Vigne

Publié le 18/06/2016

À Kientzheim, Patrick Schiffmann réoriente par surgreffage une parcelle de gewurztraminer en riesling. Le prestataire spécialisé qui a réalisé l’opération s’engage sur un taux de réussite d’au moins 90 %.

L’opérateur commence par repérer les yeux bien verts répartis sur la baguette d’environ trente centimètres de long qu’il vient de prélever dans un tas reposant sur la serpillière humide de sa caisse à outils. D’un coup de couteau assuré, il découpe un par un ceux qui sont en bonne santé. L’écorce du pied à surgreffer est assez souple pour qu’il la décolle avec un autre couteau. Il réalise une incision horizontale, puis verticale, en forme de T, d’où le nom de la technique : T-bud (1). L’opérateur décolle légèrement l’écorce et glisse le nouvel œil entre les bords du T en appuyant avec le couteau. L’endroit est immédiatement ligaturé par du ruban blanc élastique. L’opérateur le noue en laissant seulement dépasser le nouvel œil. Il termine par quelques petits coups de scie en oblique dans le bas du pied afin que la sève montante trouve une échappatoire et ne conduise pas à la formation d’une boule à cet endroit et à un amas de végétation en haut du pied. Le tout n’a demandé qu’une petite minute environ. « Il faut le coup de main. On n’est pas greffeur du jour au lendemain. Cela s’apprend en deux à trois mois de pratique » précise Fabien, le chef d’équipe de la société Worldwilde Vineyards, basée dans le Var. Avec ses six équipiers, tous Mexicains, ils ont eu besoin, ce mercredi 8 juin, de quelque trois heures pour surgreffer les 1 216 pieds de cette parcelle de 26 ares plantés à une densité de 4 800 pieds/ha sur porte-greffe 3309 Couderc. Patrick Schiffmann a eu connaissance de la technique pour l’avoir vu chez des collègues. Il a fait part à sa coopérative, Bestheim, à qui il livre les raisins des18 ha de son exploitation, de son souhait de reconvertir cette parcelle de dix ans en riesling, un cépage qui « convient mieux que le gewurztraminer à ce terroir sableux et granitique ». Il s’est préparé à ce chantier fin janvier 2016. À quelques mètres de la parcelle surgreffée, il a prélevé des bois de riesling issu d’une sélection massale. Il en a constitué trois fagots protégés par une toile de jute qu’il a confiés à son pépiniériste pour qu’il les conserve au bon couple température/hygrométrie. Il les a récupérés deux jours avant le chantier et les a réhydratés dans un sac placé dans une cuve d’eau. 60 % d’une récolte dès 2017 Spectateur ce 8 juin, Patrick va devoir respecter un programme de travaux propres à assurer le succès de la surgreffe. Deux jours après le chantier, il a dégagé toute la végétation du gewurztraminer en place. L’absence de vrille et de palissage lui a permis d’accomplir ce travail en une après-midi. Il n’a laissé subsister qu’un tire-sève afin que le système racinaire continue à travailler. Vers le 20 juin, il rabattra ce sarment à une seule feuille. Patrick devra ensuite passer tous les huit à dix jours au début pour nettoyer le pied de ses bourgeons. Une fois que la greffe aura pris, il pourra espacer ses passages. Après floraison, il lui est recommandé d’apporter 15 à 20 litres d’eau par souche. Avec l’humidité actuelle, il est probable qu’il décale cette irrigation après la mi-juillet. Une fois que le sarment aura assez poussé, il devra l’attacher sur le pied qu’il aura raccourci au préalable ou lui donner un tuteur pour lui éviter de casser. Un manchon sera utile pour conserver une température constante. Le prestataire assure un suivi du chantier tout au long de son année d’exécution. Il passe une première fois en hiver pour repérage, un mois après l’intervention et une dernière fois à la fin de l’été. Il s’assure que le viticulteur a respecté les recommandations laissées sur une feuille de réception des travaux. « Si tout est fait dans les règles, le taux de reprise atteint 95 voire 98 %. Nous garantissons au moins 90 %, sans quoi nous repassons l’année suivante, à nos frais » souligne Fabien. Le prix facturé est dégressif en fonction du nombre. Dans le cas présent, Patrick a réglé 2,40 € HT/pied. Il espère s’y retrouver rapidement. Il n’aura pas de récolte en 2016, mais table sur 60 % de la normale en 2017 et le plein de l’appellation dès 2018. « Je reconvertis ma parcelle en deux ans au lieu de huit si j’avais arraché et replanté. Le riesling bénéficie du système racinaire en place. Le terroir pourra rapidement s’exprimer à travers ce nouveau cépage. Il n’y aura pas vraiment de coupure. La coopérative ne m’accorde aucune aide, mais elle le considérera comme du grand cru dès 2018 et le paiera comme tel » raisonne Patrick.

