Vie professionnelle

À Illkirch-Graffenstaden

Les fruits et légumes en majesté

Publié le 23/09/2022

Le Plus grand show de fruits et légumes de France se déroule jusqu’à ce dimanche 25 septembre à Illkirch-Graffenstaden, près du carrefour du Baggersee. Les scolaires et le grand public y sont attendus en nombre. Les professionnels ont aussi leurs propres rendez-vous.

40 000 m2 de surface d’exposition en plein air, 30 tonnes de courges et de coloquintes, 20 à 25 tonnes de pommes et autres fruits et légumes, une centaine de variétés de tomates, 46 mini-potagers de 13 x 7 m avec 58 légumes différents… C’est un jardin vraiment extraordinaire qui a ouvert ses portes jeudi 22 septembre à Illkirch-Graffenstaden, au sud de Strasbourg. L’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), fidèle à son habitude, a déployé les grands moyens pour cet événement dédié à la promotion des fruits et légumes. Le plus grand show de fruits et légumes en France - c’est ainsi qu’elle a baptisé l’événement - vise à la fois les scolaires et le grand public, souligne Pierre Lammert, président de l’Ifla et de la station d’expérimentation Planète Légumes. Les deux premières journées, jeudi 22 et vendredi 23 septembre, sont dédiées aux classes de l’Eurométropole de Strasbourg. Les écoliers, de la maternelle au CM2, peuvent admirer, toucher, sentir, croquer les fruits et légumes sous toutes leurs formes, grâce à la quarantaine d’ateliers mis en place sur les stands à leur intention. L’interprofession a travaillé en amont avec les services de l’académie pour que la visite revête un caractère pédagogique et qu’elle s’inscrive dans les objectifs d’apprentissage des enseignants. 150 groupes étaient attendus. Samedi 24 et dimanche 25 septembre, la manifestation est davantage orientée vers le grand public. Un jardin éphémère mais géant « Ce sera une occasion unique de découvrir un jardin éphémère aussi grand », promet Fabien Digel, directeur de l’interprofession. Depuis mars, les professionnels s’activent pour semer, replanter, désherber, arroser et faire en sorte que les potagers et les vergers soient au meilleur de leur maturité durant ces quatre jours. Tortue, ours, chouette, crocodile… Des animaux reconstitués grâce à des structures métalliques de plusieurs mètres de haut garnies de courges et, de fruits et légumes colorés apportent un côté spectaculaire à l’exposition. Ils sont illuminés, lors des deux nocturnes du vendredi et du samedi (jusqu’à 23 h), qui débutent à 19 h 30 par un after-work, animé par le groupe Sawadee. Des démonstrations de sculptures de légumes, des séances de contes, des spectacles autour des fruits et légumes et des conférences autour des questions de nutrition et de santé sont au programme de ces quatre jours. Il y est question de la place des fruits et légumes dans notre histoire culinaire (vendredi à 15 h, samedi à 16 h, dimanche à 14 h 30 et 16 h 45), des nouveaux enjeux du diabète (samedi à 14 h 30), mais aussi de ce qu’il faut mettre dans son assiette pour être en bonne santé (vendredi à 14 h). La nouvelle miss Alsace, Camille Sedira, anime plusieurs séances de dédicace sur le site (vendredi à 18 h et dimanche à 15 h). De nombreuses manifestations culinaires autour des fruits et légumes sont proposées : jeudi et vendredi par le lycée hôtelier et le CEFPPA d’Illkirch, durant le week-end par la blogueuse Leïla Martin qui met son talent au profit des fruits et légumes d’Alsace. Ceux-ci sont également intégrés dans l’offre de restauration. Qu’il s’agisse des boissons ou des petits plats disponibles à l’espace restauration, l’Ifla privilégie l’origine locale : choucroute d’Alsace IGP, pâté en croûte-crudités, tarte aux pommes d’Alsace, bar à salade, jus de pommes-rhubarbe ou pommes-framboises spécialement réalisés pour l’occasion. Plusieurs manifestations professionnelles se greffent sur le programme, dont les rencontres techniques de l’Irfel (association française des stations d’expérimentation en fruits et légumes). Les producteurs de fruits et légumes d’Alsace et leurs partenaires de la Chambre d’agriculture Alsace et de Planète Légumes fêtent également les 20 ans de la création de la station d’expérimentation, le jeudi soir. Rien ne se perd Compte tenu du nombre de visiteurs attendus - plusieurs dizaines de milliers - les organisateurs ont prévu quatre parkings. Trois exploitants ont mis à disposition des parcelles à cet effet. S’ils n’empruntent pas les transports en commun, les visiteurs pourront aussi laisser leurs véhicules sur le parking-relais tout proche ou, le dimanche, sur le parking d’Auchan Baggersee. L’Ifla a également été attentive au devenir des fruits et légumes utilisés pour cette manifestation : tout ce qui est consommable sera récupéré par la Banque alimentaire du Bas-Rhin, dont les locaux sont tout proches, et redistribué aux associations d’aide alimentaire.

