Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin
Pour une souveraineté alimentaire de qualité
Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin
Publié le 24/05/2019
Conscient de ne pas être formé sur les dossiers agricoles, le député Olivier Becht, ancien maire de Rixheim, a souhaité rencontrer des Jeunes Agriculteurs de son secteur afin de connaître les problématiques liées à leur profession.
« Le poids économique de l’agriculture n’est pas très important à Rixheim, mais quand on travaille à l’échelle nationale, on se rend compte de tous les enjeux liés à la production agricole. En tant que député, il me paraît indispensable de me former sur ce dossier, pour être un bon relais à l’Assemblée nationale. Il est toujours difficile de défendre ce qu’on ne comprend pas ou ce qu’on n’a pas vécu. » Et pour se mettre à niveau, rien de mieux qu’une sortie sur le terrain. La main-d’œuvre : un facteur limitant La journée a débuté par une visite chez Patrick Meyer, installé depuis 6 ans sur une exploitation céréalière et maraîchère à Rixheim. Sa production de légumes est vendue directement sur l’exploitation et en grande majorité en grande distribution via Système U et Intermarché à la marge. Pour faire tourner l’exploitation, Patrick emploie un salarié à plein temps et trois saisonniers en pleine saison. Et c’est une véritable source de préoccupation pour le jeune exploitant. « Il faut déjà être sûr de trouver du monde à embaucher, la main-d’œuvre qualifiée ou motivée se fait de plus en plus rare. Et en plus, c’est une charge très importante pour mon exploitation. En Allemagne, un salarié coûte 7 € de l’heure, charges comprises. En France, le SMIC est à 11,54 €. Sacré delta pour une saison ! Notre compétitivité est complètement plombée à cause de ces différences de coûts ! Sans parler des contraintes administratives liées aux embauches et la pression de mal faire… » Justement, pour alléger cette pression, les députés ont fait voter le « droit à l’erreur ». « On sait bien que l’administratif est complexe en France et que tout le monde peut se tromper. Avec cette loi, tant que l’Administration n’a pas prouvé la mauvaise foi de la personne contrôlée, elle ne peut pas être inquiétée », explique Olivier Becht. Une concurrence déloyale dans un marché commun La concurrence avec les pays voisins se fait particulièrement sentir pour les productions maraîchères. « Par exemple, l’Espagne gère totalement le marché de la tomate. Ils sont les premiers à en mettre sur le marché, à des tarifs qui leur permettent de faire du bénéfice, et quand nous pouvons livrer des tomates en juin, ils cassent les prix. Ils ont déjà des charges beaucoup plus faibles que nous, on ne peut pas s’aligner ! », se désole Patrick. De plus, les techniques de production sont différentes d’un pays à l’autre. Toutes productions confondues, certaines molécules sont interdites en France, mais largement utilisées en dehors des frontières. « L’Union Européenne importe en moyenne 575 000 tonnes de blé tendre du Canada, où le glyphosate est systématiquement utilisé. Et pendant ce temps-là, on exporte le blé français en Égypte. On nous impose des cahiers des charges strictes, pour avoir un produit de qualité et sain qui part à l’export, et dans nos assiettes on retrouve des aliments importés, qui contiennent des substances qu’on veut interdire en France. Quelle logique ? » Pour Patrick Meyer, « si l’agriculture doit être dans un marché économique mondial, alors il faut que ça soit à technique de production et qualité égales ». « En local, il va maintenant aussi falloir s’attaquer à la problématique des basses eaux du Rhin si nous voulons pouvoir encore valoriser notre maïs et gagner en compétitivité. » Une pression toujours plus élevée sur les éleveurs L’après-midi, la délégation s’est rendue chez Lionel Helfenstein, éleveur laitier à Dietwiller, l’occasion d’aborder les problématiques d’élevage. Le principal défi à venir est celui de l’autonomie protéique. « Toutes les céréales produites sur l’exploitation sont utilisées pour l’alimentation du bétail, ce qui nous permet d’avoir de l’ensilage de maïs à donner aux vaches laitières », explique Lionel. Mais cette autonomie protéique n’est pas permise pour toutes les exploitations. « Notre territoire n’est pas doté d’outils qui permettraient d’avoir des tourteaux de colza ou de la luzerne déshydratée par exemple », explique Ange Loing, président des Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin. « De plus, suite à des accords d’après-guerre, la France est tenue d’importer du tourteau de soja. C’est totalement illogique en termes d’impact environnemental ! Comme souvent, ce sont les agriculteurs qui subissent ces accords géopolitiques ! L’agriculture ne doit plus être une variable d’ajustement dans les négociations commerciales. En plus de mettre à mal les agriculteurs français, c’est notre sécurité alimentaire à tous que nous mettons en jeu. » La pression économique est pesante pour les éleveurs, qui doivent aussi assumer une pression morale de plus en plus accablante des antispécistes. Pour Lionel, cela devient dur de voir l’image de l’agriculture se dégrader. « On se sent épiés au quotidien, tout le monde veut nous apprendre notre métier. Sans parler des menaces des personnes qui ne voudraient plus d’élevages en France ! » L’écart se creuse entre producteurs et consommateurs et cela inquiète la profession agricole qui souhaite recréer du lien. « Nous sommes fiers de nourrir la France, nous demandons juste un peu de reconnaissance pour notre métier et le soutien des pouvoirs publics », implore Ange Loing. « Nous attendons de nos élus qu’ils répètent et fassent entendre que notre agriculture est vertueuse, et la plus durable du monde, qu’ils mettent en avant tous les services que l’agriculture rend à la société. Sans élevage, quelle valorisation de l’herbe ? Sans élevage, plus de substrat organique pour les cultures ! Si nous souhaitons que des jeunes continuent à s’installer pour maintenir un maillage agricole fort sur le territoire, il devient urgent de soutenir l’agriculture ! » Olivier Becht a été sensible au profond malaise qui touche l’agriculture. Il s’est engagé à défendre la cause agricole à l’Assemblée nationale, afin de permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur métier et de garder une agriculture de qualité en France.












