Publié le 17/01/2019
Engagé à la FDSEA du Haut-Rhin depuis 1998 et président depuis 2011, Denis Nass a démissionné en décembre dernier pour conduire la liste d’union FDSEA + JA + AVA aux prochaines élections pour la chambre d’agriculture.
Vous avez démissionné de vos fonctions de président de la FDSEA, avant même les élections. Pourquoi cet empressement ?
Denis Nass : « Je ne veux pas confondre les deux fonctions et je veux me donner la possibilité de me consacrer pleinement au travail que demande la chambre d’agriculture. Avec quelques anciens, nous avons voulu anticiper et préparer le changement de génération. Nous devons accompagner les jeunes qui arrivent dans ces responsabilités et c’est un vrai challenge ! Plus de la moitié des candidats de notre liste briguent leur premier mandat !
Et sur le périmètre Alsace et Grand Est, nous sommes moins d’élus, il y a plus de dossiers et plus de déplacement. Ça demande de l’organisation et de l’ouverture aussi, car il faut débattre avec les autres. Depuis la création de la Chambre d’agriculture d’Alsace, le débat est positif et l’on arrive à avancer ensemble plus rapidement sur des sujets pointus. Au niveau de la grande région, les Lorrains et les Champenois ont une agriculture différente. L’Alsace avec ses deux départements périurbains a des problématiques à faire valoir et est force de proposition.
Notre objectif est de constituer des équipes solides à la FDSEA d’un côté et à la chambre de l’autre. À partir de ces équipes, nous voulons accentuer le travail en transversalité sur les dossiers entre la chambre, le syndicalisme et les structures économiques et les organisations partenaires. Pour la viticulture, c’est pareil, nous nous appuyons sur l’AVA, car sur de nombreux sujets (environnement, emploi, urbanisme…), nous avons les mêmes problématiques mais nous ne pouvons pas avoir des spécialistes de tous les sujets dans toutes les structures. Mutualiser les compétences est une évidence voire une obligation. »
Les listes concurrentes critiquent le bilan de la FNSEA, que leur répondez-vous ?
D.N. : « Je n’ai pas envie de me bagarrer avec les autres et je préfère toujours quand il y a plusieurs agriculteurs autour d’une table pour défendre l’agriculture même si on n’a pas toujours les mêmes idées. Toutefois je veux dire que depuis 6 ans, on s’est battu sur beaucoup de sujets. On n’a pas toujours gagné, mais on a été présents tous les jours. Il est facile de critiquer ce qui a été fait mais il ne faut pas se tromper de cible. Les vrais problèmes ne viennent pas de la FDSEA ou de tel ou tel responsable professionnel qui s’engage mais des ministères ou de nos administrations qui sont complètement déconnectées de la réalité du terrain.
On mélange souvent les choses. La FNSEA défend une agriculture familiale mais cette vision n’est pas toujours audible au niveau européen dans certains pays notamment qui ont une vision tout autre. La FNSEA travaille sur les dossiers, propose des solutions, des amendements mais n’est pas toujours entendue dans ses positions malheureusement et n’est pas responsable des politiques européennes. Trop souvent, on subit l’hypocrisie de nos politiques qui par exemple d’un côté demandent à l’agriculture plus de bio mais qui veulent surtout défendre le pouvoir d’achat du consommateur. Résultat : les états généraux de l’alimentation ont accouché d’une souris… »
Dans les thèmes de campagne de ces élections, la question de la gratuité de prestations des Chambre d'agriculture est régulièrement avancée par vos concurrents. Qu’en pensez-vous ?
D.N. : « Je demande juste avec qui on travaille demain ? On ferme quel service ? Les gens qui font ces propositions ne sont pas dans les dossiers car sinon ils comprendraient qu’on a besoin de compétences pour accompagner les agriculteurs. Un service qui amène de la plus-value aux agriculteurs n’est pas cher. C’est un faux débat et un mauvais service à rendre aux chambres d’agriculture ! »
Quels seront les enjeux de ce prochain mandat ?
D.N. : « Nous devons ouvrir les chambres d’agriculture ! C’est un lieu où l’on doit pouvoir accueillir plus largement les agriculteurs mais aussi nos contradicteurs, la société civile et discuter, échanger pour mieux se comprendre et retrouver une forme de sérénité dans les débats. Nous devrions par exemple organiser régulièrement des soirées-débats sur l’alimentation. Nous avons besoin de lieux pour se parler. Les réseaux sociaux sont aujourd’hui des défouloirs où personne ne s’écoute.
Nous devons sortir de la posture de pompier. Les sujets doivent être plus anticipés, travaillés en amont ! Et nous devons reprendre la main sur notre destin en étant force de proposition. Dans tous les cas où nous l’avons fait, les résultats ont été concluants.
Nous ne devons pas avoir peur de l’avenir. Nous vivons une période de mutation. Si on regarde dans le rétroviseur, l’agriculture a beaucoup souffert physiquement. aujourd’hui la souffrance physique a laissé la place à une forme de souffrance psychologique. Et la chambre d’agriculture peut aider les agriculteurs à supporter toutes ces contraintes en poussant la capacité d’innovation, en aidant à l’évolution des pratiques. L’agronomie revient au centre de nos métiers et c’est une vraie bonne nouvelle !
Pour cela nous devons veiller à garder des outils sur notre territoire pour préserver notre agriculture diversifiée (abattoir de proximité, sucrerie, filière maïs sur le Rhin…) tout en développant de nouvelles filières. L’agriculture a une vraie carte à jouer sur les énergies renouvelables mais pas en se cantonnant dans un rôle de surface de recyclage. Les énergies renouvelables peuvent apporter des solutions en termes de revenus pour les agriculteurs mais aussi sur le plan environnemental. Cela passe par une réflexion concertée de l’aménagement du territoire de nos communes. Comme mettre en place des cultures non alimentaires tampons qui pourraient trouver des finalités énergétiques et économiques dans des méthaniseurs… Bref, le modèle agricole de demain est à inventer et l’après Fessenheim est une opportunité que nous devons saisir localement !
Et puis au-delà des chambres d’agriculture, bientôt les élections municipales se profilent à l’horizon. Là aussi, nous devons prendre les destins de nos villages en main, être réactifs, pédagogiques et prendre nos responsabilités. »
Et pour ceux qui ne seraient pas encore convaincus, qu’avez vous envie de leur dire pour qu’ils votent aux élections ?
D.N. : « Sans mobilisation de la profession, le risque serait à terme que nos chambres d’agriculture disparaissent au profit d’une section dans une chambre consulaire, ce qui affaiblirait un peu plus la voix de l’agriculture dans le débat sociétal. Les agriculteurs font de belles choses avec le soutien de la chambre d’agriculture : cela mérite d’être mieux expliqué !
Votez, c’est défendre sa Chambre d’agriculture, c’est la possibilité d’avoir un conseiller direct. Les DDT s’appauvrissent en compétences et en moyens, les DRAAF sont loin : plus que jamais, la Chambre d’agriculture est l’interlocuteur de proximité des agriculteurs. Alors on peut se couper de tout mais travailler seul, c’est compliqué. C’est en échangeant nos difficultés au quotidien, sur nos pratiques que l’on peut avancer. La Chambre d’agriculture est le lieu pour le faire ; c’est un pilier de compétences pour chaque agriculteur. Nous nous sommes associés avec l’AVA et les JA pour relever ce défi.
C’est pour cela, ENSEMBLE, que nous vous demandons de VOTER pour une agriculture dynamique, durable solidaire et innovante. »