Vie professionnelle

Rencontres marchés de la CAC

Focus sur l’agriculture américaine

Publié le 23/06/2016

Cette 3e rencontre marchés de la Coopérative agricole de céréales a permis d’aborder l’actualité des marchés des grains dans le monde et la qualité sanitaire des maïs. Ces premiers points ont été présentés par Michèle Waegele, responsable céréales de la CAC. Un focus sur l’agriculture aux États-Unis, notamment sur l’utilisation du maïs en éthanol a ensuite été traité par Christophe Malvezin, conseiller agricole à l’ambassade de France aux États-Unis.

La production mondiale de blé serait estimée à 727 millions de tonnes. Avec une consommation de 713 millions de tonnes, le stock de blé mondial s’avère être excédentaire à 14 millions de tonnes pour l’année à venir. Le maïs reste la première céréale produite au monde et les prévisions sur la campagne à venir annoncent une production mondiale d’un milliard de tonnes pour une consommation quasi équivalente. Les États-Unis, premiers producteurs, attendent une production record avec 366 millions de tonnes, soit une augmentation de 10 % de la production par rapport à l’année dernière. La Chine, au deuxième rang, quant à elle verrait ses volumes à la baisse de 10 % avec 201 millions de tonnes. Ce repli de la Chine s’explique suite à la récente décision du gouvernement de supprimer le prix plancher du maïs qui était supérieur au prix mondial. L’Amérique du Sud annoncerait une production de 114 millions de tonnes, soit une augmentation de 10 % par rapport à l’année dernière. L’Union Européenne estime sa production de 63 millions de tonnes, en hausse par rapport à 2015, mais toujours déficitaire. La France, l’Allemagne, l’Espagne, la Hongrie, la Pologne et la Roumanie auraient une hausse de production, celle de l’Ukraine et de la Russie resterait stable. Additionnées, les productions mondiales estimées de blé, de soja et de maïs pour 2016 représenteraient, par rapport à 2015, 6 jours de consommation mondiale annuelle en moins. Le weather market : primordial Nos marchés sont directement influencés par le climat et il est observé à la loupe par tous les opérateurs du marché car le moindre signe va avoir un impact direct sur les prix dans un sens comme dans l’autre. En Europe et autour de la Mer Noire, les précipitations prévues ainsi que les températures d’environ 2 °C au-dessus de la normale de saison sont plutôt bénéfiques aux cultures d’hiver et de printemps. La situation est également satisfaisante aux USA, tandis que la récolte a déjà été revisitée à la baisse au Brésil pour cause de sécheresse. L’indice Baltic Dry, la parité euro/dollar et la valeur du baril ont également été abordés par Michèle Waegele comme étant des indicateurs déterminants sur les marchés. Les débouchés des maïs collectés à la CAC ainsi que les exigences des clients industriels en termes de qualité sanitaire ont été rappelés. « La récolte 2015 est de qualité et répond pleinement aux exigences de nos clients industriels » a d’ailleurs rappelé Michèle Waegele. 158 millions d’hectares cultivés Christophe Malvezin, conseiller agricole à l’ambassade de France aux États-Unis a ensuite présenté un focus sur l’agriculture des États-Unis. L’agriculture s’étend sur 378 millions d’hectares de Surface Agricole Utile, soit 38,5 % de la surface du pays. La surface cultivée s’élève à 158 millions d’hectares partagés par les 2,1 millions d’exploitations du pays. Environ 300 000 de ces exploitations, soit 14 % d’entre elles génèrent 85 % de la production agricole américaine. Les exploitations d’élevages sont au nombre de 913 000. La taille d’une exploitation moyenne se situe à 176 hectares. L’agriculture et les industries associées représentent 14 % des emplois. La Chine est le premier client agricole des USA depuis 2011. Premiers producteurs mondiaux d’Éthanol 13 % de la production mondiale de maïs est destinée à la production d’éthanol dont près de 35 à 40 % sont produits aux USA. Ils représentent les premiers producteurs mondiaux d’éthanol avec une production de plus de 56 milliards de litres en 2015. Avec les Brésil, ils produisent 85 % de l’éthanol dans le monde. Aux USA, l’utilisation d’éthanol en addition de l’essence était une constante augmentation de 1998 à 2010. Le Clean Air Act, une loi permettant aux USA de devenir autonome en énergie, mise en place en 1990, a stimulé l’utilisation de l’éthanol. Aujourd’hui, E10 (un mélange d’éthanol et d’essence contenant un niveau de 10 % d’éthanol) est vendu dans tous les États. Les USA sont passés de 50 installations en 1999 à 200 installations en 2014. L’éthanol est principalement exporté au Canada (30 % des exports). La Chine est le 4e marché à l’export d’éthanol aux USA ; les exports vers la Chine sont passés de 3,3 milliards de litres en 2014 à 70,5 milliards de litres en 2015. Une politique agricole revue Le revenu moyen des foyers agricoles augmente plus vite que le revenu moyen des foyers américains. La politique agricole a donc été revue : les aides découplées ont été abandonnées par une assurance qui représente le « filet de sécurité ». La nouvelle politique agricole a consacré 84,5 milliards d’euros par an à la politique d’aide alimentaire et nutritionnelle et 11,3 milliards d’euros annuels à la politique agricole et rurale en 2015. L’assurance est disponible pour 130 matières premières avec 536 types d’assurance. 87 % du maïs et 84 % du blé sont ainsi assurés aux USA. Le fonctionnement de cette assurance repose sur un partenariat entre l’État fédéral et 19 compagnies d’assurance privées. Leur coût annuel s’élève à 8 milliards de dollars pour l’État. « Aujourd’hui, en 2016, je situerais l’état d’avancement de la France sur les assurances agricoles, à la situation des États-Unis au début des années 90 » précise Christophe Malvezin. La rencontre s’est clôturée par des questions-réponses entre les adhérents CAC présents et Christophe Malvezin. Les nouvelles technologies aux USA, la gestion de la traçabilité et des data ainsi que les présidentielles aux États-Unis, autant de thèmes qui ont été abordés. D’ailleurs, d’après Christophe Malvezin « 70 % des agriculteurs voteraient pour Donald Trump, selon les sondages actuels ».

