Vie professionnelle

FDSEA du Haut-Rhin - Oléoprotéagineux

La rentabilité économique comme fil rouge

Publié le 27/01/2023

Les cultures oléoprotéagineuses font de plus en plus partie du paysage agricole haut-rhinois. Une dynamique portée par des filières locales à forte valeur ajoutée, et un contexte plus général favorable au made in Europe face au géant brésilien. Benjamin Lammert, vice-président de la FOP, et secrétaire général adjoint de la FDSEA du Haut-Rhin fait le point sur ce dossier et les perspectives espérées.

Sans faire de bruit, la filière oléoprotéagineuse gagne du terrain dans le Haut-Rhin. Elle occupe aujourd’hui 8 % des surfaces arables du département, essentiellement du colza et du soja, mais aussi un peu de tournesol, du tournesol semences et des pois chiches. Un chiffre qui se place au-dessus de la moyenne nationale, relève le secrétaire général adjoint de la FDSEA du Haut-Rhin en charge du dossier « oléopro », Benjamin Lammert, également vice-président de la FOP (Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux). « 8 % d’assolement pour les oléoprotéagineux, c’est vraiment pas mal quand on sait que c’est entre 15 et 20 % chez les grands producteurs mondiaux de céréales. »     Le soja couvre environ 5 000 ha dans le Haut-Rhin, et le colza entre 3 000 et 3 500 ha. Il y a six ans, c’était environ trois fois moins pour le soja. Il faut dire qu’entre les débouchés en alimentation humaine via Alpro à Issenheim, ou Taifun en Allemagne, pour le bio, et en alimentation animale via le négoce bas-rhinois Lienhart, acquis en 2021 par le groupe CAC, les possibilités de valorisation ne manquent pas pour les producteurs. « Nous avons la chance d’avoir des filières locales à forte valeur ajoutée. Pour le colza, il y a des débouchés très importants en Allemagne, grâce au Rhin », développe le responsable syndical. Le second argument qui plaide en faveur des cultures oléoprotéagineuses est d’ordre agronomique. Elles s’intègrent bien dans une rotation à dominante maïs en structurant le sol, en apportant de l’azote et en cassant le cycle des ravageurs. Elles nécessitent aussi peu d’intrants, et un besoin en eau réduit. Et sur la question climatique, le colza apporte une solution en étant source de biocarburant pour les véhicules, mais aussi de fioul pour les chaudières.     Des signaux « positifs » dans la nouvelle Pac Pour autant, la filière oléoprotéagineux reste toujours en retrait en Europe. La raison est historique comme le retrace Benjamin Lammert : « Lorsque la Pac a été créée, nous sortions du Plan Marschall. Les Américains étaient d’accord pour qu’on aide notre agriculture, en contrepartie d’absence de droits de douane sur l’export de leur soja. Du coup, peu de surface, peu de semenciers, peu de produits phytos et une faible logistique. Nous sommes entrés dans un cercle vicieux que nous essayons de transformer aujourd’hui en cercle vertueux. » Un travail de « fourmi » qui, petit à petit, porte ses fruits. La France a désormais 50 % d’autonomie en oléoprotéagineux, soit dix points de plus que le reste de l’Europe. L’objectif fixé par le Plan protéines national est d’atteindre une surface de 300 000 ha en 2028 contre 190 000 aujourd’hui.     