Solaal Grand Est
Les pommes de la solidarité
Solaal Grand Est
Publié le 30/11/2022
Alors que la fréquentation des associations d’aide alimentaire flambe, l’association Solaal Grand Est monte en puissance pour organiser le don agricole. Mercredi 23 novembre, trois tonnes de pommes sont parties d’Alsace fruits à Brumath vers les centres de distribution des Restos du cœur, qui les ont distribuées dès le lendemain matin.
« Quand j’ai commencé à m’investir dans Solaal, je ne me rendais pas compte qu’il y avait tant de gens qui souffraient de la faim en France. Pour moi, c’était plutôt une problématique de pays en voie de développement », confie Paul Schiellein, membre et ambassadeur de Solaal Grand Est. Pourtant, la précarité alimentaire concerne bien la France. En effet, l’inflation actuelle pousse de plus en plus de personnes en situation précaire à se tourner vers les associations d’aide alimentaire pour se nourrir. Patrick Gruber, président des Restos du cœur du Bas-Rhin, témoigne de cette tendance : « Depuis le mois d’avril, la fréquentation de nos centres a augmenté de 15 %. » Forcément, la fourniture en denrées alimentaires peine à suivre, d’autant que la ramasse en supermarchés a diminué ces dernières années, du fait de la généralisation des rayons « dates courtes », et d’applications type Too Good To Go. Dans ce contexte, le rôle de l’association Solaal Grand Est, créée il y a un an et demi, prend tout son sens. L’association se situe à l’interface entre le monde agricole et les associations d’aide alimentaire. « Nous sommes des logisticiens, des créateurs de lien », résume Luc Barbier président de Solaal Grand Est. D’un côté il y a des associations comme la Banque alimentaire, les Restos du cœur, le Secours populaire… De l’autre des producteurs de denrées agricoles, qu’elles soient brutes ou transformées. Fruits, légumes, produits laitiers, carnés… Solaal Grand Est est en capacité d’organiser le don de toutes sortes de denrées. Et grâce à un intense travail de communication mené auprès du monde agricole, associatif, sans oublier les industries agroalimentaires, son activité monte régulièrement en puissance : « Entre 2013 et 2020, Solaal a récolté 135 t de denrées dans le Grand Est. Sur la seule année 2021 nous sommes passés à 185 t, chiffre que nous avons d’ores et déjà dépassé en 2022, avec 200 t de dons collectés », pointe Luc Barbier. À ce jour, en Alsace, Solaal a surtout collecté des pommes de terre, courgettes, fraises… « Il s’agit de produits nobles, dont la production respecte les règles sanitaires en vigueur », souligne Luc Barbier. Éviter le gaspillage alimentaire En atteste le don que Rudy Hecky, arboriculteur et président d’Alsace Fruits, a fait au bénéfice des Restos du cœur du Bas-Rhin. Chaque année la société commercialise 5 000 t de fruits, dont 10 à 25 % d’écarts de tri. Ce sont des pommes parfaitement propres à la consommation, mais qui présentent des « défauts » que les GMS n’acceptent pas dans leurs rayons. Une petite tâche, et la pomme est écartée, mais pas jetée. « En général, ces pommes sont vendues à des industriels qui les transforment en jus ou en compote », explique Rudy Hecky. Cette année, la sécheresse a d’ailleurs eu pour effet d’augmenter la part des écarts de tri, qui frôle les 20 % de la production, à cause de la mâchure. Rudy Hecky a fait le choix de réserver 3 t de ces pommes issues des écarts de tri pour les donner à Solaal Grand Est. Il constate : « Lorsque le prix qu’on perçoit est faible, c’est plus facile de donner. » D’autant que ce geste lui permettra de bénéficier d’une réduction d’impôt, mais pas seulement. « Passer par Solaal pour valoriser des invendus participe aussi de la responsabilité sociétale et environnementale (RSE) des entreprises agricoles et agroalimentaires. Un indicateur qui va devenir de plus en plus important, par exemple pour accéder à des financements », indique Luc Barbier. Alors que les pommes sont chargées dans le camion aux couleurs des Restos du cœur, Paul Schiellein, constate : « Devoir jeter des denrées, pour un producteur, c’est toujours une blessure ». Alors Solaal poursuit sa quête de donateurs pour assurer la valorisation de toutes les denrées agricoles et réduire le gaspillage alimentaire. Les volailles Siebert devraient bientôt rejoindre les rangs de l’association.












