Vie professionnelle

Mutualité sociale agricole d’Alsace

Un « coup de pouce » pour se connecter

Publié le 08/03/2019

Pour la troisième année consécutive, la MSA d’Alsace organise actuellement sa formation « coup de pouce connexion » destinée aux actifs agricoles qui ne sont pas à l’aise avec internet et l’outil informatique. Début avril, ils deviendront enfin « autonomes » face à un monde numérique qui, pour certains, leur a longtemps fait peur.

Le geste est encore un peu hésitant, le doute toujours présent. Dans cette salle informatique de la Mutualité sociale agricole d’Alsace, à Colmar, neuf actifs agricoles, salariés et exploitants, font, pour certains, leurs premiers pas dans le monde de l’informatique et d’internet. Des univers que ces hommes et femmes âgés de 40 à 60 ans pensaient jusque-là réservés aux autres. À leurs côtés, Patrick Soubiran, formateur en informatique à la MSA d’Alsace, Josiane Ringeisen et Olivia Mallet, assistantes sociales, sont là pour les guider progressivement dans cet espace numérique. Pendant douze séances d’une demi-journée, à raison d’une séance par semaine, ils vont peu à peu apprivoiser la souris, le clavier, le courrier électronique, la recherche sur internet ou encore le traitement de texte pour, enfin, devenir « autonomes » avec ces technologies devenues incontournables aujourd’hui. « Dans le cadre de leur accompagnement, les travailleurs sociaux ont détecté des personnes en grande difficulté avec ces outils. Certaines étaient même persuadées que ce n’était pas pour elles, ou qu’elles avaient simplement passé l’âge. Du coup, elles devaient à chaque fois faire appel à leurs enfants ou à des proches pour effectuer des démarches en ligne. De là est venue l’idée de proposer une formation aux actifs agricoles désireux de devenirs enfin indépendants avec le numérique », explique Olivia Mallet. C’est la troisième année que la MSA anime cette formation. Les deux premières, dans le Bas-Rhin, avaient déjà fait salle comble. « Quand on leur propose cette formation, les gens acceptent tout de suite », précise-t-elle. D’autant plus que la formation est entièrement gratuite et permet, à ceux qui ne sont pas encore équipés, d’acheter un ordinateur, fixe ou portable, à moindre coût, la MSA prenant en charge une partie de l’investissement. Outre la maîtrise basique de l’ordinateur et d’internet, les participants vivent une « expérience de groupe, une expérience humaine ». « Ils reprennent confiance en eux. Ça les valorise de réussir à faire des choses qu’ils pensaient réservées aux autres. Une fois la formation terminée, ils peuvent par exemple remplir en ligne leur déclaration MSA ou nous contacter par e-mail. Ils se sentent dans l’air du temps. Ils n’ont plus peur. »

Installation en agriculture

Savoir prendre son temps

Publié le 08/03/2019

Lors de la journée « installation » organisée le 1er mars par les JA du Haut-Rhin et la Chambre d'agriculture, quatre jeunes exploitants ont partagé leur parcours, de la « petite idée de départ » jusqu’à sa mise en œuvre. Un cheminement durant lequel il faut savoir prendre son temps… et ouvrir son esprit.

