Vigne

Publié le 12/05/2016

Chaque 8 mai, les viticulteurs de Blienschwiller invitent des chefs à marier dans leur cour d’exploitation des mets à l’un de leurs vins. Les coulisses d’une formule qui fait marcher dans le village.

Le double rendez-vous des saveurs invite pour 13 h. Mais les premiers fans déambulent dans les rues de Blienschwiller à peine midi passé. Un peu plus tard, à l’ombre de l’avancée procurée par la Metzig, l’ancienne boucherie du village, Emeline, la secrétaire du syndicat d’initiative local, pointe les inscrits qui commencent à faire la queue. Quatre viticultrices assurent les arrières en remettant porte-verre, verre et fascicule comportant le « plan de route ». Chaque cour y est indiquée par une lettre attribuée de façon aléatoire afin que les participants partent dans les deux rues principales du village sans a priori. « Chacun commence où il veut » complète Jérôme Meyer, vigneron indépendant et président du syndicat d’initiative, organisateur de la manifestation. « La dispersion est rapide » commente sobrement André Kientz, situé aux premières loges, sa cave étant installée dans la Metzig. Comme les quatre premières, cette cinquième édition fait le plein. Les gens ont réservé sur le site www.blienschwiller-alsace.fr et ont payé en ligne afin de fluidifier les opérations à leur arrivée. « Le nombre de places est volontairement limité pour ne pas verser du gastronomique dans le traiteur. Nous offrons 350 places payantes parce que c’est le nombre d’habitants du village en temps normal » précise Jérôme. L’initiative de créer le double rendez-vous des saveurs est venue de Michèle Metz, épouse d’Hubert et viticultrice. Cette version courte du sentier gourmand est conçue comme une opération de promotion collective d’un village, de ses viticulteurs et de ses vins. Un cahier des charges fixe quelques règles communes comme proposer un fruit différent dans chaque cour aux enfants, une animation culturelle, telle une exposition de tableaux ou la prestation d’un caricaturiste. Ce cadre accorde assez de souplesse à chacun pour organiser comme il l’entend la réception des visiteurs avec par exemple une mini basse-cour au centre de la cour ou un livre d’or. Chaque viticulteur invite bien entendu le restaurateur de son choix. Certains tandems se reforment chaque année mais pour Jérôme Meyer, « l’idéal est de changer de partenaire à chaque édition ». Le plus souvent, le viticulteur choisit le vin qu’il veut mettre en avant et le restaurateur cale l’amuse-bouche qui se marie avec. Mais l’inverse ou un échange entre les deux acteurs sont également possibles. « Nous nous sommes vus deux fois et mis à table pendant près de deux heures avant de nous décider pour une volaille qui convient bien à notre muscat Belle amie 2015 » confie Peggy Kremer, du domaine du Racème. Pour éviter que les participants ne dégustent dix rieslings dans autant de cours, les viticulteurs mentionnent dans un tableau en ligne, dès qu’ils ont décidé, le vin qu’ils ont retenu, selon le principe « premier inscrit, premier servi ». La variété des cépages et des vinifications doit primer. Céline Metz a par exemple sélectionné un rosé de presse non macéré pour accompagner du porc laqué et sa choucroute. « Etre nombreux est une force » Le prix demandé au visiteur n’a d’autre ambition que de couvrir le coût des matières premières servies. Pour la première fois cette année, les viticulteurs sont indemnisés pour les bouteilles ouvertes. L’aspect commercial n’est pas prioritaire même si ici ou là, des bouteilles sont proposées en libre dégustation en cave. « Les retombées directes sont difficilement mesurables » reconnaît Jérôme Meyer. La formule entend plutôt enclencher un rapport gagnant-gagnant entre le viticulteur et le restaurateur, leurs deux clientèles pouvant s’additionner. L’essentiel est dans la manière de communiquer et l’impression qu’en garde le public. « Ici, je suis au contact de mes clients. Dans ma cuisine, ils ne me voient pas. Cela rajeunit notre image » évalue Didier Roeckel, du restaurant à La Couronne, à Scherwiller, occupé à cuisiner du canard et à adresser les visiteurs à Jean-Marie Straub qui les attend prêt à leur servir un pinot noir barriqué 2012. « Notre chance, c’est d’être nombreux. C’est une force. Les gens osent pousser la porte des caves et y rester » enchaîne-t-il. Au sein des petits groupes, on entend parler beaucoup français, pas mal allemand, voire russe ! Sébastien vient la quatrième fois pour « savourer cuisines et vins différents » et rompre avec « l’habitude de toujours fréquenter les mêmes tables ». Nicolas s’est laissé tenter il y a trois ans après avoir entendu une annonce à la radio. Il est là en famille et « apprécie l’association des mets et vins du terroir ». Sylvio est Autrichien. Il revient après une pause de trois ans avec deux amies néerlandaises. Ils sont quasiment certains de ne pas repartir le coffre vide. Denise et Katrin ont exprès fait la route depuis Stuttgart. Le 8 mai est leur seule escapade dans le vignoble alsacien de l’année. Comme pour la majorité des participants, il y a certes « les vins et les amuse-bouches » mais aussi, « l’architecture du village et la manière de le découvrir en s’y baladant de cour en cour ». Un impact total pour le double rendez-vous des saveurs !