Publié le 16/09/2022

Francis Lehmann est responsable de l’agence CFNR Transport, à Kehl. Chaque année, elle affrète sur le Rhin 700 à 800 000 t de maïs alsacien, soit 80 % de la production locale, principalement à destination d’amidonniers, mais aussi de fabricants d’aliments pour bétail et de biocarburants. Francis Lehmann lève le voile sur le métier.

« Le maïs alsacien a son autoroute : le Rhin. D’autres origines se retrouvent aussi sur cet axe de communication millénaire, mais la qualité du maïs alsacien est supérieure. Si l’inconvénient de ce maïs est son prix plus élevé que la moyenne, l’avantage est qu’on est plus réactif. En trois jours, la cargaison de maïs alsacien est à Rotterdam, alors qu’un maïs d’Europe de l’Est ou du Brésil mettra plusieurs semaines à y arriver, par voie maritime ; celui des côtes atlantiques françaises, quatre jours », sait Francis Lehmann, responsable, depuis 2003, de l’agence CFNR Transport, à Kehl, qui affrète 80 % du maïs alsacien. Le stockage des matières premières coûte cher ; les transformateurs s’approvisionnent donc souvent. Tous les jours, des bateaux partent sur les fleuves, océans et mers du monde entier, pour assurer la continuité de la production industrielle des amidonniers, fabricants d’aliments pour bétail et de biocarburants ; dont les usines de Rotterdam, implantées le long des axes fluviaux. « Sur le Rhin, 60 % des navires battent pavillon hollandais. Aujourd’hui, les Hollandais sont les maîtres du Rhin car ils ont une culture fluviale qui n’existe nulle part ailleurs », assure le polyglotte Francis Lehmann. Les industries se sont donc développées, aux Pays-Bas, au fil de l’eau. Pour l’anecdote, Francis Lehmann ajoute : « Les Pays-Bas se sont construits avec le sable et le gravier d’Alsace, essentiellement. Ils en importent sûrement dix millions de tonnes par an. C’est le produit en vrac le plus chargé sur le Rhin, hormis les conteneurs. » Une journée pour charger ou décharger Ce 12 août 2022, l’affréteur est à Marckolsheim*, sur le pont de l’automoteur vraquier La Camargue, à l’occasion du déchargement de 2 500 t de maïs, pour Tereos, Starch & Sweeteners Europe, qui transforme betteraves, céréales et cannes, en sucre, amidon, alcool et bioéthanol. Christian Bontems, le capitaine du bateau, livre Tereos depuis une quinzaine d’années. En 1995, il y déchargeait une ou deux cargaisons par mois. Aujourd’hui, il y est deux fois par semaine, et Tereos commande encore d’autres bateaux à CFNR Transport. L’agence de Kehl livre aussi deux autres amidonniers : Roquette Frères à Beinheim, dans le Bas-Rhin, et Tate & Lyle, près d’Amsterdam. 700 à 800 000 t de maïs alsacien transitent ainsi, chaque année, via la compagnie fluviale française. Rien que La Camargue transporte 240 000 t de maïs par an, sur la centaine de voyages qu’elle effectue. Le blé ne remplit ses cales que quatre à cinq fois dans l’année. Quatre gros organismes stockeurs l’approvisionnent : le groupe Armbruster, la CAC, le Comptoir agricole avec Gustave Muller, et InVivo. Pour décharger 2 500 t de maïs à Tereos, à Marckolsheim, il faut compter quatorze heures. Un seul tuyau mobile assure l’opération. Une mini-chargeuse pousse le maïs vers l’aspiration. Le 11 août, La Camargue avait