Pratique

Calendrier « Belles des prés »

Prendre la pose pour la bonne cause

Publié le 02/01/2021

Aux yeux de certains (et de certaines), les rugbymen du XV de France sont célèbres pour leurs poses sexy dans les « Dieux du stade ». Aux agricultrices de rendre la pareille dans un calendrier tout aussi glamour : « Belles des prés ». Pour le mois de septembre 2021, c’est Jordane Meyer, viticultrice à Rosenwiller, qui dévoile un peu de ses dessous.

Les féministes pourraient crier au scandale en découvrant le calendrier « Belles des prés », où douze agricultrices de différentes régions s’affichent en petite tenue. Mais à l’écoute des motivations des protagonistes, une deuxième lecture s’impose. « J’ai tout de suite pensé que ça mettrait en avant mon négociant et la filière viticole alsacienne dans son intégralité, car depuis trois-quatre ans, elle souffre », explique Jordane Meyer, qui a repris l’exploitation de ses parents, voilà deux ans. Pour cette jeune viticultrice de 24 ans, se retrouver dans une belle robe à fleurs en tête du mois de septembre, mois des vendanges, est un symbole fort. « Pour moi, l’Alsace, ce n’est pas Noël et les marchés, c’est le vin, et je ne comprends pas que nous ne soyons pas plus présents sur la carte de France, dans ce domaine, alors qu’en plus, nous faisons tout pour produire du vin en respect avec l’environnement », regrette cette comptable de formation, devenue adepte du vrac. Ce calendrier est aussi l’occasion pour Jordane de rendre hommage à son village, Rosenwiller, en haut duquel elle a voulu poser. « Malheureusement, il ne figure pas sur la route du vin mais il mérite le détour », trouve-t-elle. Ces deux convictions ont séduit le photographe Johann Baxt, qui a initié « Belles des prés » en 2017, dans l’idée de valoriser des démarches personnelles et pas seulement des physiques. Jordane est ainsi la deuxième Alsacienne à y paraître. « J’avais vu une photo du calendrier sur Facebook, et j’avais trouvé cela cool qu’il existe. Par chance, j’ai rencontré le viticulteur chez qui la photo avait été prise. Il m’a dit, vas-y, lance-toi, tu es jolie », se souvient Jordane. Révéler la féminité Mais « vais-je assumer ? », s’est demandé cette blonde aux cheveux longs, un peu timide de nature, quand elle a appris sa sélection. Car Jordane n’avait pas l’intention de tout dévoiler. Pour le photographe, elle a donc sorti ses plus belles robes d’été, ainsi que quelques bas, « l’essentiel d’une femme », dont un, en dentelle. « Il y avait besoin d’un peu de sexy mais le résultat n’est pas vulgaire du tout. Au contraire, il me place dans l’élégance et le raffinement », se réjouit Jordane, qui a préparé un décor bien local pour le cliché pris en juillet dernier, devant le vignoble : nappe à carreaux de sa grand-mère, tire-bouchon de la cave parentale, bouteille de son négociant. Le tout coloré de bretzel et de kougelhopf. Une photo remplie de couleurs, comme les aime Johann Baxt. « Les tenues de travail des agricultrices sont fades, s’étonne le photographe. À travers mes mises en scène, au milieu des vaches ou des tracteurs, je veux faire ressortir une part de leur féminité dans un environnement qui ne s’y prête pas forcément. » Plus largement, l’intention du professionnel est d’honorer la place des femmes dans un milieu masculin et parfois « machiste », le rappelle Jordane. « Souvent j’ai l’impression que je dois faire mes preuves, non pas parce que je suis jeune mais parce que je suis une femme. Alors je m’investis beaucoup, pas pour montrer que je fais mieux, mais pour montrer que je fais aussi bien que les hommes », constate la viticultrice. Dans ce calendrier, cet appel à la reconnaissance prend une forme glamour et originale. Une partie des bénéfices des ventes est d’ailleurs reversée à l’association Petit coup d’pouce à la ferme, fondée en 2019, qui, comme son nom l’indique, apporte une aide financière aux agricultrices de toute la France, installées ou qui désirent se lancer dans l’aventure. Quatre agricultrices ont déjà reçu 400 € en soutien, dont une dans le Bas-Rhin. Une belle idée de cadeau solidaire pour cette période de fêtes.    

Publié le 22/12/2020

Après une année 2019 particulièrement catastrophique, les dégâts de sangliers ont diminué en 2020 dans les deux départements alsaciens. Pourtant, la situation reste préoccupante, estime Laurent Fischer, responsable du groupe chasse à la FDSEA du Bas-Rhin.

