Élevage

Des burgers frites « fermiers » sous le chapiteau

Une « belle aventure humaine »

Publié le 26/10/2018

Après un essai concluant en 2017, le stand de burgers frites « 100 % fermier » proposé par le réseau Bienvenue à la Ferme revient sous le chapiteau du concours bovin de Habsheim. Objectif : apporter un peu d’innovation à la manifestation tout en soutenant financièrement les organisateurs en leur reversant 25 % des bénéfices.

Venir au concours d’élevage de Habsheim, ce n’est pas juste assister à des « duels » bovins. Il y a l’ambiance : chaleureuse, conviviale, parfois électrique. Il y a le « background » : la traite, la tonte, et le nourrissage des animaux. Il y a les exposants qu’ils soient vendeurs de tracteurs, ou partenaires gravitant autour du monde agricole. Bref, un véritable patchwork du monde paysan qui va s’enrichir cette année avec un stand de burgers 100 % fermiers. Imaginé par Christophe Rué, éleveur à Osenbach, en lien avec d’autres membres du réseau Bienvenue à la Ferme, cet espace de restauration « fermier » avait été expérimenté une première fois lors de la confrontation européenne de Colmar en 2016. « C’était une autre manière de communiquer sur notre métier », se rappelle-t-il. L’idée émerge alors de rééditer l’expérience lors de la foire Simon et Jude de 2017, un « coup d’essai » pour évaluer le potentiel lors de cette manifestation. « On a vendu 400 burgers frites au total et on n’avait plus de steaks hachés le lundi. » Cet engouement manifeste pour ces burgers fermiers l’incite à renouveler l’expérience cette année avec toujours le même objectif : proposer un produit de qualité qui soit le reflet des savoir-faire agricoles locaux. Les frites viennent de chez José Pflieger, à Spechbach-le-Bas, le bargkass de chez Claude Schoeffel, à Fellering, la viande de l’exploitation de Christophe Rué. Pour le pain, il a fait appel à un boulanger avec qui il a l’habitude de travailler. « C’est du pain frais artisanal. Je pourrais aller en acheter à Métro pour moins cher, mais c’est clairement le début de la fin si on commence à faire ça. Je tiens à vendre un produit fermier authentique », justifie-t-il. Cela passe aussi par un « vrai » steak haché de 180 grammes, « pas les trucs aplatis du Mac Do ». Mais encore faut-il savoir la préparer correctement. Pour cela, Christophe Rué va s’appuyer sur deux personnes de confiance afin d’assurer la réussite de cet espace burger frites. « Lancer des initiatives, c’est bien. Mais il faut du professionnalisme avec. Sinon, cela ne sert à rien. » Son épouse, ses enfants, son frère et des bouchers l’accompagneront durant ces deux jours pour « assurer » à ses côtés. « Il faut soutenir cette manifestation » Si ce stand de burgers fermiers peut aujourd’hui prendre place sous le chapiteau du concours, c’est parce que la Chambre d'agriculture et les organisateurs se sont montrés « très réceptifs » à cette idée. « C’est une belle aventure humaine qui prouve qu’on peut trouver une belle synergie qui profite à tout le monde. C’est important de ramener des nouveautés dans une manifestation comme celle-là. Je pense que le réseau Bienvenue à la ferme a clairement une carte à jouer », estime Christophe Rué. En achetant ces burgers durant la foire Simon et Jude, les clients ne consommeront pas qu’un produit, ils feront un « acte citoyen ». En effet, 25 % des recettes seront reversées aux organisateurs du concours. « Comme partout, les moyens financiers se réduisent. Pour qu’une manifestation comme celle-là puisse continuer à exister, il faut la soutenir. C’est une petite goutte d’eau que j’apporte. Mais si tout le monde agricole se tient la main, on peut faire de belles choses », témoigne un Christophe Rué très attaché aux valeurs de solidarité et d’authenticité du monde paysan. Lui-même organise souvent des portes ouvertes sur son exploitation. Une « fête populaire » comme il aime à le rappeler qui n’attire pas moins de 1 000 personnes à chaque fois. Balades dans les pâturages, bar à lait, traite des visites, musiques guinguette, à chaque fois, la ferme Rué fait découvrir de mille et une façons le métier d’éleveur. Une nécessité à ses yeux. « Il faut cultiver cette ambiance et vulgariser notre métier. Il faut rappeler aux gens qu’ils ont besoin des paysans, comme les paysans ont besoin de tout le monde. C’est une communauté que nous devons faire vivre ensemble. » Une communauté à laquelle Christophe Rué souhaite associer d’autres producteurs. « À côté des burgers frites, on va ajouter un marché fermier. C’est quelque chose qu’il faut lancer et qui va dans le bon sens je trouve. »

