un avantage et un inconvénient, expose Mathieu. On ne perd pas de temps pour travailler, mais on est davantage exposé en cas d’accident climatique. » « Les vignes sont moins fatiguées » Les vignes de la famille Zoeller sont situées sur un terroir assez homogène, à dominante marno-calcaire. Le rendement oscille entre 60 et 65 hl/ha depuis quelques années. « J’ai tendance à laisser la vigne plus libre qu’avant », concède Mathieu. Pour le travail sur le rang, il intervient avec un porte-outil enjambeur Boisselet qui s’adapte aux différents écartements des rangées. « Je garde le cavaillon à peu près propre, mais j’accepte un peu de concurrence sur le pied », explique le vigneron qui réalise au minimum quatre passages, dont un buttage, mais peut monter jusqu’à sept en cas de forte pousse, pour peu qu’il en trouve le temps. Sur l’interrang, il alterne enherbement naturel et semis de légumineuses. Il laisse la végétation monter, la roule une fois à deux fois dans la saison puis la fauche, généralement avant les vendanges. L’humidité du sol ayant été préservée, il constate que « les vignes sont moins fatiguées au moment des vendanges ». Autre avantage, il voit « une autre flore se mettre en place, plus variée. » La protection de la vigne repose sur l’utilisation de soufre et de cuivre. Mathieu cherche toutefois à en réduire les doses en actionnant d’autres leviers. « Depuis 4-5 ans, on fait des décoctions en achetant des plantes séchées ou des extraits qu’on dynamise nous-mêmes. » Ainsi de la décoction de prêle, appliquée avant la pleine lune de Pâques pour prévenir le mildiou, voire une deuxième fois en cours de saison en cas de forte pression. Les saisons froides, Mathieu utilise la valériane pour endurcir la vigne. Et lorsque la grêle frappe, il recourt à la consoude aux pouvoirs cicatrisants. L’utilisation de ces différents leviers lui permet de restreindre la dose de cuivre métal à 1,2-1,3 kg/ha en année normale. L’an dernier, avec 2,9 kg/ha, il a réussi à limiter les dégâts. « Je pense qu’avec 20 ans de Tyflo et 12 ans de bio dernière nous, et maintenant la biodynamie, nos vignes ont acquis une certaine résistance », commente le vigneron qui reconnaît avoir « été aidé par la météo sur la fin ». Mathieu gère les chantiers de pulvérisation en commun avec un collègue de la Cuma de la Mossig, également en biodynamie. « À deux, on est plus efficace. Il gère le stock, on définit le programme et on le réalise ensemble. » Aux vendanges, les raisins récoltés en bottiches de 100 kg sont pressurés entiers dans l’un des deux pressoirs pneumatiques. La durée de pressurage varie entre 3 h pour des cépages comme le pinot blanc ou le sylvaner à 7 h pour certaines cuvées. À la sortie du pressoir, les jus reçoivent 2 g/hl de SO2 et sont refroidis à 10 °C. Après débourbage statique, Mathieu les remet en cuve inox ou dans le bois. À l’exception du crémant vendu en vrac qui est ensemencé, le reste de la vendange part en fermentation spontanée pour trois semaines à un mois minimum. Le vigneron ne recule pas devant les fermentations longues - jusqu’à un an sur les rieslings grand cru - et n’intervient pas quand la fermentation malolactique se déclenche, ce qui arrive « sur une bonne partie des vins depuis 10 ans ». Après un léger sulfitage au soutirage, les vins sont élevés sur lies fines, filtrés et mis en bouteilles durant l’été. La carte de la maison Zoeller comprend une quinzaine de cuvées différentes, dont la plupart sont réparties entre vins de fruits - vendus à tarif inférieur à 10 €, Mathieu y tient - et vins de terroirs, auxquels s’ajoutent deux vins nature (un gewurztraminer de macération et un pinot noir), des crémants, des VT et SGN, produits « seulement quand l’année s’y prête ». Les particuliers représentent la clientèle principale du domaine, le reste étant constitué de restaurants et de cavistes et d’un peu d’export. Christèle et Mathieu, qui participent aux salons des vignerons indépendants depuis 20 ans, s’y sont fait une clientèle fidèle, y compris à Strasbourg. Ils participent également à des salons professionnels, comme Millésime bio à Montpellier, où ils commencent à se faire une place. Ils s’y déplacent en couple, ce qui permet toujours à l’un ou à l’autre d’aller goûter les vins d’autres régions, voire d’autres pays. Histoire de garder un œil sur ce qui se fait ailleurs et de continuer à évoluer.

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