Vie professionnelle

Philippe Barbier, président de la Fnaropa

Quand retraité rime avec maltraité

Publié le 09/04/2019

« Nous avons le devoir de faire évoluer la perception des seniors dans l’opinion publique et de lui faire prendre conscience de notre place réelle dans la société », affirme Philippe Barbier, président de la Fédération nationale des Aropa (Fnaropa) et vice-président de la Confédération française des retraités.

« Oisifs », « nantis », « coûteux »… Les seniors sont régulièrement montrés du doigt. « Face à cette stigmatisation, nous voulons que les hommes politiques prennent conscience de la place que nous occupons dans la société, la cellule familiale, la politique », indique Philippe Barbier, président de la Fédération nationale des associations de retraités d’entreprises et d’organismes professionnels agricoles. Petit rappel : le montant moyen de la retraite est de 1 288 €/mois en France. « Près de 45 % des retraités touchent moins de 1 200 €/mois. On est très loin de l’opulence ! » Par contre, concède Philippe Barbier, les Français sont les champions d’Europe du temps passé à la retraite. « Nous avons la meilleure espérance de vie de l’Union européenne, avec 88,6 ans pour les femmes et 84,3 ans pour les hommes. » Et l’âge du départ à la retraite est fixé à 62 ans en France, contre 65 dans la plupart des pays européens. « En moyenne, nous passons six ans de plus à la retraite que nos voisins européens. » Lorsqu’elle a été créée, en 1945, la durée moyenne de la retraite était de cinq ans. Aujourd’hui, elle est de 25 ans. « D’où l’urgence de réformer le système. » Avec l’allongement de la durée de vie, un nouveau phénomène de société est en train d’apparaître. « Nous sommes une génération pivot. Il n’est pas rare de voir coexister quatre générations, nos parents, nous, nos enfants et nos petits-enfants. » Un retraité sur deux s’occupe d’ailleurs de ses parents - il y consacre plus de 5 h par semaine. Sur les 11 millions d’aidants familiaux que compte la France, 4,3 millions sont des retraités. Seules 44 % des familles font appel à une aide extérieure. Les retraités sont aussi disponibles pour les petits-enfants. L’âge moyen d’arrivée du premier petit-enfant est de 55 ans. 75 % des plus de 65 ans ont en moyenne 5,2 petits-enfants. « Ils leur consacrent chaque année 23 millions d’heures de garde. Autant que les assistantes maternelles. » Et nombre de retraités exercent un nouveau « métier ». Chauffeur de taxi, pour amener leurs petits-enfants aux cours de musique, de danse, de sport, etc. La valeur des prestations fournies par les grands-parents, y compris les aides financières, est chiffrée à 30 milliards d’euros par an. « En retraite, mais pas en retrait » Les 9 millions de grands-mères et les 6 millions de grands-pères sont des porteurs de mémoire et des témoins du passé. Ils transmettent l’histoire familiale, les traditions, la langue régionale. Ce sont aussi des passeurs de savoir-faire - cuisine, jardinage, bricolage, couture, etc. Mais surtout, ce sont des acteurs engagés de la vie de la cité. « En retraite, mais pas en retrait », insiste Philippe Barbier. 87 % des retraités ont voté aux dernières élections présidentielles, soit 7 % de plus que le reste de la population. Et ils occupent des postes clés : l’âge moyen des maires est de 57 ans et près de 30 % des conseillers municipaux ont plus de 60 ans. Et que dire de leur implication dans le milieu associatif ? 48 % des associations françaises sont présidées par des retraités. Ils jouent un rôle moteur dans le fonctionnement des associations caritatives, comme les Restos du Cœur, la Banque Alimentaire, la Croix Rouge. Un retraité sur deux est bénévole dans une association - il effectue en moyenne 110 h/an de bénévolat. Cela fait un milliard d’heures, dont on peut estimer le coût à 10 milliards d’euros par an. Le poids des plus de 50 ans dans l’économie française est très important. « Ils pèsent pour 54 % des dépenses de consommation. Avec une particularité : ils achètent de préférence français. » 33 % d’entre eux possèdent une tablette et achètent en ligne, précise Philippe Barbier. Ils dépensent trois fois plus pour leur santé et sont créateurs de milliers d’emplois (services à la personne et aide à l’autonomie). Conscients de la performance de leur modèle social, les seniors sont aussi créateurs de lien social et promoteurs du changement. Ils sont lanceurs d’alerte sur la perte d’autonomie. En 2030, 25 % des + de 65 ans seront dépendants. La perte d’autonomie et sa compensation deviennent un enjeu majeur. Mais les retraités ne peuvent pas se mettre en grève. Leur seul poids est électoral. « Soyons organisés pour agir et peser dans les débats qui s’ouvrent. »

Crédit Agricole Alsace Vosges

« Une année ensoleillée mais fraîche »

Publié le 08/04/2019

Vendredi 29 mars, le Crédit Agricole Alsace Vosges a présenté ses résultats 2018. Un bilan « encourageant malgré un contexte difficile » pour le secteur bancaire.

