Vie professionnelle

Coopérative agricole de céréales

Des valeurs « fortes » en guise de boussole

Publié le 25/12/2022

La Coopérative agricole de céréales peut avoir le sourire : elle a clôturé l’exercice 2021-2022 avec des résultats financiers records malgré un contexte économique et géopolitique chahuté. Une « performance » saluée lors de l’assemblée générale du 9 décembre, qui n’occulte cependant pas les difficultés et incertitudes croissantes présentes en amont et aval de la filière.

Pour ses 75 ans, la Coopérative agricole de céréales (CAC) a démontré sa faculté d’adaptation. Au fil d’une année 2022 « qui aura marqué les esprits » aux yeux de son président, Jean-Michel Habig, l’entreprise haut-rhinoise s’est appuyée sur ses valeurs « historiques » - équité, efficience, transparence, respect, confiance, appartenance, audace - pour garder le cap et protéger ses adhérents dans un contexte économique et géopolitique très tendu. Au cours de l’exercice écoulé, la coopérative a atteint un résultat record (lire en encadré), le tout sans dégrader les prix payés aux associés coopérateurs. « Ceci nous permet de redistribuer cette année encore du résultat », se félicite-t-il à l’occasion de l’assemblée générale qui s’est déroulée le 9 décembre au Parc des expositions de Colmar.     Un chiffre historique lié à plusieurs facteurs : une récolte abondante malgré les conditions climatiques, et une explosion du prix du maïs sur le marché mondial, ce qui a fait bondir de 75 euros les prix acomptes moissons maïs payés aux coopérateurs, passant de 206 euros la tonne en 2021 à 281 euros en tonne en 2022. « Aucun d’entre nous n’a jamais connu des prix aussi élevés. Nous pouvons évidemment nous féliciter de cette bonne performance, mais cela ne doit pas occulter le fait que cela pose question. Dans cet environnement mondialisé, tout évènement à des conséquences fortes. Ainsi, la hausse des prix de nos céréales, combinée avec l’explosion des coûts de l’énergie, impacte les industries de transformation. Certaines baissent leur production quand d’autres arrêtent complètement leurs activités. » Pour la CAC, tout l’enjeu était justement de permettre à ses adhérents de continuer à produire tout au long de 2022 alors que le prix des intrants s’envolait lui aussi. Pour y arriver, elle a dû anticiper et arbitrer au quotidien entre le risque prix et le risque disponibilité afin de répondre aux besoins de chaque exploitation. « Nous avons réussi grâce à la mobilisation de toute notre organisation. Mais cela a été difficile, et cela n’est malheureusement pas fini. La campagne prochaine s’annonce encore plus compliquée pour les engrais, mais aussi pour les semences et les produits phytosanitaires. Sans oublier les risques de disponibilité et de prix pour le gaz et l’électricité. Les défis à venir sont de taille. Mais nous réussirons à nous adapter comme nous le faisons depuis 75 ans », poursuit le président. Plus d’achat sans anticipation Pour y arriver, la Coopérative agricole de céréales entend plus que jamais s’appuyer sur sa philosophie première : « Pour voir loin, il faut voir collectif. » Après la création, il y a trois ans, de l’union de commercialisation franco-allemande ECU, le groupe CAC s’est uni avec la Coopérative de Sundhouse pour former l’union d’achats Rhénalliance au cours de l’exercice 2021-2022. Cette nouvelle structure effectue ses achats auprès de l’union des coopératives Aréa, créée en 2011, qui regroupe 18 membres sur la grosse moitié est de la France, et représente 15 % du marché national des agrofournitures pour les agriculteurs et les viticulteurs. Son directeur, Stéphane Wilhelm, porte un regard lucide sur la situation actuelle. « Cette année, l’achat des engrais a coûté 527 millions d’euros, soit la quasi-intégralité de notre chiffre d’affaires d’il y a deux ans. Et malheureusement, on commence seulement à rentrer dans le dur. » Il pointe les principales firmes phytosanitaires qui ont progressivement délocalisé leur production en Chine pour des questions budgétaires et qui sont confrontées, aujourd’hui, à de gros retards de fabrication liés à la crise sanitaire. « À cela s’ajoutent les tensions sur le transport maritime ainsi que le conflit russo-ukrainien qui nous impacte sur plusieurs niveaux comme l’approvisionnement en ammonitrate, dont une bonne partie venait de Russie. » Ce