Vie professionnelle

Publié le 26/03/2019

La production biologique poursuit sa croissance en Alsace. Elle attire des professionnels toujours plus nombreux et des consommateurs qui cherchent à faire évoluer leurs habitudes alimentaires. Réunis en assemblée générale le 11 mars à Muttersholtz, les agriculteurs concernés s’inquiètent cependant des retards de paiements des aides de l'État.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le 31 décembre 2018, 838 fermes étaient engagées en bio en Alsace, dont 107 nouvelles fermes pour la seule année 2018. Elles occupaient 27 190 hectares, soit 8 % de la surface agricole utile (SAU). Toutes les filières sont concernées par cette croissance : la viticulture évidemment, mais également le lait, les légumes, la viande, les fruits ou encore le monde de l’aviculture. « Nous avons multiplié par trois le nombre de producteurs bio dans la région entre 2007 et 2018. Nous sommes dans une belle et réelle dynamique. Nous avons dépassé le stade d’une agriculture de niche. Notre objectif est d’atteindre les 33 660 hectares soit 10 % de la SAU en 2020. Cette hausse permettrait d’atteindre symboliquement la barre des 1 000 exploitations engagées en bio », explique le président sortant de l’Organisation des producteurs de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), Julien Scharsch. Pour structurer la demande et l’offre, mais également pour pérenniser ce développement du bio, un réseau s’est organisé. Il s’articule autour de trois échelons : les groupements départementaux des agriculteurs bio, les groupements régionaux et la fédération nationale d’agriculture biologique. Dans le Grand Est, ce réseau s’est donné pour mission d’accompagner le développement de l’agriculture biologique, par le partage d’une agriculture ouverte à tous les agriculteurs. Il souhaite aussi développer des filières structurées et équitables pour permettre le développement de fermes viables avec des produits bien identifiés localement par les consommateurs. Enfin, il s’agit de contribuer au développement du tissu agricole et de l’économie rurale, autour de projets territoriaux contribuant au développement local, à la préservation de la qualité de l’eau, de l’air, des sols et de la biodiversité. Ce réseau était constitué fin 2018 de 988 adhérents dont 459, soit 63 %, pour la seule Alsace. « Vivre de nos métiers » La dynamique est réelle. Mais, elle est freinée par des difficultés administratives et financières. « Le retard des aides pour le bio est une réelle source d’inquiétudes. Et, surtout, elle engendre de très gros problèmes de trésorerie pour de nombreux exploitants. La réponse que l’on nous donne n’est plus tenable. On envoie des sondes sur la planète Mars, mais l’informatique empêcherait un paiement en temps et en heure du travail des agriculteurs bio. Cela suffit ! Les fermes bio rendent un service à la société qui n’est pas marchand. Nous attendons en retour que la société reconnaissance cette réalité », s’agace Julien Scharsch. Des propos complétés par Paul Fritsch de la Coordination Rurale. « Il faut que l’on puisse vivre de nos métiers. Pendant longtemps, on a orienté les agriculteurs à produire des choses que la société ne voulait pas acheter. Les exploités allaient là où il n’y avait pas de marché. Il est temps de changer de philosophie. Il faut inciter les agriculteurs à suivre le choix des consommateurs. Sur ce point, à l’Opaba, vous êtes en phase avec la réalité du marché. » Présent à la réunion, Denis Schott pour la direction départementale des territoires (DDT) a tenté de rassurer les professionnels sur le paiement des aides. « Il est en cours dans sa plus grosse partie pour l’année 2016. Les dossiers sont en instruction pour l’année 2017. Et pour 2018, l’objectif est de pouvoir dégager une première partie du budget d’ici un mois. Nous pensons que d’ici l’été, voire l’automne prochain, l’essentiel de ces paiements aura été réalisé. » Des propos qui n’ont pas semblé convaincre les agriculteurs présents. Des grandes cultures à la viticulture Pour développer l’agriculture biologique dans les territoires, l’Opaba poursuit son travail de recherche et de développement sur deux thèmes principaux : la restauration de la qualité de l’eau d’une part, la relocalisation de l’alimentation et la limitation de l’impact environnemental d’autre part. Pour le premier point, un travail est effectué autour des captages dégradés (Kintzheim, Hilsenheim, Mommenheim, Rouffach). Sur le second point, une étude de faisabilité est en cours pour le développement d’un magasin de producteurs dans l’Eurométropole de Strasbourg, l’introduction de produits bio en restauration sur l’agglomération de Mulhouse, de nouveaux projets alimentaires en Alsace Bossue ou encore l’accompagnement de la mutation agricole de la ferme de l’association Adèle de Glaubitz à Cernay. « Nous œuvrons sur tout le territoire avec différents partenaires. Ces états des lieux, ces diagnostics ou encore ces sensibilisations auprès des collectivités ou des habitants sont un préalable à la réussite de ce développement du bio », indique Antoine Gueidan, en charge de la question à l’Opaba. Un tour d’horizon de la situation des différentes filières a été effectué. Pour les grandes cultures, le secteur d’activité est encore le moins concerné par le bio puisque seulement 210 fermes sont concernées pour une surface de 4 089 hectares, soit 2,1 % des surfaces des céréales. Des perspectives de développement existent cependant et de nouveaux professionnels s’inscrivent dans la démarche. C’est par exemple le cas de Thomas Ditner, jeune céréalier installé dans le Sundgau et élu lors de cette assemblée générale au sein du conseil d’administration. En revanche, la filière viticole en Alsace est exemplaire, et même « moteur » dans son développement. Il y a dans la région 359 domaines en bio et 55 en conversion en 2018. Cela représente environ 3 016 hectares soit 19 % de l’ensemble du vignoble. « La dynamique de conversion est forte et elle est réelle dans toutes les structures. Tout le monde n’a pas le même objectif, mais le travail de qualité est bien là. Nous accompagnons ces mouvements en réalisant un gros travail de communication comme, par exemple, les rendez-vous des vignerons bio ou différentes dégustations », se félicitent Martine Becker et Bruno Schloegel en charge du dossier à l’Opaba. Un constat cependant : la prudence est de rigueur. « Aujourd’hui, tout le monde veut être plus bio que son voisin alors que, nous pionniers, nous avons dû nous battre pour pouvoir exister au départ. Faisons attention à ce que nous faisons », préviennent les professionnels. Cela passe par de la pédagogie. Il ne s’agit pas seulement de produire, mais également de pouvoir accroître la consommation des produits bio. « Nous comptons donc développer la consommation des produits bio en restauration collective. Différentes animations sont ainsi proposées dans les écoles primaires, dans les entreprises ou dans les établissements scolaires », indique Dany Schmidt, vice-président sortant de l’Opaba. Il s’agit également de développer la distribution des produits bio régionaux en circuits courts, ou encore de mener de nouvelles opérations de communication. Aurélie Quirin succède à Julien Scharsch Enfin, l’assemblée générale a approuvé le rapport financier qui présente un excédent de 1 053 €, le tarif des cotisations dont le système est basé sur des tranches de chiffre d’affaires et renouvelé son conseil d’administration. Sur ce dernier point, Julien Scharsch a indiqué qu’il allait céder la présidence de l’Opaba. « Je viens d’effectuer un mandat qui a débuté en 2015. Merci à toutes et à tous pour ces quatre belles années. Un important travail a été mené en équipe. Il n’est pas fini. On ne lâche rien », conclut Julien Scharsch. Le conseil d’administration de l'OPABA qui a eu lieu quelques jours plus tard lui a trouvé un successeur. Il s'agit d'Aurélie Quirin. Elle est exploitante agricole à Weyer en Alsace bossue.

