Le syndicat viticole de Colmar-Houssen a profité de son assemblée générale pour aborder les nombreux dossiers d'actualité qui animent le vignoble alsacien : les VSIG, la hiérarchisation, la réserve qualitative individuelle et l'irrigation dont le président, André Ducros, estime qu'il est temps d'en « débattre ».
Si le millésime 2015 est bien parti pour devenir un millésime « exceptionnel » pour de nombreux observateurs, il est aussi la source de multiples interrogations. « Même si le réchauffement climatique profite pour l'instant à la vigne, je pense qu'il est temps d'ouvrir le débat sur l'irrigation », estime le président du syndicat viticole de Colmar-Houssen, André Ducros. « Le manque d'eau s'est fait sentir dans certaines parcelles », rappelle-t-il.
À l'heure actuelle, un nouveau projet a été validé par l'Inao, mais reste bloqué par les pouvoirs publics. Une situation qui pourrait néanmoins se débloquer, explique André Ducros : « Selon les représentants de l'Inao, il n'y a pas lieu de procéder à une expérimentation sur l'irrigation, mais de faire valider l'autorisation d'irrigation dans le cahier des charges tout en démontrant le phénomène de sécheresse et la nécessité d'irrigation. En contrepartie, l'encadrement du rendement serait bien évidemment obligatoire, tout comme les contrôles systématiques de la charge. »
Reste maintenant à chaque sous-région et chaque syndicat de débattre sur le sujet, le conseil d'administration de l'Association des viticulteurs d'Alsace (Ava) souhaitant que les avis des uns et des autres lui parviennent au cours de l'hiver prochain. « Ne laissons pas passer cette opportunité et faisons entendre notre voix », appelle de ses vœux André Ducros.
La communale « Colmar » toujours espérée
Autre point abordé lors de cette assemblée générale : la hiérarchisation du vignoble alsacien. Le responsable du dossier au sein du syndicat, Bernard Schoffit, a émis quelques réserves sur le faible écart de rendement qui sépare les grands crus (55 hl/ha) des hypothétiques premiers crus (57 hl/ha). « On est en train de faire deux appellations en haut de l'échelle. La démarche est louable, mais la différence est informe entre les deux. Faire des grands crus bis avec une centaine de premiers crus ou plus me pose problème. Ne pourrait-on pas passer à 50 hl/ha pour les grands crus ? Comment va-t-on faire pour communiquer dessus et expliquer la quintessence de l'Alsace ? » Pour le responsable technique de l'Ava, Raymond Lassablière, la réponse est sans équivoque : c'est aux producteurs de grands crus de se prendre en main. « C'est à chacun de se positionner sur ce qu'il veut. Aux grands crus de ne pas laisser s'endormir », résume-t-il.
Concernant l'obtention d'une appellation communale « Colmar », le processus suit son cours. « Nous avons encore des soucis dans le choix des cépages. Le gewurztraminer nous semble un peu plus compliqué d'un millésime à l'autre, tandis qu'on retrouve des airs de famille sur une dizaine de millésimes avec les pinots gris. Mais globalement, la qualité n'est pas plus mauvaise que dans d'autres terroirs », détaille Bernard Schoffit. Les dégustations d'experts qui auront lieu à l'aveugle, en théorie, à la fin de l'année permettront d'y voir un peu plus clair sur le sujet. « Après, ce qu'on cherche, ce n'est pas du volume, mais une valorisation au juste prix », tient-il encore à rappeler.
« Non » aux VSIG
L'autre défi - et certainement le plus important - qui se profile à l'horizon pour André Ducros est la possibilité de produire des Vins sans indication géographique (VSIG) en dehors des zones de l'appellation. Un sujet « très grave » qu'a développé le secrétaire général de l'Ava, Jacques Stentz. « Pour nous, c'est la crainte de voir un vignoble parallèle se mettre en place sur lequel on ne peut être concurrentiel. Bien sûr, la tentation est grande pour des entreprises en manque de matière première, pour des viticulteurs néophytes ou pour des agriculteurs en difficulté qui souhaiteraient se créer un complément de revenu. Mais à terme, ça serait la destruction de tout ce qu'on a construit jusqu'à maintenant car moins cher on vend, plus vite on crève. »
Du coup, l'Ava compte sur le soutien des différents syndicats, mais aussi des élus et des collectivités, en leur demandant de signer une motion s'opposant à cette libéralisation « forcée ». « Certes, cette motion n'est pas un outil juridique. Mais plus de monde la signera, plus notre président aura du poids pour nous défendre au niveau de la Cnaoc et de FranceAgriMer », poursuit Jacques Stentz qui peut désormais compter sur le soutien du syndicat viticole de Colmar-Houssen qui a voté cette motion à la quasi-unanimité (moins deux abstentions).
« Oui » à la réserve qualitative individuelle
Le syndicat viticole de Colmar-Houssen entend également « peser » sur l'Ava pour faire évoluer la date de fixation des vendanges, aujourd'hui décidée en assemblée générale, pour qu'elle soit basée sur les demandes des secteurs les plus précoces - comme l'est la Hardt colmarienne - et non plus sur une moyenne des avis des diverses sous-régions. « L'ouverture du ban doit être décidée par le conseil d'administration de l'Ava, hors assemblée générale. Et pourquoi pas, comme le font de nombreuses régions viticoles, fixer une ouverture officielle du ban un 1er août par exemple. Cela simplifierait bien des choses ! », estime André Ducros. Ce dernier met aussi à l'index les « relations de décisions » entre l'Ava et le Crinao concernant ces dates. Il juge ainsi « inacceptable qu'un seul individu puisse imposer son avis face aux décisions prises en assemblée générale ou au conseil d'administration de l'Ava ».
Enfin, Raymond Lassablière a présenté le projet de réserve qualitative individuelle actuellement à l'étude qui aurait pour objectif, s'il voyait le jour, d'amortir les effets des récoltes déficitaires comme en 2006 ou 2010. « Pourquoi ne pourrait-on pas mettre en réserve quand le millésime est bon et lisser les volumes d'une année à l'autre dans la limite des 80 hl/ha ? Cela permettrait d'apporter plus de sérénité par rapport aux aléas climatiques et d'éviter toute spéculation sur les prix. » Cette réserve ne pourrait s'appliquer que pour les AOC alsace blanc et rosé, ainsi que pour le crémant, avec un maximum de 5 hl/ha/an dans la limite de 15 ha par exploitation. Un système qu'André Ducros juge « indispensable » désormais. « Le problème de l'Alsace aujourd'hui, c'est de réussir à atteindre les 80 hl/ha, non plus de les dépasser. Et si c'est le cas, il faut qu'on puisse en profiter. »