Vie professionnelle

Earl du Roetling à Traubach-le-Bas

La Tuile du Sundgau, un fromage de diversification

Publié le 25/04/2019

Depuis le début de l’année, Maïté Richert et Stéphane Muller produisent un nouveau fromage : la Tuile du Sundgau. Il est proposé directement dans leur magasin en vente directe, situé dans le même bâtiment que leur nouvelle fromagerie. Ce jeune couple d’éleveurs a trouvé une voie de diversification pour pérenniser l’Earl du Roetling à Traubach-le-Bas.

Originaire de Carspach, Maïté Richert, 29 ans, n’était pas forcément destinée à travailler sur une exploitation agricole. Après un bac science et technique en laboratoire, puis une licence en génie de l’environnement, elle a souhaité se réorienter après un premier stage en entreprise. Auparavant, elle a passé une année en Irlande où elle A fait du Wwoofing. Elle se retrouve dans différentes fermes où elle s’occupe des vaches et de la traite. C’est sa première découverte concrète du monde agricole. Ensuite, elle effectue plusieurs stages à l’étranger. Des stages liés à la biodiversité, à l’agro écologie, à l’optimisation des déchets, à l'étude des impacts de l'utilisation de pesticides. « Ces stages ont forgé mon projet de vie et ma vie professionnelle. J’ai alors eu envie d’aller plus loin dans ma réflexion sur les pratiques agricoles, sur l’environnement, sur la façon d’agir pour la planète dans notre vie de tous les jours », explique Maïté Richert. Elle effectue un Master puis un service civique dans une association à Strasbourg travaillant sur différents projets sociaux et agricoles. Elle a un temps l’opportunité d’être contrôleuse Pac et de faire un stage en fromagerie. « Nous étions en 2015. Une année qui a été décisive. Je me rendais compte des limites du travail humanitaire qui était jusque-là ma priorité dans la vie. Je voulais faire quelque chose de plus concret. La solution était de faire de la vente directe sur son territoire, sur sa ferme. J’ai alors suivi une nouvelle formation. Cela correspondait à mon envie de travailler localement, afin de pouvoir fabriquer quelque chose de mes mains », ajoute la jeune femme. Dans le même temps, son compagnon, Stéphane Muller, 30 ans, a poursuivi ses études qui l’ont mené à une prépa à Nice et à réussir son diplôme d’ingénieur informatique en 2013. Une belle réussite pour ce fils d’agriculteurs qui a suivi l’évolution de l’exploitation à Traubach-le-Bas. « Adolescent, j’ai toujours aidé mes parents et j’ai continué à le faire à chaque fois que j’étais en congés pendant mes études. L’évolution de la ferme m’a toujours concerné. J’ai un temps travaillé à mi-temps dans l’informatique. Mais, cela était compliqué à concilier avec le travail à la ferme. J’ai donc décidé de rester définitivement sur la ferme. D’abord en tant qu’aide familial. Je me suis ensuite installé au terme d’un parcours non aidé qui était plus simple et avec bien moins de contraintes administratives. Une installation aidée aurait nécessité de se conformer à un projet initial alors que je voulais être libre de mes choix », précise Stéphane Muller. Le jeune couple décide donc de monter un projet commun sur l’Earl du Roetling.     Un sens pédagogique Maïté et Stéphane prennent le temps de construire ce projet professionnel. Il évolue au fil des mois. L’idée est finalement de rénover un bâtiment pour se doter d'une fromagerie et un local de vente directe. Les travaux débutent au début de l’année 2018. De nombreux artisans locaux interviennent. « On est passé d’un petit projet dans un local frigo de 30 m2 pour transformer 30 000 litres de lait à un projet de 100 000 litres sur 100 m2. On a pris le temps de maturer ce projet. On a fait en sorte que le coût énergétique soit le moins fort possible. Les travaux se sont ensuite bien déroulés. Le 8 janvier 2019, on a fait le premier écrémage de lait et le 15 janvier, on