Vie professionnelle

Dégâts de gibier sur prairie

2022 : une année historiquement calme

Publié le 19/04/2023

Du nord au sud de l’Alsace, les dégâts de sangliers sur prairie ont été bien moins conséquents, en 2022, qu’en 2021 et 2020. Ils ont été divisés par cinq, en 2022, par rapport à l’année d’avant. Les causes seraient multifactorielles.

Dans le Bas-Rhin, en 2022, sur 654 ha de cultures détruites par le gibier, 84 ha étaient des prairies. En 2021, 535 ha de prairies sur 982 ha de cultures, au total, ont été saccagés. En 2020, 215 ha de prairies sur 1 208 ha de cultures. Plus de cinq fois moins d’hectares de prés ont subi des dégâts de gibier, dans le Bas-Rhin, en 2022, par rapport à 2021 : exceptionnel ! Les principales communes touchées, en 2022, étaient Ingwiller avec 9,5 ha de prairies détruites, Wingen avec 6,5 ha, Wissembourg avec 5 ha, Lichtenberg avec 4 ha et le secteur de Reipertswiller avec 3,5 ha, partage Pascal Perrotey, directeur du Fonds départemental d’indemnisation des dégâts de sangliers du Bas-Rhin (FIDS 67). Les cinq bans totalisent plus de 20 % des dégâts de sangliers, dans le département nord de l’Alsace, l’an dernier. « Si 18 000 sangliers ont été tirés, dont le quart de nuit (une première), il faut aussi noter que, par chance, il y avait peu de larves de hannetons, dans les prés, en 2022 », constate Pascal Perrotey, expliquant, ainsi, la baisse significative des dégâts de sangliers sur les prairies, l’an passé. Le directeur du FIDS 67 prévient : il n’y a pas de science infuse. L’avenir est donc difficile à prévoir. « 2023 sera sûrement identique à 2022 », estime, tout de même, Pascal Perrotey. « On commence à entendre, ici ou là, que les dégâts reprennent mais dans des proportions limitées. Reste quelques zones récurrentes compliquées », abonde Yohann Lecoustey, directeur de la FDSEA du Bas-Rhin. « Il suffit que deux ou trois locataires de chasse laissent filer… Nous sommes tous égaux, face aux sangliers », lâche Pascal Perrotey. Le directeur du FIDS 67 donne une astuce pour contenir les sangliers. « Dans quatre zones, qui sont le secteur Lembach, Grendelbruch, Obernai - Muhlbach et Gresswiller, Albé - Breitenbach, celui d’Harskirchen - Sarre-Union, celui du Val de Villé et celui de la Vallée de la Bruche, les chasseurs agrainent avec des pois protéagineux, que les sangliers assimilent comme des protéines animales. C’est comme s’ils mangeaient des larves donc ils ne se cassent plus le groin à creuser le sol, et les prairies sont préservées », détaille Pascal Perrotey. Des études de l’Office français de la biodiversité (OFB) montrent que l’agrainage n’aide pas la fécondité, ni donc la prolifération des sangliers, car les quantités d’agrainage restent toujours moindres par rapport aux profusions qu’offre la nature, les bonnes années, d’après le directeur de la FIDS 67. « Dans le Haut-Rhin, au col du Bonhomme, un essai a déjà été réalisé, à savoir que l’agrainage avait été arrêté et cela avait été une catastrophe », sait Pascal Perrotey. S’appuyant sur les chiffres de 2022, il remarque que les dégâts en montagne sont insignifiants, cette année. Au sud Dans le Haut-Rhin, en 2022, sur 957 ha de cultures détruites par le gibier, 206 ha étaient des prairies. « Des chiffres qui restent néanmoins à affiner, précise Marie-Joëlle Bellicam, conseillère Montagne à la Chambre d'agriculture Alsace. Des déclarations d’agriculteurs de montagne n’ont pas encore été effectuées. » En 2021, 1 018 ha de prairies sur 1 640 ha de cultures, au total, ont été saccagés. En 2020, 484 ha de prairies sur 1 614 ha de cultures. Plus de cinq fois moins d’hectares de prés ont subi des dégâts de gibier, dans le Haut-Rhin, en 2022, par rapport à 2021, tout comme dans le Bas-Rhin : une « baisse spectaculaire », admet Alexandre Bosserelle, le directeur du FIDS 68. Les principales communes touchées, en 2022, étaient Sainte-Croix-aux-Mines avec 20 ha de prairies détruites, Le Bonhomme avec 15 ha, Soppe-le-Bas avec 13,8 ha, Orbey avec 9,7 ha et Fellering avec 7,5 ha, partage le directeur du FIDS 68. Ces cinq bans avec ceux d’Oderen, de Kruth, de Soppe-le-Haut, de Pfetterhouse, de Breitenbach (dans le Haut-Rhin), de Kirchberg et d’Heimersdorf totalisent près de 50 % des dégâts de sangliers, dans le département sud de l’Alsace, soit 102,5 ha, l’an passé. « Il semblerait qu’il y a eu, en 2022, moins de sangliers que les années précédentes et la sécheresse, dès le printemps, a probablement joué. Mais les causes principales de la baisse des dégâts de sangliers sur prairies sont difficilement identifiables, d’autant plus que les dégâts en plaine n’ont, eux, que peu diminué. Météo, taux de reproduction, mortalité hivernale des jeunes, prélèvements par la chasse, etc., l’augmentation ou la diminution des dégâts est multifactorielle », énumère Alexandre Bosserelle. D’après lui, dans le Haut-Rhin, les dégâts démarrent calmement, en 2023. « Pour le moment, il n’y a pas d’alerte majeure mais tout peut aller très vite », poursuit-il. Claude Schoeffel, éleveur à Fellering, confirme : « Les dégâts ont recommencé il y a trois semaines, en l’espace de deux nuits seulement. J’ai sollicité immédiatement les lieutenants de louveterie qui sont intervenus rapidement. Pour nous, l’embellie constatée en 2022 ne se confirmera probablement pas cette année. »