Bureland - Sica Les producteurs alsaciens et lorrains

Éclosion d’une unité de conditionnement

Publié le 05/10/2018

La Sica Les producteurs alsaciens et lorrains, groupement régional de producteurs d’œufs, a inauguré son nouveau centre de conditionnement, situé à Bernolsheim. L’outil, qui comprend des équipements de haute technologie, doit permettre de gagner en compétitivité, de mieux structurer la filière et d’absorber la hausse attendue de la production régionale d’œufs, notamment plein air et bios.

Il aura fallu 9,50 M€ d’investissement pour qu’éclose le nouveau centre de conditionnement d’œufs de la Sica Les producteurs alsaciens et lorrains. Avec 5 000 m2 de bâtiments, plusieurs robots high-tech, et un objectif de 190 millions d’œufs emballés annuellement, contre 120 millions auparavant, répartis sur trois sites différents, le projet impressionne par son envergure. Mais Alfred Zacher, président du conseil d’administration, préfère mettre en avant les hommes et les femmes qui ont permis l’aboutissement de ce projet. Il cite : « André Roeckel et Romain Martin, les anciens qui ont mené le bateau jusqu’ici ». Les 15 familles d’éleveurs de poules pondeuses de la région Grand Est intégrés à la Sica : « C’est la solidarité qui règne au sein de ce groupe qui a permis de passer à l’étape supérieure ». Les plus jeunes éleveurs, qui ont porté ce projet à bras-le-corps à coups de vidéos, de maquettes, et de conviction auprès des collectivités locales et des banques. Les salariés, qui ont été bousculés dans leurs habitudes de travail, mis à contribution pour mettre en route l’outil - avec les difficultés inhérentes à ce type d’exercice - mais dont les conditions de travail doivent, à terme, être améliorées. Les nouveaux salariés, qui ont connu le baptême du feu. Les futurs éleveurs, qui vont bientôt venir grossir les rangs de la Sica, puisque quatre nouvelles familles sont annoncées d'ici 2019, avec des modes d’élevage alternatifs pour répondre à l’augmentation de la demande pour ces parts de marché. Des robots et des hommes L’outil en lui-même comprend un local de stockage des emballages et des suremballages. Les œufs sont livrés par camions, sur des palettes déchargées sur des quais de déchargement. Ils sont d’abord stockés dans un local, où ils sont classés par type de production et par date de ponte. Lorsque les œufs partent en conditionnement, la première étape consiste à les extraire des alvéoles à l’aide d’un robot équipé de ventouses. Les alvéoles en plastiques passent dans une laveuse, pour repartir propres chez les éleveurs. Les œufs sont déposés sur un tapis qui les guide vers la zone de mirage, où sont déclassés les œufs cassés, fêlés et sales. Pour les détecter, la ligne est équipée de micromarteaux qui tapotent les œufs : la résonance n’est pas la même pour un œuf fêlé que pour un œuf intact. Pour l’instant les œufs cassés partent à l’équarrissage. Mais ils pourraient trouver un débouché en méthanisation en partenariat avec la société Agrivalor. Les œufs fêlés et sales partent en casserie, en région parisienne ou en Allemagne. Les œufs intacts sont ensuite séparés par calibre, grâce à des pesons, et marqués. En fonction de la demande du client figurent : la date de consommation recommandée (DCR), le code de traçabilité de l’élevage, la date de ponte. En fonction de leur calibrage et de leur marquage, les œufs sont dispatchés dans différentes lignes d’emballage, où ils sont déposés dans des alvéoles en carton. À ce stade, la suite des opérations est encore manuelle : des opérateurs placent les boîtes d’œufs dans des cartons et y apposent l’étiquette de traçabilité. Puis, des robots palettiseurs prennent le relais. À terme, il devrait y en avoir quatre. Traçabilité intégrale L’ensemble du circuit est tracé et informatisé. Chaque lot d’emballage est accompagné d’une fiche de traçabilité qui est scannée en sortie de dépôt, afin de pouvoir remonter jusqu’au fournisseur