Pour y arriver, une condition est essentielle aux yeux de Benjamin Lammert : développer des filières économiques « solides », proposant une rentabilité intéressante pour l’agriculteur. Et sans contrainte. Pas question pour la FOP d’accepter une rotation à la parcelle telle que cela avait été présenté dans le projet Pac 2023-2027. « Nous avons beau souhaiter un développement des surfaces des cultures oléoprotéagineuses, nous voulons surtout que cela se fasse en bonne cohérence avec les autres filières. Nous voulons développer les légumineuses en les rendant intéressantes, pas obligatoires. Les agriculteurs doivent avoir le libre choix entre plusieurs solutions rentables économiquement », appuie le représentant de la profession. Il salue néanmoins les signaux positifs envoyés par la Pac en faveur des oléoprotéagineux à travers les éco-régimes : un point pour 5 ha de légumineuses, 2 points pour 10 % de sa SAU en légumineuses. S’ajoute à cela l’aide couplée pour faire du soja qui passe de 35 à 100 euros par hectare. « C’est bien, mais nous restons tout de même prudents sur ce point. Bien sûr, il faut s’en servir, mais d’un point de vue économique, ce n’est pas ce qu’il y a de plus efficace pour structurer des filières. » Des marchés en quête de non OGM Une tendance positive semble donc se dessiner pour la filière oléoprotéagineux. À quel horizon ? Benjamin Lammert reconnaît humblement qu’il ne sait pas. « Nous restons pragmatiques. Pour l’instant, ça plafonne un peu, il y a encore des verrous à lever. Rien qu’en Alsace, il y a encore des possibilités pour augmenter un peu la production de colza et de soja. » Sur le plan économique, les tensions sur les marchés jouent en faveur du soja européen non OGM et non déforestant par rapport à celui produit par les Brésiliens. « Pour répondre à la forte demande de la Chine, ils ne font plus de lots non OGM pour l’Europe et préfèrent tout envoyer là-bas. Il y a donc un manque à combler chez nous. » Il faut compter désormais 250 euros d’écart entre un soja non OGM et un soja OGM importé contre 89 euros d’écart avec la crise Covid. Tant mieux pour les producteurs européens et français mais gare à une trop forte inflation qui pourrait freiner la consommation. « On doit faire reconnaître cette différence de prix, et ce que cela veut dire. Qualitativement et environnementalement, nous sommes meilleurs que le soja sud-américain. Mais le prix doit rester raisonnable pour nos clients. Si l’élevage répercute cette hausse, il faut que les consommateurs soient prêts derrière à payer cette différence. Le sont-ils ? On voit bien que des labels comme le bio sont en difficulté aujourd’hui », pointe Benjamin Lammert. Il poursuit : « Pour le colza, la construction d’un débouché au niveau européen prend du temps. Le biocarburant, mais aussi le tourteau pour l’alimentation animale semblent avoir ces rentabilités que nous recherchons. L’inconvénient est que nous sommes très limités en termes de produits phytos. Il y a peu de matières actives, comme pour l’ensemble des oléoprotéagineux d’ailleurs. Dès qu’une matière est supprimée, cela fragilise le maintien des cultures. C’est pour cela que nous misons beaucoup sur l’amélioration génétique, qui reste une piste très prometteuse pour renforcer l’efficience de ces cultures contre les maladies, les ravageurs et la sécheresse. »

