Vigne

Rencontre de traction animale en viticulture à Nothalten

Inciser, cicatriser, germer...

Publié le 30/04/2016

À l’initiative de Boris Kachelhoffer, du collectif des Verres de Terres, un réseau Facebook qui rassemble une centaine de salariés de la viticulture et de vignerons en Alsace, une rencontre des vignerons adeptes et prestataires en traction animale se tenait samedi 23 avril sur le Muenchberg de Nothalten. Le vigneron André Ostertag avait prêté ses parcelles de vigne pour ce rassemblement important.

Étaient présents les vignerons Hubert Haussherr à Eguisheim, Jérôme François à Ostheim, Dominique Meyer à Gunsbach (domaine Zind Humbrecht), Pierre Simler à Westhouse, Pierre Eiché à Ammerschwihr, Éric Altermath à Pfaffenheim, Aurélien Lurquin à Romery en Champagne, et Axel Lefebvre d'Orléans avec ses outils à taillant. Cinq chevaux de traction et 80 observateurs éparpillés dans les vignes pour apprécier les différents chevaux et leurs meneurs, les outils à l’œuvre, un rolofaca, des charrues de buttage et débuttage, covercrop, diverses griffes… Dans d’autres situations, la pluie abondante de la matinée aurait entravé la qualité du travail des sols. Mais les sables filtrants du Muenchberg, couplés à la traction animale, ont largement permis aux meneurs d’exprimer leur savoir-faire sans altérer la structure de la terre. Certes, l’on pourrait penser que le cheval de trait pèse lourd et compacte le sol sous ses sabots selon la loi de physique P = F/S où la pression exercée au sol est inversement proportionnelle à la surface. Et comme la surface sous les sabots est réduite, la pression exercée au cm2 est forte. Mais c’est oublier que le lien au sol en traction animale est également biologique, et que le cheval n’exerce pas d’impulsion qui damerait le sol, à la différence d’engins motorisés dont les vibrations ont un effet de compaction de la terre d’autant plus important, qu’il n’y a pas d’amortissement. Outils à taillants Mais le propos de la matinée concernait aussi les outils de travail des sols, le réglage et les types de dents. Le taillandier Axel Lefebvre, qui fabrique des outils à taillant pour la viticulture, avait apporté notamment différentes pioches tirées de ses recherches historiques. Crouet, mare, bêche, pelle de vigne, binette, raclette : il existe un type d’outil par type de sol et par type de travail. Les outils à taillant sont auto-affûtants en raison de leur fine lame d’acier-trempé sertie entre deux couches de fer doux. Ce qui leur procure longévité et une qualité de tranchage inégalée. Axel Lefebvre fabrique désormais des dents ce de type à monter sur étançon pouvant équiper les charrues. Comparant la facilité de travail de traction avec une charrue équipées de ces dents taillandées, le meneur Pierre Simler a constaté un grand soulagement pour son cheval. (voir les vidéos sur notre page Facebook EAV/PHR). La qualité du tranchant permet un travail de la terre plus précis, plus propre, à l’image d’une incision de la peau au scalpel plutôt qu’avec un couteau dégrossis.

Publié le 29/04/2016

À Nothalten, Emmanuel Saouliak a pour principe de vendanger tardivement des raisins arrivés à maturité afin de préserver les arômes qu’il cherche à restituer dans ses vins.

