Tendances œnologiques
Sous le prisme des grandes surfaces
Tendances œnologiques
Publié le 11/04/2016
Linéaires plus ou moins fournis dans la gamme des vins blancs d'Alsace, les moyennes et grandes surfaces de Strasbourg et de ses environs sont particulièrement attentives aux évolutions de la consommation, comme en témoignent les responsables de caves de quatre grandes enseignes.
Les vins blancs d'Alsace, produits traditionnels régionaux par excellence, sont bien présents dans les moyennes et grandes surfaces départementales, qui ont des approches différentes selon leur implantation et les impulsions données par les responsables des linéaires pour coller au plus près des nouvelles demandes des consommateurs. Conseils mets vins, montée du klevener C'est le cas à l'hypermarché U à Truchtersheim où Yvan Gerber a toute latitude pour faire partager aux clients sa passion des vins et ceux d'Alsace en particulier. Son linéaire dédié est particulièrement bien fourni, avec des vins de vignerons haut-rhinois et bas-rhinois, 25 producteurs locaux avec qui il travaille « en partie en direct ». Ce responsable se fournit également auprès de grands opérateurs, Arthur Metz, cave du Roi Dagobert, cave de Beblenheim entre autres. Et de grands domaines comme Weinbach, Zind Humbrecht, ou plus petits : « Je m'attache à respecter les prix pratiqués par les vignerons dans leurs caves ». Depuis 15 ans, « la marge sur les vins est restée la même dans notre enseigne ». La sensibilité d'Yvan Gerber, fan de gastronomie et de vins aromatiques aux belles fraîcheurs, se retrouve dans la gamme proposée aux consommateurs. Il est notamment très attaché aux grands crus alsaciens qu'il défend, en soulignant « une qualité optimale qui reflète la typicité et le respect des terroirs ». Si la clientèle est assez diversifiée, proche, mais également urbaine, il note une ouverture d'esprit notamment chez la jeune génération, où le vin est devenu « un phénomène de société ». Les gens sont à l'écoute, curieux et « plus demandeurs de typicité, d'anecdotes sur les vins ». Yvan Gerber constate une demande plus prononcée en conseils, en particulier sur les accords mets vins. Il observe « la montée sensible depuis trois ans du klevener de Heiligenstein et une baisse du gewurztraminer ». Le riesling reste très demandé, avec un grand choix sur les millésimes pour ce cépage. Dans la famille des blancs, « l'auxerrois demeure une valeur sûre et les vins bios s'installent dans les rayons ». Yvan Gerber se dit plus favorable aux assemblages qu'aux complantations, il a d'ailleurs élaboré une cuvée avec Clément Fend de Marlenheim. Enfin, il reste peu convaincu de l'intérêt du bag in box, « à la rigueur et uniquement pour l'edelzwicker ». Le phénomène Kæfferkopf Sur ce conditionnement c'est aussi l'avis de Boris Pierrot, responsable de la cave du Leclerc à Geispolsheim. Récemment rénové, cet hypermarché a gardé une clientèle traditionnelle, « ancrée sur sa culture régionale ». Les vins blancs sont historiques et demeurent « un fleuron des rayons de la cave ». L'espace linéaire vins offre « une large gamme pour satisfaire bon nombre de clients », avec notamment « l'ensemble des coopératives viticoles de la région ainsi que certains grands acteurs locaux ». Boris Pierrot préconise avec humour qu'un amateur de vin doit avoir « trois caves, celle de la semaine, celle du dimanche et celle de l'égoïste avec des vins de plus haute gamme », où figurent les grands crus, les vendanges tardives. Il souligne lui aussi la qualité des grands crus et de certains lieux-dits parcellaires « aussi qualitatifs que ceux de Bourgogne ». Il note « un véritable phénomène autour du grand cru Kæfferkopf, dernier né de l'appellation qui crée la curiosité autour de clients novices ». Le consommateur amateur, plus pointu « achètera moins mais mieux, les clients classiques se tourneront eux plus facilement vers des vins plus gourmands et spontanés, outre un intérêt croissant sur certains crémants au packaging attractif ». L'important est aussi de pouvoir offrir « un bon rapport qualité prix ». Ce responsable se dit plus adepte d'un produit qui correspond bien à sa typicité variété : « Un riesling doit être floral et tendu, le minéral ne doit pas dominer le nez et rester aérien hormis sur les grandes cuvées de terroir ». La clientèle traditionnelle reste fidèle à ce cépage et au pinot gris. Les pinots noirs et les rouges d'Ottrott « sont au rendez-vous ». Les jeunes s'orientent plutôt vers des gewurztraminers et des pinots gris à la sucrosité résiduelle. Dans cette enseigne, comme à Truchtersheim, « la demande en vins bios s'est installée et commence à se faire entendre ». Des grands domaines aux vignerons indépendants Un son de cloche identique sur ce