Finalement, c’est quoi un exploitant agricole ? Entre ce qui est profondément ancré dans l’imaginaire collectif et les réalités du métier, l’écart peut être significatif. Le paysan de 2019 n’a plus grand-chose à voir avec son aïeul de 1980. Mais quelle que soit l’époque, il y a toujours l’étape indispensable de l’installation. Parfois, elle est facilitée parce qu’on a la chance d’hériter du travail qui a été fait avant nous. Dans d’autres cas, il faut tout construire de zéro, gravir chacune des marches pour donner vie au projet qui nous fait tant rêver. Finalement, les porteurs de ces projets rencontrent succès ou desillusions. Mieux vaut donc savoir où l’on met les pieds. C’est pour cette raison que les Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin (JA 68) et la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA) organisent chaque année une « journée installation » destinée à toutes celles et ceux qui veulent faire de l’agriculture ou de la viticulture leur métier. L’édition 2019 s’est déroulée le 1er mars en deux parties : le matin, des témoignages de jeunes agriculteurs au lycée agricole de Rouffach, et l’après-midi, une visite d’exploitation. Un métier de « liberté » et « d’indépendance » En préambule, Anne-Laure Dujardin-Rolli, conseillère en accompagnement et installation à la CAA, a rappelé une donnée essentielle à avoir en tête quand on souhaite s’installer : « entre la petite idée de départ et le vrai projet de mise en œuvre, cela n’a très souvent plus rien à voir ». Et pour cause, de multiples facettes sont à appréhender pour devenir non pas un « simple paysan », mais un véritable chef d’exploitation avec tout ce que cela sous-entend. « Notre métier c’est d’abord la production, évidemment. Mais à côté de ça, il y a toute la partie administrative, commerciale et parfois marketing qu’il faut savoir gérer », explique Guillaume Gruneisen, jeune vigneron de 27 ans à Wuenheim, et coopérateur chez Wolfberger. Il s’est installé sur l’exploitation familiale en janvier 2017 suite au départ en retraite de son père. Pour lui, c’était « naturel » de poursuivre ce pour quoi ses parents avaient travaillé. « Toutes ces vignes, tous ces terroirs ce sont autant de patrimoines qu’il faut préserver. Qui plus est dans un contexte de forte mondialisation. C’est un challenge excitant à relever je trouve. » La deuxième raison qui l’a poussé à s’installer est la « liberté » procurée par le métier de vigneron, tout comme Pierre Meyer, céréalier à Dessenheim, Pascal Broly, céréalier à Bischwihr et Pierre-Luc Tischmacher, installé depuis 2017 à Lautenbach hors cadre familial en élevage bovin bio. Tous les trois font état de « l’indépendance » et de la « diversité » qu’offre leur profession, mais aussi de la satisfaction de voir son entreprise se développer, de travailler à l’extérieur et de se sentir « utile » pour la société en produisant de l’alimentation. « Forger » sa curiosité Pour en arriver là, la route est parfois longue. Pierre-Luc Tischmacher, par exemple, a pas mal bourlingué avant de concrétiser son projet d’installation à trente ans. D’abord, il a fait des études passant de Rouffach à Obernai pour terminer par une licence de conduite en élevage laitier à Besançon. À ce moment-là, il n’avait qu’une « petite idée » de ce qu’il voulait faire. Puis sont venus les stages et une expérience d’un an au Canada. Dans le « concret », loin de chez lui et de ses habitudes, il découvre une autre façon de faire de l’agriculture. Il ouvre son esprit et se forge un ingrédient selon lui « indispensable » à toute personne qui souhaite s’installer : la curiosité. « Pour moi, ça devrait être interdit de s’installer sans être parti avant quelques mois ou quelques années. Voir autre chose, cela permet de faire mûrir son projet, cela permet d’apprendre des choses qu’on n’apprend pas à l’école, cela forge un caractère. » Pierre Meyer a vécu une expérience un peu similaire en s’expatriant dans l’est de l’Allemagne pour un stage d’un mois dans une exploitation laitière alors qu’il n’a pas de bêtes chez lui. « On se rend compte qu’il y a plein de points communs avec notre quotidien