Pratique

Fleurs et plantes d’Alsace

Réapprendre à utiliser les produits naturels

Publié le 23/03/2019

Avec la loi Labbé, les particuliers doivent modifier leurs pratiques de jardinage. Pour les accompagner, Fleurs et plantes d’Alsace rappelle qu’il existe des alternatives, recettes oubliées ou innovations récentes. Alors que les horticulteurs et pépiniéristes se posent depuis longtemps la question des pesticides, il est temps aujourd’hui de communiquer auprès du grand public.

La loi Labbé, qui sonne la fin de la vente et de l’usage des produits phytopharmaceutiques pour les particuliers, est entrée en vigueur le 1er janvier 2019. Les jardiniers du dimanche ne peuvent plus compter sur leurs traditionnels désherbants, insecticides et autres pesticides « de synthèse chimique ». Un changement dans la pratique du jardinage qui a un impact direct sur le travail des horticulteurs et pépiniéristes d’Alsace. Si ces derniers ont déjà pris les devants, et ce depuis plus de dix ans, la loi Labbé appelle aujourd’hui à mener une opération de communication d’envergure pour pousser les particuliers, eux aussi, à envisager des alternatives. « Il faut réapprendre aux particuliers à utiliser des produits naturels. Leur dire que l’huile de coude, ça marche aussi, souligne avec le sourire Christian Romain, président de Fleurs et plantes d’Alsace et exploitant à Barr. Si tout le monde s’y met, on arrivera à passer à autre chose. » Mais avant toute chose, une mise au point s’impose : « C’est important d’être juste dans les mots qu’on utilise. Nous parlons bien de pesticides ou produits phytopharmaceutiques de synthèse chimique, et pas de produits phytosanitaires en général. Sans phytosanitaire, nous n’existerions pas », a-t-il averti. Rendez-vous est donc donné à la presse alsacienne au Jardin Pfister de Sélestat. Gérées par Christiane Fischer, la production et la jardinerie occupent huit salariés. Des salariés en première ligne quand il s’agit de traiter les plantes. « Nous sommes des lieux de production, annonce Christian Romain. Nous ne sommes pas seulement des vitrines. Les plantes se vendent et se cultivent. Et nous sommes les premiers en contact. Notre sensibilité nous pousse à agir. » Comme souvent, les réalités du terrain n’ont pas attendu la réaction du législateur. L’enjeu est aussi de montrer au grand public et aux clients « tout ce qui est fait depuis longtemps ». Communiquer est devenu une nécessité. « Nos parents traitaient dans les serres. Nous avons bien vu que ce n’était pas bien et qu’il fallait prendre les devants », témoigne Stéphane Schwartz, exploitant à Geudertheim. « Au début, on cherchait, on essayait. Celui qui attend les réglementations va avoir cinq ans de retard, le temps de s’y mettre », continue Claude Barthel, producteur à Dorlisheim. Une lutte intégrée et mesurée Petit à petit, les horticulteurs et pépiniéristes ont développé une « lutte intégrée ». Cela signifie que les armes pour lutter contre les parasites et les maladies