a pu officiellement ouvrir ce magasin », se félicite Stéphane Muller. Initialement, ce bâtiment avait a une charpente en bois sur un mur en agglo. Un étayage de la charpente a été réalisé afin de supprimer le mur. Une ossature bois a été réalisée avec une isolation de 14 cm de laine de verre et des panneaux « sandwichs » de 6 cm ont été installés. Au plafond, il y a 20 cm d’épaisseur pour assurer une isolation maximale. Les ventilations sont en VMC double flux décentralisé​ pour limiter les pertes de chaleur. Il y a un seul groupe froid avec un récupérateur de chaleur pour chauffer les pièces qui le nécessitent. Des fenêtres permettent, depuis l’extérieur, d'observer tout le travail autour du fromage. « Nous voulons expliquer aux gens de cette façon ce que nous faisons. Cela a un sens pédagogique », plaide Stéphane Muller. Depuis la fin du mois de janvier, la couple commercialise ses fromages appelés Tuile du Sundgau. La réussite a été immédiate. La demande très forte. Une cinquantaine de fromages hebdomadaire étaient prévus. 250 sont désormais écoulés chaque semaine alors que ce chiffre devait être atteint sur trois ans ! « Cela montre les limites d’une étude économique, d’un prévisionnel. Il faut dire que les gens nous connaissent et attendaient le produit. Nous le vendons ici au local de vente, mais également à l’îlot Fermier à Hirsingue, au Champs de l’Ill à Spechbach-le-Bas, au magasin « Fraîcheur Paysanne de l’Ill » à Ruelisheim, au marché fermier de Manspach, ainsi qu’à Traubach-le-Haut à la ferme du Hohbourg. C'est le produit phare de notre gamme. La Tuile du Sundgau est un fromage à pâte molle avec une croûte mixte. On le lave un peu et on laisse la croûte se développer. C’est un fromage grand public qui est doux avec un léger goût de noisette et un peu fruité », se réjouit Maïté Richert. Son nom est un clin d’œil au passé du Sundgau et à son essor économique.     Un cheptel qui évolue Le travail ne manque pas à la ferme. Il y a les autres produits laitiers que sont le beurre, la crème, le lait cru, le fromage blanc traditionnel type bibeleskaes, les fromages apéritifs, frais, affinés ou façon crottins. Tous ces produits sont en vente au magasin. Et, il y a toutes les autres productions de la ferme qui représentent toujours une autre charge de travail. 70 hectares de foncier et 65 vaches à dominante Holstein. « Mais, depuis trois ans, l'intégralité du troupeau est croisé avec des Brunes des Alpes, des Montbéliardes et des Jersiaises. La moyenne de production est de 8 000 litres par vache (moyenne économique à 43,5/34,5) », précise Stéphane Muller. L’exploitation est également céréalière avec une vingtaine d’hectares de blé, cinq hectares de maïs grain et des cultures fourragères comme la luzerne, le maïs ensilage, l’herbe. Là également, le jeune éleveur est en réflexion. « Je fais une rotation des cultures, mais je me cherche encore car nous sommes en transition vers le non-labour. Je tente de produire plus de protéines d’où l’intérêt de la luzerne et des méteils. À terme, nous souhaitons que le troupeau diminue si la fromagerie est bien rentable. Nous ne nous fermons pas de porte. Nous voulons augmenter la pâture et l’herbe dans les rations », poursuit Stéphane Muller. Le couple fait un peu de steak haché, du veau gras et de nombreux produits laitiers.   Les produits de la ferme sont également disponibles en vente directe le mercredi de 16 h à 19 h 30 et le samedi de 10 h à 12 h 30.

Ce samedi 20 avril à Mulhouse

La seconde édition de la JA’s Day

Publié le 25/04/2019

Organisé par les jeunes agriculteurs du Haut-Rhin et « Les vitrines de Mulhouse », la seconde édition des JA’S Day se déroule sur le marché de Pâques de Mulhouse, place de la Réunion, ce samedi 20 avril de 10 h à 19 h. L’occasion pour le grand public de découvrir les filières agricoles et leurs produits du terroir.

