Publié le 14/07/2019
Un nouveau projet de schéma départemental de gestion cynégétique sera prochainement validé par le Préfet du Haut-Rhin. L’enquête publique se poursuit jusqu’au 20 juillet. René Zimpfer suit ce dossier depuis plus de trente années pour la FDSEA 68 et la Chambre d'agriculture Alsace.
La question des dégâts de gibier est un sujet récurrent qui agace beaucoup les agriculteurs. Pouvez-vous nous expliquer le contexte de ce nouveau schéma départemental ? « Nous entendons beaucoup de choses sur ce dossier de la chasse. Il faut que les exploitants agricoles participent à cette consultation publique. Il est primordial que les gens comprennent l’importance de cette consultation et la position des professionnels. Les dégâts de gibiers sont toujours plus importants. Le 9 juillet dernier, le fonds d’indemnisation des dégâts de sangliers a fait un état de la situation alarmant. Ces dégâts concernaient, déjà, pas moins de 122 hectares de maïs grain, plus de 5 ha de maïs ensilage, et surtout 1 200 ha de prairies contre 500 ha sur toute l’année 2018 ! En sept mois en 2019, cela représente déjà plus du double de toute l’année précédente, sur le seul département du Haut-Rhin. Cette situation interpelle. On ne peut plus seulement constater. Il faut agir concrètement. Ces chiffres donnent une pression supplémentaire à la rédaction de ce nouveau schéma départemental de gestion cynégétique. Par ailleurs, la situation est encore davantage préoccupante en montagne. La réalité économique y est très inquiétante et dramatique. Là-haut, il y a les dégâts de sangliers, mais également ceux causés par le gibier rouge, les cervidés. Les moyens à notre disposition nous ont permis d’identifier les territoires sinistrés par cette explosion des dégâts. On sait donc où et comment agir. » Est-ce que ce projet répond aux attentes des agriculteurs ? « Derrière chaque territoire, nous voulons mettre un nom de responsable de la gestion de ces territoires, grâce au travail du conseil d’administration du fonds d’indemnisation et celui de la fédération départementale des chasseurs qui, aujourd’hui, se rend bien compte que la situation actuelle ne peut plus perdurer. Les chasseurs ont un âge moyen élevé. Leur renouvellement n’est pas facile. Alors, oui, j’estime qu’on a fait un grand pas en avant avec ce travail en commun de la profession agricole et des instances de la chasse. Nous sommes d’accord sur le projet de ce schéma. Bien entendu, j’aurai préféré une interdiction de l’agrainage immédiate et pas seulement de 50 % en montagne, sans attendre deux années car l’agrainage a permis et permet un élevage à ciel ouvert de certaines espèces chassables comme le sanglier. Mais, ce projet doit permettre un retour à l’équilibre sylvo-cynégétique et, au bout du bout, à des dégâts « supportables » pour les professionnels agricoles. Ce nouveau schéma départemental responsabilise en effet davantage les chasseurs. Il les incite à chasser dans les délais avec une obligation de régulation des espèces et donc des tirs. Ce schéma est l’aboutissement d’un long travail de concertation et de respect mutuel entre les instances concernées. Cela fait plus de trente ans que je m’occupe de ce dossier. Je suis fier de pouvoir en arriver là. Il faut également préciser que les chasseurs qui ne remplissent généralement pas leurs obligations sont une minorité. Ils représentent environ dix lots de chasse qui représentent 70 % des dégâts ! Si demain ces dix lots sont gérés correctement, les dégâts reviendront à un niveau acceptable. » Vous insistez sur la nécessité de dialoguer et d’expliquer… « Oui. À chaque fois que nous allons à la rencontre des chasseurs, nous venons pour dialoguer et trouver la source des difficultés, des problèmes. À l’issue de chaque rencontre, si les gens acceptent de prendre leurs responsabilités, ils modifient leurs pratiques de chasse. Dans le cas contraire, nous demandons