Installé à Lingolsheim, en limite des bans de Geispolsheim et de Holtzheim, Laurent Fischer se trouve « dans un secteur très touché » par les dégâts de sangliers. « À Illkirch, c’est encore pire. Depuis que la réserve naturelle a été créée*, le tir est interdit. Et ce sera pareil dans la réserve de La Robertsau-La Wantzenau, qui vient d’être actée », prédit-il. Responsable du groupe chasse à la FDSEA du Bas-Rhin depuis 2012, il a vu la situation se détériorer d’année en année. « Il y a sept, huit ans, les dégâts concernaient essentiellement le maïs, dans le Ried nord et sud, et en Alsace Bossue. On comptabilisait entre 600 et 700 ha de dégâts par an. Quand on atteignait 1 000 ha, c’était un pic. Mais, depuis trois ans, c’est presque devenu la norme. Cette année, on est à 1 200 ha de dégâts », décrit-il, précisant que la situation est encore pire dans le Haut-Rhin et en Moselle (lire l'encadré). En 2019, dans le Bas-Rhin, plus de la moitié des surfaces ravagées par les sangliers se concentraient sur les prairies. « Cette année, c’est plutôt le maïs qui est touché - les sangliers ont profité du confinement des chasseurs au moment des semis - et les dégâts sur blé augmentent, ce qui nous inquiète. » Les dégâts sur prairies restent à un niveau préoccupant, en particulier sur le massif vosgien, où le relief et la proximité de la forêt rendent les parcelles difficiles à protéger. « En plaine, on peut mettre des clôtures mais, en montagne, c’est beaucoup plus fastidieux et souvent inefficace », indique Laurent Fischer. Dans le Haut-Rhin, où plus de 1 600 ha ont été endommagés par les sangliers cette année, Alexandre Bosserelle, directeur du Fonds d’indemnisation des dégâts de sangliers (Fids) mentionne une explosion des dégâts sur maïs en plaine et un recul sur prairies. Travailler davantage avec les forestiers Comment lutter contre ce fléau ? « Il faut qu’on travaille davantage avec les acteurs de la forêt, estime Laurent Fischer. On partage les mêmes problématiques de dégâts de gibier. Les sangliers se déplacent de la forêt aux champs. Il faut qu’on se mette d’accord sur les moyens à mettre en place, sur une stratégie cohérente qui préserve les cultures et la forêt. » Face à la surpopulation de sangliers, il faut aussi pouvoir s’appuyer sur les chasseurs. « Il faudrait s’inspirer de ce qui se fait dans le Ried nord et sud, où les chasseurs sont très bien organisés », estime le responsable syndical, qui plaide pour des actions communes aux locataires de plusieurs lots de chasse qui permettraient une régulation à plus grande échelle. Autre proposition de Laurent Fischer : que les chasseurs, qui sont confrontés à un problème de renouvellement des générations, intègrent des jeunes chasseurs dans leurs rangs. « Tout le monde serait gagnant : le jeune, qui tire des sangliers et réduit les dégâts dans les cultures, et le chasseur qui allège sa facture. » Opération « SOS dégâts » Une idée que le Fids du Bas-Rhin cherche à promouvoir via la mise en relation de chasseurs volontaires et de locataires de chasse qui peinent à remplir leurs obligations de régulation. L’opération, baptisée « SOS dégâts », a démarré par un premier appel auprès des locataires de chasse, indique Pierre Criqui, président du Fids du Bas-Rhin. L’objectif est de parvenir à mobiliser suffisamment de chasseurs prêts à sortir la nuit pendant la période sensible des semis de maïs, au printemps. Rappelons que 12 % du montant des locations de chasse sont versés au Fids pour indemniser les dégâts de sangliers. Si les dégâts explosent dans un secteur donné, celui-ci demande une rallonge aux locataires de chasse concernés, ce qui peut se traduire par des surcoûts de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Cela ne résout pourtant pas le problème des « chasses business » qui font du tort à l’agriculture en laissant pulluler le gibier. « Les communes doivent être beaucoup plus vigilantes dans l’attribution des lots de chasse, affirme Laurent Fischer. Aux prochaines adjudications, les tarifs ne seront plus du tout les mêmes : il y a de moins en moins de chasseurs et il est de plus en plus compliqué de chasser. Il y a des chances pour que les chasses où il y a beaucoup de dégâts ne trouvent pas preneur. Si les communes n’intègrent pas cela, ça va faire mal. »

Financements alternatifs

Comprendre les rouages

Publié le 10/12/2020

Le 6 novembre, l’association Terre de liens (TDL) Alsace a réuni une vingtaine de participants à sa visioconférence sur les financements participatifs, dans le cadre du Mois de la bio. Cette formation a permis de saisir les dynamiques de ces alternatives aux circuits bancaires traditionnels, leurs avantages et leurs limites.

