Vigne

Prévision de récolte 2015

À peine un million d’hectolitres

Publié le 23/07/2015

La prévision de récolte pour le vignoble alsacien, établie par le Civa au moyen du protocole mis au point par l’Inra de Colmar, est estimée à 1 019 000 hl, soit un peu plus qu’en 2013. Le calendrier de développement de la vigne est proche de celui de l’année dernière mais les conditions météorologiques sont très différentes.

L’hiver 2014/2015 a été relativement doux, bien que plusieurs jours en dessous de 0 °C sont à noter au courant des mois de janvier et février. Le débourrement a eu lieu aux alentours du 14 avril, ce qui le place dans la moyenne des 30 dernières années pour l'Alsace. Les vignes ont par la suite eu de bonnes conditions de croissance avec des températures douces en journée et des précipitations régulières qui ont occasionné un développement rapide en termes de stade. La floraison s'est déroulée correctement vers le début du mois de juin. Dans le vignoble du Bas-Rhin, la pluviométrie plus faible ainsi que la floraison en deux temps interrompue par une petite période fraîche, a provoqué de la coulure sur plusieurs cépages tels que les pinots et gewurztraminer. L'oïdium bien installé Les conditions humides et voilées du mois de mai et juin ont permis à l’oïdium de s’installer. Tout au long du printemps, le climat était favorable à cette maladie : des nuits fraîches, des journées peu lumineuses et une humidité relative importante. Les premiers symptômes d’oïdium sur feuille ont été observés très tôt, dès le stade 6-7 feuilles. La maladie s’est développée par la suite sur inflorescences puis sur grappes. Ce sont les 10 jours de canicules début juillet qui ont permis de la freiner. À la fermeture de la grappe, environ 12 % des grappes sont touchées soit une fréquence deux fois plus importante qu’en 2014 au même moment. Le mildiou reste très discret cette année : au courant des mois de juin et juillet, quelques dégâts sur inflorescences et sur feuilles ont pu être observés, mais sans aucun impact sur la récolte à l’échelle du vignoble. Brûlures de grappes L’épisode caniculaire de début juillet a été spectaculaire notamment au niveau des températures extrêmes. Ces fortes chaleurs ont occasionné de nombreuses brûlures sur feuilles et sur grappes. Les vignes sur sols légers montrent des signes de stress hydrique. Certaines vignes, dont l’enracinement est encore superficiel, souffrent de la sécheresse. C’est principalement le cas pour les jeunes vignes ainsi que les vignes installées sur des terrains de faible profondeur (à faibles réserves hydriques). Si les conditions climatiques persistent, la sécheresse devrait se généraliser sur l’ensemble des terrains légers et sur les vignes faibles. En 2015, les tordeuses de la grappe ont été peu présentes. Les vols ont été modérés sur l’ensemble des pièges. Quelques pontes ont été observées sur l’ensemble des secteurs. La seconde génération a nécessité une intervention afin d’éviter les risques de botrytis aux vendanges. Le millésime 2015 est précoce, ce qui amènera une période de maturation sur le mois d’août. Généralement, dans cette configuration, il est bon de maintenir les grappes à l’abri du feuillage pour éviter la perte d’arômes liée à la chaleur et au rayonnement du soleil. Prévision de récolte 2015 : 1 019 000 hl Depuis 2011, la prévision de récolte du vignoble alsacien est réalisée par le groupe de coordination technique selon une méthodologie élaborée par Christophe Schneider de l’Inra de Colmar. Les parcelles de chasselas du réseau n’ont pas été estimées. Les observations de terrain ont été réalisées les 6 et 7 juillet par les techniciens du Civa, de l’IFV, de la Chambre d’agriculture de région Alsace, de l’Ava, de la Fredon avec l’aide d’Alsace-Vitae et des enseignants de l’Eplefpa. Le nombre de grappes par souche est en diminution d’une à quatre grappes par souche en moyenne par rapport à 2014, sauf sur gewurztraminer et pinot blanc (tableau 1). Ce résultat confirme les craintes émises l’année dernière quant aux conséquences du stress hydrique de 2014 au moment de l’initiation florale. C’est généralement dans le cœur des souches qu’il y a le moins de grappes. Des grappes plus petite La taille des grappes est également plus faible que l’année dernière, sauf sur muscat. La différence est notable pour la famille des pinots, y compris l’auxerrois. Les grappes sont un peu plus grandes qu’en 2013. Par conséquent, la prévision établie à partir des modèles de l’Inra (volume « Dépassement de rendement » inclus) se chiffre à 1 019 000 hl pour l’ensemble du vignoble d'Alsace, soit environ 66 hl/ha. C’est un volume légèrement supérieur à celui de 2013, pour lequel la prévision s’élevait à 980 000 hl et le volume récolté (hors DPLC) à 976 115 hl. Le volume réellement récolté dépendra du grossissement des baies et de leur état sanitaire lors des vendanges. Ces chiffres moyens cachent également de grandes disparités entre les parcelles. Certains secteurs subissent actuellement de fortes contraintes hydriques qui vont avoir des conséquences sur la croissance des baies.

Publié le 09/07/2015

L’inauguration de la nouvelle cuverie de Bestheim a été l’occasion pour ses dirigeants de dresser le bilan de 20 années d’évolution et d’être honorés. Mais à présent, quel avenir se dessine pour le premier groupe vinicole alsacien ?

