Méthanisation en Région Grand Est
Pour des projets liés au territoire
Méthanisation en Région Grand Est
Publié le 24/06/2022
Fin 2021, le Grand Est comptait 220 installations de méthanisation. De nouveaux projets sont dans la file d’attente. Ce développement doit être encadré pour que cette activité profite à l’ensemble du territoire sans générer de nuisances : les différents intervenants présents à la conférence sur la méthanisation, organisée le 9 juin à Strasbourg, en sont tombés d’accord.
« Dans le Grand Est, nous avons su créer une dynamique autour de la filière méthanisation en nous appuyant sur tous ses acteurs et en construisant de véritables partenariats avec l’Ademe, les chambres d’agriculture, GDRF, GRT, qui sont à nos côtés dans une démarche de développement durable. » Vice-président de la Région Grand Est chargé de l’agriculture et de la bioéconomie, Philippe Mangin n’a pas manqué de rappeler que le Grand Est est la première région française en nombre de méthaniseurs : fin 2021, 220 installations étaient comptabilisées, dont 80 % d’unités fonctionnant par cogénération (production d’électricité et de chaleur). Depuis 2020 toutefois, le parc des méthaniseurs en injection a plus que doublé. Ce mode de valorisation du biogaz représente l’essentiel des 150 à 180 projets en attente de réalisation, relève Philippe Mangin. Si les avantages de la méthanisation sont nombreux, « son développement doit être encadré afin de maîtriser au mieux les externalités négatives », estime le vice-président de la Région Grand Est. Un point sur lequel tous les intervenants s’accordent. Celles-ci incluent la concurrence sur les terres agricoles, qui se trouvent soustraites à la production alimentaire, la pollution des sols et des zones de captage, les flux de camions, l’impact éventuel sur le paysage, les odeurs. Cette volonté de maîtriser les externalités négatives a conduit la Région Grand Est à se doter d’une stratégie régionale dès 2019. Celle-ci s’inscrit en cohérence avec les orientations régionales qui prévoient le triplement de la production d’énergies renouvelables « grâce à un mix énergétique dans lequel le biogaz a toute sa place ». 420 unités de méthanisation d'ici 2030 Une charte pour la méthanisation durable a été signée par tous les acteurs de la filière en Grand Est. L’objectif fixé est de 420 unités de méthanisation en fonctionnement d'ici 2030. Philippe Mangin le juge « raisonnable ». Les disponibilités en biomasse, biodéchets et effluents d’élevage permettraient d’être « beaucoup plus ambitieux », ajoute-t-il. Selon les estimations des chambres d’agriculture du Grand Est, 600 unités seraient possibles. La Région Grand Est intervient dans le financement des études de faisabilité. Celles-ci prennent en compte l’approvisionnement des unités - il faut éviter de perturber l’approvisionnement des filières d’élevage -, les zones de captage et les conditions d’épandage des digestats. Si les répercussions de la guerre en Ukraine ouvrent une période d’incertitude qui peut ralentir les projets, « nous restons pleinement mobilisés », assure le vice-président de la Région. Constituée il y a trois ans, France gaz renouvelables est une association dont la vocation est de construire un pont entre le monde agricole et le monde de l’énergie. Olivier Dauger en est le coprésident - il est aussi président de la Chambre d’agriculture des Hauts-de-France. Il voit la production de biogaz comme « la suite logique d’une exploitation » puisqu’elle valorise les effluents, les résidus, voire les couverts végétaux. C’est aussi « une filière qui amène des solutions par rapport à la transition agricole » en matière de climat et de carbone. « Très complémentaire de l’électricité », le biogaz offre l’avantage de fournir du digestat, un fertilisant précieux dans un contexte de renchérissement du coût des engrais. « Si l’on veut parvenir à une acceptabilité des projets, ils doivent être liés au territoire, aux gisements », relève Olivier Dauger. Une position largement partagée lors des tables rondes et illustrée par la visite, l’après-midi, de l’unité de méthanisation ABH de Wittersheim. Le président de France gaz renouvelables insiste également sur la nécessité d’offrir aux porteurs de projet « une lisibilité », « un cap ». Il regrette la réactivité insuffisante de l’État et le manque de perspectives au-delà de 2023. Trouver le foncier pour de nouvelles unités Pia Imbs, vice-présidente de Grand Est Europe et présidente de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS), confirme l’intérêt de la collectivité pour le biogaz qui ne représente que 1 % de sa consommation d’énergie finale. « La production locale et à coût maîtrisé d’énergie fait consensus », dit-elle. Déjà, les biodéchets collectés dans l’Eurométropole sont transformés en biogaz dans une unité située à Oberschaeffolsheim. La généralisation du ramassage des biodéchets va conduire l’EMS à « avoir une démarche partenariale avec les agriculteurs », annonce Pia Imbs. Reste à trouver le foncier pour construire de nouvelles unités de méthanisation « plus ou moins importantes » et à faire accepter leur implantation aux riverains. D'ici 2025, le site d’Oberschaeffolsheim arrivera en effet au maximum de ses capacités.