Publié le 25/03/2019

Appel des éditeurs et des agences de presse français aux membres du Parlement européen en faveur de l’adoption de la directive sur le droit d’auteur dans le marché numérique.

À l’heure de la globalisation induite par le marché numérique, l’existence et la défense d’un paysage culturel et médiatique libre, indépendant et pluraliste, sont indispensables à l’exercice et au renforcement de la démocratie européenne. Cet objectif ne peut être atteint qu’à condition que ceux qui créent et financent les contenus ne soient pas dépossédés de la valeur qu’ils génèrent par les acteurs technologiques. C’est ce que garantit, à l’image de l’ensemble des actions ambitieuses en faveur de la culture constamment portées par l’Europe, la directive sur le droit d’auteur dans le marché numérique que nous vous appelons à adopter. Ce texte prévoit notamment la création d’un droit voisin pour les éditeurs et les agences de presse, une avancée fondamentale pour l’avenir de la presse européenne, dans toute sa diversité, et la qualité de l’information qu’elle produit. Face à la prolifération des fausses informations, autant attentatoires aux droits des personnes qu’aux fondements de nos sociétés, nos médias constituent un repère fiable en permettant à chacun d’accéder à une information de métier. C’est une chance pour nos démocraties que la numérisation de la presse ait conduit à doubler son lectorat en se retrouvant sur tous les canaux de diffusion. Mais la valeur que les plateformes numériques captent de la circulation des contenus de presse doit être redistribuée équitablement entre tous les acteurs. C’est l’objet même du droit voisin de protéger l’investissement, de permettre un rééquilibrage du partage de la valeur entre la presse et des plateformes souvent monopolistiques et de consolider le droit d’auteur des journalistes. La création d’un droit voisin constitue un moment décisif pour la presse de métier et indépendante. La juste rémunération de ce droit permettra aux éditeurs et aux journalistes de poursuivre leur mission d’information de tous les publics avec fiabilité et rigueur. L’avenir d’une Europe culturelle et médiatique pluraliste, pérenne et indépendante est entre vos mains. Adoptez la directive sur le droit d’auteur dans le marché numérique ! #YES2COPYRIGHT