chargé le maïs à Rhinau, au silo portuaire de Lienhart, le négoce racheté par la CAC en 2021. Il a fallu une journée pour remplir le bateau, par gravité, et naviguer, jusqu’à bon port. La vitesse de croisière oscille entre 10 et 14 km/h, selon le débit de l’eau, le chargement et… le prix du gasoil. « On perd du temps aux écluses. Parfois, il y a quatre ou cinq heures d’attente, sans possibilité d’amarrage. Pour naviguer 50 km et passer trois écluses, je prévois six à huit heures », estime le capitaine de La Camargue. Entre Rhinau et Marckolsheim, il a navigué trois heures, le 11 août, pour effectuer 15 km : une écluse en réparation a allongé la durée du trajet. Moins polluant que la route Sur le Rhin canalisé, entre Bâle, en Suisse, et Iffezheim, en Allemagne, les basses eaux ne sont pas un sujet : un minimum de 3 m de fond est garanti toute l’année. C’est au nord de la commune du Bade-Wurtemberg, direction Rotterdam, que le niveau de l’eau peut descendre, jusqu’à avoisiner les 1,40 m, voire même 1 m de profondeur, en fonction de la pluviométrie. L’eau s’écoule de part et d’autre du fleuve, puisqu’elle n’est pas retenue. Il arrive alors que les cales des bateaux soient quatre à cinq fois moins remplies ; cinq navires sont nécessaires pour transporter le même tonnage. « Si la situation dure plusieurs mois, nous perdrons d’autant plus d’argent que nos clients se tourneront vers la route », sait Francis Lehmann. « Cette année, les silos tardent à se vider de la récolte de l’an passé, abondante, d’autant plus que les basses eaux du Rhin obligent à un chargement faible. Pourtant, la récolte 2022, précoce, doit trouver sa place. La période est compliquée. Les cours risquent d’être impactés », observait Antoine Wuchner, président de l’association de la bourse de commerce de Strasbourg, fin août. L’année 2022 ressemble à celle de 2003, selon le président ; une année de forte sécheresse, lors de laquelle la récolte avait été 25 % inférieure à la normale. « D’habitude, quand les eaux du Rhin sont basses, c’est qu’il n’a pas plu. Donc les volumes récoltés sont moindres et les chargements faibles », remarque Antoine Wuchner, pour dédramatiser. Mais, cette année, les récoltes de 2021 pèsent. Les basses eaux deviennent donc un problème. De 6 à 7 000 vraquiers traversent les pays rhénans, évalue Francis Lehmann, pour charrier près de 160 millions de tonnes de marchandises. Une centaine travaille avec CFNR Transport. « Je peux charger le contenu de cent camions dans mon bateau », calcule Christian Bontems. La coque de son automoteur a une durée de vie d’un siècle, celle de son moteur, 30 ans. Lui et Francis Lehmann regrettent que la France ait décidé de favoriser la route, dans les années 1970 et 1980, au détriment des voies navigables. Le réseau existant n’est plus adapté à la taille des engins flottants, ni entretenu ; pour relier la Seine au Rhin, via la Marne, notamment. À la fin des années 1990, la bourse d’affrètement de Strasbourg a fermé ses portes, signe que les heures de gloire des ports alsaciens et français sont passées. Aujourd’hui, alors que la réduction de l’impact environnemental des échanges devient primordiale, l’héritage bien géré de Napoléon, des canaux adéquats, aurait été une bénédiction.