Publié le 07/05/2016

S’abonner pour réceptionner chaque mois un coffret de deux ou trois « bonnes bouteilles » sélectionnées par un professionnel est un mode de vente qui plaît de plus en plus. Il reste assez aléatoire pour le viticulteur, mais n’est pas sans intérêt.

Quel amateur de vin n’est pas à la recherche de bouteilles de bon rapport qualité-prix ? Son souci est plutôt de les dénicher au sein d’une offre foisonnante. Alors pourquoi ne pas laisser faire un professionnel qui défriche le terrain à sa place, repère deux ou trois (selon les cas) bouteilles originales et les envoie au domicile de chaque abonné à date fixe ? C’est le concept de la « box ». Un rapide tour sur la toile permet d’identifier une bonne trentaine de sites actifs pour le vin. La plupart sélectionnent des vins chaque mois, plus rarement trimestriellement. Ils proposent quasiment tous des abonnements sans engagement de trois à douze mois et parfois des offres de rachat de la bouteille appréciée avec un rabais. Et tous promettent de « sortir des sentiers battus ». Comment un vin qui part dans une box est-il référencé ? « Tous les contacts avec Vineabox ont eu lieu par courriel et téléphone. Dans mon cas, la demande portait sur du klevener. L’offre est donc automatiquement restreinte. Notre maison a bonne presse. J’ai expédié des échantillons du millésime 2011 » explique Hubert Heywang, vigneron indépendant à Heiligenstein. La commande est tombée quelques mois plus tard. « Une acheteuse de My viti box cherchait un gewurztraminer à bon rapport-qualité prix pour Noël. Nous avons expédié un « classique » et un « terroir ». Le second a été retenu, parce qu’il était plus complexe, plus rond. L’affaire a été conclue en quinze jours » raconte Nathalie Menotti, responsable commerciale du domaine François Schwach à Hunawihr. La prise de contact physique n’est pas exclue. Myriam Schmitt, du domaine François Schmitt à Orschwihr, a rencontré les dégustateurs de Trois fois vins sur un salon professionnel auquel elle participait en mai 2015 sur Paris. Deux commandes ont suivi pour du gewurztraminer et du pinot gris. Mélanie Pfister, du domaine Pfister à Dahlenheim, a pour sa part eu la bonne surprise d’avoir son pinot noir retenu par le sommelier du Petit ballon qui l’avait découvert incognito dans son caveau quelques temps auparavant. Enfin, certains vins se retrouvent dans des box sans que celui qui le produit le sache. Tout simplement parce que le site s’est fourni via un agent ou chez un grossiste ! Délais de paiement tenus Une commande est rarement négligeable. Chez les vignerons indépendants qui témoignent ici, elle varie entre 250 et 1 000 bouteilles. Pour la maison Gustave Lorentz à Bergheim, elle se monte à plusieurs milliers ! L’ennui, c’est que l’opération se limite quasiment toujours à un seul coup ! Mieux vaut donc ne pas l’envisager comme un circuit pérenne. « On le sait dès le départ » relativise Mélanie Pfister. Myriam Schmitt essaie cependant de nouer un relationnel durable au moyen d’échanges réguliers de courriels avec Trois fois vins. « On peut espérer apparaître deux fois par an » dit-elle. Ce caractère aléatoire est compensé par les bons côtés des sites proposant des box. Les metteurs en marché sortent leur tarif professionnel ; il est admis sans discuter. « Ces acheteurs recherchent des vins dans une certaine gamme de prix. Il leur suffit de consulter votre boutique internet pour savoir où ils vont » remarque Hubert Heywang. Les délais de paiement varient selon les sites entre quinze et quarante-cinq jours. Et ils sont tenus. Dominique Treiber, responsable commercial chez Gustave Lorentz, a réclamé et obtenu un pré-paiement avant expédition. Presque tous les metteurs en marché sont prêts à renouveler l’expérience, même si les retombées directes sont difficilement mesurables. Les uns comme les autres notent parfois de petites commandes concernant la référence que l’abonné a trouvée dans son coffret. Quelques abonnés se renseignent sur le reste de la gamme. Mais tout cela ne déclenche pas une vague d’achats. Le bénéfice est ailleurs. « C’est une bonne exposition. Elle fait parler. C’est diffusé. Cela peut pousser un abonné à commander une de nos bouteilles en restauration qui reste notre cœur de marché » analyse Dominique Treiber. « Ce genre de mise en avant fait parler de nos vins sur internet et beaucoup à travers les réseaux sociaux. Le nom du domaine ressort. Cela donne de la visibilité à notre offre, même si cela reste à un petit niveau » complètent Nathalie Menotti et Myriam Schmitt. Mélanie Pfister résume : « c’est une promotion et notre acheteur nous paye pour la faire. On sait que plusieurs centaines de personnes ont reçu un de nos vins. Et c’est beaucoup ! ».