Le marché de Pâques à Mulhouse existe depuis plusieurs années. Les jeunes agriculteurs du Haut-Rhin se sont joints à la manifestation l’an passé. La réussite a été au rendez-vous. « C’est venu enrichir et étoffer notre marché. Et le public a apprécié de pouvoir rencontrer les professionnels présents. Ces derniers ont souhaité revenir. Nous avons évidemment accepté avec un grand plaisir », se félicite Sophie Julien, directrice des « vitrines de Mulhouse ». Plusieurs lieux de rendez-vous sont donc fixés. Au marché de Mulhouse tout d’abord, à partir de 7 h du matin dans la Halle du marché avec une petite ferme vivante où l’on verra des poussins, des canetons et des lapins, puis de 9 h à 14 h sur l’ensemble du traditionnel marché hebdomadaire. Sur la place Franklin ensuite avec l’association du même nom qui distribuera 100 kg de chocolat et des tickets gagnants d’une tombola en lien avec 280 commerçants. Et, enfin, sur la place de la Réunion où les jeunes agriculteurs du Haut-Rhin seront présents de 10 h à 19 h pour faire découvrir le monde agricole aux gens de la ville. L’agriculture la plus durable du monde Comme l’année passée, il sera possible d’admirer une exposition de tracteurs, une miniferme avec des vaches, des moutons, des lapins ou encore des poules, d’avoir une présentation des différentes filières du département (lait, céréales, viande, fruits et légumes), ou encore de profiter d’un marché paysan avec les ventes des produits issus des fermes du Haut-Rhin. Il sera également possible de se restaurer sur place pour déguster des tartes flambées locales. Sans oublier le traditionnel marché de Pâques et les animations pour les enfants. « Nous avons voulu proposer un large choix pour accueillir le plus grand nombre de citoyens, si possible les familles. L’année passée, il y avait eu une belle affluence et les gens étaient restés longtemps sur les lieux de la manifestation, puis en ville », ajoute Sophie Julien. Cette seconde édition arrive au bon moment pour les jeunes agriculteurs du Haut-Rhin qui souhaitent communiquer auprès du grand public sur la réalité agricole. « Dans les médias nationaux, on montre sans cesse l’agriculture de la peur. On déforme la réalité. À chaque problème, il y a toujours quelque part les agriculteurs. Nous sommes lassés et en colère. Nous avons au contraire une agriculture saine, avec un cahier des charges strict. Les reportages montrent souvent un modèle agricole venant des États-Unis ou de Chine. Il est à l’opposé de ce que nous faisons en France. Le consommateur est légitimement perturbé. Nous voulons donc recréer du lien avec lui et lui faire comprendre qu’on a l’agriculture la plus durable du monde », insiste Patrick Meyer, agriculteur à Rixheim, et secrétaire général des JA 68. Une diversité du monde agricole qui sera montrée en lien avec différents organismes des filières existantes dans le Haut-Rhin comme Interbev, le Cniel ou encore l’Opaba. « Pour la partie concernant la restauration, nous allons proposer des burgers avec des steaks hachés de mon exploitation, mais également des frites bio du Sundgau de l’exploitation Plieger à Spechbach-le-Bas. Un burger 100 % local, 100 % Alsace. L’idée est de montrer qu’il est possible de consommer ce qui est produit localement grâce à la diversité des productions présentes en Alsace. On peut le faire à la condition de respecter les saisons et de mettre de la bonne volonté », ajoute Nicolas Dieterich, exploitant agricole à Schweighouse, près de Thann.

Patrimoine culturel immatériel

La boucherie française aux portes de l’Unesco

Publié le 25/04/2019

Victor Dumas souhaite inscrire la boucherie française sur la liste du patrimoine culturel universel de l’Unesco. Mardi 9 avril, le jeune boucher lyonnais s’est arrêté en Alsace pour promouvoir son projet.