dernier point qu'exprime Freddy Korth, responsable de la cave des Galeries gourmandes by Simply à Strasbourg dans le quartier de l'Esplanade. Il leur a consacré une partie du linéaire avec une signalétique qui les met en avant. Elle correspond à la demande d'une clientèle particulière « qui achète quasiment tout bio dans le magasin ». « Notre enseigne a été rénovée récemment », précise le responsable, en poste depuis un an. Le rayon consacré aux vins blancs d'Alsace regroupe environ 250 références, des vins de consommation courante aux grands crus et VT. Il propose des vins de domaines connus, Trimbach, Zind Humbrecht, de grandes caves coopératives, cave du Roi Dagobert, cave historique des Hospices civils de Strasbourg avec le domaine Klipfel, entre autres mais également une gamme de vins des vignerons indépendants, comme les domaines Sick Dreyer ou Rolly Gassmann. Freddy Korth travaille « en direct » avec une partie d'entre eux, comme le domaine Mosbach à Marlenheim. L'enseigne accueille près de 4 000 personnes par jour, une clientèle de proximité, mais aussi venant du Neudorf, voire de La Robertsau. Une clientèle éclectique, en raison de la proximité des universités. Parmi les étudiants étrangers, « les Chinois sont fans de vins blancs, ce sont de très bons clients qui ne regardent pas sur le prix ». Freddy Korth note aussi que les étudiants seraient plus attirés par les vins « plus sucrés, type gewurztraminer ». Le cépage emblématique reste le riesling, mais il observe « une montée en force du pinot gris qui se vend de plus en plus ». Premier rayon de vins blancs aussi grand dans l'enseigne, il le maintient à ce niveau pour que les clients puissent trouver ce qu'ils cherchent. Ils sont « très demandeurs de conseils sur les accords mets vins », souligne-t-il aussi. C'est une opportunité pour « les faire sortir des sentiers battus et beaucoup reviennent ». À l'hypermarché Auchan d'Illkirch-Graffenstaden, le responsable de la cave, Frédéric, indique que « l'enseigne a augmenté son offre de vins des petits producteurs indépendants pour répondre à une demande croissante de typicité de la part des consommateurs » et ce pour toutes les régions viticoles. Le pinot gris rafle des parts de marché Lui aussi note une qualité en hausse depuis quasiment dix ans pour les vins blancs d'Alsace, qui se déclinent en plus d'une trentaine de références dans le rayon. L'enseigne propose une gamme de vins bios « qui ne sont pas tous de qualité égale », tout dépend du travail du vigneron, « certains étant de pures merveilles ». Les vins du domaine Huber et Bleger « partent très rapidement », notamment son pinot noir élevé en fûts. Frédéric constate, depuis cinq six ans, « à la surprise de l'hypermarché » que « le pinot gris a largement détrôné le riesling ». Il commande actuellement une palette de riesling, contre dix palettes il y a cinq ans, et quatre de pinot gris. Ce cépage cible sans doute une clientèle plus large, « la gent féminine » en particulier, car il a une image de « vin plus sucré qui prend des parts de marché importantes ». Autre observation récurrente, si les consommateurs ne trouvent pas de riesling à leur goût, « ils passeront directement aux blancs d'autres régions », leur linéaire a d'ailleurs été augmenté. Selon ce responsable, les tendances des consommateurs « commencent à la télévision, où l'on voit des acteurs dirent boire un verre de chardonnay, de merlot, en nommant juste le cépage ». Il confirme la montée de la jeune clientèle, large d'esprit, « qui va oser prendre un vin, même si elle ne le connaît pas ». Dans les linéaires, Frédéric donne des indications avec ses coups de cœur ou les nouveautés du Guide Hachette, « une référence intéressante ». Contrairement à ses collègues, il est persuadé que le bag in box est « un marché à prendre pour les vins d'Alsace ». Pour l'edelzwicker, « ça marcherait du feu de dieu ». Quand Arthur Metz propose son vin en bag in box, « il part tout de suite ». Frédéric souligne comme ses confrères l'importance des conseils sur les accords mets vins qui lui permettent régulièrement « de convaincre les consommateurs d'essayer des vins blancs avec les fromages, et ça marche », se réjouit-il. Il ajoute que les dégustations dans les domaines sont intéressantes, « pour continuer à proposer des nouveautés ». Des constantes s'installent dans ces enseignes fréquentées par une clientèle urbaine et périurbaine, comme la demande en vins bios, l'arrivée d'une jeune génération, ouverte d'esprit, les accords mets vins, ou encore la montée du pinot gris. Ces responsables sont unanimes sur l'attachement, voire un regain d'engouement, des consommateurs pour leurs blancs… d'Alsace, « des vins qui ont encore de beaux jours devant eux » !