EARL Gerum Gérard à Dietwiller

Être proche des consommateurs

Publié le 01/09/2022

Les concours de labour de Dietwiller se déroulent sur des parcelles appartenant à Élodie Gerum et son mari, Thomas Burger, président des JA du canton de Sierentz/Huningue. La proximité avec les consommateurs est « essentielle » à leurs yeux.

La ferme Gerum s’est diversifiée dans ses productions. Les grandes cultures consacrées au maïs, au blé, au colza et à la luzerne occupent une surface importante des 140 hectares. Il y a également un peu de prairies car l’exploitation a un petit cheptel d’une dizaine de mères limousines. « C’est une race que nous apprécions pour la qualité de la viande. Nous proposons en effet à nos clients des caissettes qui sont très appréciées », explique Thomas Burger, 32 ans, qui s’est installé en mai 2020. Auparavant, il était salarié sur l’exploitation pendant neuf années. Il s’est associé avec Élodie Gerum dont le père, Gérard, est désormais à la retraite. « Nous avons bien développé la vente directe à la ferme. Nous avons un local de vente qui est ouvert le vendredi après-midi, de 14 h à 19 h. La vente directe permet d’avoir un contact direct avec les consommateurs. C’est ce qu’on peut appeler « du champ à l’assiette ». Cela permet également de communiquer sur notre métier et de proposer des produits de saison. La vente directe a démarré avec l’installation d’Élodie en 2015. La demande était là. Il y avait surtout une volonté pour développer notre propre activité », ajoute Thomas Burger. Le couple propose désormais des légumes de saison très appréciés, mais aussi en self-service, des fraises sur une parcelle dédiée. « Il y a eu une sacrée évolution dans notre métier. Désormais, il faut produire, se diversifier, mais aussi bien communiquer. Nous sommes les mieux placés pour parler de notre métier, mais nous ne savons pas toujours le faire de façon pertinente. On s’est donc adapté à la société, mais aussi au climat, aux réglementations et aux consommateurs », observe le président des Jeunes Agriculteurs du canton de Sierentz/Huningue. Avec son épouse, il a constaté une hausse de fréquentation au plus fort de la crise sanitaire en 2020 et 2021. « Mais, depuis la fin de l’année dernière, certains ne sont plus venus et sont retournés faire leurs achats dans les grandes et moyennes surfaces ou sur internet. Fort heureusement, notre fidèle clientèle est toujours là », se félicite Thomas Burger. « L’union fait la force » Comme un peu partout, l’exploitation est rattrapée par l’urbanisation qui se développe autour d’elle, mais aussi par l’économie avec les gravières de Sierentz qui prennent de l’ampleur, sans oublier les pistes cyclables construites un peu partout. Le réseau d’irrigation a, lui, été sécurisé. Un moindre mal dans une période où les coûts et les charges sont de plus en plus importants. « Le carburant, le matériel, les engrais, la disponibilité des machines commandées, les semences, tout a augmenté au niveau des prix. Et le gros problème de 2023 concerne cette incertitude par rapport à la disponibilité des marchandises. En 2022, cela concerne plutôt les prix. Pour le maïs, nous allons donc veiller à réduire au mieux les frais de séchage et donc retarder la récolte pour avoir un maïs le plus sec possible », précise Thomas Burger. Membre des Jeunes Agriculteurs depuis l’âge de 16 ans, il a toujours eu envie de s’impliquer dans le réseau pour promouvoir le métier dans les différentes manifestations organisées. « C’est la raison pour laquelle l’équipe des JA du canton est motivée à l’idée d’accueillir cette finale de labour. C’est le troisième concours départemental qui se déroule ici à Dietwiller et le second au niveau régional Grand Est. Nous sommes une équipe d’une quarantaine de membres. Nous sommes soudés et motivés. L’union fait la force. La solidarité entre les jeunes et nos aînés et entre les agriculteurs et les consommateurs doit être une priorité. Ce concours est une tradition pour le monde agricole. À nous de le valoriser auprès du public qui va se rendre sur le site », conclut Thomas Burger.

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