Emmanuel Saouliak ne jure que très peu par le réfractomètre. « Je recherche le potentiel aromatique le plus élevé. Comme les arômes se développent en fin de cycle, j’attends avant de récolter. Je déguste le raisin. La couleur brune des pépins me donne le signal. Ce ne sont pas trois ou quatre semaines supplémentaires à patienter qui sont importantes quand on attend depuis un an » justifie-t-il. Trouver le « juste milieu » n’est pas toujours évident, surtout sur muscat. En pratique, il commence à couper ses premières grappes quand 80 % de ses collègues ont déjà fini avec les leurs. Il rentre ses raisins à crémant plutôt à 12° qu’à 10,5°, toujours pour avoir des arômes et pas seulement « de l’eau, de l’acide et du sucre ». Emmanuel reconnaît sans peine que ce choix est risqué du point de vue rendement. Il estime le potentiel de ses vignes à 60 hl et plus. Mais ces trois derniers millésimes, sa moyenne d’exploitation s’est contentée de 46 hl/ha en 2014, 47 hl en 2015 et 33 hl en 2015. Emmanuel le prend avec philosophie. Il préfère mettre en avant la finalité de sa stratégie. « Baratiner le client, ce n’est pas mon truc » dit-il. « Ce n’est pas à moi de lui dire que je suis le meilleur. Quand il goûte mes vins, il doit se persuader lui-même de la différence qu’il y a avec les autres ». Dans ses vignes en place dont environ un quart n’est pas mécanisé, Emmanuel pratique l’enherbement total. Il a tendance à semer de plus en plus souvent un mélange à base de ray-grass. Il désherbe chimiquement le cavaillon quand le fréquent dévers sur le rang de ses parcelles en coteau ne lui permet pas de pratiquer entre deux et trois tontes par an. Le coup de main de Nicolas, son père à la retraite, est alors bien utile. Emmanuel assure la protection de ses vignes avec trois à cinq traitements par campagne. Tout en se basant sur l’observation de ses parcelles, il se laisse conseiller par son fournisseur de produits et intervient s’il le faut avec un systémique. Il récolte jusqu’à 25 % de sa surface et en priorité sylvaner et riesling, à la machine. Pour « ne pas avoir à stresser », il travaille avec deux pressoirs de 25 hl. Il débourbe par flottation, une technique qu’il a découverte entre 1994 et 2006, période pendant laquelle il était caviste dans une coopérative du pays de Bade. Il levure systématiquement à 7-10 g/hl les jus qui ressortent à moins de 50 NTU. Les fermentations en cuves fibre et inox s’étalent entre trois semaines et six mois. « Je suis parfois obligé de dégazer le CO2. Je soutire et je pompe peu. Les levures forment les seuls dépôts. Leur autolyse ramène du gras » commente Emmanuel. « Un problème de stock se posera fin 2016 » En s’installant en 2006, Emmanuel a rebaptisé son entreprise « Domaine des 7 vignes » pour échapper à la difficulté de prononciation de son patronyme d’origine ukrainienne. Dans un même souci de simplification, il ne revendique ni grand cru, ni lieu-dit. « Avec les cépages, les cuvées et les vieilles vignes, il peut y avoir de 18 à 23 références sur mon tarif. C’est largement suffisant » estime-t-il. Sa gamme comporte un sylvaner, un pinot blanc et un riesling entre 1 et 2 g de sucre résiduel. Emmanuel classe six autres de ses vins en « demi-sec » dans lesquels « le sucre amène de la rondeur sans être perçu comme tel ». Ces derniers constituent son cheval de bataille. « Ma gamme est assez homogène. Les arômes en sont le fil conducteur ». Emmanuel diminue régulièrement sa surface en sylvaner. Il développe en revanche le pinot noir, né dans un terroir gréseux qui lui convient bien et qu’il élève en fût de chêne. Il se montre réservé sur le crémant Émotion pour lequel ses clients ont « du mal à apprécier la différence avec le brut ». Emmanuel fait essentiellement sa promotion par guides et concours où ses vins sont régulièrement cités ou médaillés. Il signale généreusement ces distinctions sur son tarif. Hormis trois restaurants, les particuliers représentent 95 % de la clientèle. Emmanuel et Nathalie son épouse, mais surtout Nicolas et Marie-Odile, ses parents, les voient sur trois salons en Belgique, neuf autres en France et beaucoup au caveau. Ce dernier a la particularité d’être délimité à même la cave. Des éléments de décoration comme des guirlandes, des moules à gâteaux, une lampe à pétrole, un panier à bouteilles, donnent à l’ensemble un côté bonhomme et original. À 45 ans, Emmanuel a le projet de regrouper l’ensemble de la chaîne de production, du pressoir à la vente, sur un autre site dans le village. Il y possède une grange qu’il a commencé à aménager. L’investissement nécessite au bas mot 200 000 €. Mais la succession de petites récoltes risque de remettre en cause le calendrier rapproché qu’il a en tête. « Je veux rester optimiste. J’ai toujours un décalage d’un an à la mise. Le problème du stock se posera fin 2016. Il est probable que le potentiel de la récolte 2016 décidera si j’investis cette année ou pas ».

Syndicat viticole de Colmar-Houssen

Des défis à relever, des débats à mener

Publié le 27/04/2016

Le syndicat viticole de Colmar-Houssen a profité de son assemblée générale pour aborder les nombreux dossiers d'actualité qui animent le vignoble alsacien : les VSIG, la hiérarchisation, la réserve qualitative individuelle et l'irrigation dont le président, André Ducros, estime qu'il est temps d'en « débattre ».