trouvent leur place à l’intérieur même de la production. Souvent ce sont des recettes de grand-mère oubliées, parfois des innovations. Prenons un exemple concret. Pour identifier les menaces, le Jardin Pfister a disposé dans toute sa serre des petits panneaux jaunes englués avec de la simple colle. Ce sont des repères pour observer les menaces. Pas question cependant de foncer vers les produits naturels coûte que coûte. « Parfois, quand la lutte intégrée ne suffit pas, pour une invasion d’insectes par exemple, on utilise tout de même d’autres produits, mais compatibles », explique Claude Barthel. Le directeur d’Est Horticole, Ardavan Soleymani, insiste sur cette expertise des producteurs : « La finesse de l’appréciation de l’horticulteur permet de déterminer quel traitement utiliser. Autrefois, on traitait toute la serre, ce n’est plus le cas aujourd’hui. » Pour accompagner les 150 professionnels membres, dont une quarantaine en Alsace, quatre techniciens d'Est Horticole sont répartis sur le territoire du Grand Est. Ils se déplacent régulièrement, idéalement toutes les deux semaines sur les exploitations. Pour Claude Barthel, ce soutien est important. « Tout seul dans notre coin, on n’y arrivera plus. La conseillère (Marie Baelen est la nouvelle technicienne pour l’Alsace, NDLR) est vraiment utile pour ça. » La vigilance est de mise pendant la période production qui s’étale sur la quasi-totalité de l’année. Pendant 11 mois et demi, les horticulteurs enchaînent les fleurs et les plantes. Cela représente un risque car les menaces peuvent de se transmettre d’une année à l’autre. Pour traiter ses plantes, le Jardin Pfister a choisi ces petites boîtes, de la taille d’une salière, contenant des aphidius. Ces microguêpes sont utilisées pour la lutte biologique : lâchées dans la serre chaque semaine, elles vont en quelques heures s’attaquer aux pucerons. En pondant dans le parasite, la larve en se développant va se nourrir de son hôte et le tuer. Cette technique implique un coût de 30 % supérieur à un traitement chimique. Un surplus répercuté au fur et à mesure, par la force des choses, sur les prix. S’il n’est malheureusement pas toujours bien informé des efforts portés, le jardinier amateur trouvera toujours une porte grande ouverte. « En Alsace, la vente directe est innée. C’est notre fonds de commerce », précise Christian Romain. Face à un problème dans son potager, il peut venir trouver des réponses précises sur le traitement adapté chez son horticulteur habituel. Le mieux est d’apporter un échantillon de la plante malade ou une photo du parasite. Pour prévenir les risques, de simples conseils sont dispensés par les professionnels. « Mélanger les odeurs brouille les sens des parasites, partage Claude Barthel. Associer les plantes, une protectrice, comme l’œillet d’Inde, pour la tomate. » L’appel est lancé : les jardins, balcons et potagers alsaciens peuvent laisser se faner les mauvaises habitudes et voir fleurir les alternatives plus naturelles.

