Vie professionnelle

Publié le 09/05/2019

L’Alsace a reçu le congrès de la Cnaoc du 24 au 26 avril à Colmar. L’occasion de se pencher sur l’avenir de la production viticole à l’heure de la réforme de la Politique agricole commune et de son OCM Vin.

La Pac est appelée à être réformée. L’assemblée générale de la Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin à appellations d’origine contrôlées (Cnaoc) a examiné les propositions que la Commission européenne a mis sur la table. « Depuis dix ans, nous avons une politique basée sur les vins de qualité qui nous a plutôt réussi. L’Europe est passée de 2 à 12 milliards d’euros d’exportation. 70 % de ces vins sont en indication géographique protégée (IGP). Nous avons gagné la bataille de la compétitivité », indique Joao Onofre, chef de l'unité vin et spiritueux de la Commission européenne. Quelle place pour les vins désalcoolisés ? Parmi les nouvelles questions soulevées au sein du débat européen : le marché des vins sans alcool. Il existe un marché pour ces vins, donc une concurrence à réguler et des enjeux « au titre de la politique de la santé ». Mais dans quelle catégorie les positionner ? Dans les produits industriels, au risque de voir leur production échapper à toute règle viticole ou dans la famille des vins ? « La viticulture doit faire le même effort intellectuel que les autres secteurs des boissons », estime Joao Onofre, en les intégrant dans l'Organisation commune de marché (OCM) Vin. Un point de vue qui n'est pas partagé par les professionnels (lire encadré). Pour améliorer la transparence, la profession doit aussi avancer sur la question de l’étiquetage nutritionnel et sur la liste des ingrédients. La Commission mise sur l’autorégulation et prévoit la possibilité de dématérialiser ces informations (via un QR code par exemple). Cela doit permettre de protéger le secteur par rapport à des initiatives nationales plus contraignantes qui fleurissent en Europe, notamment dans les pays non-producteurs.   Congrès de la @Cnaoc. Intervention de Joao ONOFRE, Chef d’unité #vin Commission européenne. Un consensus se dégage autour de l’étiquetage des calories et de la dématérialisation des ingrédients #transparence pic.twitter.com/Yi8xkbwrlr — Krystel Lepresle (@LepresleK) 25 avril 2019   Un processus otage de plusieurs échéances Le processus législatif européen, outre sa complexité, est soumis à des échéances. Tout d'abord dans le contexte du Brexit, le budget européen n’est toujours pas arrêté. Ensuite les élections européennes du 26 mai prochain s’annoncent décisives. « Il y a un risque d’une composition difficile (du Parlement) pour établir un consensus. Cela peut avoir comme conséquence un retard dans l’adoption de cette réforme. Quoi qu’il en soit, il faut continuer à travailler sur ce dossier pour aboutir à une nouvelle politique agricole commune le plus tôt possible. Ce sera pour 2021 si tout va bien. Sinon, en 2022 », conclut le chef de l'unité vins de la Commission. Une analyse partagée par le député européen sortant, Éric Andrieu, rapporteur du texte. Il s’est dit confiant sur le rapport principal de l’OCM Vin soutenu à 80 % par la Commission agriculture du Parlement européen. Par contre, il est plus inquiet pour la mise en oeuvre des plans sectoriels, qui ont été transferés de l’OCM Vin vers trois plans stratégiques. L’avenir de ces rapports dépend de la composition du Parlement européen. La conférence des présidents doit décider de la suite à donner à ces rapports qui n’ont pas bénéficié du même soutien massif des élus sortants. « Soit le process se poursuit. Les différents rapports sont présentés en session plénière. Ils seraient alors votés avec des possibilités d’amendements. Nous pourrions donc être opérationnels en 2021. Soit un second scénario se dégage. Il ne permettrait pas de dégager de majorité pour ces rapports ou pour certains d’entre-eux. Il faudrait alors reprendre le travail, renommer les rapporteurs pour aboutir à la situation d’aujourd’hui, mais avec un an de travail perdu », constate Éric Andrieu. La Commission agri du Parlement propose de majorer de 3 % les nouveaux programmes sectoriels. Sur les autorisations de plantation, « nous les prolongeons à l’horizon 2050 avec une première évaluation à horizon 2023 puis tous les dix ans. Cela doit permettre d’inscrire cette règle dans le marbre pour donner de la perspective. Il y a eu un vote largement majoritaire sur ce point », indique Éric Andrieu. La Commission agri a par contre rejeté la proposition sur l’autorisation des cépages issus de Vitis Labrusca. « Cependant, on autorise là où c’est déjà existant », précise Éric Andrieu, légalisant ainsi des situations existantes sans permettre leur développement. Une ouverture aux hybrides issus de Vitis vinifera sur les vins avec IG est prévue pour travailler sur l’adaptation climatique et phytosanitaire. Le facteur humain, comme élément central des AOP a également été réintroduit dans le projet d’où il avait disparu. La Commission agri prévoit aussi que le dispositif sur l’étiquetage des apports énergétiques entre en application dans un délai de 18 mois après la réforme. Concernant la liste des ingrédients, les professionnels devraient bénéficier d’un délai de 36 mois pour s’adapter.   F. Michel @Min_Agriculture "La France défend le maintien des autorisations de plantations jusqu'en 2050, en accord avec la position du @Europarl_FR " @EricAndrieuEU @EU_Commission — CNAOC (@cnaoc) 25 avril 2019    