l’application stricte du règlement du cahier des charges signé entre le maire et le locataire de chasse qui donne obligation à l’élu de résilier le bail si le locataire fait défaut à ses obligations. Nous insistons sur ces notions de responsabilités et de devoirs. Pour les collectivités concernées, il n’y a pas de perte pécuniaire dans la mesure où si la commune reloue le lot de chasse à un loyer inférieur, l’ancien adjudicataire a l’obligation de payer jusqu’à la fin du bail. D’autre part, nous discutons avec les chasseurs pour structurer et monter une filière « venaison ». Cela permettra de s’assurer, à l’avenir, de pouvoir tirer un sanglier, un chevreuil ou un cerf sans se poser de question du devenir du gibier. Si derrière, il y a une filière organisée, le problème ne se posera plus. Ce point comme tous les autres nécessite du dialogue, des explications, de la patience, du respect mutuel. » Pouvez vous préciser la situation des espèces nuisibles dans le département ? « Il y a eu un renouvellement de la liste des espèces dite « nuisibles ». On y trouve des choses incroyables. On n’a plus le droit d’appeler un animal qui fait des dégâts « nuisible », mais « espèce susceptible de causer des dégâts aux cultures ». Plus incroyable encore, le département du Haut-Rhin était le seul département de l’hexagone qui n’avait pas déposé de dossier pour obtenir un tel classement ! Une fois de plus, il a fallu l’intervention de la FDSEA du Haut-Rhin, et notamment l’action efficace de Sophie Barleon et de Michel Busch. Ils sont revenus à la charge en s’appuyant sur une enquête avec des dégâts et des données chiffrés. Ils sont arrivés à convaincre l’administration de la nécessité de revoir le dossier pour obtenir une liste d’espèces susceptible de provoquer des dégâts. Cette liste a été publiée par un arrêté en date du 3 juillet dernier. Dans cette liste valable pour les trois années à venir et publiée par le Ministère de la transition écologique et solidaire, on trouve les corvidés, c’est-à-dire les corneilles noires et les corbeaux freux. Ils sont donc à nouveaux classés. Mais, ce sont les seuls ! C’est une avancée. Mais, c’est étonnant que l’étourneau sansonnet n’y soit pas dans le Haut-Rhin, faute de chiffres alors que le renard y figure dans 22 communes où on a réintroduit le grand hamster ! Et pas ailleurs. Les poules sont-elles moins environnementales que le grand hamster ? Et heureusement que le sanglier est classé nuisible par arrêté préfectoral. » Les mesures de prévention concernant la peste porcine africaine vont-elles poser des problèmes aux élevages ? « À ce jour, la peste porcine n’est pas présente en France. Mais, la profession agricole est interpellée par un arrêté pris par le Ministère de l’environnement concernant la biosécurité. Cet arrêté du 3 juin 2019 modifie l’arrêté du 8 février 2016 relatif aux mesures de biosécurité applicables dans les exploitations de volailles et d’autres oiseaux captifs dans le cadre de la prévention contre l’influenza aviaire. Il oblige un certain nombre de mesures pour les détenteurs d’animaux dont une formation obligatoire et des mesures inapplicables sur le territoire. Une des mesures phare de cet arrêté est la nécessité d’installer une clôture autour de l’installation classée et interdit à toute personne étrangère d’y pénétrer. Comment faire de la vente directe dans ces conditions ? Une autre mesure concerne le bac d’équarrissage. Selon cet arrêté, il doit être à l’entrée de l’installation classée, car le ramassage ne doit plus se faire sur le site même ! D’autre part, nous venons d’avoir une lettre de rappel qui nous indique qu’aucun animal de compagnie ou d’élevage, autre que les suidés concernés, ne doit pénétrer à l’intérieur de la zone d’élevage, donc du corps de ferme. Pour ma part, et ce sera ma conclusion, je sais également inventer des noms. À la place de biosécurité, je propose bioimbécillité. »