Publié le 23/03/2019

Maintenant que la loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire a été votée, « il va falloir très vite passer à la phase opérationnelle », estime Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine, qui participait à une table-ronde le 12 mars au lycée agricole d’Obernai. La pérennité de la filière bovine française est en jeu.

Comment enrayer la baisse du cheptel et de la production de viande bovine française ? Que faire pour assurer un revenu décent aux éleveurs ? Comment convaincre les distributeurs de prendre effectivement en compte le coût de production de la viande bovine dans la fixation du prix de vente ? Ces questions étaient au cœur de la table-ronde organisée le 12 mars au lycée agricole d’Obernai en présence de Bruno Dufayet, président de la commission "enjeux sociétaux à la Fédération nationale bovine (FNB). Cette table-ronde a réuni Christian Schleiffer, engraisseur de jeunes bovins à Uhrwiller, Jacky Ernwein, éleveur de vaches allaitantes à Oberhausbergen, Gaétan Vix, éleveur de vaches allaitantes et de veaux de lait en filière intégrée à Wolschheim, et Thomas Urban, éleveur à Schwindratzheim et membre du bureau de l’Association de production animale de l’Est (Apal). « Dans une région comme la nôtre, avec des productions diversifiées, on peut facilement faire le choix d’arrêter l’élevage, a d’abord exposé Philippe Boehmler, membre du bureau de la FNB, qui animait la rencontre. Et une fois qu’on arrête, on ne revient plus en arrière. » Ce phénomène, que l’on observe en France dans des proportions jamais vues auparavant, touche également l’Alsace, bien qu’à un degré moindre, selon les chiffres présentés par Mathieu Vaillant, conseiller élevage à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Éleveur de vaches salers dans le Cantal, en système naisseur-engraisseur, Bruno Dufayet reconnaît que les revenus tirés de l’élevage ne sont « pas réjouissants » - 15 000 € par exploitation bovine en 2018. C’est l’une des causes de la décapitalisation actuelle : « Il y a 400 000 vaches allaitantes en moins depuis juin 2016, soit un recul de 10 % du cheptel, c’est extrêmement inquiétant. Nous sommes à un moment charnière, il faut interpeller les pouvoirs publics par rapport à l’enjeu du maintien de la production. » D’autres raisons expliquent le recul du cheptel bovin français, selon le responsable de la FNB : le manque de perspectives et le vieillissement de la population d’éleveurs. « Un vrai engagement de chaque famille » Pour leur redonner des perspectives, estime Bruno Dufayet, il est nécessaire de mieux rémunérer les producteurs pour qu’ils puissent, au minimum, couvrir leurs coûts de production, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Pour cela, il compte sur les dispositions de la loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire (loi EGAlim), adoptée en octobre dernier. « Nous avons bâti un plan de filière autour de cette ambition », explique le président de la FNB. Ce plan prévoit la montée en gamme de la production de viande bovine française : l’objectif est d’atteindre 40 % de la production sous label, contre 3 % aujourd’hui. Il prévoit également de renforcer la contractualisation, qui concerne moins de 1 % de la viande bovine actuellement. L’ambition est de monter à 30 % de volumes contractualisés toutes catégories confondues, précise Bruno Dufayet. « Ce plan a été signé par l’ensemble de l’interprofession, c’est donc un vrai engagement de chaque famille, de la production à la distribution », insiste le président de la FNB. En marge du #congresfnb2019, le Ministre @dguillaume26 s’engage à mettre en place un suivi périodique par le @gouvernementFR des avancées concrètes du plan de filière viande bovine @Min_Agriculture — FNB (@EleveursBovins) February 5, 2019 Maintenant que le plan de filière est signé, « nous devons passer très vite à la phase opérationnelle. Il y a urgence », déclare Bruno Dufayet, rappelant que la FNB a dû batailler pendant 17 mois avant de faire valider les indicateurs de coûts de production pour les différentes catégories d’animaux. Il va désormais falloir « combler le fossé entre les coûts de production et les prix réellement payés aux éleveurs ». « Nous sommes dans les moments durs de la mise en application » de la loi