Association des viticulteurs d'Alsace
Valoriser et segmenter les vins d'Alsace
Association des viticulteurs d'Alsace
Publié le 30/03/2016
En faisant sa tournée habituelle des assemblées générales des sous-régions, le président de l'association des viticulteurs d'Alsace Jérôme Bauer a beaucoup écouté tout en participant aux débats. Il constate qu'il y a une réelle unanimité contre les plantations des vins sans indication géographique sur l'ensemble du territoire alsacien. Néanmoins, il ne le cache pas, il craint cette libéralisation. « Nous sommes légitimes pour empêcher toute plantation en dehors du périmètre de production. De nombreux syndicats viticoles ont ainsi adopté une motion pour expliquer cette position. Une motion où nous ont rejoint la fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, les Jeunes Agriculteurs, la Chambre d'agriculture d'Alsace, Coop de France, mais également de nombreuses communes. Mais, davantage que cette motion et cette position légitime, nous devons faire mieux. La valorisation de nos vins d'Alsace est la clé de notre avenir », explique Jérôme Bauer. Car, effectivement, trois récoltes consécutives déficitaires ont entraîné la spéculation et une explosion des cours du vrac. Cela devrait logiquement avoir un effet sur le prix de la bouteille. « Aujourd'hui, on manque de vins pour nos marchés. Or, il y a encore des ventes de vins au rabais. Depuis 2013, je vous encourage à augmenter le prix de vente de vos vins. On se cache derrière la concurrence mais notre principale concurrence, c'est nous-même. On se cannibalise », ajoute le président de l'AVA. Les ventes de vins d'Alsace ont baissé de 4,7 % en 2015, et ont encore reculé en janvier, à cause du manque de volumes. S'y ajoute une concurrence extérieure déstabilisatrice. « On a découvert des pinots noirs sud-africains et des pinots blancs italiens à moins de deux euros. Ce n'est que collectivement que nous pourrons avancer. Il faut mettre en place une véritable stratégie collective. Oui, l'Alsace doit être notre marque collective. On ne la met pas assez en avant », estime le président de l'AVA, fustigeant les libertés prises par certains « avec la culture de cépages non autorisés ou la production de rosé avec du gewurztraminer ou du pinot gris ». Il prône le jeu collectif sous la bannière Alsace. Cet état d'esprit anime le projet de réserve qualitative que l'AVA souhaite créer, pour « sécuriser les ventes » et éviter « le yo-yo des prix. Il s'agit de conserver les excédents d'une récolte abondante, devant être détruits normalement, pour les remettre sur le marché en période de manque de volumes. D'autres vignobles, comme le Chablis, les Côtes-du-Rhône ou la Champagne, ont déjà mis en place cet "outil de régulation". Il est donc temps de mettre de l'ordre sans fermer la porte ou rester rigide ». Recommandations syndicales à la hausse de 4 à 6 % Dans la logique de valorisation, l'AVA a ainsi émis des recommandations syndicales indicatives sur les prix du raisin pour la prochaine vendange : soit une augmentation de 4 % pour tous les cépages, sauf le riesling pour lequel le coup de pouce préconisé est de 6 %. Sachant que le marché des vins d'Alsace reste très national (73 % des volumes), même si l’export vers les pays tiers se développe (de 2,3 % en 1995 à 7,4 % en 2015), pour l’instant au détriment des pays européens, dont la part passe de 24,1 % il y a dix ans à 19,6 % en 2015. Cette même année, le marché en bouteilles a représenté 1 024 180 hl (136,5 millions de cols) soit une baisse de 4,7 % par rapport à 2014. Les disponibilités sont également en retrait, de l'ordre de 3 %, avec 2 456 700 hl. Toujours en 2015, il y avait 4 103 déclarants soit 587 de moins en cinq années (-12,5 %). Des comptes déficitaires L'association des viticulteurs d'Alsace n'échappe pas au contexte économique difficile. Elle a ainsi présenté un rapport financier déficitaire de 58 960 €. « La vente des capsules est en baisse à 466 000 € contre 480 000 € l'année précédente. Les ventes de médailles sont également en baisse à 189 000 € contre 250 000 €. Au total, nous constatons une baisse de 221 100 € de nos activités commerciales en deux années. Ce contexte va encore s'accentuer dans le budget 2016 avec la faible récolte 2015. Nous puisons dans nos réserves. Mais, nous ne pourrons pas nous satisfaire de taper dans les réserves. Une solution, c'est de revoir le système actuel de calcul des cotisations. Une proposition sera soumise au vote lors de l'assemblée générale de prévendanges, qui pourrait faire évoluer la cotisation à l'hectolitre vers une cotisation à l'hectare. En sachant que le souci de l'économie est le quotidien de l'Association des viticulteurs d'Alsace », souligne Jérôme Bauer. Pour 2016, le déficit net prévisionnel est évalué à 205 000 €. L'AVA envisage de ne remplacer trois départs à la retraite que par 1,2 poste. L'assemblée générale a approuvé les comptes. Le budget prévisionnel a été voté à l'unanimité moins une voix contraire et une abstention. Deux nouvelles AOC pour le vignoble Concernant les orientations pour la récolte 2016, deux nouveautés ont été validées : des rendements à 55 hl/ha pour les Vendanges Tardives et de 40 hl/ha pour les Sélections de Grains Nobles. Il n'y a pas de modification concernant les AOC Alsace, Alsace Grand Cru, et lieu-dit (55 hl/ha et pas d'enrichissement) et pour l'AOC Crémant d'Alsace (80 hl/ha). Pour les degrés minimum et l'enrichissement, il faut partir a priori sur le cahier des charges et décider suivant les conditions de l'année (voir à l'AG de prévendange). Par ailleurs, l’Ava va présenter un dossier à l’Inao pour demander la création de deux nouvelles appellations - Alsace Cru et Alsace Premier Cru - chacune étant liée à un lieu-dit ou à une commune. À ce jour, l’Ava a reçu 165 demandes de reconnaissance de lieux-dits en Premier Cru, preuve de l’intérêt des professionnels pour l’initiative. L'AVA a décidé de joindre à la demande une quinzaine de vins postulants (blancs et rouges), à forte personnalité, représentant tout le vignoble, un « échantillon » pour appuyer sa demande de premier cru auprès de l'Inao.