Sur la route des vins d’Alsace

37 000 « slowUpeurs »

Publié le 11/06/2016

Œnotouristes, cyclotouristes, marcheurs, skateurs sont venus nombreux se promener sur la route des vins d’Alsace, pour la 4e édition du slowUp. La manifestation gagne en rayonnement, pour le meilleur de l'image des vins d'Alsace.

Le temps s’annonçait menaçant, mais n’a pas entamé la détermination des « slowUpeurs » qui sont venus en nombre ce dimanche 5 mai pour la 4e édition du slowUp de la route des vins d’Alsace. Avec 15 000 slowUpeurs il y a 4 ans, l’événement, dont les maîtres d’œuvre sont les Conseils départementaux et les Agences de développement touristique (ADT), s’inscrit comme un événement majeur de la route des vins d’Alsace. Cette année, le slowUp c’était : 3 villages d’accueil, 40 exposants, 12 places festives, 50 animations, 60 associations et 1 000 bénévoles. Et de plus en plus de maisons vigneronnes qui proposent des animations, des dégustations. Le compteur affiche cette année 37 000 œnotouristes et cyclotouristes. L’on comprend à travers les mots de Marcel Bauer, maire de Sélestat, que le slowUp fait des envieux : « Faisons en sorte que ce slowUp reste au pied du Haut-Koenigsbourg. » « Des remparts de Bergheim aux ruines de l’Ortenbourg à Scherwiller, le slowUp constitue une parfaite vitrine de notre patrimoine », a déclaré la conseillère régionale, Marie-Reine Fischer. Ce slowUp, avec les moyens à mobilité douce qui y sont associés, est la meilleure manière de mettre en valeur les richesses de notre territoire et promouvoir les leviers d’attraction touristique et culturelle, a-t-elle ajouté, pour « ressentir l’Alsace, éprouver ses paysages, la célébrer, la fêter ». Une réussite qui est à mettre à l’actif des deux Conseils départementaux, des ADT, des Communautés de communes, des neuf communes et partenaires privés, Conseil interprofessionnel des vins d'Alsace (Civa), Batorama et Conseil régional. Robert Dietrich, président du Civa, a pour sa part fait la promotion de la route des vins d’Alsace, « un lieu de ressourcement et de dépaysement, dans un paysage idyllique modelé par le vigneron, un lieu d’épicurisme, de culture ». Le slowUp donne l’occasion inédite de « contempler la beauté de ce tableau naturel ». Selon les mots du député Éric Straumann, le vélo constitue « un axe de développement », notamment autour de la route des vins, « artère fémorale de l’Alsace ».

Publié le 10/06/2016

Depuis bientôt deux ans, les adhérents du Synvira ont la possibilité d’échanger quasi instantanément sur tous les thèmes qui les intéressent sur le forum interne alsace-du-vin.com créé par le syndicat.