« Une année ensoleillée mais fraîche. » Voilà le résumé de l’exercice 2018 selon le directeur général du Crédit Agricole Alsace Vosges (CAAV), Pierre Fort. Il présentait vendredi dernier les résultats de la Caisse régionale. Côté soleil, la banque renoue avec les bons résultats financiers. Son produit net bancaire de 261,5 millions d’euros (M€) progresse de 0,6 % sur un an. Le résultat brut d’exploitation s’établit à 98,8 M€. En hausse de 0,9 %. Une première depuis 2013. « Cette croissance modeste traduit une inflexion après des années de baisse », se félicite Pierre Fort. Enfin, le résultat net augmente légèrement. 70,3 M€ en 2018, contre 70 M€ en 2017. Côté fraîcheur, les taux bas imposés par la Banque centrale européenne depuis 2013 pénalisent la rentabilité bancaire. De plus, le climat anxiogène (Brexit, guerre économique États-Unis - Chine, gilets jaunes) freine les investissements. En conséquence, les dirigeants du CAAV restent prudents. « Je ne crierais pas un grand « cocorico », confirme Pierre Fort. Nos résultats sont bons, mais encore timides. » Un cœur de métier : l’agriculture Le Crédit Agricole la porte dans ses gènes et dans son nom. L’agriculture constitue un secteur stratégique pour le CAAV. La Caisse revendique 72 % du marché agricole. Soit près de 10 800 exploitations affiliées dans la région. Mieux. La banque accompagnerait environ 80 % des agriculteurs qui s’installent. Autre donnée importante, sur les 650 M€ de crédits professionnels débloqués en 2018, 140 M€ ont financé des projets de paysans. « Cela montre bien que malgré la période difficile, les agriculteurs continuent à investir », se réjouit Henri Buecher, président du CAAV. Cette année, le CAAV a fait un pas de plus en direction des jeunes agriculteurs. La banque a signé un partenariat avec la Safer afin de soulager le porte-monnaie des nouveaux exploitants. Grâce au portage du foncier. En clair, la Safer achète les terrains voulus par l’agriculteur. La banque régionale prête l’argent. Le producteur loue ses terres pendant cinq à dix ans et les rachète au prix d’origine à la fin du contrat. L’opération vise à donner un délai supplémentaire aux installés hors cadre familial. L’achat des champs pèse souvent trop lourd sur leurs finances en début de carrière. Une banque « 100 % humaine » Le duo à la tête de la Caisse régionale a aussi insisté sur l’aspect « responsable » de l’établissement. Ils ont commandé une étude afin d’illustrer l’impact du CAAV dans l’économie locale. Ainsi, les investissements de la Caisse en 2017 ont soutenu 17 600 emplois dans la région. Dont 9 500 dans le Bas-Rhin et 5 400 dans le Haut-Rhin. D’autre part, la Caisse a investi dans ses agences. Ainsi, huit guichets ont été rénovés en 2017. Pour un coût de 13 M€. Cette année, 17 nouveaux chantiers sont prévus. Ce maintien d’une présence physique à l’heure du tout numérique fait la fierté du président Henri Buecher. « Ces résultats confortent le modèle que nous avons choisi, à la fois 100 % digital et 100 % humain. » Dans un autre registre, l’entreprise affiche de bonnes notes en termes d’égalité hommes-femmes. Ainsi elle a obtenu un score de 86/100 à l’index d’égalité salariale. Depuis le 1er mars, les grandes entreprises doivent atteindre au moins 75/100 pour rentrer dans les clous de la loi. Un point d’amélioration ? « Il n’y a qu’une seule femme parmi les dix plus gros salaires », confesse Pierre Fort. Un petit effort supplémentaire pour remporter le 100/100.

FDSEA du Haut-Rhin - Section des anciens

« Les actifs doivent être à nos côtés »

Publié le 01/04/2019

Espérée depuis longue date, la revalorisation de la retraite agricole à 85 % du SMIC reste plus que jamais l’objectif à atteindre pour la section des anciens de la FDSEA du Haut-Rhin. Pour faire enfin évoluer la donne, le soutien des actifs est vu comme « indispensable ».

