Vie professionnelle

Publié le 20/02/2019

Le 5 février dernier, les délégués de la Caisse d’Assurance Accidents Agricoles du Haut-Rhin (CAAA 68) ont pu découvrir « la solution » pour le traitement des vignes en forte pente et protéger les salariés qui y travaillent : le drone pulvérisateur. Une innovation venue de Suisse qui va être expérimentée pendant les trois prochaines années en France.

Sur les coteaux qui surplombent la commune de Guebwiller, c’est mission (presque) impossible. Depuis l’interdiction du traitement aérien des vignes en 2015, les équipes du domaine Schlumberger sont contraintes d’appliquer tous les produits phytosanitaires à la main, sur des pentes pouvant aller jusqu’à 45 % d’inclinaison. « À chaque fois, nos gars prennent un risque pour leur santé. Il y a 400 km de rangs à traiter, un par un. Ils sont équipés comme des cosmonautes pendant des heures et avancent dans un nuage de produits phytos. Sans compter les risques de retournement des machines. Mais ça, c’est légal », constate amèrement le directeur général du domaine, Stéphane Chaise. La maison Schlumberger n’est pas la seule concernée par ce problème. En Alsace, l’Ava a recensé 914 ha de vignes AOC situées sur des pentes d’au moins 30 %, principalement à Guebwiller, Thann et Niedermorschwihr. Une configuration que l’on retrouve ailleurs en France comme sur les côtes rôties, dans la vallée du Rhône. À chaque fois, l’intégrité physique de l’opérateur est menacée (voir encadré). Une situation « inacceptable » pour la profession qui va peut-être prendre fin définitivement grâce aux nouvelles technologies. Grâce à l’article 82 de la loi Egalim soutenu, entre autres, par le député Jacques Cattin, le traitement des vignes par drone a été autorisé pendant trois ans à titre expérimental. Une « demi-victoire » qu’a saluée le président de la Caisse d’Assurance Accidents Agricoles du Haut-Rhin (CAAA 68), Jean-Michel Habig, lors de la réunion des délégués spéciale « innovation » organisée le 5 février dernier à Sainte-Croix en Plaine. Une journée « spéciale » pour faire le point sur ce dossier qui agite la profession depuis quatre ans avec, en point d’orgue, la démonstration d’un drone de traitement sur une parcelle de vigne située à Herrlisheim-près-Colmar. « En tant qu’organisme chargé de la prévention des risques, c’est notre rôle de mettre en avant des innovations qui permettent d’améliorer la sécurité des agriculteurs et de leurs salariés. Et le drone est, j’en suis persuadé, la solution de demain pour répondre à ce défi tout en étant une solution pour l’environnement. » Le directeur de l’Ava, Frédéric Bach, le sait, les expérimentations qui vont démarrer cette année intéressent « beaucoup de monde ». « Il y a un intérêt général pour l’utilisation de drones en viticulture, et pas seulement pour les parcelles les plus compliquées. Avec cet outil, il y a moins de dérive, pas de tassement du sol, et le confort de travail est grandement amélioré. Bref, des avantages économiques, environnementaux, agronomiques et techniques qui sont vraiment très intéressants. » Une réduction de dérive comprise entre 50 et 70 % Le drone en question a été conçu par l’entreprise suisse Aero 41, anciennement Agrofly. Dans le canton de Vaud et du Valais, de nombreuses vignes sont également situées sur de très fortes pentes. « Du coup, je me suis demandé comment faire pour continuer à les protéger », se souvient Frédéric Hemmeler, dirigeant d’Aero 41 et concepteur du drone. Afin d’établir le cahier des charges de son outil, il est d’abord allé à la rencontre des viticulteurs pour mieux comprendre leurs problématiques et les résoudre. Il en retire une certitude : il faut concevoir un outil de haute précision supporté par un drone, et non pas un drone d’épandage. « La nuance est importante. Les professionnels que j’ai rencontrés voulaient quelque chose qui ne change pas trop de ce qui existait déjà, un outil agricole qui soit rudimentaire