Vie professionnelle

Publié le 10/02/2019

Comme toutes les entreprises et les centres de gestion comptable français, Ace Compta doit désormais jongler avec le prélèvement de l’impôt à la source. Une nouvelle « usine à gaz » que déplore son président, Pascal Buecher, à l’image des taxes écologiques en « constante augmentation » et très critiquées. Pourtant, des solutions existeraient pour les rendre « plus acceptables » tout en dopant la croissance économique du pays.

Une « usine à gaz », encore une. Quelques semaines après l’entrée en vigueur du prélèvement de l’impôt à la source, le président du groupe Ace, Pascal Buecher, n’en démord pas. Cette énième réforme censée « faciliter la vie des Français », dixit le ministre des Comptes Publics, Gérald Darmanin, reste « incompréhensible ». « Pour le moment, nous n’avons toujours pas eu d’explication solide et claire sur le pourquoi de cette réforme, ni sur le chiffrage quant aux gains espérés par les pouvoirs publics. Réforme qui, faut-il le rappeler, a été adoptée sans vrai débat à l’Assemblée Nationale. Alors on nous répond qu’on faisait partie des derniers pays en Europe à ne pas prélever l’impôt à la source. C’est vrai. Mais y a-t-il un autre pays qui doit composer avec une législation aussi ubuesque que chez nous ? » Pascal Buecher s’inquiète particulièrement de la mise en œuvre de cette réforme pour les entreprises devenant, par la force des choses, « percepteurs légaux » de l’impôt sur le revenu. « Du coup, l’Administration n’aura plus à régler les difficultés financières. Ce sont les entreprises qui subiront des pénalités en cas de problèmes de reversement. Sans compter le renchérissement inévitable des coûts lié aux traitements de ces données. C’est quand même surprenant qu’une telle usine à gaz ait pu voir le jour sans opposition, notamment de la part du monde entrepreneurial. On est tout de même les premiers impactés étant donné qu’on nous impose un rôle de percepteur à titre bénévole. » La vocation « incitative » de la fiscalité écologique La mise en place du prélèvement à la source n’est que la partie émergée de « l’iceberg administratif » qui s’est dressé en face du groupe Ace au cours des mois écoulés. Entre la suppression du RSI, la baisse du CICE, l’installation de logiciels de caisse certifiés et l’entrée en vigueur de la RGPD « dont l’immense majorité des entreprises n’a pas eu connaissance », les salariés d’Ace Compta ont davantage navigué sur des eaux tumultueuses que sur un long fleuve tranquille. Et tout cela, sans compter sur l’augmentation « vertigineuse » des taxes écologiques censées financer la transition énergétique. « Au lieu de cela, on a surtout l’impression qu’elles alimentent un trou sans fond », déplore Pascal Buecher. La réalité est un peu plus complexe comme l’explique Mireille Chiroleu-Assouline, professeure de sciences économiques à l’université Panthéon-Sorbonne et professeur associée à l’École d’Économie de Paris. À l’issue de l’assemblée générale d’Ace Compta, elle a apporté bon nombre d’éclairages sur le thème de la « fiscalité verte » et du changement climatique. Dans un premier temps, il convient déjà de ne pas confondre fiscalité « environnementale » et « écologique » qui n’ont pas tout à fait la même vocation. « La fiscalité environnementale, c’est l’ensemble des impôts, taxes et redevances qui portent sur quelque chose qui a un lien avec l’environnement, avec une finalité de rendement. On peut citer les taxes sur les carburants, l’électricité, la pollution, la consommation d’eau, l’éco-prêt à taux zéro, le crédit d’impôt en faveur des entreprises agricoles utilisant le mode de production biologique. La fiscalité écologique a de son côté une vocation incitative, et doit amener le pollueur à ne plus polluer, donc à améliorer ses pratiques. » Mireille Chiroleu-Assouline cite comme exemple un transporteur qui a une activité rentable avec, comme effet joint, une pollution. « Et quand il y a des pollutions, il peut y avoir des victimes en aval qui en souffrent économiquement. Cela a donc un coût. Et si le pollueur paie directement ce coût, il s’efforce de réduire et minimiser les pollutions qu’il génère. C’est ce principe qui est derrière la Taxe Carbone. » Le souci avec cette dernière est qu’elle a été amenée « trop vite », en « catimini » et sans réel travail pédagogique à destination les Français. « Et avec l’augmentation des cours du pétrole, les gens ont eu une l’impression que ça leur tombait subitement dessus. La suite, on la connaît », poursuit-elle. Conséquence, les objectifs fixés fin 2017 autour de cette Taxe Carbone ont été « gelés », du moins temporairement. Redistribuer le rendement de la taxe Pourtant, si l’on se réfère à ce qui a déjà été fait dans d’autres pays européens en matière de fiscalité écologique, des résultats tangibles sur les émissions de gaz à effet de serre sont possibles. En Allemagne, la réforme de la fiscalité écologique entre 1999 et 2003 a permis de réduire la consommation énergétique de 9 % dans les transports et de 3,5 % dans le secteur résidentiel. En Suède, pays leader sur la question, les émissions de CO2 ont été découplées de la croissance économique. Progressivement, le pays a réussi à diminuer l’assiette de sa fiscalité écologique. Chez eux, l’équivalent suédois de la Taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) est bien plus « efficace » qu’en France. À quel prix ? C’est bien là le nœud du problème, d’ailleurs à l’origine de la grogne des Gilets Jaunes. « En effet, on ne peut pas nier qu’il y a des effets négatifs, comme toute fiscalité. Cela entraîne une baisse du pouvoir d’achat. Et ce sont les ménages les plus pauvres qui en pâtissent le plus », reconnaît Mireille Chiroleu-Assouline. Il existe pourtant un moyen de rendre cette fiscalité « verte » plus « acceptable » pour la population selon un groupe d’économistes français spécialisés dans l’environnement. « Ce que nous conseillons depuis le début, et c’est ce qui a été mis en place en Suède ou en Suisse, c’est de prévoir une redistribution du rendement de la taxe vers les plus pauvres, et non pas fonder des dépenses publiques dessus. En Suède, cela s’est par exemple traduit par une baisse des charges sociales sur les bas salaires. Du coût, cela a dopé l’emploi et la croissance. Aussi, les Suédois ont instauré un taux de taxe différent entre le Nord, plus rural, et le Sud, plus urbain. Rien de tout ça n’a été fait chez nous. C’est pourtant en appliquant ce type de mesures qu’une fiscalité écologique efficace et acceptée par la population pourra voir le jour dans notre pays », conclut Mireille Chiroleu-Assouline.

