Chambre d'agriculture Alsace - Laurent Wendlinger
« Nous avons insufflé cette dynamique alsacienne »
Chambre d'agriculture Alsace - Laurent Wendlinger
Publié le 29/11/2018
La dernière session de la mandature de la Chambre d'agriculture d’Alsace a eu lieu lundi 26 novembre à Sainte-Croix-en-Plaine. Les premières orientations de la Politique agricole commune post-2020 ont été présentées aux élus. Une session en forme de bilan pour le président sortant, Laurent Wendlinger, qui se retire après trente années de présence, soit cinq mandatures.
Laurent Wendlinger a ouvert cette session en commentant l’actualité. « Le mouvement des gilets jaunes doit alerter les décideurs politiques, doit nous alerter sur un malaise grandissant dans nos campagnes. Le pouvoir d’achat et le revenu constituent la principale préoccupation des citoyens, mais le malaise est plus profond, y compris chez les agriculteurs : manque de reconnaissance, de visibilité pour l’avenir. Les ingrédients sont multiples et il faudra répondre en priorité aux causes de ce malaise et pas uniquement aux conséquences. L’agriculture française a besoin d’un cap. Il faut des perspectives pour redonner confiance, pour que des jeunes continuent de s’installer ». D’autant plus que les épisodes climatiques, autrefois exceptionnels dans leur gravité, se répètent désormais de plus en plus souvent. L’année 2018 en a été une parfaite illustration. Le bilan, production par production, montre que c’est le monde de l’élevage qui souffre davantage. « La situation est plus compliquée. La sécheresse estivale a pénalisé la production d’herbe et perturbé les ensilages de maïs en quantité et en qualité. Bien souvent le manque de fourrage sur les exploitations a obligé les éleveurs à puiser dans leurs cultures de vente ou à acheter des fourrages et aliments de substitution. L’incidence sur leurs coûts de production sera importante. Ces filières d’élevage doivent être soutenues et accompagnées en priorité pour éviter la décapitalisation et le découragement. Les demandes de classement en calamités agricoles sont en cours pour les prairies pour nos deux départements », indique le président de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). La demande d’exonération partielle de la Taxe sur le foncier non bâti des prairies est en cours auprès des services de l’État. Par ailleurs, le Conseil régional Grand Est et les Conseils départementaux se sont positionnés favorablement pour accompagner les éleveurs qui ont dû recourir à des achats de fourrages suite à la sécheresse. Le dispositif régional est désormais calé. La CAA s’est engagée à assurer le rôle de « guichet unique » pour aider les éleveurs à monter leur dossier. Les éleveurs concernés doivent se faire connaître et les premiers dossiers pourront être payés dès le début de l’année prochaine. Se prémunir contre les aléas climatiques Laurent Wendlinger a insisté sur la nécessité de se prémunir davantage contre ces aléas climatiques. « L’assurance récolte doit évoluer pour devenir une vraie garantie de revenu en cas de coup dur. L’épargne de précaution doit être développée avec une vraie politique fiscale adaptée. L’irrigation constitue aussi une réponse pertinente pour sécuriser les rendements et la qualité de nos productions. Nous devons avoir une politique ambitieuse d’accès à l’eau y compris avec du stockage en l’absence de ressource disponible. Il faudra aussi stocker davantage de fourrages les bonnes années pour puiser dans les réserves quand c’est nécessaire. De nouveaux dispositifs sont en cours de finalisation dans le Plan bâtiment pour aider à investir. » Laurent Wendlinger est néanmoins conscient que ce message ne sera entendu que si les revenus sont au rendez-vous avec des perspectives économiques à moyen et long terme. D’où son agacement et son inquiétude face aux débats que subit le monde agricole. « L’agriculture vaut mieux que des caricatures ! Nous faisons des efforts depuis de nombreuses années pour améliorer nos pratiques, réduire les fuites de nitrates et l’utilisation de produits phytosanitaires. La CAA s’y emploie au quotidien. Mais aussi toutes les organisations professionnelles et économiques de ce territoire, conscientes de la nécessité de travailler ensemble pour préserver les sols, la qualité de l’eau et l’environnement en général. Oui, nous sommes favorables au développement de techniques alternatives, de l’agriculture biologique. Mais, toutes ces évolutions demandent du temps, des efforts d’adaptation, des moyens d’accompagnement », estime Laurent Wendlinger. Pour réussir, le monde agricole compte sur l’innovation et le numérique. Une nécessité pour faire évoluer positivement tous les modèles agricoles, tous les modes de production, sans opposer les uns aux autres. Et cela, alors que se prépare la Politique agricole commune de l’après 2020. La baisse du budget, annoncée par la Commission européenne, inquiète. Entre 2018 et 2027, il serait en effet en retrait de plus de 15 % en euros constants sur le premier pilier et de 30 % sur le deuxième pilier. « Nous demandons que ce budget soit maintenu à son niveau actuel pour assurer un revenu correct aux agriculteurs dans le contexte difficile actuel. Le président de la République doit s’engager clairement sur ce sujet si la France veut garder une véritable ambition agricole et envoyer un signal positif aux futures générations d’agriculteurs », poursuit Laurent Wendlinger. En l’état, ce projet n’est donc pas satisfaisant. Précurseurs en matière de mutualisation La profession agricole française et alsacienne veut pouvoir œuvrer sur les marchés avec les mêmes règlements et normes que ses concurrents. Les agriculteurs ont donc besoin d’une Europe forte et ouverte pour y parvenir, avec une harmonisation sociale, fiscale et écologique. Cet état d’esprit volontaire et positif a été la philosophie du mandat de Laurent Wendlinger. Il a salué la mémoire de Jean-Paul Bastian et rappelé leur parcours. « Ici, en Alsace, nous avons été des précurseurs en matière de mutualisation des moyens, de régionalisation. Nous avons désormais une des Chambres d’agriculture les plus dynamiques au niveau national. Nous l’avons structurée en temps et en heure. Je suis fier d’avoir pu, avec vous tous, avec l’ensemble de nos cadres et collaborateurs, insuffler cette dynamique alsacienne qui a permis à notre organisation de rester performante malgré des moyens en baisse, d’être plus que jamais au service des agriculteurs et des viticulteurs de notre territoire. Nous avons aussi réussi, pendant ce mandat, à construire une nouvelle Chambre régionale au niveau du Grand Est, avec un réseau de Chambres départementales et interdépartementales garantes de la proximité du terrain. Notre nouvelle région est une grande région agricole. Je formule le vœu que l’agriculture alsacienne, par son dynamisme et sa diversité, en soit un des plus beaux fleurons, fière de ses racines et ouverte sur l’avenir », proposant à la future équipe qui sera élue à la tête de la Chambre d'agriculture de continuer à la faire rayonner, et avec elle, ses filières et ses agriculteurs, sur tout le territoire. Denis Ramspacher, premier vice-président, a salué l’action du président sortant : « Vous venez d’effectuer cinq mandatures, trente années de présence à la Chambre d'agriculture, dont les trois dernières en tant que président. Vous avez travaillé avec tout le monde en utilisant les compétences des uns et des autres. Bravo et merci ! » Des propos complétés par le préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet. « Une page se tourne au terme de cette mandature. Je ne peux que saluer votre sens des responsabilités. Lors de cette session encore, vous regardez loin devant vous avec des débats d’une grande hauteur de vue ». Laurent Wendlinger a conclu son propos en citant Léonard de Vinci : « Ne pas prévoir, c’est déjà gémir », avant d’être chaleureusement applaudi.