dans sa conception. J’ai donc imaginé quelque chose qui soit solide et facile à mettre en œuvre, et facilement réparable. » Le drone est construit en carbone et en aluminium. Il possède six bras, chacun doté d’une hélice. Il mesure deux mètres de diamètre pour un poids, réservoir plein, de 42 kg. Il peut voler entre 50 cm et 2 m 50 au-dessus de la vigne avec une qualité d’application qui est « sensiblement la même » assure Frédéric Hemmeler. « Au-delà, il commence à y avoir de la dérive. » Par rapport à un hélicoptère, la nuisance sonore est considérablement réduite avec 85 dB à cinq mètres de hauteur en vol stationnaire. Le drone a pu voir le jour grâce à un partenariat avec les offices fédéraux suisses de l’environnement, de l’agriculture, et l’entreprise Syngenta Global. Il dispose d’une autorisation officielle d’épandre des produits phytosanitaires en Suisse depuis le mois de février 2017. Une année pendant laquelle Aero 41 a multiplié les essais sur de nombreuses cultures (vignes, légumes, colza) avant de commercialiser une prestation de services d’épandage en 2018 en agriculture conventionnelle et biologique. À partir de cette année, ce drone est considéré en Suisse comme un pulvérisateur au sol. « Il est doté d’une précision extrême. On a une qualité d’épandage plus de trois fois supérieure à celle qu’on peut obtenir avec un hélicoptère. En Allemagne, il a même obtenu la classification JKI qui certifie une réduction de la dérive comprise entre 50 et 75 % », explique Frédéric Hemmeler. Trois ans pour convaincre le législateur français En termes d’autonomie, ce drone permet de réduire deux jours de travail en 2 h 30 pour peu que l’organisation soit bien pensée. « Avec un réservoir plein, on peut traiter 1 600 m² en six à huit minutes environ. Après, cela va aussi dépendre de la complexité de la parcelle et de la manière dont travaillent les opérateurs. L’organisation peut faire une différence monstrueuse. » Pour optimiser le travail, il recommande de placer la plateforme de « recharge » du produit avec son bac de rétention au bon endroit, et de changer les batteries lorsqu’elles arrivent entre 50 et 60 % de capacité. « De cette manière, il faut moins de temps pour les recharger d’une session de vol à l’autre. » Si le drone a en théorie la capacité de traiter de manière totalement automatisée, c’est une option qu’Aero 41 n’a pas trop cherché à développer pour le moment. « La législation impose aujourd’hui d’avoir un contact visuel direct en permanence avec son drone pour reprendre la main en permanence. Et puis, l’automatisation reste pour l’instant compliquée à mettre en œuvre sur des vignes en pente à cause de la hauteur constante qu’il faut gérer. Sur un terrain plat, c’est bien plus facile. » À l’heure actuelle, c’est surtout le vol en essaim, avec plusieurs drones cote à côté, qui intéresse la société Aéro 41. « C’est une technologie qui aura toute sa raison d’être en agriculture, j’en suis certain », annonce Frédéric Hemmeler. En termes de coût, la version entièrement équipée de ce drone pulvérisateur coûte aujourd’hui 50 000 francs suisses. Néanmoins, Aero 41 partirait davantage sur de la prestation de service que de sur de la vente C’est en tout cas ce qui est prévu pendant ces trois années d’expérimentation prévues en France. « Après, si un domaine souhaite l’acheter pour l’utiliser sur ses parcelles et faire de la prestation de service, cela pourrait être envisageable à terme. Tout dépendra bien sûr des lois qui seront adoptées ou non à l’issue de cette expérimentation », tient-il à préciser. Avant d’en arriver là, Aero 41, par l’intermédiaire de son partenaire français Delta Drone, doit déjà transposer tous les essais déjà effectués en Suisse dans notre pays. « On doit tout reprendre à zéro afin que tout soit conforme avec les normes françaises. Après, on y verra plus clair », ajoute-t-il. Une condition indispensable pour que la mission devienne enfin « possible ».

Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin

L’engagement comme voie d’avenir

Publié le 14/02/2019

La dernière assemblée générale des Jeunes agriculteurs du Haut-Rhin était placée sous le signe de « l’engagement », qu’il soit syndical, politique, associatif ou autre. Un état d’esprit qui doit permettre au monde paysan de répondre aux nombreux défis qui lui font face.

« Engagez-vous, rengagez-vous qu’ils disaient… » Derrière cette phrase, le fidèle lecteur d’Astérix aura peut-être reconnu le légionnaire désabusé, un coquard à l’œil, s’interrogeant sur l’utilité de s’engager pendant vingt ans dans l’armée de César pour se prendre des baffes d’irréductibles Gaulois. Si la scène peut faire sourire, une question de fond demeure : l’engagement, quel qu’il soit, a-t-il un toujours du sens aujourd’hui ? Et puis qu’entend-on réellement par « s’engager » ? Lors de leur dernière assemblée générale, les Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin (JA 68) ont souhaité mettre l’accent sur cette notion indissociable du syndicalisme agricole. « Notre métier doit faire face à de multiples enjeux qu’ils soient économiques, environnementaux, techniques ou sociétaux. Pour les surmonter, nous aurons besoin de toutes les motivations. C’est ensemble que nous pourrons relever tous les défis qui se présentent, c’est ensemble que nous pourrons innover. C’est pour cela que l’engagement de tous va nous être essentiel », introduit le président des JA 68, Ange Loing. Un appel du cœur qui fait aussi office d’un léger rappel à l’ordre suite aux résultats des élections Chambre. « Seulement 1 891 chefs d’exploitation sur 3 701 ont voté dans notre département, soit à peine plus que la moitié. Tous les autres n’ont pas trouvé cela utile. Dans cette période de contestation, je trouve cela aberrant… » Le constat est amer, mais le bilan de l’année écoulée l’est encore plus aux yeux des responsables du syndicat. Si des points positifs sont heureusement à relever - l’apport de l’irrigation en grandes cultures par exemple - de « nombreux nuages » ont malheureusement assombri le ciel de l’agriculture haut-rhinoise en 2018. « Je pense particulièrement aux attaques régulières, voire quotidiennes, que subit notre profession », souligne Ange Loing. Sur les produits phytosanitaires, il déplore la « perte de repères scientifiques non discutables ». Sur le bien-être animal, c’est « l’infime partie de la population » qui « tente par tous les moyens d’imposer son point de vue » qui a tendance à l’exaspérer. « La dignité de notre métier est mise à mal. C’est notre moral qui doit assumer ces attaques. Nous ne sommes pas responsables de tous les maux de la société. Alors agissons ! Nous sommes prêts et proactifs pour trouver des solutions. Nous devons continuer à communiquer, à montrer les réalités de notre métier, mais aussi et surtout à rendre de la dignité à nos agricultrices et nos agriculteurs. » Le soutien « indispensable » des élus Pour atteindre ses objectifs, la profession agricole compte aussi sur l’engagement du monde politique et des élus. Le secrétaire général des JA 68 a profité de cette assemblée générale pour leur adresser une petite piqûre de rappel. « Messieurs les élus, nous devons travailler ensemble ! Les taxes qui plombent notre profession et qui continuent de s’accumuler sont inacceptables. La colère monte dans nos exploitations, mais vous ne semblez pas l’entendre. Nous avons tout intérêt à trouver rapidement des solutions pour redonner du souffle et de la dignité aux agriculteurs. Il est temps de réagir ! » Nicolas Misslin, responsable du dossier Grandes Cultures chez les JA du Haut-Rhin, aimerait lui que les responsables politiques « ouvrent les yeux ». Pas simple en effet de s’engager dans une quelconque direction si l’on ne regarde pas devant soi… « Regardez ce qu’il se passe : la France autorise l’importation de grandes quantités de céréales du monde entier, cultivées avec des produits dont les substances actives sont interdites en France, et avec une main-d’œuvre moins chère. En parallèle, on nous impose un cahier des charges de plus en plus draconien. C’est de la concurrence déloyale ! » Si la profession peine à rivaliser avec ses concurrents internationaux, elle peut au moins compter sur l’intérêt grandissant des consommateurs pour le made in France. Des locavores qui « s’engagent » à soutenir une agriculture de proximité malgré les « attaques » du mouvement végan envers le monde de l’élevage. Un point qui ravit Tom Schott, responsable du dossier Montagne : « La demande de produits fermiers ne cesse de croître. Un grand merci à tous ces consommateurs qui, par leurs gestes, permettent la continuité de l’élevage à taille humaine sur nos massifs, dans le respect de l’environnement et des animaux. » La co-responsable du dossier Lait, Charlotte Feuerbach, lance de son côté un appel aux organismes professionnels qui gravitent autour des agriculteurs de mieux les accompagner face aux aléas climatiques. « Les répercussions de la sécheresse 2018 seront lourdes et nous les ressentirons jusqu’à la fin de l’année 2019. Le problème est que les assurances climatiques et aléas