Vie professionnelle

Publié le 23/07/2019

L’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et les pays du Mercosur, signé le 28 juin, risque d’ouvrir la porte à l’importation de 180 000 tonnes de viande de volaille supplémentaires en Europe. Et cela, sans contrepartie équitable pour les producteurs européens, d’après les syndicats. Un coup dur. Une seule contre-offensive est possible : inciter le consommateur à privilégier la viande locale.

« Si c’est pour ouvrir les portes à de la viande de bêtes nourries aux farines animales et gavés d’antibiotiques interdits en Europe, on peut tout de suite arrêter nos efforts pour améliorer le bien-être animal dans nos élevages », s’agace Jean-Michel Schaeffer, président d’Alsace Volaille. Si encore les producteurs de volaille pouvaient profiter d’une contrepartie. Mais non. Rien, ou pas grand-chose : la protection de quelques indications géographiques. La contrepartie aux exportations agricoles en provenance des pays du Mercosur (bœuf et sucre notamment, en plus de la volaille) est ailleurs : l’accord devrait surtout permettre à l’Union européenne d’exporter davantage de voitures et pièces détachées, machines, produits chimiques et pharmaceutiques vers ces pays. Souveraineté alimentaire bafouée Jean-Michel Schaeffer, également président de l’Association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair (Anvol), détaille l’ampleur des conséquences de l’accord pour cette production : « L’Europe importe déjà un million de tonnes (Mt) de viande de volaille. La moitié vient du Brésil. Le reste de Thaïlande et d’Ukraïne. Avec l’accord, le volume de viande importée par l’Union européenne va passer à 1,2 Mt. C’est ce que produit la France. Et encore, la France produit des ailes, des cuisses, du filet… L’accord du Mercosur ne concerne que du filet. Un tiers des volumes de filets consommés en Europe sera alors importé. » Pour lui, non seulement l’Europe lâche sa souveraineté alimentaire, mais elle permet même aux pays du Mercosur de construire le prix du marché. Car cette viande, produite avec des normes bien moins drastiques que celles qui sont imposées aux producteurs européens, sera aussi moins chère. Le fait qu’elle doive être congelée pour traverser l’océan en containers frigorifiques ne dégrade que son bilan carbone, pas sa compétitivité. En matière de sécurité sanitaire, Jean-Michel Schaeffer est inquiet. « L’Europe assure qu’il y aura des contrôles pour vérifier la qualité de la viande. Mais ils seront confiés aux États membres ». Or, pour lui, « c’est à celui qui impose l’accord de contrôler ». Il craint aussi que les contrôles soient rendus inefficaces par des pratiques comme la falsification de documents… La confiance règne. Rendre obligatoire l’étiquetage de l’origine de la viande La traçabilité est un autre sujet de préoccupation. Rien que dans l’UE, elle est défaillante. « De la viande peut arriver en France estampillée Pays-Bas alors qu’elle a été produite en Ukraine », illustre Jean-Michel Schaeffer. Il suffit qu’elle ait été déconditionnée ou transformée quelque part pour qu’elle change de drapeau. C’est d’autant plus préoccupant que le seul secteur où la consommation de viande de volaille augmente, c’est la restauration hors domicile (collective et en cafés, hôtels, restaurants), qui représente 40 % du volume de viande de volaille consommé en France, et où l’étiquetage de l’origine de la viande est totalement inexistant. « Contrairement à la grande distribution, qui joue le jeu, en restauration hors foyer c’est un no man’s land en matière de viande de volaille », regrette Jean-Michel Schaeffer. Concrètement : c’est dans les nuggets des cantines que passera la viande importée des pays du Mercosur. Jean-Michel Schaeffer estime donc que les échanges avec ces pays doivent s’accompagner de l’instauration d’un étiquetage généralisé, précis et obligatoire de l’origine de la viande de volaille. C’est en cours : « Nous avons demandé à l’État d’éditer un décret afin de rendre l’étiquetage de la viande de volaille obligatoire en restauration hors foyer », indique Jean-Michel Schaeffer. La grande distribution joue le jeu du local À contre-courant de ces accords qui vont dans le sens de la mondialisation de l’alimentation, des initiatives fleurissent pour la relocaliser. Y compris en grande distribution. C’est le cas de l’hypermarché Leclerc de Geispolsheim, qui met en avant la gamme de volailles produites localement par Alsace Volaille. Deux linéaires y sont consacrés. Et tous les produits de la gamme y sont parfaitement bien rangés par catégorie (poulet du Grand Est, poulet fermier d’Alsace Label Rouge, Bruno Siebert, bio…). Alain Noé, responsable du rayon boucherie, estime que les origines locales (Alsace et Grand Est) représentent 60 à 70 % du rayon de la volaille crue, hors snacking. Une tendance qui ne fait qu’augmenter depuis trois ans : les volumes ont été multipliés par trois pour la volaille d’Alsace label rouge, par deux pour le poulet du Grand Est. Si ça marche, c’est que ça répond à une demande du consommateur. Pour le plus grand plaisir d’Alain Noé, qui apprécie de pouvoir faire tourner l’économie locale en s’approvisionnant auprès des entreprises Volailles Rhin, Feyel, Doriath, et Siebert. D’ailleurs, en se penchant sur les étiquettes des produits issus de l’abattoir Siebert, on s’aperçoit que la traçabilité est totale puisqu’apparaissent le nom de l’éleveur et sa localisation. Opérationnel sur la gamme Grand Est et label rouge, cet étiquetage de précision va être étendu à la gamme bio. Autre initiative de l’abattoir : « Nous organisons des animations dans les magasins. Ce sont les éleveurs qui vont à la rencontre des consommateurs, et nous les rémunérons pour cela », précise Bruno Siebert. Et lorsqu’un éleveur de Geispolsheim vient faire une animation dans son rayon, alors Alain Noé sort le grand jeu : agrandissement du rayonnage, offres promotionnelles, stickers « Élevé à Geispo »…