Balades Élevages et Paysages

Éleveurs et bâtisseurs

Publié le 09/05/2019

Dimanche 28 avril, Interbev Grand Est, l’interprofession bétail et viande, organisait la 10e édition de son opération « Balades Élevages et Paysages », à la ferme du Jodie à Steige. Au programme : balade agroécologique, visite de la ferme, produits du terroir…

Les éleveurs sont des bâtisseurs de paysage. Même s’ils n’en ont pas toujours conscience, puisque ces prairies sont leur lieu de travail. C’est ce que les participants aux balades commentées par Arnaud Hachon, conférencier-paysagiste, ont pu découvrir, dimanche 28 avril. Paysagiste de profession, il est aussi formateur à l’École d’horticulture et de paysage de Roville-aux-Chênes, dans les Vosges. La balade, qui fait un arc de cercle autour de la ferme du Jodie, dure une heure pour à peine un kilomètre. C'est que de nombreuses pauses sont prévues sur le parcours.     Première étape, sous un ciel légèrement menaçant. « C’est quoi, pour vous, un paysage ? », interroge Arnaud Hachon. Quelques timides réponses de la part de l'auditoire. Le guide affine : un paysage est constitué d’éléments concrets, physiques, comme le relief, mais aussi d’éléments qui le sont moins : les odeurs, les bruits… Une moto pétarade dans la vallée. Le groupe s’esclaffe. Arnaud décrit le panorama qui s’étale sous les yeux des promeneurs : « Il s’agit d’un paysage vallonné, agroforestier. Partout où la mécanisation est possible il y a des cultures, sinon des boisements. » Ouverture des paysages Un paysage, c’est aussi le reflet d’une époque. En 1886, le ban de Steige comprenait 200 ha de forêt, contre 800 ha actuellement. Une tendance qui reflète l’exode rural d’après-guerre. « Il fallait reconstruire le pays, les hommes ont préféré planter des arbres sur ces terres difficiles à cultiver, pour aller travailler en ville. Les vallées se sont enrésinées, sont devenues plus sombres, plus humides, moins attractives. » Actuellement la tendance s’inverse, sous l’effet d’une volonté politique de réouverture des paysages. Une mue paysagère qui s’opère grâce au bétail, qui entretient les nouvelles pâtures. Puis, le conférencier invite à observer la végétation environnante. Il désigne une espèce d’orchidée sauvage, dont le biotope est intimement lié à l’élevage. Il fait observer un alignement de ces orchidées sous une clôture. « Elles fonctionnent comme des couloirs écologiques », souligne-t-il. Et ce n’est pas tout. Pour abreuver leurs animaux, les éleveurs disposent des points d’eau dans les pâtures, qui sont autant de niches écologiques. Tout comme les bouses, « qui nourrissent des insectes ». Deuxième étape, un peu plus haut, et sous un léger crachin, Arnaud Hachon donne l’étymologie de Steige : « C’est un nom qui vient de l’Allemand, qui veut dire sentier étroit et escarpé. ». Le nom correspond bien à la commune. Ses maisons s’étirent le long de la route qui relie l’Alsace et la Lorraine. Une particularité qui se retrouve dans l’habitat, mêlant des éléments architecturaux typiquement alsaciens et lorrains. Sous une pluie devenue battante, il informe : « A Steige, il y a beaucoup d’eau, on compte pas moins de 11 fontaines. » Des paysages façonnés par l’histoire Avant d’aller se mettre à l’abri - relatif - des frondaisons forestières, petite halte devant une haie, « c’est une clôture naturelle, avec du sureau, du noisetier, des ronces, qui fournissent de quoi nourrir oiseaux et rongeur, et qui fonctionne comme un corridor pour leur permettre de se déplacer à l’abri des prédateurs ». Juste en face affleure la roche-mère, du schiste, une roche métamorphique. Ici elle donne naissance à une formation très particulière : « les schistes de Steige ». Puis le groupe débouche sur une clairière. Heureusement l’averse est terminée. Autrefois un hagis, la plaine a été déboisée. « Avec le changement climatique, l’épicéa est de moins en moins adapté au contexte local. On voit plein de sujets qui souffrent de la sécheresse, qui sont attaqués par les scolytes… » Devant une pousse d’Alchémille commune, Arnaud Hachon évoque la « mémoire du sol », qui n’est autre que son stock semencier. Lorsqu’une parcelle d’épicéas est déboisée, le sol est remué et les graines qui étaient en dormance germent, et la végétation reprend ses droits. Il ne reste plus qu’à dévaler la pente qui débouche derrière l’étable de la ferme du Jodie, à suivre les effluves du stand de grillades, et à se revigorer au contact de quelques timides rayons de soleil.