en cas de défaut de fabrication, et de gérer les stocks. Chaque palette d’œufs est également tracée avec une étiquette informatique, qui permet de savoir de quel éleveur proviennent les œufs qui passent dans la calibreuse. Chaque boîte d’œufs est marquée d’une étiquette portant la DCR, le numéro de centre de conditionnement, le calibre, parfois la date de ponte, et un QR code, qui est lu par les robots palettiseurs, afin que les bons cartons soient placés sur les bonnes palettes. Actuellement, le groupement produit et commercialise 160 millions d’œufs par an sous les marques Bureland, œufs de nos villages, et sous diverses marques de distributeurs. Rien que sous la marque Bureland, la gamme est très diversifiée, avec des œufs datés du jour de ponte, plein air, extra-frais, bio, sol, éleveur engagé… Une segmentation qui tend à démultiplier les types d’emballage et justifie l’investissement dans des équipements adaptés. Bien que très automatisé et informatisé, ce processus emploie tout de même 50 salariés répartis en deux équipes qui permettent de faire fonctionner l’outil de 6 h à 19 h 30. Découvrez le centre de conditionnement en images : Un projet structurant pour la filière Pour Alfred Zacher, une telle réalisation était devenue nécessaire pour « assurer l’avenir de la filière, accueillir une nouvelle génération de producteurs et continuer à rester présent sur tous les tous les créneaux de commercialisation, de la vente directe à la ferme aux GMS, en passant par les grossistes. » Son fils, Mathias, avance d’autres arguments qui ont pesé en faveur de la construction de cet outil : la nécessité de moderniser des installations vieillissantes, d’anticiper les évolutions réglementaires, d’améliorer les conditions de travail, les performances économiques, l’impact territorial et environnemental… Le projet n’aurait pas vu le jour sans l’engagement de plusieurs personnes. Alfred Zacher cite notamment Étienne Wolff, maire de Brumath et conseiller départemental, qui a facilité l’implantation du site dans la zone industrielle de Brumath Nord, soit au centre des trois anciens sites de conditionnement - qui sont aussi les plus gros fournisseurs du centre de conditionnement - et à proximité des axes routiers. Patrick Bastian qui, surmontant une prudence initiale liée au montant de l’investissement, a fait avancer le projet : « Ce qui m’a convaincu, c’est que ce projet contribue à renforcer une filière. Car derrière ce centre, il y a des couvoirs, des fabricants d’aliments, des éleveurs… Tout cela méritait d’investir. Et ses trois porteurs de projets ont fait preuve de beaucoup de pragmatisme et de professionnalisme. » Il a donc œuvré pour obtenir un soutien de la Région Grand Est. Soutien qui s’est avéré supérieur à celui que pouvait octroyer la seule Région Alsace : « Ça a ouvert l’horizon, et les banquiers ont suivi », rapporte-t-il. Jean Rottner, président de la Région Grand Est, confirme : « La Région dispose d’un budget ciblé pour soutenir les industries agroalimentaires, les nouvelles technologies… Avec votre projet, vous avez coché un certain nombre de cases, ce qui vous a permis de bénéficier d’une aide de 1,35 M€ sur un budget total de 4,50 M€. » Alfred Zacher remercie également Jean-Michel Staerlé, responsable de développement à l’Adira, le Crédit Mutuel, le Crédit Agricole et Alsabail qui ont contribué au financement du projet, ainsi que les familles Martin, Roeckel et Zacher qui, en se portant caution, « se sont lancées dans l’aventure en engageant leurs propres deniers ». Après les tâtonnements du début, l’outil est désormais rodé. La certification International food standard (IFS) a été obtenue en août 2018, l’agrément sanitaire a été accordé suite à l’inspection de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) début septembre, et le site a été audité avec succès par un important client fin septembre. Le chiffre d’affaires est attendu en hausse, à près de 12 M€.

