Afdi Grand Est / Afdi 68
Du Togo à la France, des enjeux communs
Afdi Grand Est / Afdi 68
Publié le 06/07/2019
Le 11 juin dernier, avaient lieu les assemblées générales des Afdi du Grand Est et du Haut-Rhin. Ces deux réunions protocolaires ont été entrecoupées par une table ronde sur le thème « Agriculture, économie locale et migration ».
Animée par Ange Loing, président des JA68, la table ronde organisée par Afdi a réuni Denis Schultz, directeur du Grand Est Solidarités et Coopérations pour le Développement (GESCOD), Philippe Clément, FDSEA des Vosges, Hasmiyou Fousseni, agronome et représentant du GESCOD au Togo, et Laurent Fischer, agriculteur et président d’AFDI 67. L’agriculture en Afrique et plus particulièrement en Afrique de l’Ouest, au Togo, d’où vient Hasmiyou Fousseni, a un immense potentiel agricole. Au sud, quatre saisons se succèdent, et les précipitations vont de 800 à 1 500 mm. Au Nord, deux saisons, et 600 à 1 400 mm d’eau. Un climat propice au café, au cacao, à la banane, à l’orange, ou plus au Nord, à la noix de cajou et surtout aux céréales. Pourtant, 60 % des terres sont encore vierges. Un constat d’autant plus frappant quand on sait que la population active du pays se consacre à 60 % à cette agriculture, et qu’elle représente 40 % de la production de richesse du Togo. Comment expliquer alors que les choses n’aillent pas plus vite ? Eh bien la réponse se trouve dans les champs. La taille moyenne des exploitations est de 2 ha par foyer. Des petits producteurs donc et qui gèrent 99 % des surfaces manuellement. À ce constat d’un sous-développement criant, s’ajoute une situation politique en crise. Résultat : les jeunes sont poussés à l’immigration. D’une part, il y a ceux qui prennent la route du Bénin et du Nigeria. Chaque saison, ils viennent renforcer la main-d’œuvre dans les exploitations agricoles de ces pays. D’autre part, ce sont les jeunes diplômés qui embarquent pour l’Europe, les États-Unis mais aussi le Gabon. Finalement, difficile pour le Togo de garder sa jeunesse qui pourrait être la force vive de cette économie. Hasmiyou Fousseni constate cependant peu d’exode rural. Les villes n’attirent pas, et c’est tant mieux pour les exploitations. Accompagner le développement En réponse à ce constat, il est possible de mener des actions de terrain pour soutenir l’agriculture locale. Le GESCOD s’est donné une mission : « promouvoir le développement de l’agroécologie par le renforcement des capacités des jeunes agriculteurs de la Région Centrale ». Un programme d’agroforesterie a ainsi été mis en place : en associant anacardier et maïs, ou teck et mais, la production a été renforcée. Depuis le lancement de cette opération, sept coopératives sont en fonctionnement. D’autres projets ne rencontrent cependant pas le succès aussi rapidement. C’est le cas de la création d’une filière lait. Soutenue pendant 15 ans, elle s’est heurtée à la difficulté d’autonomiser la coopérative. Des responsables agricoles et des techniciens ont été formés, ils ont embauché un salarié et ont multiplié les adhérents. Aujourd’hui, la production se développe de manière exponentielle. Et la migration vers les villes en a été freinée. Pour Hasmiyou Fousseni, les problèmes résident souvent dans la filière elle-même et tout l’enjeu est de réussir à valoriser la production. Regard français Les problématiques africaines font écho aux enjeux des campagnes françaises. Selon Philippe Clément, les agriculteurs qui produisent notre alimentation se voient mis à mal par une mauvaise représentation du milieu rural et une répartition désavantageuse de la valeur au sein des filières. Pour Denis Schultz, la solution est évidente. Il faut « une action politique pour changer le contexte dans lequel évoluent les agriculteurs. Seuls, ils ne pourront pas changer les choses ». En Afrique et en Europe, ils devront lever des barrières qui parfois se ressemblent. « Ce n’est pas le foncier qui limite, explique Hasmiyou Fousseni, mais les moyens des exploitations. Au Togo, la Banque mondiale a investi 350 milliards de dollars pour l’agriculture. » Et Philippe Clément de conclure, « l’Union européenne est la seule à diminuer ses soutiens ».