ne sont pas attractives. Sont-elles réellement pour le bénéfice des agriculteurs sur le long terme ? De ce fait, je demande qu’on soutienne les éleveurs durant les mois à venir afin que la structure de leurs exploitations ne soit pas mise en péril. » Là encore, c’est un engagement sincère et complet que demande les Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin. L’engagement, une « philosophie » Les Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin seront-ils entendus comme ils le souhaitent ? L’engagement demande une prise de responsabilité, parfois une prise de risque. Il demande aussi des sacrifices sur son temps libre ou sa vie de famille. Est-ce rédhibitoire pour autant ? Pas pour Joël Didierjean, sapeur-pompier volontaire. Invité par les JA 68 à venir témoigner de son engagement chez les soldats du feu, il voit d’abord cela comme quelque chose de « noble ». « Pour ma part, cet engagement est venu naturellement. L’ensemble de ma famille était déjà sapeur-pompier. Cela représente un ancrage territorial important. Et puis j’avais le désir de porter secours à la population en cas de besoin. » À ses côtés, Florian Dornier, agriculteur passé par la case JA pendant quinze années. Son engagement dans ce syndicat a été motivé par le besoin de sortir de son exploitation et celui de « garder du lien » avec l’extérieur. « De fil en aiguille, on crée un groupe, on prend du plaisir à se rencontrer. Et puis on mesure la chance d’avoir un syndicalisme chez les jeunes. » Claude Gebhard en sait quelque chose également. Lui est tombé dans la potion « engagement » quand il était petit. Dans sa commune tout d’abord (il est maire de la commune d’Artzenheim depuis 1996), puis chez les JA ensuite, avant d’entrer à la FDSEA et à la Chambre d'agriculture. Un engagement « multitâches » qu’il ne regrette en rien malgré les contraintes. « Des fois, on a des coups de blues, on se sent seul. Mais ce sentiment s’évapore très vite. On crée des liens, on rencontre des personnes intéressantes, on fait avancer les choses. Il y a bien plus de positif que de négatif. » Florian Dornier considère que l’engagement est d’abord une « philosophie » à avoir. « Si on se lève le matin, qu’on se dit qu’on n’a pas le temps et râle tout seul chez soi, ça n’ira pas. Le monde appartient aux optimistes. Les pessimistes sont les spectateurs. » Après, le fait d’avoir un service de remplacement qui « tienne la route » facilite l’engagement dans une structure syndicale. « On a la chance d’avoir ça dans le Doubs. On sait qu’on peut s’absenter de l’exploitation et que les choses seront bien gérées. Après, c’est un choix politique qui n’apporte rien financièrement. Mais cela fait partie des missions du Département et de la Région de trouver des financements pour ce genre de services. C’est aussi à ce prix-là qu’on peut s’impliquer. » S’engager à de telles fonctions nécessite un autre élément essentiel : un soutien familial solide « à tous points de vue ». « La construction d’une vie de famille est plus complexe quand on est sapeur-pompier. Entre les interventions, les astreintes et les formations récurrentes, c’est beaucoup de temps qui y est consacré. Si votre compagne comprend que c’est votre passion, ça va. Mais qu’un certain temps. C’est d’ailleurs pour ça que la durée d’engagement d’un sapeur-pompier volontaire n’excède pas dix ans. » Chez les JA, l’engagement s’arrête à 35 ans et laisse la place à d’autres responsabilités, très souvent au sein de la FDSEA. Mais que ce soit chez les jeunes ou leurs aînés, une chose est constante : le téléphone qui sonne très fréquemment. À cela, Florian Dornier conseille de s’accorder de temps à autre des semaines sans téléphone pour partir en vacances et profiter de ses proches. « Si on continue de répondre, on finit usé. C’est indispensable de consacrer du temps à ceux qui font des sacrifices au quotidien pour vous. » Aussi chronophage soit-il, l’engagement reste perçu par ces trois intervenants comme un moyen « exceptionnel » d’ouvrir son esprit, sans compter l’acquisition de compétences fort utiles pour la suite. « Avant, je ne pouvais pas prendre la parole en public. Grâce aux JA, j’ai dépassé cette appréhension. » Et puis il y a la satisfaction de faire avancer le Schmilblick comme disait Coluche. « Quand un projet aboutit dans une commune, ou quand on réussit à faire avancer les choses dans une intercommunalité où les intérêts sont souvent divergents, la satisfaction est immense », glisse Claude Gebhard. À bientôt 57 ans, il entend bien poursuivre sur cette voie de l’engagement encore quelques années. À la Chambre d'agriculture d’Alsace déjà, où il a été réélu dernièrement, et dans sa commune d’Artzenheim où les prochaines élections municipales auront lieu en 2020. Une échéance dans laquelle il appelle les plus jeunes à s’investir. « Dans mon village, je suis le seul agriculteur autour de la table. Notre profession a une notion de transversalité que les autres n’ont pas. Sachez que plus vous êtes jeunes, plus vous êtes efficaces. Et même si vous vous exprimez mal, on vous écoutera. Quand on est jeune, on vous pardonne plein de choses. Alors, engagez-vous ! »

