Face à la hausse du coût de l’énergie et des matières premières, les industries alimentaires alsaciennes tirent la sonnette d’alarme. Si elles ne répercutent pas ces hausses sur leurs prix de vente, elles risquent l’asphyxie.
Après la crise de l’énergie, la crise alimentaire ? L’association régionale des industries alimentaires d’Alsace, qui regroupe une centaine d’adhérents dans la région, a tiré la sonnette d’alarme lors d’une conférence de presse donnée le 4 octobre dans les locaux du torréfacteur Sati à Strasbourg. Son président, Sébastien Muller, a évoqué « la crise protéiforme » que traversent les entreprises alimentaires depuis des mois. Elle se manifeste dans le domaine de l’énergie, de l’approvisionnement en matières premières agricoles et industrielles, mais aussi de la main-d’œuvre, dont le recrutement devient difficile. Résultat : les entreprises du secteur sont « sous pression », elles ont peu de visibilité sur 2023 et bien qu’elles aient fait preuve de résilience lors de l’épidémie de Covid, les voici confrontées à une hausse des coûts de production qui pourrait leur être fatale si elles ne parviennent pas à les répercuter sur leurs prix de vente. Sébastien Muller énumère les chiffres : + 57 % pour les coûts de l’énergie, + 29 % pour celui des matières premières agricoles, + 26 % pour les coûts d’emballage.
« Pas tenable à long terme »
Les prix des produits alimentaires, quant à eux, n’augmentent pas dans les mêmes proportions, fait valoir l’Aria. L’inflation alimentaire, en France, est de 8,4 % sur un an, alors qu’elle dépasse 15 % en Allemagne et qu’elle s’en approche en Espagne. « Nous avons besoin de répercuter ces surcoûts », argumente Sébastien Muller qui mentionne les 14 % de marge perdus par les industries agroalimentaires (IAA) dans un secteur où les marges sont déjà serrées. « Ce n’est pas tenable à long terme », ajoute-t-il, précisant que les IAA sont dans leur immense majorité des PME (petites et moyennes entreprises) et qu’elles représentent 50 000 emplois en Alsace. Il appelle à « une prise de conscience collective » et à un « juste prix » de vente des produits alimentaires.
Agir sur les coûts, les entreprises alimentaires le font déjà. Particulièrement dans le domaine de l’énergie, poste qui représente ordinairement moins de 3 % du chiffre d’affaires mais qui est monté à environ 7 % du chiffre d’affaires depuis janvier. Le président de l’Aria estime que les grosses économies ont déjà été réalisées. La perspective des coupures de gaz et d’électricité inquiète les adhérents de l’Aria : sans énergie, pas de production ni d’alimentation cet hiver, rappelle Sébastien Muller. L’État a certes prévu une aide pour aider les entreprises à faire face à leurs charges de gaz et d’électricité mais « celle-ci n’est pas calibrée comme il se doit ». Le président de l’Aria souhaite notamment que l’aide soit calculée par rapport au pourcentage de l’énergie dans le chiffre d’affaires en 2022 et pas en 2021, pour ne pas pénaliser les entreprises déjà vertueuses.
Des initiatives pour « jouer collectif »
À son niveau, l’association a mis en place une commission sur ce sujet des achats d’énergie et met à disposition des entreprises un expert à même de les orienter dans leur stratégie d’achat ou de les aider à revoir leur modèle énergétique. Face aux difficultés d’approvisionnement en matières premières, Sébastien Muller appelle à jouer collectif et à « ne pas rentrer dans le cycle des pénalités avec les clients. Ce serait inacceptable », dit-il. Sur ce sujet-là aussi, l’Aria est à la manœuvre : elle a engagé une personne chargée de l’animation des filières qui fait le lien avec les fournisseurs de matières premières agricoles. L’association est également associée à l’initiative de « business sourcing » prise par la Chambre de commerce et d'industrie Alsace Eurométropole visant à relocaliser l’approvisionnement en matières premières industrielles.
Les difficultés de recrutement rajoutent aux difficultés actuelles. 52 % des entreprises prévoient d’embaucher, mais les postes d’ouvriers et les postes techniques plus qualifiés peinent à trouver preneurs, relève le président de l’Aria qui y voit un effet indirect du Covid et un signe du changement de perception du travail. L’association travaille à l’émergence d’une marque employeur pour attirer des nouvelles recrues sur le territoire et prépare un webinaire pour aider les chefs d’entreprises à faire évoluer leurs pratiques, annonce Sébastien Muller.