Quinze ans. C’est ce qu’il aura fallu aux anciens exploitants agricoles pour obtenir une pension de retraite à 75 % du SMIC. Quinze années pour un montant ridicule au regard du travail et l’investissent qui a été accompli pendant plus de quarante ans. « Nous sommes la seule catégorie professionnelle à toucher aussi peu pour une carrière complète. C’est une aberration totale et c’est profondément injuste », déplore le président de la section des anciens de la FDSEA du Haut-Rhin, Jean-Paul Obrecht. Quinze ans pour 75 % du SMIC. Et combien d’années encore avant d’avoir les 85 % ? Voilà trois ans que les anciens exploitants se battent pour faire évoluer les choses en ce sens. « Mais au rythme où ça avance, ce seront les futurs retraités agricoles qui en profiteront. Nous, j’ai bien peur qu’on n’en voie pas la couleur. » Ceux qui en bénéficieront probablement les premiers, ce sont tous les chefs d’exploitation âgés de plus de 55 ans. Et ils sont nombreux. Rien que dans le Haut-Rhin, on en dénombre actuellement 824. Autant de personnes encore actives que les syndicats des anciens souhaiteraient inclure dans cette « lutte » pour de meilleures pensions de retraite. Pour ce faire, René Quintlé invite l’ensemble des exploitants retraités haut-rhinois à solliciter les élus FDSEA dans leurs communes. « Il faut qu’ils nous soutiennent, sinon nous n’arriverons pas à atteindre nos objectifs. » Maintenir la pression Pourtant, ces fameux 85 % du SMIC ont bien failli devenir réalité il y a peu. Suite à une proposition de loi communiste votée à l’unanimité par les députés début 2017, la retraite des agriculteurs aurait dû passer à 987 euros net en 2018 en contrepartie d’une augmentation d’une taxe sur les grandes surfaces commerciales. Le texte a finalement été retoqué au dernier moment par l’exécutif pour ne pas « créer un nouvel impôt sans cadre budgétaire » ni décider d’une revalorisation « indépendamment des autres évolutions qui affectent notre système de retraites ». L’idée étant pour Emmanuel Macron de mettre en œuvre sa grande réforme de retraites en créant un « système unique » remplaçant la quarantaine de régimes existants. Le vote de cette réforme d’envergure est prévu pour les prochains mois en théorie. Néanmoins, Alain Leclerc, président de la section des anciens de la FRSEA du Grand Est reste prudent. « On aurait dû avoir les 85 % du SMIC en 2007 déjà. Douze ans après, je ne crois plus à la volonté politique de nous apporter satisfaction. Alors oui, on est très bien reçu par nos élus. Tous s’accordent à dire que le montant de nos retraites est inacceptable. Pour autant, rien ne change. J’ai l’impression que les retraités agricoles sont des cocus : on les aime mais on les trompe. » Les propos sont durs mais assumés de la part de l’ancien exploitant vosgien. Il garde l’espoir que cette « grande réforme des retraites » se fasse, et de la bonne manière, à savoir qu’un euro cotisé par un agriculteur soit strictement équivalent à un euro cotisé par un fonctionnaire ou à un salarié du privé. « Si ça se fait comme ça, on aura bien entendu tout à y gagner. Mais je pense que nous devrons continuer à nous battre car on sent bien que les pouvoirs publics ne sont pas prêts à débloquer les financements de nos retraites aussi facilement », poursuit Alain Leclerc. Agriculteur, viticulteur : même combat Sur ce point, les responsables de la section des anciens de la FDSEA 68 sont catégoriques : il est hors de question de faire peser la charge du financement des retraites agricoles sur le dos des actifs en place. « C’est la solidarité nationale qui doit financer nos retraites », souligne Philippe Wolff, ancien directeur adjoint de la Chambre d'agriculture du Bas-Rhin et retraité agricole. Cette solidarité doit aussi se voir au sein même de la profession, qu’on soit agriculteur ou viticulteur. Philippe Wolff déplore que les viticulteurs de sa génération « ne se sentent pas concernés » par le combat mené par les sections des FDSEA du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. « C’est vrai, à l’origine, on avait l’Ava. Les exploitants disaient qu’ils n’avaient pas besoin de la FDSEA. Mais les choses ont évolué depuis et le sujet mériterait d’être abordé », indique René Quintlé. L’ancien président de la section des anciens de la FDSEA 68, Jean-Paul Schneider, enfonce le clou : « En matière de retraite, il n’y a pas une politique céréalière, une politique d’élevage ou une politique viticole. Nous sommes tous concernés par la même chose. Nous avons tous les mêmes droits et les mêmes devoirs. »

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