Marie Balthazard, coordinatrice de TDL Alsace, a excellé dans l’art de la synthèse. En trois heures, accompagnée de Bénédicte Antoine d’Alsace Active, « au service d’entrepreneurs engagés », et d’Olivier Guillembet de la Nef, coopérative financière pour des projets d’utilité sociale, écologique et/ou culturelle, elle a relevé le défi d’expliquer ce que sont les financements alternatifs et le contexte dans lequel ils interviennent, en pointant aussi leurs imperfections. Après une brève présentation de l’association TDL, Marie Balthazard est entrée dans le vif du sujet. Depuis trois ans, TDL Alsace anime des ateliers et des tables rondes pour les porteurs de projets qui veulent s’installer en agriculture. L’association bénéficie de fait d’une expertise en financements alternatifs car « parfois, les projets agricoles sortent du champ d’action de TDL ». Les financements alternatifs sont des aides financières hors circuits bancaires traditionnels, explique Marie. Ils peuvent intervenir à différents moments de la vie d’une entreprise et servent surtout aux besoins de financements de projets atypiques. Les financements participatifs, qui ont pris de l’essor en 2008, au moment de la crise financière mondiale, sont en quelque sorte, les circuits courts financiers. L’individu est au centre du système et, pour le séduire, les plateformes de crowdfunding misent sur les projets novateurs. Don, prêt et investissement Quatre types d’investissement ont cours dans le monde du financement parallèle : le don avec contrepartie (sous forme de cadeau), utilisé pour des recherches de financements inférieurs à 20 000 euros, le plus souvent pour « émerger » ; l’investissement participatif, le crowdequity, dont l’aboutissement permet des prises d’actions et des bons de participation pour financer des besoins à partir de 100 000 euros ; et le prêt, le crowdlending, pour se développer, démarrer un nouvel atelier, investir dans du matériel, pour des valeurs intermédiaires de quelques dizaines de milliers d’euros. « Je schématise », prévient Marie Balthazard. Il existe des plateformes de financements participatifs géographiques, thématiques, généralistes, parmi lesquelles les plus connues sont Ulule, KissKissBankBank, Miimosa pour l’agriculture. En 2019, 33 % des fonds nécessaires à des entreprises ont été collectés via les plateformes de crowdfunding. « C’est donc un levier économique conséquent », tranche Marie. En 2020, il n’y a d’ailleurs plus de souscripteur ou de financeur-type. « Les moins de 30 ans sont de très bons souscripteurs », pointe-t-elle, d’ailleurs. Le statut des plateformes est davantage encadré depuis 2014. Elles sont contrôlées par l’Autorité des marchés financiers (AMF) et enregistrées à l’Organisme pour le registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance (ORIAS). Elles disposent d’un agrément en qualité d’établissement de paiement, pour le don ; pour le prêt, d’un agrément IFP pour les « intermédiaires en financement participatif » ; pour l’investissement en fonds propres, du statut de conseiller en investissement participatif. Le visa de l’AMF est requis pour certains seuils de collecte de fonds. Une influence sur la comptabilité Dans le même secteur de la transition agricole et climatique officient Miimosa et Blue Bees. Si leurs parcours sont parallèles, remarque Marie Balthazard, leur développement diverge. Blue Bees est centré sur l’agriculture biologique et locale, « du champ à l’assiette », tandis que Miimosa, via Miimosa transition, vise notamment la « food-tech », avec des collectes de 50 000 à 1 million d’euros., sur lesquelles les taux d’intérêt grimpent à 3,5 %. « Il faut creuser pour savoir ce que font les plateformes, qui est derrière, quelles banques, si les placements sont intéressés ou non et, aussi, quel est le montant de la commission, insiste Marie. Certaines plateformes prennent 8 % alors même que les dons proviennent de la famille du porteur de projet. Et, parfois, c’est tout ou rien : si on obtient le montant espéré, les plateformes reversent l’argent, sinon elles remboursent les contributeurs. » Avec Blue Bees, même si l’objectif n’est pas atteint, le porteur de projet reçoit les fonds levés, dans le cadre du don. Pour ce qui est des prêts, des plateformes ont une réelle rentabilité d’entreprise, elles prennent