Vie professionnelle

Publié le 13/06/2019

Mercredi 5 juin, le préfet du Haut-Rhin Laurent Touvet, le président de la Fédération Départementale des Chasseurs Gilles Kaszuk et le colonel Guillaume Leblond commandant le groupe départemental de gendarmerie ont signé un protocole qui acte la création des « Chasseurs Vigilants ».

Le protocole vise à former un réseau de volontaires parmi les chasseurs afin qu’ils puissent identifier des situations à risques et faciliter l’intervention de la gendarmerie dans les territoires les plus difficiles d’accès. À la suite de nombreuses dégradations constatées sur des installations de chasse, notamment dans le Sundgau, la Fédération des Chasseurs a été amenée à échanger régulièrement avec la gendarmerie. L’évidence d’un partenariat entre gendarmes et chasseurs sur le modèle « voisins vigilants » s’est imposée.     Concrètement, il s’agit de la mise en place d’une chaîne de vigilance structurée autour des chasseurs des trois secteurs, Sundgau, Plaine et Montagne. Identifié sous le label « Chasseurs Vigilants », ce maillage est fondé sur le principe de solidarité et du développement de l’esprit civique. Il vise à rassurer la population, améliorer la réactivité de la gendarmerie contre tout type de délinquance, et accroître l’efficacité de la prévention de proximité. En aucun cas les chasseurs ne devront intervenir Le Haut-Rhin est un des premiers départements français et le premier de la région Grand Est, à instituer ce statut bénévole de chasseur vigilant. Une trentaine de référents reconnus par les autorités, aura pour mission de recueillir les témoignages des chasseurs vigilants, dans le but de signaler à la gendarmerie tout fait anormal via un canal de communication privilégié. En aucun cas il ne sera demandé aux chasseurs d’intervenir, sauf si c’est pour porter secours à une personne. La gendarmerie pourra également faire appel aux chasseurs en cas de recherches ciblées, notamment de disparition inquiétante. En outre, les référents chasseurs font l’objet d’une sélection. Un casier judiciaire vierge est impératif pour intégrer ce dispositif.   Jean-Robert Haefélé

Publié le 02/06/2019

Dans un contexte difficile, l’assemblée générale de la section d’Erstein de Cristal Union a pris des allures de séance de psychothérapie collective. Tout le monde a besoin d’être « rassuré ». Et les planteurs sont exhortés à continuer à cultiver des betteraves, pour alimenter l’usine d’Erstein, afin qu’elle résiste jusqu’à l’embellie des cours.