En 20 ans, le groupe Bestheim n’a jamais cessé de se constituer au rythme des fusions-absorptions sous l’impulsion des tandems dirigeant Schoepfer-Wagner, puis Schoepfer-Baffrey. En quelques chiffres, Bestheim c’est aujourd’hui 450 familles de vignerons, 1 400 hectares de vigne, une soixantaine de salariés seulement pour un chiffre d’affaires de 55 millions d’€, chiffre appelé à progresser suite à la récente fusion avec la cave de Kientzheim. Vendredi 3 juillet, l’inauguration de la nouvelle cuverie de 130 000 hl à Bennwihr a été l’occasion pour le directeur, Thierry Schoefper, l’ancien président, Hubert Wagner, et le nouveau, Pierre-Olivier Baffrey, de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur de cette « formule 1 » qu’est Bestheim, selon la métaphore filée par le président d’honneur Hubert Wagner, mais également d’essayer d’entrevoir la route qui se dessine dans cette course économique perpétuelle. Une route semble-t-il bien tracée : « Dans un vignoble qui ne cesse de se chercher, Bestheim a trouvé sa ligne directrice depuis longtemps », explique Thierry Schoepfer. Depuis son arrivée à la direction, en 1994, Bestheim exprime une certaine appétence pour les fusions-absorptions, afin de répondre aux objectifs « de performance, de rentabilité » et finalement « de devenir un acteur majeur du vignoble ». Chose faite. Cela commence en 1997 avec la cave coopérative et la maison de négoce Heim à Westhalten. Puis en 2012, Bestheim absorbe la Divinal et résorbe le passif de cette cave d’Obernai politiquement embarrassant pour une appellation en mal de reconnaissance. En négociateur hors pair, Thierry Schoepfer emporte en 2015 la décision des vignerons de la cave de Kientzheim de se rapprocher de Bestheim, plutôt que de celles de Béblenheim, de Wolfberger ou Ingersheim. Bestheim récupère ainsi dans son giron de terroirs d’excellents crus comme le Schlossberg ou le Patergarten, qu’il qualifie de « bijoux ». Mais il y a eu également des échecs de rapprochement, rappelle-t-il : « Avec Wolfberger, Turckheim, Wuenheim… Qu’importe ! Nous avons su rester amis. » Bestheim, c’est aujourd’hui « huit entreprises fusionnées, Bennwihr, Westhalten, Obernai, Barr Sigolsheim, Kientzheim, Heim et Sainte Odile… fruit de 21 années de travail ». « Bestheim a fière allure », lance aussi Thierry Schoepfer, mais la course n’est apparemment pas terminée : « En 20 ans, le visage du vignoble a changé, nous en sommes à l’origine et il continuera à changer ». L’objectif étant désormais, selon lui, « d’apporter plus de valeur ajoutée à nos appellations ». Attention aux sorties de route.

Publié le 27/03/2015

Les viticulteurs de Westhalten, du groupe Repère, ont pris le contre-pied d’une pratique qui consiste à appliquer des protocoles expérimentaux mis au point par des chercheurs, experts, spécialistes, conseillers techniques. Là, ce sont eux qui co-construisent l’expérimentation avec les chercheurs.

D’une recherche classique avec des savoirs « descendants », on passe à une « recherche-action », où savoirs descendants et ascendants sont partagés pour co-construire des protocoles d’expérimentation viticole. Que sont les savoirs ascendants ? Il s’agit de l’expérience acquise par le viticulteur en lien avec son terroir, des savoirs transmis de génération en génération. Ce qui suppose de la part des chercheurs et autres experts de considérer que ces savoirs ont autant de valeur scientifique que des publications dans des revues officielles… La question qui se posait aux vignerons de Westhalten consistait à expérimenter des alternatives aux désherbants, dans la perspective du plan Écophyto. Plutôt que d’appliquer des techniques plus ou moins imposées à terme, les viticulteurs de Westhalten ont mis en place un plan expérimental pour comparer la piloselle, plante aux vertus allélopathiques, au désherbage mécanique et au paillage. Une expérimentation en commun, où chacun partage ses réussites et ses échecs, explique Mickaël Burgenath, vigneron. « Une mobilisation collective du savoir », résume Pierre Isner, vigneron du groupe Repère. Outre l’analyse sociologique et épistémologique qu’il en retire, Jean Masson, de l’Inra, a proposé un cadre méthodologique aux vignerons, qui a par ailleurs permis dans un premier temps de franchir les barrières initiales de l’individualisme. Des barrières tout à fait humaines, où chacun craint d’exposer ses réussites et surtout ses échecs. Mais il faut souligner que la jeune génération à l’œuvre dans la commune a bien coïncidé avec ce projet, explique Jean-Luc Schlegel. La méthode Repère a ouvert de nouvelles perspectives. Depuis, le groupe a créé une Cuma, indique Christian Kohler, pour acquérir du matériel de désherbage mécanique, un rotofil intercep pour entretenir les bandes de piloselle… Le groupe s’interroge sur ses pratiques, propose des analyses, évalue par exemple les métabolites allélopathiques de la piloselle en fonction du type de terroir… Bref, des questions qui d’ordinaire, avaient plus trait à de la recherche fondamentale. Cette méthode, où savoir ascendants et descendants se conjuguent - qui permet de dégager des consensus sur des sujets où a priori, les acteurs n’ont pas les mêmes intérêts - va peut-être déboucher sur d’autres chantiers. La base viticole ou agricole devient force de proposition mais dans un cadre méthodologique, sur des sujets sensibles environnementaux, sociétaux ou de protection du bien commun d’appellation. Plutôt que de se voir imposer des directives, l’idée n’est pas d’atteindre un objectif forcé, par exemple une réduction de 50 % de pesticides, mais bien d’engager des recherches co-construites pour développer des alternatives crédibles pour tous.

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