Publié le 08/04/2023

Le travail de promotion réalisé par l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace porte ses fruits. Retour sur 20 ans d’existence avec leurs hauts et leurs bas.

Depuis 20 ans, l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) se mobilise pour assurer leur promotion auprès des distributeurs et des consommateurs alsaciens. Ce faisant, elle contribue au développement de la production de fruits et légumes, en particulier celle de produits emblématiques de l’Alsace, comme le chou, l’asperge, le raifort, la quetsche. Pierre Lammert, président de l’Ifla, l’a rappelé en ouvrant l’assemblée générale de l’interprofession, le 22 mars à Schiltigheim. Elle accompagne également la création de nouvelles filières, comme les légumineuses, et assiste les différents opérateurs dans le montage des dossiers de subvention. Les producteurs alsaciens bénéficient d’un accompagnement technique grâce aux stations d’expérimentation, Verexal et Planète Légumes. Et d’un accompagnement financier grâce aux aides de la Région Grand Est qui subventionne certains investissements nécessaires à leur activité. Un deuxième contrat de filière a été signé en septembre dernier. « Nous étions les premiers à signer un contrat de filière », rappelle Pierre Lammert en remerciant la Région Grand Est pour les moyens accordés. Au dernier Salon de l’agriculture, le ministre de l'Agriculture a détaillé son plan pour la souveraineté pour les fruits et légumes. Ce plan repose sur un constat : « Aujourd’hui, 50 % des légumes consommés en France sont importés. Depuis 2020, la France a perdu 14 points d’approvisionnement et la tendance ne fait que s’accentuer. L’objectif du ministre est de gagner 5 points de souveraineté d'ici 2030 et 10 points d'ici 2035. » Parmi les quatre stratégies proposées, l’une intéresse plus particulièrement l’Ifla : renforcer la dynamique de consommation des fruits et légumes dans le modèle alimentaire. « On ne rognera pas sur la communication » C’est dans cet esprit qu’elle a organisé le Plus grand show des fruits et légumes de France, en septembre dernier à Illkirch-Graffenstaden : un jardin extraordinaire, des dizaines d’animations et de démonstrations culinaires, plus de 40 ateliers pour les scolaires, des rencontres avec les professionnels… « Tout était là pour assurer la réussite de cette manifestation », assure Pierre Lammert, dont l’équipe n’a pas ménagé sa peine. Mais les choses ont tourné autrement. Si les deux premières journées se sont déroulées sous le soleil, la pluie et le froid se sont invités dès le samedi, décourageant les visiteurs. Résultat : seules 16 000 entrées payantes ont été enregistrées, alors qu’il aurait fallu « entre 35 000 et 40 000 entrées pour atteindre le point d’équilibre » de la manifestation. Les surcoûts liés à la sécurité du site et l’engagement moins important qu’espéré de certaines collectivités ont achevé de plomber les comptes. Le déficit de 200 000 € a pu être réduit grâce à une renégociation avec les fournisseurs et à des contributions supplémentaires des membres de l’Ifla. Il impacte tout de même les comptes de l’interprofession, qui achève l’exercice 2022 avec une perte de 56 000 €. Pierre Lammert, dont c’est la dernière année de présidence, s’engage à « tout faire pour que la situation financière soit à nouveau saine d’ici la fin de l’année 2023 ». Une rétrospective en images a permis de se remémorer les grandes étapes de la vie de l’interprofession : sa création sous l’égide de la Région Alsace, le lancement des différents visuels et emballages aux couleurs des fruits et légumes d’Alsace, l’élargissement des différents collèges, le lancement des grands événements autour des fruits et légumes d’Alsace (Soleil et saveurs d’automne), la formation des chefs de rayon, la création du concours d’étalage… Sarah Guntz et Yannick Wir, les deux animateurs de l’Ifla, ont plus particulièrement retracé le bilan des actions entreprises en 2022, des lancements de produits de saison aux différents partenariats permettant de mettre la marque Fruits et légumes d’Alsace en avant. En 2023, les dépenses seront plus contraintes, « mais on ne rognera pas sur la communication », promet Pierre Lammert. Une forte attente autour des produits locaux Denis Digel, le président de la coopérative Les maraîchers réunis de Sélestat, est revenu sur le contexte dans lequel a été créée l’interprofession. Les producteurs alsaciens subissaient alors une grosse concurrence de la part de leurs collègues allemands. Adrien Zeller, le président de la Région Alsace de l’époque, pousse à la création de l’Ifla pour permettre à la filière de mieux s’organiser. « En 20 ans, beaucoup de travail a été fait, cela a été très bénéfique pour la filière. Aujourd’hui, le marché est mûr, il y a une attente forte autour des produits locaux. Ce n’était pas le cas à la fin des années 1990, où les produits venaient de partout sauf de chez nous », rappelle-t-il. De nouveaux enjeux se posent désormais à la filière, comme le renouvellement des générations dans les exploitations. Dans ce contexte, le soutien des pouvoirs publics, comme celui de la Chambre d’agriculture Alsace, est plus que jamais nécessaire, souligne le président de la coopérative maraîchère, qui salue Pierre Lammert pour le travail accompli durant 20 ans. L’augmentation des charges (gasoil, gaz, électricité, main-d’œuvre) est un autre sujet de préoccupation pour les producteurs. Certains risquent de ne pas pouvoir y faire face. Denis Digel profite de la présence des distributeurs, membres de l’Ifla, pour tirer la sonnette d’alarme. « Le prix de vente doit augmenter, et pas seulement de quelques pourcents, mais de 10 %, 15 %, 20 % selon les produits. »