de 2 à 6 % d’intérêt. Qui palpe, au final ? « C’est important de le savoir », souligne Claude Sourice, ex-directeur de l’AGC Cegar (expertise comptable gestion agricole et rurale) à Rouffach. Il insiste aussi sur une réalité trop souvent omise : « Le don est un produit. Le contre-don est une perte. Il y a une incidence sur le régime fiscal. Un financement participatif a une influence sur la comptabilité ! » Bien communiquer Marie présente des projets soutenus par des campagnes de dons avec contrepartie. La Ferme de la Colline à Pfaffenhoffen (67), une ferme TDL en biodynamie, a choisi la plateforme Zeste pour récolter un peu moins de 7 000 euros, afin de lancer son atelier de poules pondeuses. Son plus ? L’humour : « Pour 5 euros et plus. Hopla, merci mon poussin ! Vous venez de parrainer une poule. Vous aurez ainsi droit à des photos […]. Pour 10 euros et plus. Hopla, ça roule, ma poule ! […] Vous venez de parrainer un arbre ! » Pourtant, 80 % seulement du montant avait été collecté. Il faut marteler le projet, ajoute-t-elle : « Des paysans boulangers publiaient régulièrement des photos de leur four, en cours de construction, pour relancer la comm’. Sur chaque photo, quelques briques en plus. » Justine et Marie, maraîchères du Carré du Ver luisant à Erstein (67), ont cherché 13 000 euros, sur Blue Bees… avec succès ! « Les contre-dons provenaient de leurs amis et clients. Elles ont négocié des cadeaux, comme pour une tombola : de la choucroute, des cuillères en bois, des dîners dans un restaurant gastronomique. Quand la contrepartie n’est pas issue de la ferme, il n’y a ni perte, ni travail supplémentaire », félicite la coordinatrice de TDL Alsace, qui regrette que les plateformes aient « rendu le don payant ». Seules les semences aromatiques provenaient de l’exploitation des jeunes femmes qui voulaient deux serres mobiles. Des plateformes et des hommes Il est aussi possible de se passer des plateformes de financements participatifs, a conclu Marie Balthazard. Les autres solutions sont notamment la cagnotte solidaire (initiée par les Amap pour préfinancer des maraîchers à taux 0), le parrainage (ciblé sur un support de production et rétribué, selon le contrat), le modèle GartenCoop (préfinancement de l’activité et contre-don sans valeur marchande, selon les rendements), les clubs d’investisseurs (type Les Cigales, avec prise de participation au capital sur cinq ans) et la prise de part dans une société collective d’investissement (pour un engagement jusqu’à trente ans). Olivier Guillembet, « banquier itinérant » à la Nef, qui compte 50 000 épargnants dont les produits d’épargne sont versés à des associations partenaires à hauteur de 25, 50 et jusqu’à 70 %, a pris le relais de cette après-midi de formation. « Nous finançons à 95 % des entreprises », a-t-il cadré d’emblée, tout en insistant sur la transparence des fonds employés. La force de la Nef est d’être réactive, a-t-il encore remarqué, admettant une édition des offres de prêts peut être plus longue qu’ailleurs. « Nous collections plus d’argent qu’on en prêtait », a-t-il encore confié. La banque « sociale et solidaire », dont le total bilan s’élève à 500 millions d’euros, réaffecte aujourd’hui ses ressources à 55 % dans le financement. « Le financement de projets agricoles qui valorisent l’humain est dans notre ADN. Le risque est plus important en agriculture qu’ailleurs mais France Active apporte une garantie », a révélé Olivier. Le taux de l’emprunt est plus élevé à la Nef que dans les autres banques : + 2 % sur 37 ans. Alsace Active est la branche alsacienne du réseau associatif France Active qui garantit (en excluant les cautions personnelles, comme la Nef), finance et investit pour l’emploi et les précaires, en plus de les accompagner gratuitement. Si Alsace Active est peu présente dans le monde agricole, elle finance des trésoreries de démarrage pour de la vente en circuits courts, notamment. « L’alimentation durable est un axe privilégié », précise Bénédicte Antoine, responsable de financements. Le taux d’intérêt d’un prêt participatif Alsace Active est aussi à 2 %. Pour en savoir plus, la Région Grand Est propose un module gratuit sur l’économie sociale et solidaire : Be EST Entreprendre, à retrouver sur son site Internet.

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