Vie professionnelle

Publié le 12/12/2022

Parmi les lauréats des trophées du tourisme 2022 figurent une ferme et une coopérative vinicole haut-rhinoises, dont les initiatives contribuent au rayonnement touristique de l’Alsace.

Organisés à l’initiative d’Alsace destination tourisme (ADT) et de ses partenaires, le Crédit Agricole Alsace Vosges et le réseau des offices de tourisme RésOT Alsace, les trophées du tourisme 2022 ont été remis le 28 novembre dernier au musée Würth à Erstein. Ils récompensent « les initiatives des acteurs touristiques qui génèrent de l’activité économique et favorisent l’attractivité du territoire », a rappelé Nathalie Kaltenbach, présidente d’ADT. Ces trophées ont pris la suite du challenge de l’initiative touristique qu’avait lancé le réseau des offices de tourisme d’Alsace en 2009. La cinquantaine de dossiers reçus cette année par ADT montre que l’émulation fonctionne toujours parmi les acteurs du tourisme, à qui s’adressent ces trophées : « L’Alsace est un terrain d’expérimentation fertile pour les idées innovantes, originales, durables et de qualité » , constate Nathalie Kaltenbach. C’est précisément sur ces critères que le jury a fait son choix dans les cinq catégories créées pour l’édition 2022 : la gastronomie, l’œnotourisme et l’agritourisme, les hébergements, les sites de visites et patrimoniaux, les activités et services. L’ADT et ses partenaires assureront la promotion des lauréats grâce à leurs différents canaux (salons, réseaux sociaux, sites institutionnels…). Un accompagnement leur est également offert sous forme d’une dotation à valoir auprès d’un média. « 100 % ludique, 0 % numérique » À elle seule, la catégorie œnotourisme et agritourisme a suscité douze candidatures. Le jury a décerné le trophée à la coopérative Bestheim, de Bennwihr, qui, avec sa chasse aux trésors des Mondfangers, propose une expérience ludique originale dans les vignes. Cette activité de plein air destinée aux familles a été imaginée en 2020, alors que l’équipe de Bestheim réfléchissait à développer son offre d’œnotourisme quasi inexistante. Grâce à un kit comprenant un carnet de bord et une carte, les visiteurs sont invités à résoudre des énigmes en sillonnant les pentes du grand cru marckrain. Cette activité « 100 % ludique et 0 % numérique » contribue à mettre en valeur l’histoire de la coopérative et des « chasseurs de lune » qui l’ont créée, souligne Vanessa Kleiber, directrice marketing et communication de la cave.   Un coup de cœur a été décerné à Jean-Daniel Steib et son épouse, éleveurs laitiers bio à Horbourg-Wihr, près de Colmar. Depuis deux ans, le couple accueille des visiteurs de tous âges et de toutes nationalités dans sa ferme. Cette forme d’accueil en immersion, le wwoofing, qui consiste à proposer le gîte et le couvert en échange d’une participation aux travaux de la ferme, est née en Angleterre dans les années 1970 chez les agriculteurs bio. Elle vise à créer des échanges entre personnes d’horizons divers, témoigne Jean-Daniel Steib. Dans le climat anxiogène actuel, pouvoir échanger et créer « des liens fraternels » avec ces hôtes lointains est une chance, estime l’agriculteur, qui a accueilli jusqu’ici des Chinois, des Japonais, des Européens et des Sud-Américains.

Publié le 12/12/2022

Dans le cadre de ses ateliers sur le foncier, Terre de liens a organisé une journée d’échanges sur la thématique de l’installation des femmes. Autour de la table, quatre agricultrices alsaciennes ont partagé leurs parcours, semés d’embûches.