de céréalier. Et puis surtout, cela nous permet de relativiser les problèmes que nous pouvons rencontrer au quotidien. En multipliant ces expériences à l’étranger ou dans d’autres régions, on se rend compte finalement que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. » Des stages, Guillaume Gruneisen en fait aussi durant ses études - il est titulaire d’un BTS viticulture œnologie. Mais ce qui l’a bien aidé avant de s’installer, c’est de travailler à mi-temps en tant que salarié chez un vigneron indépendant. Pendant l’autre moitié du temps, il était salarié de l’entreprise familiale. « Même si j’étais promis à devenir coopérateur comme mon père, j’avais très envie de travailler chez quelqu’un qui assure lui-même l’ensemble des tâches, de la taille des vignes jusqu’à la commercialisation des bouteilles et du marketing qui va avec. C’est une très bonne école pour mieux appréhender tout ce qui est fait dans ma coop une fois que j’ai livré le raisin. » Pascal Broly s’est diversifié d’une autre manière en sortant de DUT biologie option Agronomie : tout d’abord un stage à la Coopérative Agricole de Céréales (CAC) au service technique, puis huit années passées chez Sojinal, à Issenheim, en tant qu’agent de production. Ce n’est qu’à trente ans qu’il finit par s’installer, là encore pour continuer ce que ses parents lui léguaient. Des modèles à pérenniser et à réinventer Le jeune agricultueur n’a pas eu besoin de « révolutionner » la ferme. « Elle était rentable quand je l’ai reprise, elle l’est toujours. J’ai seulement dû intégrer une troisième culture à cause des directives européennes », raconte Pascal Broly. Le postulat de départ était un peu le même pour Guillaume Gruneisen. Ses parents avaient déjà beaucoup investi durant leur carrière. En revanche, le jeune vigneron a souhaité mieux valoriser certaines parcelles pour en faire des vendanges tardives et a acquis des parcelles de grands crus. Pour le reste, il continue de faire confiance à la coopérative Wolfberger dans laquelle il se sent davantage « producteur de vin » que « producteur de raisin ». En faisant partie d’un grand groupe, cela me permet de sécuriser mon activité et mes revenus. Il peut plus facilement être présent sur des marchés comme les États-Unis ou la Chine où il y a un gros potentiel de consommation. « Pour moi, l’avenir est là-bas. » La coopération, Pierre Meyer y croit aussi dur comme fer. C’est par le biais de la CAC qu’il écoule ses productions de maïs, soja et tournesol semences. Il faut dire que l’exploitation qu’il a reprise hors cadre familial disposait d’une solide base existante en céréales. « Naturellement, je me suis dirigé vers ça. Après, j’ai fait quelques modifications en mettant en place des nouvelles cultures et des nouvelles pratiques culturales. » Chez Pierre-Luc Tischmacher, pas de coopérative au programme. Depuis le début, son idée était fixe : produire de la viande bio et la valoriser uniquement en vente directe. « Je vends une partie à la ferme et l’autre chez des bouchers locaux. C’est moi qui choisis où vont les bêtes, comment elles sont abattues et à quel prix elles sont vendues. Vu le temps qu’on passe dans son élevage, il était totalement exclu que je brade ma production. Du coup, je fais aussi le commercial. C’est un autre métier, mais ça me plaît. » Comme ses collègues assis à côté de lui, il sait que son métier a aussi son lot d’inconvénients, voire de difficultés. Avec les aléas météorologiques, la fluctuation des prix, les critiques de la société ou le poids réglementaire, l’agriculteur ou le viticulteur ne dort pas toujours sur ses deux oreilles. « Oui on est indépendant et on a une certaine liberté. Mais il faut savoir ce qu’on veut. Pour certains, le salariat sera peut-être plus adéquat. Ce que je sais, c’est que demain on aura besoin de plus d’emplois salariés en agriculture qu’aujourd’hui. C’est donc une piste à creuser pour celles et ceux qui voudraient travailler dans cette filière sans pour autant s’installer. Et pour ceux qui le veulent, ne retenez qu’une chose : prenez votre temps pour faire les choses bien », conclut l’éleveur de Lautenbach.