Coopérative agricole de céréales

Mieux vaut prévenir que guérir

Publié le 22/01/2023

Le 13 janvier, la Coopérative agricole de céréales (CAC) a organisé sa seconde journée de sensibilisation à la sécurité et à la bienveillance destinée à l’ensemble des salariés du groupe. Ce « Safety Day » (en français, journée sécurité) a permis aux 180 collaborateurs d’être actifs dans ce moment de partage proposé sous forme d’ateliers thématiques.

En 2019, la première édition avait déjà connu un véritable succès. Ensuite, le Covid a empêché de se réunir. « La crise sanitaire est un élément supplémentaire qui nous a guidés dans notre volonté de pérenniser cette journée. Aujourd’hui, nous pouvons à nouveau nous revoir tous ensemble. Nous avons estimé qu’après cette période compliquée, c’était le bon moment. Aujourd’hui comme hier et comme demain, à la CAC, nous prenons soin les uns des autres. La coopérative est une grande famille. Il faut donc lui apporter et nous apporter tous ensemble la sécurité collective et la bienveillance qui est nécessaire pour avancer ensemble », explique le président de la Coopérative agricole de céréales, Jean-Michel Habig. C’est une nouvelle fois le Parc Expo de Colmar qui a été choisi. « Les différentes petites salles permettent d’organiser facilement ces ateliers. Les groupes ont été formés au hasard. L’idée n’étant pas de se retrouver avec des collaborateurs habitués à travailler ensemble dans le même service. Cela permet d’apprendre à mieux se connaître puisque nos collaborateurs travaillent sur différents sites dans tout le département. Cela favorise la cohésion », ajoute Laura Gueniat responsable qualité hygiène sécurité environnement (QHSE) à la coopérative. Cette année, l’entreprise a fait appel à cinq intervenants : la Caisse d’assurances-accidents agricoles (CAAA), le Service départemental d’incendie et de secours (Sdis), Groupama, Virtual Création qui est une agence digitale experte en réalité virtuelle, et Graphito qui est une agence de communicaton spécialisée en prévention, sécurité et environnement. « À travers ces ateliers présentés par nos partenaires, notre souhait est de développer une vraie culture de la sécurité au sein de l’entreprise. Nous voulons sensibiliser nos collaborateurs sur l’importance de respecter des consignes et des règles. L’importance de travailler en sécurité, avec bienveillance et une vigilance partagée. La nécessité de bien connaître et comprendre les gestes qui sauvent. L’importance de porter des équipements adaptés pour sa propre sécurité et celle des autres. Nous attirons également leur attention sur toutes les addictions comme l’alcool, les produits stupéfiants et les dangers de la route. Ces ateliers sont ludiques et participatifs », ajoute Laura Gueniat. « Il suffit d’une fois » Cette culture d’entreprise de la prévention et de la formation a jusqu’à présent permis d’éviter des drames. « Nous cherchons au maximum à anticiper d’éventuelles difficultés. Je ne veux pas aller un jour à l’enterrement d’un salarié. Ces ateliers permettent de se mettre en danger sans se faire peur et sans risque réel. Mais ils permettent surtout une vraie prise de conscience. Les accidents n’arrivent pas qu’aux autres. Il suffit d’une fois. Il suffit d’une raison comme la fatigue, le stress ou juste un moment d’inattention. Ce sont des éléments qui nous touchent tous et qui peuvent changer profondément notre quotidien », poursuit Jean-Michel Habig. Sur un stand, les salariés ont ainsi pu tester l’utilisation de la trottinette alors qu’un peu plus loin, ils pouvaient se retrouver dans la réalité virtuelle grâce un casque leur permettant de se retrouver immédiatement sur une zone avec des obstacles et donc potentiellement des dangers. À chaque fois, les autres membres des groupes étaient présents pour aider leurs collègues. « C’est cela qu’on appelle la nécessaire cohésion de groupe. Cette cohésion, on doit la retrouver tout au long de l’année. C’est cela la culture d’entreprise de la CAC », conclut Jean-Michel Habig. Après avoir fait le tour de l’ensemble de ces ateliers, les salariés ont pu se retrouver pour un déjeuner en commun. Une belle journée de bienveillance et de partage pour débuter collectivement cette année 2023.

Publié le 19/01/2023

La chasse et les dégâts de gibiers dans la campagne, voilà un dossier qui mobilise la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin. René Zimpfer et Nicolas Dieterich sont chargés du suivi de ce dossier complexe qui fait cohabiter agriculteurs, chasseurs et collectivités pour le meilleur et pour le pire.