Savoir Vert des agriculteurs d’Alsace

L’école à la ferme gagne du terrain

Publié le 31/03/2023

Créé en 2019, le réseau Savoir Vert des agriculteurs d’Alsace, qui organise des visites pédagogiques à destination du milieu scolaire, prend ses marques dans le paysage local. À la rentrée prochaine, ce sont 23 fermes alsaciennes qui seront certifiées par le rectorat pour accueillir des élèves de maternelle, primaire, collège ou lycée. Élue à la présidence de l’association lors de l’assemblée générale du 14 mars dernier, Charlotte Ritzenthaler, éleveuse à Jebsheim, dresse le premier bilan et les perspectives à venir de ce nouvel outil de communication positive.

Petit à petit, le réseau Savoir Vert des agriculteurs étend sa toile en Alsace. De huit fermes, toutes haut-rhinoises, lors de sa création en 2019, l’association spécialisée dans la communication vers le milieu scolaire compte aujourd’hui 17 fermes certifiées dans les deux départements alsaciens, et va même en intégrer six nouvelles en septembre prochain. Une dynamique qui n’étonne guère Charlotte Ritzenthaler, la nouvelle présidente de Savoir Vert des agriculteurs d’Alsace depuis l’assemblée générale du 14 mars dernier. « Historiquement, nous sommes une profession qui avait toujours du mal à communiquer avec le reste de la société. Aujourd’hui, il y a une réelle prise de conscience chez les professionnels, quel que soit leur âge. C’est dans l’air du temps. » Toutes les filières de production sont représentées dans le réseau, avec une dominante d’exploitations céréalières et laitières. L’ancien président de Savoir Vert Alsace et des Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin, Ange Loing, l’avait bien compris en 2018 lorsqu’il a découvert le concept né dans le nord de la France au début des années 1990 sous l’impulsion de la FRSEA 59/62. Il y voyait là une idée intéressante pour lutter contre l’agribashing croissant dans les médias et sur les réseaux sociaux. Savoir Vert des agriculteurs d’Alsace naît l’année suivante sous l’impulsion des JA 68. Mais la crise sanitaire vient chambouler cette belle dynamique. La certification des huit premières fermes est planifiée le 16 mars 2020, soit le premier jour du confinement décrété quelques jours plus tôt. Cette journée a finalement lieu le 26 novembre 2020, laissant enfin le champ libre aux premières visites de classes pour 2021.     Le démarrage se fait en douceur, toujours à cause du Covid, avec un protocole sanitaire très strict à respecter : interdiction de toucher des objets ou de se regrouper dans une salle. « Pour moi, ça allait car la majorité de ma présentation se fait en extérieur. Mais c’est vrai que pour les enseignants, cela restait encore assez contraignant », souligne la jeune éleveuse de Jebsheim. C’est à partir du printemps 2022 que le potentiel de Savoir Vert Alsace a pu commencer à s’exprimer pleinement. Pour cette « vraie » première année, ce sont 80 visites qui ont été organisées parmi les membres de l’association, certains accueillant plus de classes - maternelle, primaire, 6e - que d’autres. Des écoles qui restent à convaincre Un résultat qui est amené à prendre de l’ampleur au cours des années à venir, à mesure que l’association Savoir Vert des agriculteurs d’Alsace se fera connaître des établissements scolaires, mais aussi des parents d’élèves. Mais pour cela, il faut convaincre et expliquer les vertus de ces visites payantes à la ferme pour