Publié le 14/02/2019

Les horticulteurs et pépiniéristes alsaciens se sont réunis à l’occasion de leur assemblée générale pour tirer le bilan mitigé de l’année écoulée. Cette rencontre a aussi été l’occasion de débattre de la place du fleurissement dans les communes alsaciennes et de celle de la filière dans la politique agricole de la région.

L’assemblée générale de la Fédération alsacienne des producteurs de l’horticulture et des pépinières (FNPHP Alsace) et de l’Union des pépiniéristes et horticulteurs d’Alsace (Uphoral) a eu lieu le 7 février à Kintzheim, en présence de Paul-André Keller, président de l’Uphoral, des membres du conseil d’administration de l’organisation, de Jean-Michel Baumann de la FRSEA et des représentants d’Alsace Destination Tourisme, de la MSA, de la Caisse accidents agricole et des CFA du Bas-Rhin. Revenant sur l’actualité de l’année écoulée, le président Paul-André Keller a rappelé une petite phrase d’Emmanuel Macron : « De l’emploi, moi, je vous en trouve… À condition de faire fi de vos rêves de fleurs. Il suffit de traverser la rue. » Quelques mots qui ont fait couler beaucoup d’encre mais qui ont aussi mis à la Une des journaux l’histoire d’un jeune horticulteur face aux difficultés du marché de l’emploi. « La filière horticole a toutes les raisons d’être satisfaite car l’on n’a jamais autant parlé de notre métier que dans la semaine qui a suivi ce fameux 16 septembre. » Pour Paul-André Keller, cet épisode a permis de mettre en lumière une problématique sociétale plus prégnante encore. Selon lui, « un travail en profondeur sur le déficit d’image dont peuvent souffrir certains métiers ainsi qu’une meilleure vision de l’alternance et de la voie de l’apprentissage restent une nécessité absolue ». Faisant écho au projet du gouvernement pour l’enseignement professionnel, il a conclu qu’il reste à « espérer que nos entreprises puissent trouver demain les salariés qualifiés compétents et motivés en adéquation avec leur recherche. L’espérance est à notre portée. Osons aussi la cultiver car nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. » En 2018, la filière a essuyé un changement important et des turbulences qui auront des répercussions pour l’année à venir. En mars, Flhoréal a ratifié la fusion absorption avec Est horticole, l’association régionale d’Astredhor pour le Grand Est. Un congé maternité a cependant fragilisé la dynamique lancée depuis 2015 et la création de la marque Fleurs et plantes d’Alsace. « La filière s’est retrouvée sans animation, ni suivi technique le restant de l’année », a précisé Paul-André Keller. Finalement, Marie Baelen, une nouvelle ingénieure en horticulture, spécialisée dans le domaine de la production végétale durable, a été recrutée par Est horticole pour pallier la situation. Côté chiffres, le bilan financier positif a été approuvé. L’organisation tire un bilan mitigé, constatant au niveau national la cessation d’activité de près de 50 % des entreprises en 10 ans, une baisse également du nombre de salariés à temps plein et des difficultés de recrutement, notamment des saisonniers. L’année 2018 se résume ainsi : « Une activité dense, prenante, parfois compliquée dans des conditions précaires, liées notamment à l’absence du chargé de mission ». Le président a cependant tenu à saluer le temps et l’investissement de chacun « tout au long de l’année, pour la cause horticole et pour défendre les intérêts de la filière ». Paul-André Keller a enfin souligné l’incertitude qu’amène l’actualité électorale agricole en cette rentrée 2019. Quels liens seront tissés avec la nouvelle Chambre fraîchement élue ? Quelle place pour l’horticulture ? « Le fleurissement, l’ADN de nos professions » Vincent Debes, président délégué d’Alsace Destination Tourisme (ADT), était invité pour échanger avec les professionnels présents autour du thème du fleurissement des villes. « J’ai découvert l’horticulture adolescent, en travaillant l’été dans les serres de l’Orangerie à Strasbourg. J’en ai gardé une admiration pour votre profession », a-t-il raconté. Il a souligné l’importance des labels et du fleurissement pour le tourisme dans la région. Vincent Debes a ensuite demandé que « le prix correct pour les producteurs agricoles soit une réalité aussi dans l’horticulture » ; et il s’est engagé à communiquer sur ce point auprès de tous les maires d’Alsace, en tant que président de l’Association des maires et des présidents d’intercommunalités du Bas-Rhin. « Il faut trouver les moyens pour favoriser la production locale, comme pour les cantines. » Il a conclu en appelant les horticulteurs à profiter du passage du Tour de France et du centième anniversaire du Maillot jaune pour proposer des fleurissements en écho avec cet événement sportif, le plus visionné au monde.

Pages

Les vidéos