Syndicat des vignerons indépendants d'Alsace
Clarifier l'image des vins d'Alsace et obtenir de justes prix
Syndicat des vignerons indépendants d'Alsace
Publié le 12/03/2015
À l'occasion de leur assemblée générale, les vignerons indépendants d'Alsace ont fait part de leurs travaux concernant les dossiers d'actualité et leur communication. La hiérarchisation des vins et l'identité des vignerons sont deux axes de travail importants. Tout comme le fonctionnement économique des entreprises. Et cela passe par une rémunération de la production.
Dans le dossier de la hiérarchisation, le vice-président du syndicat des vignerons indépendants d'Alsace (Synvira) Florian Beck-Hartweg, de Dambach-la-Ville, n'a pas caché que le premier objectif des professionnels était d'obtenir une meilleure valorisation de leur travail dans les vignes, à savoir des vins payés en rapport de la qualité produite, et une clarification de l'image des vins d'Alsace. Cela passe par une meilleure communication, mais également par une définition claire des différentes strates régionales. « Le plus important est que chacun sache et comprenne ce qu'est un premier cru ou un vin communal. Un premier cru, il faut le dire et le répéter est et doit être un grand vin de terroir. Tous les cépages sont potentiellement admissibles s'ils expriment le lien au terroir avec fidélité. Un vin communal est plus ambitieux. Il doit se définir en fonction d'un climat local ainsi que sur des traditions locales comme, par exemple, des habitudes de vinification. Cela implique une délimitation plus large que premier cru. Ces vins ambitieux doivent avoir un style précis relatif à ces communes. Il faut à la profession viticole un véritable fonctionnement économique pour ces strates car ce travail ne doit être pas une contrainte. Au contraire, il doit valoriser les produits des viticulteurs ». Florian Beck-Hartweg est allé encore plus loin en donnant une échelle de prix qui, à ses yeux, doit être un facteur multiplicateur par rapport à l'appellation d'origine contrôlée (AOC) d'Alsace. « Ces prix les voilà. L'AOC constitue la base, à savoir 7 €. L'appellation communale doit être le prix AOC x 1,3 soit un objectif de 9 €. Le lieu-dit, l'AOC x 1,5 soit un objectif de 10,50 €. Le premier cru, l'AOC x 1,85 soit un objectif de 13 €. Et le grand cru, l'AOC X 2,3 soit un objectif de 16 €. Ces prix doivent tirer vers le haut nos vins d'Alsace. Nous devons entamer cette marche tous ensemble, collectivement. Nous allons travailler en commission paritaire pour que ces tarifs soient appliqués », a ajouté Florian Beck-Hartweg. Un travail qui se fera en coordination avec le conseil interprofessionnel des vins d'Alsace (CIVA), l'association des viticulteurs d'Alsace (AVA), mais également en interne au Synvira. Le syndicat réfléchit en effet à la mise en place et à l'organisation d'un événement grand public pour communiquer sur les terroirs alsaciens. En complément, le Synvira compte proposer des dégustations pédagogiques pour les premiers crus afin de faciliter la constitution des dossiers de demandes. « Nous devons nous regrouper, déguster ensemble et définir collectivement le lien au terroir de nos produits. Il faut montrer les airs de famille de nos vins que nous souhaitons classés en premiers crus ou communales. Nous devons avoir une vision collective du terroir et effectuer un travail cohérent pour que la commission à l'Institut national d'appellation d'origine (INAO) ait la même vision que nous et soit convaincue de nos dossiers. Ces dossiers devront être prêts pour la fin de l'année, mais c'est dès maintenant qu'il faut signaler nos intentions de dossiers », a précisé Florian Beck-Hartweg. Augmenter la durée après arrachage en cas de parcelles infectées Un autre gros dossier qui occupe les professionnels depuis quelques mois, c'est la suppression des droits de plantation et leur remplacement par des autorisations de plantation. Un nouveau système est mis en place par l'Europe pour gérer le développement du potentiel viticole. Ce système obtenu grâce à l'action syndicale maintient un cadre réglementaire de limitation des plantations. Il entre en application le 1er janvier 2016 et entraîne quelques conséquences pour les professionnels. « Pour les plantations nouvelles, les viticulteurs devront désormais déposer leurs demandes via un site internet géré par FranceAgrimer et l'INAO. Ce dépôt devra être fait chaque année entre le 1er mars et le 30 avril. La notification des autorisations interviendra au plus tard le 31 juillet. Les autorisations seront validées si les demandeurs répondent à des critères définis chaque année et si le contingent (1 % des plantations actuelles) n'est pas atteint. La durée de validité de l'autorisation est de trois ans. Passé ce délai, l'autorisation deviendra caduque et il y aura sanction », a expliqué Claude Weinzorn, secrétaire général du Synvira. Concernant les replantations après arrachage, les demandes d'autorisation devront intervenir au plus tard le 31 juillet de la deuxième campagne qui suivra l'arrachage. Pour la conversion des droits en portefeuille détenus au 31 décembre 2015, ils pourront être convertis en autorisations jusqu'en 2020. La durée de vie de l'autorisation sera limitée à la durée de vie