Publié le 29/09/2018

L’épilogue d’un vieux dossier. Le ministère de l’Agriculture reconnaît officiellement la nouvelle Association interprofessionnelle nationale de la volaille de chair depuis le 7 septembre. Cet organisme réunit pour la première fois tous les maillons de la filière : accouveurs, éleveurs, restaurateurs, grandes surfaces… Quels sont ses objectifs et son fonctionnement ? Entretien avec son président, Jean-Michel Schaeffer, éleveur de poulets à Geispolsheim.

L’Est Agricole et Viticole - Paysan du Haut-Rhin (EAV-PHR) : L’Association interprofessionnelle nationale de la volaille de chair (Anvol) a été créée en avril et vous avez été élu président dans la foulée. Parlez-nous de son fonctionnement. Jean-Michel Schaeffer : L’Anvol regroupe toutes les fédérations de la volaille (poulet de chair, dinde, pintade, canard). Elle doit coordonner les actions des différents membres. Je suis impliqué dans ce dossier depuis le début des travaux, en 2015. Ma candidature a fait consensus. Mais le poste de président a vocation à tourner entre chaque secteur de l’interprofession. L’organisme intègre aussi les acteurs qui gravitent autour de la filière : abatteurs, distributeurs, fabricants d’aliments, bouchers… C’est important que tout le monde soit associé à la démarche. Surtout lors des négociations commerciales. EAV-PHR : Justement, quel rôle jouera l’Anvol lors des discussions avec les distributeurs ? JMS : L’interprofession ne négocie pas de prix. Elle établit des indicateurs économiques qui permettent de déterminer les coûts de production. À partir de là, chacun négocie ses contrats. Aujourd’hui, nous publions des indices sur le coût de l’alimentation. Mais nous aimerions en constituer d’autres. Sur les frais liés à l’énergie, par exemple. L’avantage, c’est que maintenant tout le monde reconnaît nos indices. Cela devrait permettre des négociations plus justes et plus transparentes. EAV-PHR : Après six mois d’existence, votre organisme est-il opérationnel ? JMS : On est encore en train de se mettre en route. Les fédérations continuent de fonctionner comme avant. On ne part pas de zéro. Et nous avons déjà commencé à travailler sur certains sujets. Par exemple, la sécheresse de l’été a fait monter les cours du maïs et du blé. Dès août, l’Anvol a publié un communiqué de presse pour alerter sur la hausse des prix des aliments et a invité producteurs et distributeurs à se rencontrer pour corriger les prix. Aux dernières nouvelles, les négociations sont en cours. EAV-PHR : Ce travail de veille est-il la priorité de l’Anvol ? JMS : Oui, on tire la sonnette d’alarme quand on sort des clous. Après, nous avons d’autres missions. On fait un gros travail de lobbying à Bruxelles. Nous sommes très vigilants sur des dossiers comme le Brexit ou les accords de libre-échange avec le Mercosur et l’Ukraine. Le fait de représenter toute la filière nous donne plus de poids, c’est sûr. On va aussi beaucoup communiquer auprès du grand public et des professionnels. Aujourd’hui, 40 % du poulet consommé en France est importé. En grande partie par la restauration hors domicile. C’est pourquoi on a insisté pour que les deux fédérations de la RHD rejoignent l’interprofession. EAV-PHR : L’Anvol a été fondée à la suite du démêlé judiciaire avec l’Autorité de la concurrence. Elle a sanctionné des concertations illégales pendant des négociations commerciales de 2000 à 2007… JMS : Selon moi, il s’agissait surtout d’entreprises qui voulaient se serrer les coudes face à la grande distribution. Quoi qu’il en soit, en 2015, l’Autorité de la concurrence a condamné 21 industriels et deux organisations professionnelles. Dans son jugement, elle consent à des rabais sur les amendes (elles s’élèveront au final à 15,20 M€, NDLR) si les acteurs mettent tout en œuvre pour s’organiser en interprofession. Cette décision a créé un électrochoc. Mais de toute façon, les sujets que nous venons d’évoquer nécessitent de travailler collectivement. EAV-PHR : Avec ces amendes et la naissance de l’Anvol, le monde de la volaille s’est-il débarrassé de ses vieilles habitudes ? JMS : L’interprofession incite tout le monde à se mettre autour de la table et donne des outils pour déterminer les coûts de production. Cela devrait permettre des négociations plus transparentes. Mais encore une fois, nous ne négocions pas de prix. L’Autorité de la concurrence nous l’interdit.

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