les élèves. « De base, beaucoup d’enseignants pensent que nous sommes des fermes pédagogiques comme on peut en voir ici et là. Ils ne comprennent pas trop la différence alors que nous avons un cahier des charges très précis à respecter. Ce que nous proposons, c’est l’école à la ferme avec une visite qui s’intègre pleinement dans le programme scolaire des élèves : les cinq sens pour les maternelles, les quantités chez les CP/CE1, l’alimentation chez les 6e… C’est pour cela que chaque ferme du réseau est certifiée par le rectorat », développe Charlotte Ritzenthaler.     Ce critère rassure les directeurs d’école, mais reste insuffisant pour convaincre en masse. Si elle n’a pas eu trop de difficultés à faire venir les écoles des villages alentour (Grussenheim, Biesheim, Jebsheim, Durrenentzen) à la ferme Malaitis, elle a encore un peu de mal à attirer les 18 écoles colmariennes. « Je les ai toutes appelées pour expliquer la démarche, je leur ai distribué des tracts. Pour l’instant, seules deux classes de maternelle sont venues. » Elle reste néanmoins très confiante sur l’adhésion future des écoles plus urbaines au réseau Savoir Vert. « Avec le bouche-à-oreille et le retour d’expérience de classes participantes, il va y avoir un effet boule de neige et nous allons nous faire connaître de plus en plus », est-elle persuadée. Changer le regard des enfants et des parents Charlotte Ritzenthaler a fait le choix d’organiser ses visites uniquement le matin, en ayant pris soin de se lever plus tôt pour avoir le temps de faire ses tâches habituelles. « Si on est bien organisé et motivé, ça le fait ! » Il lui faut environ 30 minutes de préparation avant la venue des enfants, et autant de temps pour le rangement après leur départ. Elle a fait en sorte que son parcours ne pénalise pas le travail des trois associés du Gaec dans lequel elle travaille en tant que salariée. « Cela leur permet de rester concentrés dans leur travail pendant la présence des enfants et de leurs accompagnateurs. »     Elle ne cache pas qu’elle ressentait un léger stress lors des premières visites qu’elle a animées. « Notre métier de base, c’est l’agriculture, pas la communication. Mais heureusement, cela s’apprend et plus on pratique, plus on est à l’aise. Aujourd’hui, ça va. » Pas besoin non plus de faire le gendarme face à des enfants qui pourraient être dissipés par le cadre inhabituel de la ferme. « Au contraire, ils sont plus dans l’émerveillement et ont envie de voir, notamment les plus jeunes. Après, il y a cinq adultes qui encadrent le groupe, ce qui me permet de rester concentrée sur ma présentation. »     Eux aussi ont les oreilles bien tendues lors de l’exposé de l’agriculteur, de nombreux parents ayant une méconnaissance profonde du monde agricole et de ses particularités. « Des parents m’ont demandé pourquoi certaines vaches étaient maigres, ou pourquoi on avait un robot de traite. » Chez les enfants de CM2 et de 6e, plus sensibles à ce qui est dit par leurs aînés, dans les médias ou sur les réseaux sociaux, ce sont d’autres certitudes qu’il faut confronter pointe Charlotte Ritzenthaler : « Il ne faut pas manger de viande, que du végétal, etc. Ils descendent du bus avec des idées préconçues et repartent avec une vision plus claire et réelle des choses. C’est tout le but de notre démarche : faire évoluer favorablement le regard des gens sur notre métier. »

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