1re édition du Trophée Jean-Marc Kieny

« L’Alsace recuisinée » en héritage

Publié le 17/03/2019

Il y a près de deux ans disparaissait Jean-Marc Kieny. Âgé de 55 ans, le chef étoilé du restaurant « La poste » à Riedisheim venait tout juste de prendre la présidence de l’association des Étoiles d’Alsace. Aujourd’hui, le milieu de la gastronomie alsacienne lui rend hommage en créant le « Trophée Jean-Marc Kieny ». Lancé dans l’intimité par son épouse, Mariella, ce concours s’annonce comme une belle démonstration de la rencontre entre tradition et modernité.

En 2017, succédant à sept générations de restaurateurs, Mariella Kieny reprenait donc les rênes du restaurant familial à Riedisheim. Dans le prolongement de l’engagement de son mari, ses proches et collaborateurs ont travaillé depuis à faire briller la maison et ses valeurs. Parmi les combats du chef disparu, la défense du terroir alsacien et son entrée dans la modernité. Il avait d’ailleurs imaginé le concept de « l’Alsace recuisinée » en 2016, une marque déposée et une idée reprise par les chefs et maîtres artisans des Étoiles d’Alsace. « Il est possible de manger alsacien tout en étant moderne et plus ludique », c’est ainsi, et avec émotion, que Mariella Kieny résume sa démarche. « C’était le rêve de Jean-Marc de faire ce concours. Malheureusement, il nous a quittés trop tôt pour le voir se réaliser. » Fort heureusement, la mémoire est un moteur puissant. Cette compétition, qui aura lieu le 25 mars prochain, a donc rassemblé de nombreux partenaires désireux de s’inscrire dans la trace du chef. La Maison Kieny a ainsi pu compter sur le soutien de l’association des Étoiles d’Alsace bien sûr, mais également d’Alsace Qualité, de l’Académie de Strasbourg et d’Alsace destination tourisme (ADT). Max Delmond, conseiller départemental et président d’ADT, a d’ailleurs tenu à souligner à quel point cette initiative avait sa place dans le défi d’excellence que s’est fixé l’organisation. De nombreux sponsors viennent s’ajouter à la liste des soutiens, dont par exemple le Civa qui proposera une sélection de trois vins pour accompagner les plats servis lors du concours ou encore Eberhardt Frères qui relèvera le défi d’installer quatre cuisines professionnelles au sein de l’Université de Haute Alsace. La voie professionnelle entre en compétition Côté organisation, les candidats se présenteront en équipe : un jeune maître d’hôtel et un commis, associés à un jeune chef de cuisine et un commis. Ils sont issus des filières professionnelles alsaciennes. Élèves et apprentis en terminale du baccalauréat professionnel cuisine, commercialisation et service en restauration et en première année du brevet professionnel arts de la cuisine et arts du service et de la commercialisation en restauration. Et le représentant de l’Académie de Strasbourg de rappeler : « la voie professionnelle est la 2e voie de formation en France. En Alsace, nous avons la chance d’avoir des professionnels mobilisés et engagés. Sans eux, nous n’aurions pas ces cursus qui élèvent les jeunes ». Un jury prestigieux, présidé par Olivier Nasti, chef du « Chambard » à Kaysersberg, observera les candidats. Un jury sera ainsi présent en cuisine, un pour la salle et un pour la dégustation. Au total, se sont plus d’une dizaine de professionnels qui ont été sollicités. Le trophée, quant à lui, est une création d’André Freydt, maître verrier à Furdenheim. De la fourche à la fourchette Enfin, il ne fallait pas oublier de souligner le lien étroit qui unit la gastronomie et l’agriculture. La filière était notamment représentée par l’exploitation Freydt-Drouan. Leurs porcs cul-noirs alsaciens 100 % nature, nés, élevés et transformés à Saint-Maurice dans le Val de Villé, ont été choisis comme produit à l’honneur du concours. Les compétiteurs devront ainsi composer à partir de cette viande porcine produite localement. « Ce qui est important pour nous, c’est de transmettre les traditions familiales, a expliqué Anaïs Freydt. Nous produisons une viande de qualité exceptionnelle, au goût unique, que nous espérons à la hauteur du concours ». Jean-François Vierling, président d’Alsace Qualité, s’est quant à lui réjoui de la convention de partenariat entre le Rectorat et Alsace Qualité, dont fait partie le Trophée Jean-Marc Kieny. Lui qui cultive oignon, ail et échalote traditionnelle à Schnersheim, s’inscrit dans ce travail de défense du terroir et de la qualité. « En tant qu’agriculteur, je suis très heureux que nous soyons associés à ce projet. Il y a 12 ans, Alsace Qualité lançait le premier concours Jeunes talents et produits de qualité, et c’est donc tout naturellement que nous nous sommes joints à cet hommage », a-t-il déclaré. Un hommage qui rassemble donc toute une filière, de la fourche à la fourchette, motivée par la défense d’un terroir et d’une tradition et portée par le souvenir d’un chef innovant et audacieux.

Biodiversité en agriculture et viticulture

Une question d’équilibre

Publié le 16/03/2019

Le 26 février, Bio en Grand Est a présenté à Eguisheim son projet de fermes « biodiversité » réparties entre l’Alsace et la Champagne-Ardenne. Comme Hervé Gaschy, vigneron à Eguisheim, les vingt exploitants membres de ce réseau se sont engagés à mener des actions visant à protéger et développer la biodiversité au sein de leurs fermes et alentours.