Âcre. C’est la saveur qui s’est dégagée de cette assemblée générale. En avril, le groupe Cristal Union annonçait la possible fermeture des sucreries de Bourdon, dans le Puy-de-Dôme, et de Toury, dans l’Eure-et-Loir, ainsi que la réduction de l’activité de conditionnement d’Erstein, laissant des salariés et des planteurs sur le carreau. Un coup dur pour les betteraviers. Ceux des deux usines concernées par des projets de fermeture bien sûr, mais aussi pour ceux d’Erstein. Car Bourdon, Toury et Erstein sont les trois plus petites unités du groupe. Les planteurs d’Erstein ont des raisons légitimes d’avoir froid dans le dos. « La confiance s’est perdue. Le doute s’est installé. C’est un coup qui reste en travers de la gorge », témoigne l’un d’eux. Produire pour saturer les outils industriels Les dirigeants de Cristal Union, l’ont donc affirmé en long, en large et en travers : il n’est pas question de fermer Erstein. À condition que les producteurs continuent de produire des betteraves pour que l’usine tourne à plein régime. Alain Commissaire, directeur général, n’est pas là pour raconter des histoires : « Nous n’avons pas envie de fermer le site d’Erstein. Mais nous ne pouvons pas non plus admettre qu’un site perde systématiquement de l’argent. Le monde a changé, la compétition a changé. Il faut s’y adapter. Et vite. Le projet d’Erstein était basé sur une surface de 8 000 ha, je le rappelle, or cette année la surface a baissé de 15 %… Il n’y a pas de monde magique, il y a des chiffres et des objectifs. Et la solidarité ne fonctionne que si elle est jouée par tout le monde. Nous, nous avons besoin de betteraves. » Ça, c’est dit. Bruno Labilloy, directeur agricole, abonde : « Il est important de saturer les outils industriels, donc de maintenir les surfaces ». Et Gérard Lorber insiste : « L’objectif est de produire un maximum de betteraves pour faire tourner l’usine. » Il sait que c’est compliqué, avec la cercosporiose, mais il est « confiant dans le progrès génétique ». Il sait aussi que 22 €/t de betterave ne constitue pas une rémunération suffisante. Mais il rappelle : « Ce n’est pas figé dans le marbre. » Les producteurs en ont conscience. Mais ça n’enlève pas grand-chose à leurs inquiétudes : « La délocalisation n’est-elle pas une erreur stratégique alors qu’il y a des marchés de niche à satisfaire ? », s’interroge Julien Koegler, président des Jeunes Agriculteurs. Un autre enchaîne : « On ne peut plus continuer à produire à ces tarifs. Cela fait trois ans que je prends le bouillon. Mais je continue à faire l’effort de produire de la betterave, car je sais que si l’usine devait fermer, elle ne reviendra plus. Je joue le jeu de la solidarité. Mais j’espère qu’il y aura un retour. » Des décisions douloureuses dans l’intérêt général Olivier de Bohan, président du groupe, prend plus de pincettes que son directeur général. « J’ai la conviction que nous allons y arriver. Mais nous n’y arriverons pas seul. Les deux camps doivent être rassurés. La coopérative est le prolongement de l’exploitation. » Tous dans la même galère, en somme. Il affirme aussi : « Ce n’est pas parce que nous sommes une coopérative que nous ne devons pas prendre de décisions. Nous avons été capables d’en prendre. Elles sont douloureuses pour tout le monde. Mais elles relèvent de l’intérêt général. Car si nous ne nous mettons pas en ordre de marche nous nous affaiblissons collectivement. ». Il rappelle : « Tous les groupes sucriers sont dans le rouge. Il s’agit de prendre les décisions qui nous permettront de rebondir lorsque la situation s’améliorera. » À ceux qui verraient derrière ces restructurations le reflet de l’âpreté au gain des industriels, il rétorque qu’elles sont « les conséquences de politiques nuisibles à l’agriculture » et qu’il s’agit dès lors de se demander « quelles sont les décisions qui ont été prises qui ont conduit à ça. Et lesquelles prendre pour que ça ne se reproduise plus ». Avec les fermetures annoncées de Bourdon et Toury, Erstein devient la plus petite unité de production de sucre de France, mais « elle est et restera la plus grande alsacienne », conclut Gérard Lorber.

Publié le 31/05/2019

L’annonce d’Emmanuel Macron de garantir une retraite minimum de 1 000 € à partir de 2020 passe très mal chez les anciens exploitants agricoles qui attendent depuis 17 ans une pension à 85 % du Smic. Face à ce manque de reconnaissance récurrent de la part des pouvoirs publics, ils ont décidé de monter au créneau en adressant une lettre à tous les préfets et parlementaires français. Objectif : obtenir une revalorisation immédiate de leurs retraites.