restante du droit. Le nouveau système maintient les déclarations d'intention d'arrachage, déclaration de fin de travaux, déclaration d'intention de plantation et la déclaration de fin de travaux. « Le Synvira demande que la durée maximale de cinq ans pour planter, après arrachage puisse être augmentée en cas de parcelles infectées. Lorsque les critères de recevabilité des autorisations seront définis, nous vous tiendrons informés », a ajouté Claude Weinzorn. Pour une meilleure valorisation du vrac Le syndicat des vignerons indépendants d'Alsace a également travaillé ces derniers mois pour obtenir une meilleure valorisation des vins en vrac sachant que la part des vignerons indépendants sur ce marché est de 61 % en volumes. « Le premier axe de réflexion a été de mettre en place une plate-forme interne de vente de vin en vrac en ligne. Chaque producteur mettrait ainsi ses lots à la vente avec un descriptif de ses vins, ainsi que le prix souhaité. Nous avons rencontré Michel Remondat, patron de Vitisphère et créateur d'une plateforme de vente de vin en vrac par internet en expérimentation. Lors de cet entretien, nous avons même envisagé d'ouvrir cette plateforme à des négociants situés hors de la région. La barrière de la mise en bouteille pouvait être levée en proposant à ces acheteurs une mise en bouteille à façon dans la région. Parallèlement, nous avons rencontré le conseil d'administration du groupement des négociants d'Alsace ainsi que les représentants des courtiers pour leur exposer nos réflexions. Depuis, nous nous sommes orientés vers la création d'une grille qualitative des lots de vin proposés à la vente. L'idée est de pouvoir classer, à partir de critères de qualité (analytique, organoleptique) les lots de vins. Chaque classe se verrait attribuer, soit un pourcentage de la mercuriale en plus, soit un prix minimum à respecter. Ces prix seraient définis par concertation avec les courtiers, les négociants et les vignerons indépendants. Pour avancer sur le projet, nous avons constitué un groupe de travail. Aujourd'hui, nous suivons de près la démarche initiée par l'association des viticulteurs d'Alsace qui est la contractualisation des ventes de raisins et de vin en vrac. Nous soutenons toute initiative qui va dans le sens d'une meilleure valorisation de nos vins », a indiqué Vincent Ackermann, en charge de ce dossier au Synvira. Parmi les autres actions syndicales menées par le syndicat indépendant des vignerons d'Alsace, il a également été évoqué le compte pénibilité des salariés, l'assurance climat et la mise aux normes des caveaux pour les rendre accessibles aux handicapés. Un agenda d'accessibilité programmé devra être élaboré au plus tard pour le 27 septembre 2015. Respect, partage et engagement Concernant la communication, il a été rappelé tout ce qui se fait en interne (bulletins d'informations, extranet, forum, réunions de sous-régions, formations) et en externe avec des opérations de promotion comme, par exemple : l'apéro gourmand le vendredi du week-end de l'Ascension, le pique-nique chez le vigneron indépendant d'Alsace le week-end de Pentecôte, l'oenotourisme, la commercialisation des vendanges touristiques lancées en 2014 ou encore la charte « accueil, qualité ». Pour 2015, le Synvira compte poursuivre ses travaux en cours. « Nous comptons continuer le travail sur l'identité du vigneron indépendant d'Alsace, mais également poursuivre notre démarche d'ouverture vers les autres instances viticoles alsaciennes afin d'élaborer des projets collectifs. Nous allons adapter nos statuts et poursuivre la réflexion concernant la mise en place de la hiérarchisation. Nous comptons donner davantage d'outils aux vignerons pour améliorer leur commercialisation par l'oenotourisme et intensifier notre communication. L'avenir reste incertain. L’Alsace se doit de réagir. Nous avons la chance d'être une petite région de production avec un marqueur terroir très fort, des vignerons passionnés, des grands vins blancs. Nous avons tout pour réussir, mais nous n'arrivons pas encore à faire rêver suffisamment nos consommateurs de vins », a estimé le président Pierre Bernhard. Première assemblée générale du Synvira depuis son élection, il analyse ce début de mandat : « Avec mon équipe d'élus et les administratifs, nous avons lors de cette première année démarré par un chantier sur l'identité du Synvira. Ce travail va nous permettre d'avoir un outil d'aide au développement. Lorsque le syndicat des vignerons indépendants d'Alsace a été créé par Joseph Schaffar, la volonté était de regrouper, au sein d'une entité, les vignerons metteurs en marché afin de pouvoir mieux les défendre. Ce rôle reste aujourd'hui un axe très important. La mission du Synvira est de pérenniser notre métier de vigneron indépendant. La surface des exploitations continue à croître. Nous sommes passés d'une moyenne de 1,64 hectare en 1969 à 9,39 hectares en 2014. Il est donc tout à fait légitime et important que le Synvira joue son rôle de défenseur, d'accompagnateur et de constructeur d'avenir. Nous nous appuyons sur trois valeurs fondamentales pour réussir : le respect, le partage et l'engagement. Ce qui rend le vigneron indépendant alsacien unique, c'est tout cela », a conclu Pierre Bernhard.