contexte inédit a obligé Robert Grosshans, responsable des achats pour le groupe CAC et Rhénalliance, à revoir sa façon de travailler au quotidien. Fini le temps où il pouvait prendre son temps avant d’acheter au meilleur prix et comparer les offres sur le marché. Place désormais à l’anticipation permanente et à la réactivité instantanée. « On fait en sorte de savoir ce qu’on veut précisément avant de recevoir les offres. Et quand elles arrivent, on sait jusqu’où on veut aller ou pas. On sait rapidement si on prend ou on ne prend pas. » Il observe avec un certain soulagement la force commerciale offerte par l’union des coopératives Aréa. « Si on s’en est bien sortis durant la campagne précédente, c’est parce qu’on a travaillé avec d’autres qui nous ont apporté des moyens logistiques supplémentaires, par la mer en l’occurrence. Sans cela, on aurait été incapable d’avoir la marchandise qu’il nous fallait. » Stéphane Wilhelm complète : « C’est la richesse de notre groupe : nous avons des portes d’entrée sur tout le territoire, ce qui nous permet d’avoir de l’agilité sur l’achat de toutes les formes d’azote. » Cette souplesse va être primordiale en 2023 aux yeux des deux spécialistes. Pour Robert Grosshans, il faut oublier le « monde d’avant ». « On n’y retournera pas. Il faut plutôt se projeter dans un contexte où la question énergétique va être déterminante, en plus des aspects logistiques de plus en plus difficiles à gérer. Nous avons un nouvel équilibre à créer. À nous de projeter notre intelligence collective, c’est notre grande force. Cela m’incite à rester confiant pour les achats de nos approvisionnements futurs. » Un marché aval plus incertain Sur les marchés avals, la situation est tout aussi imprévisible et incertaine. Depuis la pandémie Covid-19, puis le conflit ukrainien, les « fondamentaux » ont là aussi disparu pour laisser la place à une ère de questions permanentes : Quelle sera la suite de la guerre ? Quels prix pour le gaz, le pétrole, l’électricité ? Quel sera le visage de la récession qui se profile ? « Et qui dit récession, dit baisse de production, désindustrialisation. Je n’ai pas de réponse à ces questions, que des avis. Nous avons perdu tous nos repères. Clairement, les challenges sont devant nous », annonce Mariana Svolinkova, courtière « céréales » chez Bloch et Rehs. Elle se veut néanmoins très confiante pour la production céréalière alsacienne, située au cœur de l’industrie de quatre pays : « Vous avez un avantage logistique avec le Rhin et la proximité avec vos acheteurs. Cela sera toujours un atout sur les marchés. » La directrice d’ECU, Michèle Waegele, observe avec un certain désarroi les dégâts collatéraux du conflit ukrainien sur la filière céréalière rhénane. Depuis l’ouverture du corridor humanitaire en mer Noire, ce sont 11 millions de tonnes de céréales supplémentaires qui sont arrivées sur le marché, en plus des 10 déjà exportées. « Auparavant, l’Ukraine avait des quotas à l’export. Aujourd’hui, ils sont supprimés. Le pays bénéficie d’un appui politique quasi mondial et d’une aide au niveau logistique et transport. Ce qui fait que nous sommes désormais noyés sous les céréales ukrainiennes », souligne Michèle Waegele. Il faut ajouter à cela 6 millions de tonnes de maïs en provenance du Brésil, et 6 millions de plus déjà prévus pour la prochaine campagne.     On observe en parallèle une baisse de la consommation de céréales, estimée entre 15 et 20 % pour l’alimentation humaine, et à plus de 20 % pour l’alimentation animale. « On est en train de tuer la demande. Quoi qu’on fasse, elle ne reviendra pas du jour au lendemain », avertit la directrice d’ECU, qui alerte aussi sur la santé financière de certains clients contraints d’acheter du maïs plus cher que ce qu’ils avaient prévu suite au déclenchement du conflit russo-ukrainien. « Et puis il y a un dernier impact, et non des moindres : c’est la rentabilité de nos clients. Des usines d’éthanol ont même fermé à cause de la hausse du prix de l’énergie et des céréales. » Comme Mariana Svolinkova, Michèle Waegele ne peut que constater la disparition des repères historiques du marché céréalier. « Les fondamentaux - chiffres de production et de consommation - restent les mêmes. À part cela, on ne peut plus se fier à ce qu’il s’est passé hier. Chaque jour est un nouveau jour, avec de nouvelles informations. »