EGAlim, reconnaît-il. Contractualisation : une réponse par écrit Concrètement, l’éleveur doit proposer un contrat écrit à l’acheteur, celui-ci a l’obligation d’y répondre par écrit. En cas de désaccord sur le prix, il sera possible de se référer aux indicateurs de coût de production. Ne pas respecter ces indicateurs expose à des poursuites pour « prix abusivement bas », ce qui peut être sanctionné par la loi. « C’est un bouleversement, assure le président de la FNB. C’est le choix de chacun d’utiliser la loi. À la FNB, on veut s’en servir pour faire entendre notre ambition et peser sur les opérateurs. » Dans la salle, des interrogations s’expriment. « Jusqu’où aller si un distributeur n’est pas prêt à payer le prix demandé ? », interroge Philippe Boehmler. « La contractualisation est-elle réellement possible en élevage allaitant ? », se demande Jacky Ernwein. « Peut-on se battre avec un distributeur local qui importe la majorité de sa production d’ailleurs ? », intervient un troisième éleveur. Face à ces questions, Bruno Dufayet réitère la nécessité de la contractualisation, « réclamée depuis longtemps par l’amont de la filière et freinée par l’aval, qui joue sur l’engorgement du marché pour faire fluctuer les prix vers le bas ». Pression syndicale À propos des importations, le président de la FNB affirme que celles-ci n’inondent pas le marché, contrairement à une idée reçue. « Notre action, c’est de travailler sur le marché français, même si nous avons une stratégie à l’export. On se bat pour la répartition de la valeur sur ce marché », insiste Bruno Dufayet, persuadé que de la valeur, « il s’en crée » et que « la loi va permettre de peser davantage sur les discussions interprofessionnelles que durant ces vingt dernières années ». « Il ne faut pas être angélique, avertit de son côté Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin. Sans la pression syndicale, il n’y aura pas de partage de valeur. » Marc Moser, président du Comptoir agricole, approuve : « Nous sommes au milieu du gué. Pour l’instant, ce sont les quatre distributeurs nationaux qui profitent de la loi EGAlim et communiquent sur le fait de rémunérer la production. Il faut les mettre devant le fait accompli et maintenir la pression syndicale au plus fort. » Interpellé par Jean-Luc Hoffmann, président de la Corporation des bouchers-charcutiers du Bas-Rhin, le président de la FNB reconnaît que « pour les bouchers qui travaillent avec des éleveurs, la couverture des coûts de production y est. Mais les boucheries ne représentent que 15 % des volumes, les gros volumes passent par la grande distribution. » Et si aujourd’hui, plus de 95 % de la viande bovine vendue en GMS est française, c’est aussi le résultat de la pression syndicale, ajoute Bruno Dufayet. Pour la restauration collective, « c’est la loi qui va faire le boulot puisqu’elle oblige à recourir à de l’approvisionnement local à hauteur de 50 % ». La FNB a d’ailleurs commencé à recevoir tous les groupes de restauration commerciale, pour que ces ambitions ne restent pas lettre morte. Qualité de la viande et du service Daniel Dreyfuss, dirigeant de la société Dreyfuss et vice-président de l’Apal, met en avant le décalage entre l’offre et la demande, qui expliquerait, selon lui, les importations de viande étrangère. Il évoque aussi une sous-consommation de viande bovine et la décision prise par certains opérateurs de suspendre les abattages une journée par semaine. Le président de la FNB précise que la consommation baisse effectivement en GMS (- 6 %), mais qu’elle est en hausse dans la restauration hors foyer. Toute destination confondue, elle serait même en hausse de 2 %. La décision de suspendre les abattages, quant à elle, a été prise en pleine négociation commerciale du steak haché, Bigard ayant décidé de faire pression pour faire passer des hausses de prix. Une décision qui, « pour une fois, va dans le sens de la production », indique Bruno Dufayet. Le prix n’est pas la seule variable sur laquelle travaille la profession, ajoute le président de la FNB. « Nous sommes en train de travailler sur la qualité de la viande et du service. Plus on se rapproche de 21 jours de maturation, plus le client est content. Aujourd’hui en GMS, cette durée est de sept jours. »

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