Comment pratiquer son métier d’agriculteur ou de viticulteur tout en préservant la biodiversité ? C’est en partant de ce postulat que Bio en Grand Est, qui regroupe les trois organisations des producteurs bios d’Alsace, de Lorraine et de Champagne-Ardenne, a imaginé le projet du réseau « fermes biodiversité 2018-2019 » qui s’inscrit dans le cadre du dispositif Trame verte bleue du Grand Est. Objectif : faire des agriculteurs biologiques de véritables « acteurs » de l’environnement en les incitant à mener des actions visant à protéger et améliorer la biodiversité sur leurs parcelles, mais aussi dans leurs exploitations. Ce projet est soutenu financièrement par la Région Grand Est et les Agences de l’eau des trois anciennes régions administratives. En Alsace, le Parc naturel régional des Ballons des Vosges (PNRBV) et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) sont les partenaires « écologiques » du projet, tandis que la Fredon apporte une vision un peu plus globale sur la question de la biodiversité grâce à son travail auprès des collectivités et des particuliers. « La biodiversité ne s’arrête pas la parcelle, c’est la responsabilité de chacun », justifie Antoine Gueidan, administrateur du réseau Bio en Grand Est. Vingt fermes - huit en Champagne-Ardenne, douze en Alsace - font pour l’instant partie de ce réseau. Leur rôle est de servir de site de « démonstration » pour montrer aux paysans ce qu’ils pourraient faire pour la biodiversité sans que cela pénalise leur activité. Hervé Gaschy, viticulteur à Eguisheim, est le seul viticulteur d’Alsace a en faire partie. Converti à l’agriculture biologique (AB) depuis 2012, il considère ce mode de production en constante progression comme « un moyen d’améliorer ses pratiques » dans la production de son vin mais aussi vis-à-vis du respect de l’environnement. Malheureusement, le cahier des charges européen de l’AB n’impose rien de spécifique en matière de biodiversité, comme le souligne le directeur de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), Joseph Weissbart. « Avant, c’était un critère qui était pris en compte dans les cahiers des charges de marque. Mais ceux-ci ont progressivement disparu pour laisser la place à la labellisation française, puis européenne, non contraignante à ce niveau. » Pourtant, l’enjeu est bien réel, tient à rappeler Antoine Gueidan. « Cette biodiversité qu’il faut préserver, c’est une richesse qui s’est construite au cours des 20 000 dernières années. Des espèces ont enrichi les sols et développé des écosystèmes. C’est avec l’action de l’homme, en partie, que tout cela décline depuis un siècle. Heureusement, tout le monde a aujourd’hui pris conscience de l’importance de stopper cette érosion et de travailler à restaurer les équilibres. » « Travailler » avec la nature Cela faisait plusieurs années qu’Hervé Gaschy réfléchissait à un tel objectif sur son exploitation. Par manque de temps et d’argent, il n’avait jamais sauté le pas. Quand il a vu l’appel à projets par l’Opaba, il s’est dit que c’était l’occasion ou jamais. Avec Antoine Keller, de la LPO, ils ont établi un diagnostic de ses parcelles pour établir ce qui pouvait être réalisé. « Il fallait trouver quelque chose qui soit efficace sur le plan écologique sans que cela nuise à son travail », résume ce dernier. La décision est prise de « sacrifier » un bout de parcelle de vignes situé sur le grand cru Pfersigberg pour y planter une haie composée de quinze espèces végétales que l’on trouve dans le secteur : noisetier, sureau noir, néflier commun, pommier sauvage, mais aussi le « fameux » prunellier, connu pour ses facultés invasives. « C’est un fait. Mais d’un autre côté, c’est une plante très intéressante pour les insectes et les oiseaux. Et nous l’avons planté le long de la route, le plus à l’écart des vignes, afin qu’il ne se propage dans la parcelle », rassure Antoine Keller. Cette haie, ainsi que ses « petites sœurs » disposées à quelques dizaines de mètres le long de la parcelle, s’inscrit dans un long corridor écologique qui parcourt tout le Piémont alsacien. Un milieu « typique » dans lequel on retrouve des espèces d’oiseaux indigènes comme le bruant zizi ou l’alouette lulu. Celles-ci ont besoin d’espaces en herbe, de végétation éparse et de lieux de reproduction comme des haies pour subsister. Sans ces éléments, elles seraient vouées à disparaître. À côté de ces oiseaux, ces îlots de végétation disséminés ici et là dans cette « mer de vigne » qui surplombe la plaine d’Alsace abritent aussi des auxiliaires de culture intéressants pour les vignes. « On peut avoir des alliés dans la nature. Par rapport au ver de la grappe, les oiseaux et les chauves-souris peuvent être très utiles. Mais pour cela, il faut bien qu’ils puissent habiter quelque part », souligne Hervé Gaschy. « La vie appelle la vie, poursuit Alexandre Keller. Sur des sols pauvres, il n’y a plus que des ravageurs. En favorisant la biodiversité, on favorise les prédateurs de ces mêmes ravageurs. On travaille avec la nature et on évite ainsi des interventions inutiles. On marie ainsi les intérêts écologiques et agronomiques. »

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