Ariane, Nabila, Geneviève et Line ont en commun un rêve d’agriculture. Aucune n’est issue du monde agricole. Toutes ont choisi cette voie après d’autres expériences professionnelles. Réunies le 21 octobre dernier à Rouffach, par Terre de liens, elles ont partagé leurs histoires avec la quinzaine de personnes présentes, encadrées par Pauline Thomann. La table ronde est baptisée : « Installation des paysannes, parcours de combattantes ». Dans la salle, on trouve trois jeunes femmes qui envisagent de devenir boulangères-paysannes, une autre qui cherche un nouveau souffle après la maladie, d’autres encore sont ici par simple curiosité. Objectif de la rencontre : mettre des réalités en face des visions parfois utopiques qui entourent l’agriculture. Un travail de femme Sans grande surprise, les témoignages des quatre agricultrices mettent en lumière un sexisme ordinaire et quotidien qui, quand il s’agit de devenir cheffe d’entreprise, constitue un frein. Ne pas être prises au sérieux, être considérées trop faibles pour un travail physique, se voir demander où est l’homme responsable… C’est d’abord ce que rencontrent toutes les femmes entrepreneuses.     À cela s’ajoute un monde agricole avec ses règles propres. Parfois aussi fermé sur lui-même, perçu comme peu enclin à faciliter les choses aux jeunes hors cadre, surtout dans les coins où la pression foncière est forte. « Le foncier, c’est une vraie galère. Les terres qui se libèrent vont souvent à l’agrandissement », avance Ariane. Avec son compagnon, ils ont été aiguillés par Terre de liens. Il leur a fallu quatre ans pour trouver. S’inscrire dans la vie locale est un des leviers essentiels à actionner face à ça. « La sincérité, c’est la clé. Il n’y a pas de faux jeu en agriculture », pense-t-elle. Nabila et Geneviève sont, elles, membres d’un conseil municipal. « Le soutien de la commune a été déterminant » selon la première, maraîchère à Hachimette. De son côté, Line a vécu cela en même temps que sa grossesse : « Chercher des terres dans ces moments-là, c’est très dur. Le sommeil était une vraie problématique ! » Conciliation et concession Difficile, justement, de toujours concilier agriculture et famille. Pour Geneviève, il a fallu faire des concessions sur sa formation. « La formation idéale se trouvait dans le Sud, mais impossible en tant que mère de famille de m’absenter pendant un an. J’ai donc été formée en polyculture-élevage en Alsace. » Elle se lance ensuite dans les framboises, « quelques bouquins sous le bras ». Le couple est un autre élément important, notamment pour Ariane. « J’admire les femmes qui s’installent seule », admet-elle. Nabila a trouvé son compagnon de vie… et de champ qui intervient ponctuellement, sur le labour par exemple. Geneviève fait le bilan, aujourd’hui, d’une carrière emprunte de solitude. « Dans ma famille, mes projets n’ont jamais été la priorité. » Ce jour-là, elle impressionne quand elle décrit les tâches physiques qu’elle mène seule.     Les quatre agricultrices complètent leur témoignage de conseils avisés sur l’installation, qui rassemblent là hommes et femmes dans les mêmes épreuves. Obtenir un statut auprès de la MSA, monter un projet qui tient la route, demander des aides, emprunter pour les terres et le matériel, bien choisir ses outils… Dans la salle, la dure réalité fait peser un voile lourd sur l’assistance. Elles insistent. « En 2022, il faut toujours prouver qu’on est viable, rentrer dans des cases », déplore Ariane. Qu’on soit d’accord ou pas, il faut « rentrer dans le système ». En s’accrochant, elle espère que ces nouvelles formes d’agriculture s’inscrivent durablement dans le paysage et obtiennent plus facilement droit de cité. Heureusement, toutes identifient aussi sans peine des éléments facilitateurs dans leur parcours de combattantes : « je ne me sens jamais seule », « j’ai fait peu d’emprunt, je me sens libre », « j’ai eu de la chance avec le foncier, le matériel… ». Line conclut : « Je suis bien dans ce que je fais. Je me sens légitime. »

Publié le 08/12/2022

En Alsace, les agriculteurs ne s’y trompent pas. Le renouvellement des générations est un enjeu clé. Pour preuve, les réunions d’information font salle comble. Au cœur de l’enjeu générationnel, le foncier fait sa loi. Et les prix des terres établis par la Safer sont observés de près, comme un indicateur de la santé des exploitations de la région.

Dans le Bas-Rhin, la pression foncière est toujours élevée en 2021, sans surprise. Néanmoins, les secteurs sont très contrastés, surtout sur le marché des terres et prés libres. Le plateau lorrain nord et la région sous-vosgienne retrouvent de l’attractivité après une année de sécheresse en 2020 qui avait fait baisser les prix. 2021 voit revenir de bonnes récoltes et, avec, des prix dynamiques. Le marché haut-rhinois est également dynamique dans son ensemble. Seule la montagne ne bénéficie pas de la même embellie. En toile de fond, l’artificialisation avance et augmente la pression foncière. « Dans le Haut-Rhin, l’équivalent d’une commune disparaît tous les deux ans », constate la Safer du Grand Est, dans son analyse disponible en ligne. Les législations n’évoluent pas assez vite Conséquence de la législation et des restrictions annoncées par la politique du « zéro artificialisation nette », le secteur de la construction est particulièrement vigoureux en 2021. Les particuliers et les personnes morales anticipent et bétonnent tant qu’il est encore temps. Pour le président de la Fédération nationale des Safer Emmanuel Hyest, le constat est amer. Malgré les politiques, « les ventes de terres destinées à être urbanisées sont au plus haut depuis 10 ans » sur le territoire français. « L’accaparement du foncier, la concentration des exploitations, l’agrandissement excessif, le vieillissement de la population agricole sont à l’œuvre depuis plusieurs décennies. Les Safer observent ces tendances, elles alertent. Les législations évoluent mais pas assez vite ! », s’alarme-t-il en introduction de la synthèse annuelle des prix des terres. L’AOP Alsace fléchit Répondant à d’autres dynamiques, le vignoble français a connu un nombre inédit de ventes de domaines en 2021, et beaucoup de prix sont à la hausse. Cependant, l’AOP Alsace fait exception dans le paysage : les prix atteignent un prix exceptionnellement bas. Si le Haut-Rhin, après une chute des prix importante en 2020, se stabilise, le Bas-Rhin connaît un fléchissement de 21 %. Pour la Safer, « ce décalage d’une année avec le département du Haut-Rhin est très vraisemblablement lié à une concrétisation tardive de certaines ventes négociées en 2019 et réalisées en 2020 ». Du nord au sud de la Route des vins, les trésoreries parfois fragiles des domaines laissent les potentiels acquéreurs plus frileux, et « très regardants sur les prix, le terroir, le cépage et la qualité de la vigne », analyse la Safer. En conséquence, les grands crus s’en sortent mieux. La sentence de la Safer est sans appel. « Les effets conjugués de la crise de la Covid-19 et des difficultés économiques rencontrées par les vins d’Alsace continuent d’affecter le marché foncier viticole. »

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