Élections européennes

L’agriculture en campagne

Publié le 03/05/2019

Les candidats des principales listes aux élections européennes de mai ont présenté les grandes lignes de leur programme pour l’agriculture, jeudi 18 avril devant la presse agricole. Trois axes principaux reviennent en boucle : réformer la Pac, rehausser le revenu des agriculteurs et préserver l’environnement. Mais les méthodes divergent selon les partis.

Tous les cinq ans, l’agriculture revient au centre des débats électoraux européens. Normal. La politique agricole reste le principal poste budgétaire de l’Union. De plus, la réalité du changement climatique pousse les partis à aborder le sujet de l’écologie. Et l’agriculture n’est jamais loin quand on parle d’environnement. À un peu plus d’un mois du scrutin, les candidats des six principales listes ont défendu leur programme agricole devant les représentants du Syndicat national de la presse agricole et rurale. La plupart des partis ont établi leur programme selon trois lignes directrices : Pac post-2020, revenu des agriculteurs et environnement. • Pac, Paf, Paac C’est le sujet numéro un de la campagne. La réforme de la Politique agricole commune post-2020 est en pleine discussion entre les États membres. Son budget est menacé (lire en pages 12-13 de notre n° 13 du 29 mars 2019). Un coup dur pour la France, première bénéficiaire des aides européennes. Tous les candidats s’affichent alors en défenseurs du budget agricole. « Notre premier point est évidemment de sécuriser la Pac », confirme Hervé Juvin, du Rassemblement national (RN). Idem du côté de La République en marche (LREM), des Républicains (LR) et des socialistes. Mais les projets divergent sur l’esprit même de la Pac et ses grands principes. Le parti de Marine Le Pen, fidèle à ses convictions, souhaite renationaliser en partie le dispositif. « Nous considérons que les stratégies se font au niveau des États nations », pointe Hervé Juvin. Selon lui, les pays européens devraient définir leurs propres politiques agricoles. La Pac deviendrait un simple coffre-fort dans lequel les États piochent leurs aides. Bref, une Politique agricole française (Paf) qui ne dit pas son nom. Horreur pour les Républicains. « La politique agricole doit rester commune, insiste Anne Sander. Nous ne voulons pas de 27 modèles différents avec une concurrence exacerbée. » De son côté, le parti présidentiel veut aller plus loin. « L’Europe doit refaire de son agriculture un secteur stratégique », appuie ainsi Jérémy Decerle. À gauche de l’échiquier, on se préoccupe plutôt du modèle agricole européen. Les partis souhaitent revenir à l’essence même de la Pac. À savoir : nourrir les habitants. La France insoumise (LFI) veut par exemple renommer le mécanisme en Politique agricole et alimentaire commune (Paac). « Comme ça, on donne bien l’objectif de l’alimentation, pas celui de la compétitivité ou de la productivité », explique Laurence Lyonnais. Benoît Biteau est au diapason. Le candidat d’Europe écologie les verts (EELV) parle de « mission de sécurité alimentaire ». Les socialistes défendent la même idée, avec des termes plus pointus. « Depuis 54 ans, l’agrochimie a cloisonné l’agriculture, l’alimentation et la santé humaine, rappelle l’eurodéputé Éric Andrieu. Cela a fait perdre son sens à l’agriculture. » Lui préconise une construction des filières à partir de la qualité des aliments et du respect de l’environnement. • En finir avec les paysans précaires L’ensemble des listes promet d’œuvrer pour augmenter le salaire des paysans. Deux leviers principaux émergent des débats. D’abord, plusieurs candidats proposent de modifier la répartition des aides Pac. Jérémy Decerle, de LREM, souhaite « diminuer les soutiens dirigés aux hectares et les rediriger vers l’activité humaine ». En clair, les subventions ne favoriseraient plus les grandes exploitations, mais celles qui emploient le plus d’actifs agricoles. Une logique adoubée par les écologistes. Elle serait porteuse « d’un modèle de développement agricole tourné vers l’installation et l’emploi », selon Benoît Biteau. Autre parti, autre approche. LFI plaide pour un plafonnement des aides. Elles seraient limitées à 60 000 € par actif et réservées aux fermes de moins de 100 ha.     