Pierre sèche
Un intérêt patrimonial, paysager et environnemental
Pierre sèche
Publié le 11/04/2016
Les premières rencontres régionales de la pierre sèche ont eu lieu le 11 et 12 mars. Organisées par la fédération française du paysage, elles ont rassemblé 90 professionnels.
En France, 40 000 personnes disposent d'ouvrages en pierre sèche dont 800 collectivités, 300 associations et 250 entreprises, selon une étude de marché rédigée en 2014. « Nous estimons qu'actuellement les restaurateurs ou constructeurs des murs en pierres sèches sont environ 4 000 agriculteurs, 1 000 apprentis et 225 personnes hors secteur agricole. Ils ne sont pas forcément formés. Souvent ni le client, ni celui qui réalise l'ouvrage ne connaissent les techniques traditionnelles », indique Yannick Lasica, consultant et coauteur de l'étude de marché. « La pierre sèche est une problématique nationale, poursuit-il, et les agriculteurs constituent le plus grand effectif maîtrisant le savoir-faire. » Principalement dans le vignoble Dans le Haut-Rhin, les murets en pierre sèche peuvent être appréhendés à travers les Plans de gestion de l'espace rural et périurbain (Gerplan). « Les murets en pierre sèche ont un intérêt patrimonial, paysager, environnemental et hydraulique, expose Pascale Zindy, du service environnement et agriculture au Conseil départemental du Haut Rhin. Le problème est qu'ils se dégradent. Un inventaire a été effectué. Il en ressort que ces murets se situent principalement dans le vignoble. Nous avons mis en place un cahier des charges à l'intention des intercommunalités et des particuliers qui souhaiteraient rénover ces murets. Ainsi, ils ne doivent pas utiliser de liant, utiliser des pierres de différentes tailles, respecter le substrat géologique local (grès, granit) dans le respect des techniques traditionnelles. L'intérêt collectif est fort, aussi bien pour les communes, les viticulteurs, que le tourisme, la sécurité… » Les communautés de communes et les particuliers peuvent bénéficier d'une aide financière. Elle s'élève à 40 % du coût hors taxe pour un plafond de 92 euros par m2. Depuis sa création, 36 dossiers ont été traités dont 24 communaux, soit 1 740 m2 pour 104 900 € de subvention. La communauté de communes de la vallée de Saint-Amarin a choisi de lier patrimoine et insertion par le travail. Catherine Prévost, agent de développement pour cette collectivité, rappelle : « Dans notre secteur, les pierres servaient à délimiter les pâturages communaux, voire de frontière avec les Vosges. Dans nos projets, la commune est le maître d'ouvrage, c'est un marché public avec clause d'insertion. » Des travaux mécanisés depuis seulement quinze ans Sur les coteaux de Guebwiller, le domaine Schlumberger a pris l'initiative de sauvegarder ses 50 km de murets en grès rose. Anthony Le Roux en est le murailler : « Le plus haut mesure 7 mètres, le plus bas, 1 m. On évite au maximum d'utiliser du ciment. La rénovation se réalise en pyramide avec deux murs et un drainage au milieu, pour plus de solidité sur ce sol volcanique. Depuis seulement une quinzaine d'années, les travaux sont mécanisés et depuis 2004, la pierre est taillée au marteau-piqueur. Notre objectif est que le mur tienne une centaine d'années. » Plus loin de chez nous, le balcon de la Motte de Vesoul est restauré grâce à un partenariat avec une entreprise de taille, un entrepreneur du paysage et la fédération française de la pierre sèche. Le Suisse, Urs Lippert, a fondé la société Stoneworks Lippert il y a 12 ans. Depuis 2004, il a réalisé 4 560 m2 de murs. Il souhaite perpétuer l'ouvrage traditionnel : terrasses viticoles, séparations de pâturages, mais il réalise aussi des oeuvres plus modernes et parfois artistiques pour des particuliers ou le zoo de Berne par exemple. Il travaille aussi bien le calcaire dolomitique, le granit de Tessin que le calcaire alpin. Pour cela, il fait appel à sept collaborateurs formés. « Le fond suisse est un modèle intéressant qui pourrait être développé dans d'autres pays », considère Maguelonne Dejeant-Pons, chef de la division du patrimoine culturel du paysage et de l'aménagement du territoire au Conseil de l'Europe. Un texte, la Convention européenne du paysage entrée en vigueur en 2004 et ratifiée par 38 pays, s'applique à la pierre sèche. Elle a pour but d'éviter les transformations trop brutales du territoire, de garantir un équilibre harmonieux et la qualité. « C'est une manne économique dont il faut aussi avoir conscience ». La législation française régissant le paysage est en cours de modification.












