Vigne

Élection de la 62e reine des vins d'Alsace

Les trois « M », « J'aime »

Publié le 30/06/2016

Mathilde, Maïté et Marine : le trio gagnant de l’élection de la reine des vins 2016 partage l’initiale de son prénom, des racines viticoles coopératives et un… petit penchant, de plus en plus obligatoire, pour les réseaux sociaux.

L’élection de la reine des vins d’Alsace est une tradition qui entend vivre avec son temps. Pour la première fois cette année, les prétendantes étaient invitées à postuler sur le site du Civa. Résultat ? Une avalanche de candidatures : 54 en tout. Du jamais vu ! Sauf que toutes ces jeunes femmes n’étaient pas, comme le précisait le règlement, « originaires du vignoble » ou y possédaient quelque « attache ». Un premier jury piloté par le Civa a retenu douze candidates. Le mardi 28 juin, les huit ayant pu rassembler le plus de fans sur leur profil et leur motivation jusqu’à quatre jours avant l’épreuve, étaient en lice pour prétendre à la charge royale devant un jury de 24 membres présidé dans une ambiance détendue par Christophe Crupi, directeur du commissariat général de la foire aux vins de Colmar et Didier Pettermann, président du Civa. Partager joies et émotions On l’aura compris : toute candidate au titre de reine des vins a certes ses chances de victoire si elle donne le nombre de grands crus et si elle peut en citer plusieurs, dans le Bas-Rhin comme dans le Haut-Rhin, connaît les confréries viniques et les événements œnotouristiques qui rythment le calendrier estival, sait conseiller des accords mets/vins et argumenter la vente d’un riesling en allemand comme en anglais, mais elle les augmente désormais si elle maîtrise les, et participe aux, réseaux sociaux. Mesurées à ces aunes diverses et variées, à l’aisance dans la prise de parole, les qualités de Mathilde Fleith sont ressorties du lot. La jeune femme de bientôt 21 ans est originaire de Beblenheim. Ses parents y sont coopérateurs sur quatre hectares. Mathilde prépare une licence professionnelle Vin et Commerce tout en travaillant comme apprentie au domaine Léon Baur à Eguisheim. « J’aimerais poursuivre dans cette voie. Mais travailler la vigne m’intéresse aussi. Il faut se diversifier », dit-elle en avouant sa préférence pour le riesling sec et minéral. Ses deux dauphines s’étaient déjà présentées une fois à l’élection. Maïté Burg, 21 ans, de Rott, à deux pas de Cleebourg, a des grands-parents viticulteurs et coopérateurs. Titulaire d’un BTS management et gestion, elle s’occupe de l’accueil des clients au caveau de la coopérative de Cleebourg où elle s’est formée pendant deux ans en alternance. Marine Wessang, 23 ans, dont le père préside aux destinées de la cave Jean Geiler d’Ingersheim, est depuis le début de l’année assistante commerciale au domaine Charles Sparr à Sigolsheim. Elle se voit persévérer dans la vente et pourquoi pas bifurquer un jour dans de l’événementiel lié au monde du vin. Mathilde 1ère, 62e reine des vins d’Alsace et ses dauphines seront, comme le veut la coutume, intronisées le 5 août lors de l’inauguration de la foire aux vins de Colmar. En plus de sa couronne et de son écharpe, la nouvelle reine recevra un smartphone, à charge pour elle de faire partager le plus fréquemment possible via réseau social à ses fans les événements, joies et émotions liés à sa nouvelle charge…

Publié le 24/06/2016

À Molsheim, Robert Klingenfus conduit ses vignes pour se donner les conditions de pouvoir élaborer en cave des pinots gris à moins de 6 g et des gewurztraminers traditionnels à moins de 8 g/l de sucre résiduel.