L’autre solution consisterait à rémunérer les agriculteurs pour les services environnementaux rendus. « Si l’industriel doit payer pour la tonne de CO2 qu’il émet, je ne vois pas pourquoi le propriétaire de cultures qui captent le CO2 ne serait pas rémunéré pour le service rendu », expose Hervé Juvin, du RN. Une logique suivie par LR. Le parti de droite se garde cependant d’avancer des mesures concrètes. Il se borne à demander une « rémunération pour des services rendus dans les territoires ». En parallèle, le parti socialiste montre les muscles. Il entend lutter contre la volatilité des prix. Éric Andrieu appelle à la création d’un régulateur sectoriel. Le concept ? Installer des observatoires des prix dans chaque filière des pays membres. Les experts informeraient en temps réel la Commission européenne de toute dégringolade ou envolée des cours d’une denrée. À partir de là, les instances de l’UE disposeraient d’un mois pour apporter des réponses. « Retrait volontaire du produit et si ça ne suffit pas, sanction de ceux qui continuent à produire plus à l’échelle de l’UE », dégaine l’eurodéputé. • Sauver l’environnement sans détruire l’agriculture L’écologie occupe une place centrale dans le débat politique. Un thème inhérent à l’agriculture. Chaque parti a préparé le verdissement de son programme. Jérémy Decerle réaffirme l’ambition du parti présidentiel à s’écarter des produits phytosanitaires. « Nous devons réussir la transition écologique, être moins dépendants des pesticides et en sortir à 50 % d’ici 2025. » Cependant, il défend plus de pragmatisme. Avec des objectifs de résultats préférés aux objectifs de moyens. Les Républicains aussi s’emparent du sujet de l’écologie. « Les enjeux environnementaux sont essentiels, admet Anne Sander. Mais nous ne voulons pas opposer l’agriculture à l’environnement. » Le sous-titre : pas de nouvelles mesures écologiques sans compensations ou alternatives pour les paysans. Le RN, d’habitude peu bavard sur l’écologie, a décidé d’en faire un thème central de sa campagne. Le parti d’extrême-droite défend le « localisme ». Le concept oppose local et global. Une philosophie en phase avec la préférence nationale prônée de longue date par la formation. Car pour le RN, la mondialisation ruine l’agriculture française et détruit l’environnement. Le parti plaide pour la sortie des accords de libre-échange et le rétablissement des barrières douanières. Moins radicale, La France insoumise demande la fin des accords commerciaux. Mais elle ne parle pas d’un retour aux barrières douanières.   "Le localisme que nous défendons est la seule option qui soit réellement écologique, en inversant le coût de la distance : le produit qui vient de près doit être moins cher que le produit qui vient de loin, c'est du BON SENS !" #Rostrenen #Bretagne pic.twitter.com/uIsfXtDgOy — Marine Le Pen (@MLP_officiel) 5 avril 2019   Retour aux petites fermes pour les socialistes. Voilà leur credo en résumé. « Je prône un recentrage de l’agriculture vers des exploitations familiales et vertueuses », détaille ainsi Éric Andrieu. Les écologistes, eux, veulent avant tout réduire la dépendance au pétrole et produits chimiques.   Retrouvez l'intégralité des entretiens en vidéo sur le lien suivant.

Pages

Les vidéos