Le premier a été mis en responsabilité par le syndicat puis également par la Chambre d’agriculture Alsace dès 1989. Il s’agit de René Zimpfer, exploitant agricole et viticole à Soultz. Le second est un des rares à avoir le permis de chasse au bureau des JA 68. Il s’agit de Nicolas Dieterich, éleveur à Schweighouse, près de Thann. L’actuel secrétaire général a donc pris naturellement la charge de ce dossier chasse. « C’est un poste qui m’intéresse. J’aime bien m’en occuper et défendre les intérêts de ma profession. Mais c’est aussi un sujet complexe, long, parfois stressant », reconnaît Nicolas Dieterich. Son aîné est tout aussi passionné. « À l’époque, à la fin des années 1980, j’avais repris précipitamment la gestion de l’exploitation familiale. Immédiatement, ma première difficulté a été les dégâts dans mes vignes suite à la prolifération de gibier rouge. Au syndicat, le directeur de l’époque, Hubert Wunenburger m’a expliqué ce dossier et m’a incité à prendre des responsabilités. Depuis, je suis mobilisé. J’ai voulu me retirer mais Pascal Wittmann pour la FDSEA 68 et Denis Nass pour la Chambre m’ont demandé de poursuivre cette mission pendant encore un mandat, le temps de préparer mon successeur. Je compte sur les jeunes, notamment Nicolas Dieterich, pour apporter de nouvelles idées pour défendre notre profession », ajoute René Zimpfer. Des réunions tendues avec les chasseurs C’est d’autant plus important qu’il va bientôt falloir renouveler les baux de chasse alors que le futur nouveau cahier des charges des chasses communales est en cours d’élaboration, de même que le nouveau schéma départemental de gestion cynégétique. « La difficulté actuelle concerne les relations entre les JA et la fédération de chasse. Nos prises de position n’ont pas été appréciées. Dans des discussions, il faut de l’écoute mutuelle, du respect et que chacune des parties mette de l’eau dans son vin. Je n’ai pas eu cette impression. Du coup, ces derniers temps, les JA n’ont plus été invités aux réunions initiées par les chasseurs », constate Nicolas Dieterich qui vit donc un début de mandat mouvementé. René Zimpfer se veut plus posé. Il a déjà participé et assisté aux rédactions de quatre schémas cynégétiques. « C’est vrai que les réunions avec les chasseurs ont été plus tendues cette année. Dans le cadre d’un simulacre de concertation, nous avons été provoqués avec des propositions qui allaient totalement à l’encontre des intérêts agricoles. Il faut que nos interlocuteurs soient sérieux et respectueux des autres parties. Sur le fond, la vraie différence aujourd’hui, c’est le contexte économique qui est difficile. Les chasseurs ont pris conscience de leur rôle réel dans la régulation du gibier excédentaire avec l’appui du préfet du Haut-Rhin qui est très à l’écoute sur ce dossier. Il a poussé son administration à prendre des arrêtés pour faciliter l’action de chasse », poursuit-il. Sur ce plan, la FDSEA et les JA ont soutenu toutes les demandes de la fédération des chasseurs, comme la lunette de vision nocturne, et ont même été force de proposition en obtenant de l’administration que les chasseurs puissent tirer au bord des parcelles en cours de récolte, lorsque le gibier sort à découvert. 30 septembre 2023 : la date butoir La conséquence de ces arrêtés a été la division par trois des dégâts en prairie et en montagne alors qu’ils ont un peu augmenté en plaine. « Cependant, si une bataille est gagnée, la guerre contre la surpopulation de certaines espèces doit continuer. Il y a peu de situations alarmantes à ce jour sauf sur une cinquantaine de lots de chasse, qualifiés de « points noirs » car le travail de régulation n’est pas correctement fait. Sur les autres lots, il faut aussi poursuivre le travail de régulation. Mais nous, professionnels de l’agriculture, nous sommes également conscients des difficultés des chasseurs. Ils ont du mal à se renouveler. Pour autant, il faut ramener un vrai équilibre agro-sylvo-cynégétique », note René Zimpfer. Il est vital que les discussions reprennent rapidement. L’ancien schéma était valable jusqu’au 31 décembre 2022. Mais aucun consensus n’a été trouvé pour l’écriture du nouveau. Du coup, l’ancien schéma a été prolongé jusqu’au 30 septembre 2023 qui est une date butoir. « Ou un nouveau schéma se met en place, ou il y aura des arrêtés qui vont forcément encadrer l’action de chasse. Il faut donc que cela bouge », répète René Zimpfer. « Pour les JA, notre position reste ferme sur le sujet de l’agrainage et la kirrung qui est l’appât qui permet de stabiliser un sanglier pour pouvoir le tirer. Nous ne pouvons pas accepter davantage de maïs sur des zones en montagne pour attirer le gibier », précise Nicolas Dieterich. Les deux représentants des agriculteurs ajoutent que « la concertation et le dialogue sont absolument nécessaires pour avancer. Il va de soi que nos échanges doivent reprendre sereinement, avec du respect et dans l’intérêt de la chasse, du monde agricole, des forestiers et des collectivités. Nous devons tous nous sentir concernés », concluent René Zimpfer et Nicolas Dieterich.

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