Irrespect, non-reconnaissance, colère, incompréhension… Les retraités agricoles sont à bout. Et ne comprennent pas. Ils ne comprennent pas pourquoi le Gouvernement semble rester si sourd à leurs revendications - à savoir une revalorisation de leur pension à 85 % du Smic - alors qu’il s’est engagé fin avril, par la voix d’Emmanuel Macron, à assurer un minimum de 1 000 € par mois pour tous les retraités français, dont agricoles… en théorie. « C’est une mesure qui va dans le bon sens pour ceux qui partiront en retraite à partir de 2020, mais pas pour les indépendants manifestement. Et elle n’apporte aucune réponse aux plus faibles pensions perçues aujourd’hui par les anciens agriculteurs. Et nous, nous voulons une solution maintenant pour eux, pas en 2025 », explique Alain Lecler, président de la Section régionale des anciens exploitants (SRAE) du Grand Est. Ils sont actuellement 1,3 million à toucher une retraite moyenne de 760 € par mois, soit 100 € de moins que le minimum vieillesse établi à 868 €, et plus de 600 € de moins que la retraite moyenne de l’ensemble des Français, qui atteint actuellement 1 380 € par mois. 85 % du Smic, une promesse de… 2002 Lassés d’être en permanence les laissés-pour-compte du système de retraite français, les anciens exploitants ont décidé d’agir et de faire entendre leur désarroi au plus haut sommet de l’État. Dans chaque département, les sections des anciens des FDSEA, aux côtés des FDSEA, ont remis en mains propres à chaque préfet et à des parlementaires un courrier (lire encadré) destiné à Emmanuel Macron et son équipe afin de leur faire comprendre « l’état d’urgence » concernant les retraites agricoles. « On cherche une solution pour que les gens comprennent la situation dans laquelle on est. Là, on passe par les interlocuteurs directs du président de la République. On espère qu’on sera entendus cette fois », poursuit Alain Lecler. Le président du SRAE Grand Est fait bien de préciser « cette fois » tant ils ont déjà témoigné leur désespoir aux responsables politiques du pays. À chaque fois, ils ont eu droit à un retour compréhensif et compatissant. Mais derrière, les actes se font attendre. « Les 85 % du Smic, on aurait dû les avoir en 2007 suite à une loi votée à l’unanimité, tous partis confondus, en 2002. Dix-sept ans plus tard, on attend toujours. On n’est même plus aux 75 % du Smic étant donné qu’on n’a pas eu droit à l’inflation », se désole l’Ardennais Robert Henon, vice-président de la SRAE Grand Est et administrateur national dans la section des anciens de la FNSEA. Ce qui fait dire à l’Alsacien Paul Schiellein, également vice-président de la SRAE Grand Est, que les retraités agricoles d’aujourd’hui sont les « oubliés de la Nation ». « On a travaillé toute notre vie pour nourrir ce pays. Et aujourd’hui, les anciens sont très déçus par la non-reconnaissance dont ils sont victimes. » « Où est la solidarité nationale ? » Quand les anciens exploitants reviennent à la charge pour redemander les 85 % du Smic qu’on leur a promis au début des années 2000, la réponse est toujours sensiblement la même : cela va coûter « beaucoup d’argent » à l’État. « C’est là que je me dis qu’il y a un gros problème. On renfloue les caisses des mineurs ou des cheminots, mais dans notre cas, la solidarité nationale ne pourrait pas fonctionner. C’est une réponse qui est encore plus difficile à avaler quand on voit que le Gouvernement a réussi à débloquer dix milliards d’euros pour les Gilets Jaunes. Ce n’est qu’une question de volonté finalement », poursuit Robert Henon. Pourquoi, dans ce cas, ne pas avoir rejoint le mouvement contestataire né à l’automne dernier ? « C’est vrai, on aurait pu. Mais on ne voulait pas rajouter à la crise et éviter que cela empire. Pour autant, même si on est restés calmes, cela ne veut pas dire qu’on a le droit de nous oublier », complète le retraité agricole ardennais. Ou tout simplement vu au travers d’un prisme quelque peu déformant de la réalité agricole. « Dans la bouche de certains ministres, c’est normal qu’on ait des petites retraites étant donné qu’on a peu cotisé durant notre carrière. Sauf qu’ils oublient de préciser à chaque fois que c’était parce que l’alimentation était à bas prix », fait remarquer Paul Schiellein. Un outil de travail, pas une richesse Sans oublier les sempiternelles remarques sur le foncier et le matériel dont disposent les agriculteurs qui seraient des « nantis » de la société française. « Oui, on exploite des hectares et certains ont des gros tracteurs. Mais tout ça, c’est notre outil de travail ! On a dû s’endetter pour les avoir et ainsi pouvoir répondre aux volumes de production qui nous étaient demandés », clarifie Robert Henon. D’autant plus que tout ce foncier qui serait synonyme de « richesse » garantie pour les agriculteurs doit être cédé ou transmis en quasi-totalité pour pouvoir bénéficier de sa pension de retraite. Seule une parcelle de subsistance, dont la superficie varie d’un département à l’autre, peut être conservée par le néo-retraité agricole. L’inverse de l’Allemagne où le retraité agricole peut continuer à exploiter l’intégralité de sa sole en plus de sa pension, plus faible qu'en France. Grâce à leur système, les Allemands sont gagnants par rapport à nous. Au quotidien, c’est plus facile à vivre », indique Paul Schiellein. Se battre pour les retraites de demain À défaut d’une uniformisation des systèmes de retraite européens, on s’oriente aujourd’hui vers une uniformisation de tous les systèmes français. Un objectif de campagne du candidat Macron début 2017 mené tambour battant par Jean-Paul Delevoye, nommé pour l’occasion haut-commissaire à la réforme des retraites. « On a pu le rencontrer. Il nous a entendus et c’est très bien. Mais ça sera pour 2025. Et si le fait d’avoir un euro de retraite pour un euro cotisé est une bonne chose en soi, cela pose tout de même une question de fond pour le monde agricole. Quelle pension vont toucher les futurs retraités quand on voit les revenus actuels ? La moyenne est à 350 € et un agriculteur sur deux gagne un demi Smic. Il y a de quoi s’inquiéter », estime Robert Henon. C’est pour cela que la FNSEA a demandé qu’en cas d’année négative pour l’agriculteur, il ait quand même un minimum de cotisation retraite qui soit pris en charge. En en cas d’année confortable, il puisse faire des réserves non fiscalisées, contrairement à aujourd’hui.

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