Semaine des alternatives aux pesticides

Beau succès pour les démonstrations de semis direct

Publié le 06/05/2016

120 vignerons, et beaucoup de nouveaux visages dans ce type de réunion très agro-écologique, étaient réunis vendredi 29 avril à Ingersheim, chez le vigneron Vincent Fleith. L’organisation des producteurs bios d’Alsace proposait une après-midi technique dans le cadre de la semaine des alternatives aux pesticides. Thème de la journée : les couverts, avec une rare concentration de semoirs de semis direct.

Vincent Fleith est un vigneron passionné qui insiste « sur la dimension solidaire et le partage des informations et des savoirs pour progresser ». Il souhaite faire partager au plus grand nombre par la voie professionnelle ses acquis et ses expériences en agro-écologie. Il a présenté ses démarches de réflexion et ses pratiques viticoles. « Je vise entre 45 et 55 hl/ha. Ma fertilisation est adaptée à la capacité de rétention des sols ; et afin de ne pas gommer le lien au terroir, c’est-à-dire de ne pas gommer la minéralité du sol, car je pense que cette minéralité a une incidence dans le goût des vins », explique-t-il. « Par exemple, dans les argilo-calcaires, je mets 5 tonnes de compost tous les 3 à 5 ans, car le sol a une bonne capacité de rétention. Et dans les galets roulés, c’est 1,5 t tous les ans, car ces sols n’ont pas de capacité de rétention. C’est le pédo-géologue, Yves Hérody, au sein de Vignes Vivantes, qui nous a aidés à adapter nos pratiques en fonction de chaque lieu. Sur nos types de sols, il nous a par exemple conseillé de retirer les bois, car ils monopolisent la vie microbienne. » Selon Vincent Fleith, Yves Hérody a également « permis de comprendre le paysage dans lequel on se situe. Nous sommes ici sur un cône de déjection. Je cultive sur des granites éboulés de la Fecht, sur des galets érodés et sur des lœss pour mes vins plus génériques. » «Ne pas parier que sur un seul outil» En ce qui concerne le travail des sols, Vincent Fleith estime qu’il lui faut cinq ans pour que ses vins deviennent intéressants : « Chaque année, je récupère une vigne, j’adapte progressivement mon travail pour éliminer les racines superficielles. Et au bout de cinq ans, je sème des plantes concurrentes et qui décompactent. Alors, ce n’est plus nécessaire de travailler en profondeur et je diminue les à-coups de minéralisation. Et à ce moment-là, les vins commencent à devenir intéressants, grâce aux échanges microbiens. » Mais il faut globalement une dizaine d’années pour arriver à maîtriser les à-coups de vigueur et les maladies cryptogamiques, ajoute le vigneron. Et au final, gommer l’effet millésime dans les vins. Concernant le travail des sols, « c’est aussi une règle que de ne pas parier sur un seul outil, explique-t-il. Il en faut une panoplie. J’étais contre la fraise parce que ça lisse les sols, mais aujourd’hui les dents, qui sont inclinées, ne lissent plus, ce qui me permet par exemple de calmer la concurrence en printemps sec. » Concernant l’aspect phytosanitaire, le vigneron applique quatre traitements liquides. Il encadre la fleur, avec soit un liquide ou un poudrage avant la fleur. Je commence au premier traitement à 80 l/ha et je termine à 140 l/ha. L’application a lieu au Turbocoll (Tecnoma), dont les ouvertures sont adaptées au plan de palissage. « Je ne traite jamais entre 11 h et 17 h en plein soleil, et de préférence quand le temps est couvert. Je suis à moins de cuivre sur toute ma saison qu’avant en un seul traitement. Et deux sacs de soufre pour 10 ha par traitement. » À ces faibles doses de cuivre et de soufre, Vincent Fleith s’aide des plantes qui sont cueillies fraîches quand elles sont disponibles, appliquées en tisane ou en décoction, le matin juste avant application. « Entre la cueillette, la décoction, la filtration, il faut compter le temps de préparation. Nous allons, avec l’Atelier paysan, concevoir une tisanière pour faciliter notre travail. Chaque traitement a au minimum deux plantes. En printemps humide, c’est plutôt de la prêle, et en printemps sec, plutôt de l’ortie. Et à chaque fois de l’osier, pour l’acide salicylique. Cette année, j’ai fait une prêle à la période de Pâques. Je peux aussi utiliser de l’arnica et de la valériane pour les lendemains de grêle. » Plusieurs rencontres m'ont fait progresser, indique Vincent Fleith : « Yves Hérody au sein de Vignes Vivantes, on a une dynamique de groupe, on avance plus rapidement, et  le conseiller en biodynamie Pierre Masson. »

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