« Un pinot gris ou un gewurztraminer vinifié en sec exprime davantage d’intensité aromatique et la finesse du cépage » affirme Robert Klingenfus. Installé en 1981, il s’oriente vers ce type de vins en 1996-1997. Son itinéraire technique suit un tronc commun qui privilégie l’alternance annuelle entre rang travaillé à la griffe et rang enherbé. Il joue avec la fréquence de fauche pour maîtriser l’état sanitaire. La fleur est encadrée par un IBS et une spécialité systémique. Une dose de soufre de 18 kg/ha est appliquée au stade grain de plomb. « L’oïdium constitue le principal problème. Cinq traitements bien positionnés suffisent par campagne » annonce Robert. Pour récolter la matière première pour ses pinots gris et gewurztraminers secs nés en sols calcaires, il diminue la hauteur de palissage de 2,20-2,40 m habituellement à 1,80-2 m. « En réduisant la surface foliaire, je baisse le potentiel sucre. L’objectif est de 12,5 à 13° en pinot gris et de 13 à 13,5° en gewurztraminer. Je surveille la maturité phénolique. C’est en fonction d’elle que je choisis la date de vendange. Si le pinceau de la baie est long, le pépin soyeux, je les rentre même s’ils ne sont qu’à 11,5° ». En 2015, la récolte des pinots gris et gewurztraminers tradition était achevée au 25 septembre. Les raisins sont coupés tôt dans la matinée afin qu’ils parviennent au pressoir avant midi sans dépasser les 12° de température. Robert fait macérer les jus entre douze et trente-six heures avec leurs bourbes, à l’exception des plus épaisses. Après coup, il les passe au filtre-presse pour ramener leur turbidité entre 20 et 30 NTU. Avec son œnologue, il sélectionne une souche de levure indigène, la multiplie et fait fermenter une cuvée qui servira à ensemencer les autres. Il apporte de l’azote ammoniacal en début de fermentation. La phase s’étale sur dix à douze semaines à 12° en anaérobiose. Le suivi est quotidien. « Ces vins expriment une minéralité de type pierre à fusil. Ils développent des notes de fumé » juge Robert. En 2014, l’acidité importante lui a fait faire la fermentation malolactique sur ces vins. En 2015, il a pris la décision de rentrer le gewurztraminer à 11,8° en raison de la baisse de l’acidité. Il a abouti à un vin avec 6 g de sucre résiduel. Il a passé 40 % de son pinot gris 2015 pendant quatre mois en barrique neuve pour lui donner un côté toasté après réassemblage. Établir un lien de confiance « J’ai beaucoup galéré au début pour vendre ces vins. Les consommateurs français ne les ont pas très bien acceptés. Cela m’a poussé à développer l’export. Les pays scandinaves et depuis deux ans la Grande-Bretagne accueillent ces vins à bras ouverts. Ils sont également appréciés en Asie, en Amérique, avec les fruits de mer, voire en apéritif » confie Robert. Cette bonne image à l’export enchaîne « tout doucement » de bonnes retombées en… France auprès d’une clientèle « avertie » et « restreinte » ! Elle se trouve dans le Languedoc, dans le Bordelais où le domaine réalise en 2015 « sa plus belle progression » dans l’Hexagone, voire en Alsace. « Je commence à en vendre au caveau. Il y a des intéressés sur Molsheim, mais ils viennent aussi du coin de Mulhouse et de Colmar. Ils nous ont connus via le pique-nique du vigneron ou sur les réseaux sociaux où le domaine est très présent » indique Robert. Ces vins vendus autour de 9 € la bouteille ont leur place dans la stratégie de vins à rotation courte de dix-huit mois développée par Robert pour une bonne partie de sa gamme, grand cru excepté. Il a mis en place un système de commandes prévisionnelles auprès de ses acheteurs. Ils confirment ensuite. « C’est possible parce que je me concentre sur un nombre limité de partenaires. Mes dix premiers clients représentent 90 % du chiffre d’affaires. Et cela marche parce qu’il existe un rapport de confiance. C’est primordial à une époque où le client devient de plus en plus volatil ». Robert parvient à maintenir ce climat en donnant de soi. Amateur de bonne cuisine, il se déplace pour animer un événement ; il organise beaucoup de séances d’accords mets/vins pour « établir un lien entre le viticulteur, ses clients, importateurs ou grossistes, et les consommateurs ». Son autre principe est de tenir un langage de vérité. « Le millésime 2006 n’a pas été une réussite. Mes vins ont beaucoup oxydé. Ils n’avaient pas leur habituel croquant. J’ai proposé un tarif adapté, donc à la baisse. Cela crée un lien de confiance. Le client ronchonne. Mais il vous garde ! ». Robert a aussi déjà perdu des clients. Il le prend de manière positive. « Cela permet de comprendre que c’est la qualité qui prévaut » estime-t-il.

Publié le 23/06/2016

Sans surprise, ce printemps pluvieux réserve son lot de désillusions, avec des parcelles fortement attaquées par le mildiou. Attentisme et humilité chez les vignerons.

Alors que la floraison est en cours dans les zones les plus précoces, l’inquiétude a gagné le vignoble avec un mildiou que l’on avait plus vu depuis longtemps. La pression en mildiou déclarée sur grappe inquiète à ce stade, alors que la floraison n’est pas terminée. Il n’y a pas de différence évidente entre les stratégies, ce qui incite les vignerons à l’humilité. Aucune stratégie n’a davantage réussi qu'une autre, observe-t-on dans le vignoble, à l’exception peut-être de ceux qui ont fait le premier traitement hâtivement dès le stade feuille étalée à 3 - 4 feuilles. Mais au-delà de la date du premier traitement, c’est la tenue des cadences qui a été perturbée par les pluies incessantes, altérant d’ailleurs autant le moral des vignerons que les inflorescences courbant l’échine. Molécules systémiques, de contact ou différentes formes de cuivre, aucune stratégie ne semble se révéler cette année plus en réussite qu’une autre. Les services techniques établiront le bilan cet été, en particulier sur ces nouvelles stratégies prétendues tenir à 21 jours. Le mildiou a aussi été favorisé par des métabolismes de la plante fortement perturbés par la mauvaise alimentation minérale en raison de racines baignées dans des sols gorgés d’eau. L’hydromorphie des sols accentuant ces problèmes d’alimentation de la vigne, et atténuant les défenses naturelles. L’espoir d’un millésime « plein » s’éloigne Et ce sont souvent les pinots en zone humide, et étonnement cette année en haut de coteaux, qui ont particulièrement souffert. Certains vignerons du Bas-Rhin constatent des parcelles avec 100 % d’inflorescence décimées. Ils n’ont pu endiguer une superposition de repiquages du mildiou. Il est encore trop tôt pour faire les comptes, mais après des zones gelées, après des zones grêlées, et après ce mildiou, l’espoir d’un millésime « plein » s’éloigne de nouveau. Il reste encore l’oïdium que les vignerons entendent maîtriser, en espérant que la météo s’améliore pendant la floraison, afin de pouvoir bien souffler les capuchons floraux et bien soufrer la vigne.

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