Agriculture biologique et biodiversité

Les deux font la paire

Publié le 22/07/2019

L’agriculture biologique est favorable à la biodiversité. La Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab) et Bio en Grand Est ont organisé un colloque visant à identifier les leviers actionnables par les collectivités locales pour maximiser les externalités positives de l’agriculture biologique sur la biodiversité.

Agriculture biologique et biodiversité. « Deux sujets forts », constate Julien Scharsch, président de Bio en Grand Est (ex-Opaba). « L’agriculture biologique doit encore se développer, tant quantitativement que qualitativement. Et la biodiversité doit être préservée, tant qu’il est encore temps d’agir. » Or, toute activité humaine vient perturber la biodiversité. Y compris l’agriculture. Fut-elle biologique. L’Agence française pour la biodiversité a donc confié une mission à la Fédération nationale d'agriculture biologique (Fnab) : identifier et déployer les pratiques agricoles favorables à la biodiversité. Or la plupart de ces pratiques ont un coût, direct ou indirect. Elles questionnent les priorités des agriculteurs, « qui ont besoin d’être accompagnés par les associations, les collectivités… », note Julien Scharsch. Et puis vouloir restaurer la biodiversité uniquement en milieu agricole, sans notion de continuité écologique, c’est mettre des coups d’épée dans l’eau. Car il y aura toujours plus de biodiversité dans un milieu naturel ou agricole que sous un parking. C’est justement pour restaurer et entretenir ces continuités qu’un dispositif Trame verte et bleue a été instauré en Grand Est. Dans ce cadre, Bio en Grand Est a monté un réseau de fermes pilotes (le réseau de fermes Bio-Diversité regroupe 12 fermes en Alsace et 8 en Champagne Ardennes) où sont menées des actions d’amélioration de la biodiversité, afin d’évaluer leur efficacité. De son côté, rappelle Pascale Gayot, vice-présidente de la Région Grand Est, la collectivité s’est engagée dans la lutte contre l’artificialisation du foncier. Objectif : « réduire de moitié la consommation foncière d'ici 2030 ». En outre, la Région soutien d’autres chantiers en faveur de la biodiversité : le plan biodiversité, les MAE, le contrat de filière apiculture, le contrat de filière arboriculture et trufficulture, le contrat de filière forêt-bois…     - 38 % d’oiseaux en milieu agricole L’érosion de la biodiversité semble donc être dans le collimateur des pouvoirs publics. C’est heureux. Car l’état des lieux dressé par Alexandre Goncalves, chargé de mission à la Ligue de protection des oiseaux (LPO) Grand Est, n’est guère réjouissant. Le rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), daté du mois de mai 2019, qui estime qu’un million d’espèces végétales et animales sont menacées d’extinction. Par définition, le rayon de la LPO, ce sont les oiseaux. « Comme il s’agit d’une famille présente tout au long de la chaîne alimentaire, sur tout le territoire, et qu’ils sont très sensibles aux variations de leur milieu naturel, ils constituent un bon indicateur de l’évolution de la biodiversité », affirme Alexandre Goncalves. Les conclusion des études de la LPO ? Depuis 1989, les populations d'oiseaux généralistes, capables de s’adapter aux changements de milieu ont tendance à augmenter. Les populations d’espèces forestières sont stables. Celles des milieux agricoles sont en régression de - 38 %. Au niveau régional la régression est moins marquée (-12 %). Mais Alexandre Goncalves douche la lueur d’espoir de l’assemblée. « C’est dû au fait que les mesures n’ont démarré qu’en 2003, alors que l’érosion