Publié le 09/02/2019

Agriculteurs et entrepreneurs des territoires, mêmes combats ! En tout cas bon nombre de leurs préoccupations sont communes, comme les difficultés à recruter de la main-d’œuvre… Or la prestation de service peut être considérée comme un apport ponctuel de salariés. Un élément à prendre en compte dans le cadre de la réforme de la Pac 2020.

« La sécheresse pèse lourd sur les revenus », constate Claude Gretter, président des entrepreneurs des territoires du Haut-Rhin. Sur les revenus des agriculteurs, mais aussi des entrepreneurs. Il illustre : « Les prairies ont grillé sous de fortes chaleurs et, sans précipitations, les récoltes des deuxième et troisième coupes n’ont pas pu être réalisées ». Ce qui représente un manque à gagner pour les entrepreneurs. À cela s’ajoutent d’autres contraintes, comme l’augmentation du GNR, qui « plombe nos trésoreries ». Logiquement, cette hausse de charges devrait se répercuter sur les tarifs appliqués aux prestations réalisées par les entrepreneurs. Mais les devis ayant été établis en début d’année, si les entrepreneurs ne respectent pas le prix annoncé, ils risquent de perdre des clients. Ce qui fait dire à Claude Gretter : « Il faudra peut-être revoir notre méthode de facturation, avec un prix pour la prestation et un prix variable pour le carburant ». Comme les agriculteurs, les entrepreneurs bénéficient du remboursement de la TIC, ce qui permet d’alléger cette charge, même s’il faut « être patient » pour obtenir ce remboursement. Sur la réforme de la Pac, Claude Gretter signale : « Une disposition devrait permettre de relever le plafond des aides en ajoutant les coûts de main-d’œuvre, mais la sous-traitance de travaux agricoles n’est pour l’instant pas prise en compte. Or faire appel à des prestataires ne doit pas pénaliser les agriculteurs. » Éric Brodhag renchérit : « Cette disposition traduit la volonté de rémunérer les agriculteurs qui ont des salariés. Or, les Entreprises de travaux agricoles (ETA) font économiser des salariés aux agriculteurs. Ce dossier a donc été pris en main par le Syndicat européen des entrepreneurs des territoires, afin que la prestation de service effectuée par une ETA soit considérée comme un apport ponctuel de salariés. » Vers une convention collective nationale La Fédération nationale des entrepreneurs des territoires (FNEDT) poursuit sa mission d’accompagnement des entrepreneurs. Elle travaille notamment sur le coût de la main-d’œuvre et les difficultés de recrutement : « Les besoins en main-d’œuvre des entreprises du territoire sont importants. Dans certaines régions, il y a une pénurie de conducteurs d’engins », rapporte Éric Brodhag, secrétaire général. Les entrepreneurs sont donc attentifs aux évolutions annoncées en matière d’apprentissage et de formation. Depuis le 1er janvier 2019, une agence unique, France Compétence, est en charge de la répartition des fonds de la formation professionnelle et de l’alternance : « Il faut veiller à ce que les cotisations reviennent aux salariés », note Éric Brodhag. Il prévient : « Le Fafsea pourrait fusionner avec Opcalim, l’Organisme paritaire collecteur agréé des salariés des industries agroalimentaires ».  Enfin, le nombre de conventions collectives devrait progressivement passer de 600 à 200 en France, une réforme que la FNEDT prépare en mettant en place une convention collective propre aux entrepreneurs du territoire au niveau national : « Elle doit encore être négociée avec les syndicats. » Avec « 80 000 salariés employés en France », la représentativité de la FNEDT est réelle, selon Éric Brodhag. Mais il va falloir le prouver, c’est pourquoi chaque entreprise affiliée à la FNEDT va recevoir une fiche à renseigner.