À l’heure des connexions multiples et variées, plus question d’exercer son métier seul dans son coin ! Encore faut-il être relié à des personnes qui sont confrontées aux mêmes préoccupations. Ce contexte est le point de départ du forum lancé par le Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira) en septembre 2014. « Ce projet était inscrit dans le programme de Pierre Bernhard quand il a été élu à la présidence du syndicat. La remarque d’un adhérent à la suite d’une vente qu’il avait mis du temps à apprendre l’a hâté » indique Clémence Wagner, en charge de la communication au Synvira. « Nous avions l’habitude d’envoyer une lettre d’information hebdomadaire aux adhérents, mais c’est de l’information qui « descend ». Nous souhaitions aussi collecter des remontées de nos adhérents, sur des thèmes professionnels comme par exemple la hiérarchisation. Le forum permet cet échange » poursuit-elle. Chaque adhérent du syndicat est un participant en puissance. Chacun a en effet obtenu son code d’accès en même que le message l’informant du démarrage du forum et de la possibilité d’y créer son compte. Le nombre de catégories a augmenté en même temps que l’activité. Elles sont aujourd’hui au nombre de quinze. Elles se partagent entre le côté pratique du métier, comme un choix technique à la vigne ou en cave, les cours du vrac et les débats d’idées. En fin d’année, les questions administratives prennent le dessus. « Économie », « événements » et « communication » cumulent le plus de sujets et de messages. « Toute information est diffusée très rapidement pour une réactivité immédiate. La règle est de fournir aux membres en manque de temps un moyen de s’informer en quelques clics tout en essayant de faire réagir » juge Clémence Wagner. Cet aspect est encore renforcé depuis l’apparition début 2016 de l’application Tapatalk qui permet de rester connecté en permanence via son portable. Le site est prévu pour s’adapter à toutes les tailles d’écran. Toutefois l’écrasante majorité des connexions a toujours lieu via un ordinateur. Un vaste éventail de thèmes Alsace-du-vin.com tourne avec un noyau de fidèles et un animateur aux manettes, missionné par les responsables du syndicat pour mettre en ligne des sujets « percutants pouvant intéresser » les vignerons indépendants. L’homme est indispensable. Car « pour faire vivre le forum, il faut l’alimenter ». La règle est de poster régulièrement des sujets au rythme d’environ cinq par semaine, voire plus en période de vendanges. L’éventail des thèmes est vaste. Ils ont déjà porté sur le prix du foncier, le calcul du fermage, le financement participatif qui débarque dans le monde du vin, etc... Ils parlent de l’actualité immédiate d’un salon, de tendances culturales et œnologiques. Il arrive que l’analyse devienne plus personnelle, plus engagée. Elle va parfois jusqu’à reprendre en son nom et avec ses mots les confidences d’un professionnel qui n’a pas trop envie d’apparaître pour s’exprimer. À Saint-Hippolyte, Auguste Klein, 51 ans, du domaine Georges Klein, est un utilisateur de la première heure. C’est un assidu. Il a installé une alerte qui lui signale toute nouvelle contribution ou message. Auguste consulte le soir depuis son ordinateur. « Tout m’intéresse, les nouveautés comme les sujets abordés ou les commentaires » dit-il. « Les articles postés sont pertinents, parfois provocateurs. J’ai réagi plusieurs fois. Dommage que tous mes collègues n’en fassent pas autant. Cela m’étonne qu’il n’y en ait pas davantage qui s’expriment. Ils ont peut-être peur de prendre position, notamment sur des sujets économiques. Parmi les autres thèmes, je suis stupéfait du manque d’échanges sur l’œnotourisme. C’est un sujet dont tout le monde parle, et les questions sont rares. Ce n’est pas logique ». À Wolxheim, Lucie Gross, 31 ans, du domaine Joseph Gross, salue « une bonne idée » à laquelle elle a adhéré de suite. Comme beaucoup de ses collègues, elle a démarré son utilisation du forum en échangeant sur la situation créée par la drosophile aux vendanges 2014. Lucie avoue une fréquentation saisonnière du site une fois que la végétation pousse et lors de la récolte. « La viticulture est mon thème favori. Comme il faut sans cesse se remettre en cause en fonction des aléas climatiques, j’apprécie de disposer de témoignages, d’avoir plusieurs avis, de confronter mes choix avec ceux de mes collègues » dit-elle. La viticultrice s’est aussi servie du forum pour rechercher un entrepositaire en Grande-Bretagne. Aujourd’hui, la réputation d’Alsace-du-vin.com dépasse le seul cercle des adhérents du Synvira. L’inscription a été refusée à des non adhérents et à l’un ou l’autre négociant qui en avaient fait la demande car le forum est « avant tout un service, un moyen de communiquer entre le syndicat et ses 450 membres ».

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