devait déjà être bien entamée. » Il enfonce le clou avec quelques exemples précis : - 25 % d’alouette des champs en 15 ans, - 46 % de bruant jaune en 15 ans, le courlis cendré au bord de l’extinction. Les causes de cette érosion sont multiples. En vrac : monoculture, disparition des haies, vergers, mares, étalement urbain, fauches précoces des prairies, utilisation de produits phytosanitaires, pollution chimique, lumineuse, sonore, changement climatique. Les solutions sont tout aussi variées. Certaines semblent utopiques, du moins à court terme : stopper l’étalement urbain, diminuer la taille des parcelles, supprimer les produits phytosanitaires. D’autres sont plus envisageables : mieux prendre en compte la biodiversité dans les politiques agricoles, diversifier les cultures, planter et entretenir des haies et des bosquets, gérer de manière plus extensive les vergers, les zones enherbées de manière générale, semer des bandes fleuries d’espèces autochtones, préserver les milieux naturels, qui constituent des zones refuges… L’agriculture à la croisée des chemins Ce constat ne doit pas faire perdre de vue que l’agriculture n’est pas que néfaste à la biodiversité. Les liens qui unissent agriculture et biodiversité sont bien plus complexes. L’agriculture rend des services écosystémiques et elle a des impacts directs ou indirects sur les facteurs d’érosion de la biodiversité. En outre, elle est elle-même touchée par cette érosion, puisqu’il s’agit de sa matière première. Christian Bockstaller, ingénieur de recherche à l’Inra, rappelle : « En milieu agricole, on peut distinguer la biodiversité planifiée, maîtrisée par l’agriculteur, la biodiversité associée, qui est subie, que ce soit de manière bénéfique, neutre ou nuisible, et la biodiversité extra-agricole, qui n’a pas d’impact direct sur la production, mais qui est là. » Partageant le constat de l’érosion de la diversité en milieu agricole dressé par Alexandre Goncalves, Christian Bockstaller cite aussi les mêmes grands facteurs d’érosion, auxquels il rajoute la prolifération d’espèces envahissantes. Le chercheur cite plusieurs études menées afin d’ausculter les moyens de remédier à l’appauvrissement de la biodiversité. La complexification du paysage permet d’atténuer l’effet de l’intensification des pratiques agricoles pour les espèces mobiles. C’est moins évident pour les espèces peu mobiles. Une étude européenne montre que les éléments boisés sont favorables aux auxiliaires, et les éléments fleuris aux pollinisateurs. En viticulture, la nature de l’enherbement de l’interrang est importante, tant par le nombre que la nature des espèces. Conclusion de Christian Bockstaller : « Il n’y a pas de relation simple entre une technique et un effet. » Trois techniques peuvent être mises en œuvre de manière non exclusive. Tout d’abord améliorer l’efficience des intrants, pour en utiliser moins. Ensuite substituer les plus préjudiciables, sachant que cela s’accompagne d’effets collatéraux puisque les bios pesticides ne sont pas inoffensifs pour la biodiversité, tout comme les outils mécaniques qui, en plus, émettent des gaz à effet de serre. Enfin, repenser les rotations et les itinéraires techniques en termes de dates et de densités de semis, de couverture du sol… Le top pour la biodiversité ? C’est la combinaison de l’agriculture de précision, de conservation et biologique, voire de l’agroforesterie, estime Christian Bockstaller, qui met en garde contre les étiquettes. « Il y a des leviers à actionner par tous : enrichissement des paysages, couverture du sol, semis direct, alternatives aux produits phytosanitaires… »