Syndicat des maraîchers de Colmar et environs

Pérenniser une activité de proximité et de qualité

Publié le 08/02/2019

Le syndicat des maraîchers de Colmar et environs a fait le point sur ses activités jeudi 31 janvier. Les professionnels s’inquiètent d’être de moins en moins nombreux et de subir une concurrence toujours plus sévère.

Cette concurrence vient de l’étranger et notamment des pays limitrophes, des nouvelles habitudes de consommation, et enfin de nouvelles modes de mise en marché comme les magasins de producteurs, les distributions de paniers ou les ventes en ligne. Il faut aujourd’hui s’adapter et innover pour pérenniser son entreprise. Le maraîchage colmarien n’échappe pas à ce monde en mouvement. « Nous, professionnels, sommes chaque année de moins en moins nombreux, malgré tous nos efforts. Dans ces conditions, l’activité d’un syndicat professionnel comme le nôtre est-elle vraiment encore obligatoire ? », s’interroge le président du syndicat des maraîchers de Colmar et environs, Serge Hanauer. L’année 2019 est en ce sens importante. Elle a débuté avec les élections des Chambres d’agriculture. L’occasion de rappeler que simplement voter permet également de trouver sa place dans le tissu économique local et national. « Ce véritable parlement agricole a vocation à mettre en œuvre toutes actions d’amélioration pour la performance économique, sociale et environnementale des exploitations et des filières agricoles de son territoire. La Chambre d'agriculture est le lien d’accompagnement des agriculteurs dans leurs différentes démarches », rappelle Serge Hanauer. Des produits de proximité Il est ensuite revenu sur l’année 2018. Une année compliquée du fait d’une météo capricieuse avec la tempête Elénaor, les orages de mai et de juin, puis la sécheresse de la seconde partie de l’année. « Les pluies importantes et les périodes de fortes chaleurs ont compliqué notre travail au quotidien. La richesse de notre nappe phréatique nous a permis d’irriguer correctement. Mais, il va falloir de la pluie ainsi que de la neige cet hiver pour rétablir le niveau. De leurs côtés, les prix de ventes ont été assez corrects sans fortes productions », observe Serge Hanauer. Il s’agace des prix des produits biologiques tels que les engrais, paillage pour les cultures de salades ou courgettes par exemple. « Mystérieusement, les produits classés en bio sont en vente à un prix avoisinant souvent le double de nos produits conventionnels. Pour autant, restons dans une démarche de production raisonnée et de qualité pour permettre à l’ensemble des consommateurs d’acheter des légumes de proximité et de qualité. Les produits phytosanitaires sont en augmentation. Mais, personne ne précise que ces chiffres sont impactés par la consommation de cuivre dans l’ensemble des productions biologiques et conventionnelles », regrette Serge Hanauer. Comme de nombreux professionnels, il s’inquiète de contraintes administratives et environnementales toujours plus importantes et contraignantes. Cela apporte des distorsions de concurrences avec les voisins européens. C’est le cas pour les prix agricoles, l’utilisation des produits phytosanitaires ou encore le coût de la main d’œuvre. Sans oublier la hausse du prix du pétrole. Le « bénéfice agricole » Le syndicat des maraîchers de Colmar et environs travaille en collaboration avec Planète Légumes où sont regroupés tous les techniciens et où sont représentées toutes les cultures. Ce travail en commun permet d’avancer et de se professionnaliser toujours davantage. C’est dans ce cadre que le secrétaire général du syndicat, Denis Hild, a rappelé l’avancée de quelques dossiers importants. Il a notamment évoqué le « bénéfice agricole » avec la mise en place d’un régime transitoire dans le cadre du passage du forfait agricole au régime micro-BA pour l’imposition des revenus de l’année 2016 et de l’année 2017. « Sont concernés par ce régime, l’exploitant agricole dont la moyenne des recettes pour l’ensemble des exploitations est de 82 800 € HT maximum sur trois ans. Ce seuil fait l’objet d’une revalorisation tous les trois ans au regard du barème de l’impôt sur le revenu. La prochaine revalorisation aura lieu en 2019. Pour l’imposition de l’année 2017, le bénéfice imposable est égal à la moyenne du bénéfice forfaitaire agricole de 2015, et des recettes hors taxes de 2016 et de 2017 diminuées d’un abattement de 87 % ». En fin de réunion, le député Eric Straumann, le maire de Colmar Gilbert Meyer et son adjoint et conseiller départemental Yves Hemedinger sont intervenus pour rappeler leur soutien, au quotidien, aux professionnels.

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