Vœux

En avant !

Publié le 24/12/2022

Par Pascal Wittmann, président de la FDSEA du Haut-Rhin.

« Agissez comme s’il était impossible d’échouer. » C’est le conseil que donnait Winston Churchill à ses concitoyens et que l’équipe de la FDSEA du Haut-Rhin a largement mis en pratique cette année ! Les sujets ont été terriblement nombreux, mais vos administrateurs les ont affrontés un par un, ou plusieurs à la fois, avec courage et détermination : protection du foncier malgré les vents contraires ; défense de l’accès à l’eau pour l’irrigation malgré nos détracteurs ; remise sur le métier une fois, deux fois, cent fois de la cartographie des cours d’eau, pour contrer les lubies parisiennes ; négociations acharnées pour que le gibier excédentaire soit sérieusement régulé ; adaptation de la Pac à nos spécificités pédo-climatiques pour permettre un assolement pertinent ; interpellations des corps d’inspection quand les contrôles sont contre-productifs, comme celui du mulching, un non-sens environnemental et agronomique ; améliorations des petites retraites agricoles pour les exploitants, et les conjointes qui avaient été oubliées ; dialogues, réunions, discussions, concertations, coordinations, pour sensibiliser les responsables publics aux problématiques agricoles et leur faire prendre les bonnes décisions au bon moment : voilà le programme qui a rythmé nos journées en 2022 ! Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, si l’on en juge par la somme des dossiers qu’il nous faut encore traiter, et les embûches semées par nos détracteurs. Mais à l’instar des sportifs français, qui font honneur à notre pays ces derniers mois, je n’ai pas peur de dire que votre équipe FDSEA a fait un sacré boulot et fait honneur à l’agriculture. En maintenant ? En avant ! Une équipe en partie renouvelée sortira des urnes lors de notre prochaine assemblée générale. Elle devra prendre le flambeau à pleines mains et le porter aussi haut que la flamme olympique ! Je compte sur vous pour nous rejoindre dès maintenant, car nous ne gagnerons du terrain, pas à pas, que si nous sommes nombreux et si nous jouons collectif ! Nous accueillerons de jeunes talents, notamment féminins, pour aborder les prochaines compétitions et baliser le terrain. Pour assurer l’avenir de nos exploitations et de nos jeunes après nous, les batailles se livrent maintenant ! Il est temps que nos équipes soient renforcées, pour veiller : Au foncier : il aiguise tant l’appétit des promoteurs et des collectivités, inquiètes de la prochaine application du « zéro artificialisation nette » ; À la régulation des dégâts de gibiers : les baux de chasse seront renouvelés dans les prochains mois ; il nous faudra veiller à ce que les chasseurs défaillants ne soient pas éligibles ; À l’eau : il va falloir gérer cette ressource qui vaut de l’or avec bien plus d’anticipation si nous voulons tirer le meilleur parti de nos sols, malgré les sécheresses ; Aux politiques publiques : pour que la surenchère environnementaliste n’aboutisse pas à créer des pénuries alimentaires en nous privant de nos capacités de production ; À l’évolution des prix de nos intrants ou de nos produits : pour que chaque agriculteur puisse vivre décemment de son travail, notamment les éleveurs, qui subissent depuis trop longtemps l’effet ciseau des intrants élevés et des prix de vente bas. La section Élevage, qui sera relancée dans les premiers jours de janvier, devra être le bras armé de nos prochains combats. Le conseil d’administration et l’équipe administration de la FDSEA se joignent à moi pour vous souhaiter de la force, du courage et une excellente santé pour relever tous ces défis, avec nous, en 2023 !

Publié le 22/12/2022

Par Gabrielle Rolli, présidente de la section des Anciens exploitants du Haut-Rhin.

Engagement, évènements, victoires syndicales : voici les trois mots qui résument bien l’année 2022, et qui devront aussi guider notre action en 2023 ! Élue présidente de la Section des Anciens Exploitants de la FDSEA du Haut-Rhin cette année, j’ai le plaisir de succéder à Jean-Paul Obrecht qui, avec son équipe, a porté la Section pendant de belles années et nous laisse un héritage appréciable. J’ai demandé à plusieurs jeunes retraités de s’engager à mes côtés, et je n’ai pas été déçue ! Merci à la précédente équipe pour le beau travail réalisé, et merci aux petits nouveaux qui amènent de beaux projets dans leur musette ! Cette année, la nouvelle équipe a fait ses premières armes en coorganisant les animations syndicales au Markstein, à l’occasion du Tour de France cycliste féminin. Nombreux et affûtés, nous avons contribué à faire de cet évènement un succès, avec une belle fréquentation du public, et une superbe cohésion d’équipe ! Nous avons surfé sur cette belle dynamique en organisant à la rentrée une conférence instructive sur la rénovation de nos logements : nos retraités sont responsables et toujours entreprenants, ils anticipent les questions énergétiques pour maîtriser leurs factures et contribuer à la transition climatique. Les évènements festifs ont aussi rassemblé de joyeux lurons, car c’est la clé de notre succès : travail ET convivialité ! Nos projets sont tellement nombreux que la feuille de route 2023 est déjà bien tracée : conférence sur les placements financiers, organisation d’une nouvelle journée Tour de France (masculin cette fois !) au Markstein le 22 juillet 2023, sorties conviviales sont au programme. Et bien sûr, nous avons envoyé notre lettre au Père Noël : il ne nous a pas oubliés depuis 2021, puisqu’il a enfin validé la revalorisation des petites retraites pour les exploitants en novembre 2021, puis pour les conjoints et aides familiaux en février 2022. Mais l’inflation est passée par là, et le compte n’y est toujours pas. Heureusement, nos députés haut-rhinois ont porté notre demande - merci à eux - et l’Assemblée nationale a entamé le processus pour faire bénéficier les futurs retraités d’un calcul de leur retraite sur les 25 meilleures années… Le combat continue ! Il n’y a pas d’âge pour s’engager ! Rejoignez-nous pour nous soutenir et profiter de nos actions ! Le conseil d’administration de la Section se joint à moi pour vous souhaiter, à vous et vos familles, une très bonne année 2023, en commençant par une excellente santé !

Pages

Les vidéos