Publié le 22/07/2019

Au cours de leur assemblée générale du 26 mars 2019, les membres de l’AMOMA68, l’association des membres de l’Ordre du mérite agricole, avaient décidé d’aller voir ce qui se passait à Rungis, le « ventre de Paris » qui a succédé aux anciennes Halles. Cette aventure s’est déroulée du 17 au 19 juin.

Pour rejoindre la capitale en bus depuis Sainte-Croix-en-Plaine, c’est à 5 heures du matin qu’avait été fixée l’heure du départ. Le temps de constater la multiplication des champs d’éoliennes entre la Meurthe-et-Moselle et la Seine-et-Marne, de jeter un coup d’œil sur la sucrerie « Terreos » créée par Ferdinand Béguin aux environs de 1975, de déjeuner au cœur de la ville médiévale de Provins… Et voilà que les méritants agricoles se retrouvent sur la plus belle avenue de Paris, la Seine, pour admirer, depuis un bateau-mouche, les bâtiments célèbres de la capitale. Lever plus matinal encore le lendemain où un autocariste local emmène ses passagers dès 3 h 45 vers Rungis, le grand marché national des produits frais. Fortement concurrencé par les Centrales d’achats de la grande distribution qui étranglent les producteurs, Rungis s’efforce de maintenir une éthique de respect mutuel. Les partenariats entre grossistes qui rassemblent sur les lieux de production et ceux qui écoulent à partir des locaux de Rungis permettent de contenir les frais de transfert. Tous les produits frais y sont présents depuis la viande jusqu’aux fleurs en passant par les produits laitiers, les volailles, les poissons, les fruits et les légumes. Passées d’une vingtaine d’hectares au centre de Paris à plus de 250 ha à Rungis, les installations n’arrêtent pas de se moderniser pour offrir à leurs entreprises de distribution les moyens de stockage et de réfrigération dont elles ont besoin. Après avoir retrouvé leur car alsacien, les voyageurs ont fait le tour du Paris historique et de ses secrets révélés par une guide de grande classe aux qualités pédagogiques peu communes. Du lac sous l’Opéra à la boucherie révolutionnaire de la place de la Concorde, en passant par les prouesses du baron Haussmann soutenu par Napoléon III, la capitale d’aujourd’hui a encore bien des choses à montrer à ceux qui ne la connaissent que par son métro et ses salles de réunion. Le circuit touristique s’est poursuivi par un examen minutieux des différents points de la ville depuis le sommet de la tour Montparnasse. Visite au Législateur La dernière matinée a été consacrée à l’Assemblée nationale où les députés Éric Straumann et Jacques Cattin ont accueilli le groupe dont ils connaissaient pas mal de membres. Questions, échanges de vues et d’avis, visite de lieux célèbres, les plafonds peints par Delacroix, l’Hémicycle, la bibliothèque, les déambulatoires, les multiples statues et fonctionnaires en habits luxueux… Mais les instants les plus chaleureux furent offerts en privé, entre Alsaciens, par nos parlementaires, dont l’un est aussi un viticulteur célèbre. Puis ce fut le chemin du retour avec, à l’arrivée à Saint-Croix-en Plaine, les sympathiques effusions des « Au revoir » qui montraient le plaisir qu’avaient eu les participants de découvrir tant de choses ensemble.

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