Session d’installation de la Chambre d'agriculture

Deux Denis pour un projet

Publié le 06/03/2019

Lundi 4 mars, les élus à la Chambre d'agriculture d’Alsace ont intronisé la nouvelle équipe chargée de piloter la politique agricole locale jusqu’en 2025. Sans surprise, Denis Ramspacher et Denis Nass ont été élus par leurs pairs président et 1er vice-président de l’institution.

L’un vient du Kochersberg, l’autre du Sundgau. L’un était 1er vice-président de la Chambre d'agriculture, l’autre venait de quitter la présidence de la FDSEA du Haut-Rhin. En janvier, ils ont remporté les élections Chambre à la tête d’une liste d’union FDSEA, Association des viticulteurs d'Alsace, Jeunes Agriculteurs. Le duo Denis Ramspacher-Denis Nass a pris les rênes de la chambre consulaire, lundi 4 mars. Soyons honnêtes, le vote de lundi était une formalité pour les deux homonymes. C’est peu dire. Denis Ramspacher remporte la présidence par 54 voix contre 4 pour son seul opposant, Paul Fritsch, de la Coordination rurale. Denis Nass rassemble 52 voix sur son nom pour le poste de 1er vice-président. Pas de surprise dans cette assemblée largement dominée par la FDSEA, les JA et l’AVA (48 des 66 sièges). Détail important, le Bas-Rhinois s’est engagé à céder sa place à son bras droit à mi-mandat. Une alternance instaurée en 2013, lors de la création de la Chambre alsacienne. « C’est la clé de voûte de notre organisation », a même insisté le nouveau patron. Et le nouveau président de la Chambre d' #agriculture #Alsace est Denis Ramspacher. Élu pour 6 ans avec 54 voix sur 60 votants.Denis Naas vice-président @EAVPHR #lagricultureelleassure pic.twitter.com/JIoeUsLi05 — Germain Schmitt (@germain_schmitt) 4 mars 2019 Gouvernement agricole et nouvelles Adar Le responsable a ensuite déroulé son programme pour la mandature 2019-2025. Il s’articule autour de trois thématiques centrales : économie, environnement et communication. Une commission dite « stratégique » donnera l’orientation à prendre dans chaque domaine. C’est là la grande nouveauté de la Chambre version Denis (au pluriel). « Ces commissions seront plus politiques et aborderont les sujets de manière transversale », précise André Jacob, directeur de l’organisme. De petits ministères en somme. Quels sujets aborderont ces comités de travail ? La commission économie « traitera de la performance des exploitations, de la valeur ajoutée de nos productions, des circuits de proximité, de la bio, des stratégies de filières, de la Pac… », égrène Denis Ramspacher. Le groupe environnement se chargera des questions de transition énergétique et de la protection des ressources naturelles. Et le président d’ajouter : « Nous y aborderons la méthanisation, les problématiques phytosanitaires, l’érosion ». Enfin, la commission communication va travailler sur l’image de la profession vis-à-vis du grand public. « C’est une de nos priorités pour les six prochaines années », affirme Denis Nass. Ce gouvernement agricole comptera sur l’appui de dix-sept commissions plus spécialisées. Dix d’entre elles s’organisent autour de thématiques comme la viticulture, les grandes cultures, l’installation, l’urbanisme ou la montagne. Elles superviseront les actions de la Chambre dans leurs domaines. « Cinquante salariés travaillent sur l’élevage, il faut une certaine coordination pour être efficaces », complète André Jacob. Les sept comités restants représentent les différentes régions d’Alsace. Plus proches du terrain, ils devront faire remonter les doléances des agriculteurs et adapter l’action de la Chambre aux spécificités locales. La nouvelle présidence veut appliquer son programme au plus vite. Ainsi, les commissions seront constituées dans les prochaines semaines. Un séminaire de travail est programmé pour le 8 avril afin de définir une feuille de route pour chaque groupe de travail. André Jacob approuve ce rythme : « L’idée c’est de déboucher rapidement sur des actions concrètes ». À ce titre, Denis Nass a annoncé la création d’antennes décentralisées de la Chambre dans le Haut-Rhin (Adar). Ces succursales fonctionnent comme des Chambres d’agriculture locales, avec un président, un directeur (dites plutôt responsable), des adhérents… Elles restent sous l’autorité de la maison mère, mais travaillent de manière autonome. Elles disposent de leur propre équipe de conseillers, proposent des formations et assurent le suivi technique et économique des fermes affiliées. Aujourd’hui, seul le Bas-Rhin dispose de ce type de structures. À Haguenau, Truchtersheim, Schirmeck et Obernai. Dans le Haut-Rhin, trois simples guichets (Colmar, Altkirch et Gunsbach) complètent le maillage territorial de la Chambre. L’ouverture fait débat La plénière a approuvé toutes ces dispositions à la quasi-unanimité. Le grabuge entre majorité et opposition a vraiment démarré lors de l’élection du bureau de la Chambre. Seize noms, tous issus de la liste FDSEA-AVA-JA. « Je suis déçu qu’il n’y ait pas d’ouverture au sein du bureau, c’est la politique de l’écrasement », allume Paul Fritsch, de la Coordination rurale. Il plaide pour une meilleure représentation de son syndicat et de la Confédération paysanne « qui rassemblent, à eux deux, près de 35 % des voix en Alsace ». Fin de non-recevoir de la part de Denis Ramspacher : « Je n’ai jamais vu un président élu nommer un Premier ministre d’opposition. » L’opposition a aussi tiqué sur un autre élément. Plus question de noms, mais de prénoms ici. Seules trois femmes figurent sur la liste du bureau. « Trois sur dix-huit ce n’est pas normal, tempête Frédérique Giovanni, de la Confédération paysanne. Vous parlez de moderniser l’agriculture, mais on en est encore loin. » Denis Ramspacher justifie ce déséquilibre par le faible nombre de sièges disponibles. La réforme électorale de juillet 2018 a en effet ramené de 24 à 18 le nombre de membres pouvant siéger au sein du bureau. En clair, les négociations pour attribuer les postes ont été encore plus difficiles que d’habitude. « Je sais bien, mais je ne vous lâcherai pas avec ça », enfonce l’élue haut-rhinoise, très remontée. Elle renonce cependant à se présenter en candidat libre. La responsable Conf' peut se consoler. Sa sortie a tout de même produit des effets. Danielle Bras, Véronique Klein et Élodie Gerum ont été élues à l’unanimité.

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