« Silence ça tourne. » Caméras, micros, script… La salle du restaurant Le Cerf, à Marlenheim, ressemble à un studio de cinéma, ce mardi après-midi. Pas de Masterchef ou de Dîner presque parfait au programme. Mais une web-série intitulée « Victor à l’Unesco ». Les six épisodes documentent le tour de France de Victor Dumas, du 27 mars au 15 avril. À 20 ans, ce boucher lyonnais rêve de voir son métier sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. D’où lui vient cette idée ? Du mondial de boucherie, l’an dernier à Belfast. Il y a remporté le 3e prix des apprentis. « J’ai vu que notre boucherie se démarque des autres pays, commence ce grand brun aux yeux bleus. On est un peu les chirurgiens de la viande. » Le Meilleur apprenti de France 2016 aime citer une particularité tricolore. Ici, les bouchers détaillent près de quarante morceaux sur une demi-bête. À l’étranger, à peine cinq ou six. « C’est vrai qu’on fignole plus, on cherche les petits morceaux », appuie Jacqueline Riedinger-Balzer, présidente de la Fédération des artisans bouchers en Alsace. Ainsi, merlans et araignées sont absents des étals allemands ou italiens. « Je veux montrer la belle image » À son retour en France, médaille de bronze autour du cou, Victor toque à la porte de la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs. Il explique son projet de conquête de l’Unesco. Bingo, le puissant syndicat lui apporte son soutien. La confédération se charge de constituer le dossier et finance son road-trip (et la web-série). Victor joue le rôle de porte-étendard. « C’est une chance d’avoir des ambassadeurs jeunes et motivés », s’enthousiasme Jacqueline Riedinger-Balzer, conquise. Outre la reconnaissance du savoir-faire national, la démarche séduit car elle défend la profession. « Le métier est souvent sali, justifie Victor. Je veux montrer la belle image. » Une allusion à peine voilée aux récentes attaques de militants antispécistes sur les réseaux sociaux et contre les vitrines des artisans. Autre intérêt pour la profession : assurer la relève. Victor connaît bien le problème, son père est éleveur. Et à l’instar de l’agriculture, la boucherie voit ses professionnels partir à la retraite sans être remplacés. « L’idée est aussi de redonner envie aux jeunes de se lancer dans le métier », confirme le Lyonnais. Pour cela quoi de mieux qu’une mascotte jeune, qui communique sur les réseaux sociaux ? La deuxième étape de sa tournée s’est d’ailleurs déroulée au Centre de formation d’apprentis d’Avignon. « Il va y avoir plein d’entreprises à reprendre dans les prochaines années, insiste la patronne des bouchers alsaciens. Il faut motiver les nouvelles générations. » Entre boucherie et gastronomie, des liens indéfectibles Mais la journée à Marlenheim vise surtout à montrer les liens entre boucherie et gastronomie. Victor s’est incrusté parmi les casseroles et poêles du Cerf, plus vieux restaurant étoilé de France. Car la haute cuisine a besoin de bons bouchers. Joël Philipps, le chef de la maison, s’illumine : « Quand on a une belle pièce de viande devant nous, c’est comme notre bébé. » D’ailleurs, la boucherie serait le maillon le plus important de la chaîne, selon lui. « Elle est au milieu de la filière. Grâce à elle, on peut remonter dans l’élevage et descendre jusque dans l’assiette. » Dans la salle du restaurant, les caméras se sont arrêtées de filmer. Victor doit déjà partir. Prochain arrêt : Paris, le 15 avril. Un responsable de l’Unesco devrait le recevoir au siège de l’organisation. Un passage symbolique. La chasse aux signatures d’élus et la constitution du dossier commenceront après. « La procédure dure au moins deux ans », tempère Victor. D’ici là, le jeune prodige sera peut-être médaillé avec l’équipe de France de boucherie. Il compte participer aux mondiaux de 2020. Dans la catégorie « adultes » cette fois.

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