Si le millésime 2015 est bien parti pour devenir un millésime « exceptionnel » pour de nombreux observateurs, il est aussi la source de multiples interrogations. « Même si le réchauffement climatique profite pour l'instant à la vigne, je pense qu'il est temps d'ouvrir le débat sur l'irrigation », estime le président du syndicat viticole de Colmar-Houssen, André Ducros. « Le manque d'eau s'est fait sentir dans certaines parcelles », rappelle-t-il. À l'heure actuelle, un nouveau projet a été validé par l'Inao, mais reste bloqué par les pouvoirs publics. Une situation qui pourrait néanmoins se débloquer, explique André Ducros : « Selon les représentants de l'Inao, il n'y a pas lieu de procéder à une expérimentation sur l'irrigation, mais de faire valider l'autorisation d'irrigation dans le cahier des charges tout en démontrant le phénomène de sécheresse et la nécessité d'irrigation. En contrepartie, l'encadrement du rendement serait bien évidemment obligatoire, tout comme les contrôles systématiques de la charge. » Reste maintenant à chaque sous-région et chaque syndicat de débattre sur le sujet, le conseil d'administration de l'Association des viticulteurs d'Alsace (Ava) souhaitant que les avis des uns et des autres lui parviennent au cours de l'hiver prochain. « Ne laissons pas passer cette opportunité et faisons entendre notre voix », appelle de ses vœux André Ducros. La communale « Colmar » toujours espérée Autre point abordé lors de cette assemblée générale : la hiérarchisation du vignoble alsacien. Le responsable du dossier au sein du syndicat, Bernard Schoffit, a émis quelques réserves sur le faible écart de rendement qui sépare les grands crus (55 hl/ha) des hypothétiques premiers crus (57 hl/ha). « On est en train de faire deux appellations en haut de l'échelle. La démarche est louable, mais la différence est informe entre les deux. Faire des grands crus bis avec une centaine de premiers crus ou plus me pose problème. Ne pourrait-on pas passer à 50 hl/ha pour les grands crus ? Comment va-t-on faire pour communiquer dessus et expliquer la quintessence de l'Alsace ? » Pour le responsable technique de l'Ava, Raymond Lassablière, la réponse est sans équivoque : c'est aux producteurs de grands crus de se prendre en main. « C'est à chacun de se positionner sur ce qu'il veut. Aux grands crus de ne pas laisser s'endormir », résume-t-il. Concernant l'obtention d'une appellation communale « Colmar », le processus suit son cours. « Nous avons encore des soucis dans le choix des cépages. Le gewurztraminer nous semble un peu plus compliqué d'un millésime à l'autre, tandis qu'on retrouve des airs de famille sur une dizaine de millésimes avec les pinots gris. Mais globalement, la qualité n'est pas plus mauvaise que dans d'autres terroirs », détaille Bernard Schoffit. Les dégustations d'experts qui auront lieu à l'aveugle, en théorie, à la fin de l'année permettront d'y voir un peu plus clair sur le sujet. « Après, ce qu'on cherche, ce n'est pas du volume, mais une valorisation au juste prix », tient-il encore à rappeler. « Non » aux VSIG L'autre défi - et certainement le plus important - qui se profile à l'horizon pour André Ducros est la possibilité de produire des Vins sans indication géographique (VSIG) en dehors des zones de l'appellation. Un sujet « très grave » qu'a développé le secrétaire général de l'Ava, Jacques Stentz. « Pour nous, c'est la crainte de voir un vignoble parallèle se mettre en place sur lequel on ne peut être concurrentiel. Bien sûr, la tentation est grande pour des entreprises en manque de matière première, pour des viticulteurs néophytes ou pour des agriculteurs en difficulté qui souhaiteraient se créer un complément de revenu. Mais à terme, ça serait la destruction de tout ce qu'on a construit jusqu'à maintenant car moins cher on vend, plus vite on crève. » Du coup, l'Ava compte sur le soutien des différents syndicats, mais aussi des élus et des collectivités, en leur demandant de signer une motion s'opposant à cette libéralisation « forcée ». « Certes, cette motion n'est pas un outil juridique. Mais plus de monde la signera, plus notre président aura du poids pour nous défendre au niveau de la Cnaoc et de FranceAgriMer », poursuit Jacques Stentz qui peut désormais compter sur le soutien du syndicat viticole de Colmar-Houssen qui a voté cette motion à la quasi-unanimité (moins deux abstentions). « Oui » à la réserve qualitative individuelle Le syndicat viticole de Colmar-Houssen entend également « peser » sur l'Ava pour faire évoluer la date de fixation des vendanges, aujourd'hui décidée en assemblée générale, pour qu'elle soit basée sur les demandes des secteurs les plus précoces - comme l'est la Hardt colmarienne - et non plus sur une moyenne des avis des diverses sous-régions. « L'ouverture du ban doit être décidée par le conseil d'administration de l'Ava, hors assemblée générale. Et pourquoi pas, comme le font de nombreuses régions viticoles, fixer une ouverture officielle du ban un 1er août par exemple. Cela simplifierait bien des choses ! », estime André Ducros. Ce dernier met aussi à l'index les « relations de décisions » entre l'Ava et le Crinao concernant ces dates. Il juge ainsi « inacceptable qu'un seul individu puisse imposer son avis face aux décisions prises en assemblée générale ou au conseil d'administration de l'Ava ». Enfin, Raymond Lassablière a présenté le projet de réserve qualitative individuelle actuellement à l'étude qui aurait pour objectif, s'il voyait le jour, d'amortir les effets des récoltes déficitaires comme en 2006 ou 2010. « Pourquoi ne pourrait-on pas mettre en réserve quand le millésime est bon et lisser les volumes d'une année à l'autre dans la limite des 80 hl/ha ? Cela permettrait d'apporter plus de sérénité par rapport aux aléas climatiques et d'éviter toute spéculation sur les prix. » Cette réserve ne pourrait s'appliquer que pour les AOC alsace blanc et rosé, ainsi que pour le crémant, avec un maximum de 5 hl/ha/an dans la limite de 15 ha par exploitation. Un système qu'André Ducros juge « indispensable » désormais. « Le problème de l'Alsace aujourd'hui, c'est de réussir à atteindre les 80 hl/ha, non plus de les dépasser. Et si c'est le cas, il faut qu'on puisse en profiter. »

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