Lancement de la plateforme internet ApproAlsace

Du producteur au restaurateur

Publié le 16/06/2016

Avec la plateforme internet ApproAlsace, les cantines de restauration collective peuvent désormais accéder à une vaste gamme de produits alsaciens en quelques clics seulement. De quoi faciliter les débouchés pour les agriculteurs engagés dans les filières courtes.

La porte des cantines s'ouvre un peu plus aux circuits courts. Grâce à la nouvelle plateforme internet ApproAlsace initiée par le Conseil départemental du Haut-Rhin (CD 68), en collaboration avec la Chambre d'agriculture d'Alsace, le Département du Bas-Rhin, la Draaf et la Région Grand Est, les professionnels de la restauration peuvent désormais commander leurs produits auprès de producteurs locaux. À l'image de n'importe quelle boutique en ligne, l'acheteur n'a qu'à parcourir le catalogue de produits disponibles, les ajouter à son panier, payer, et attendre la livraison de la marchandise par le producteur. À l’heure actuelle, la plateforme regroupe une centaine d'acheteurs (collèges, restaurants, la société de restauration collective Api Restauration…) et une quarantaine de producteurs venus de toute l'Alsace. Tous sont inscrits dans une démarche qualité : Bienvenue à la Ferme, Savourez l'Alsace - Produits du Terroir, Label Rouge, Agriculture Biologique, etc. Un critère « obligatoire » pour tout producteur désireux de s'inscrire sur le site. Tous les types de production sont les bienvenus : fruits, légumes, produits laitiers, volailles, œufs, viandes, poissons, charcuterie, boulangerie, épicerie. Si dans certains secteurs, certaines catégories de produits sont déjà bien représentées (les produits laitiers dans la région de Colmar par exemple), d'autres secteurs sont un peu retraits. « C'est notamment le cas dans le sud de l'Alsace où nous manquons de producteurs, notamment des maraîchers. Le collège de Saint-Louis rencontre encore pas mal de difficultés pour s'approvisionner », souligne Valérie Simon, du pôle Diversification de la Chambre d'agriculture d'Alsace. C'est elle qui a piloté le développement du site, en lien avec tous les partenaires du projet. Celui-ci s'est mûri « lentement » rappelle le président de l'Interprofession des fruits et légumes d'Alsace, Pierre Lammert. « Il va falloir un peu de temps maintenant pour que cela fonctionne correctement. » Dans les circuits courts, le marché est « énorme » considère de son côté le président du CD 68, Éric Straumann. Le potentiel est effectivement conséquent si l'on additionne toutes les structures de restauration hors domicile (RHD) qui existent en Alsace. « Nous comptons solliciter les maisons de retraite, les maisons pour enfants et les maisons pour handicapés au cours de l'été », annonce Valérie Simon. « On est payé au juste prix » Du côté des producteurs, on voit d'un bon œil l'arrivée de cette plateforme d'approvisionnement en produits locaux. « Trouver des clients n'est pas toujours facile quand on est un producteur artisanal. Le temps nous est compté », témoigne Sandrine Gollentz, de la ferme Motsch-Gollentz à Osenbach. Grâce à ApproAlsace, l'exploitation a pu diversifier sa clientèle pour approvisionner aujourd'hui une douzaine de collèges haut-rhinois. Des structures que Sandrine et son mari David connaissent bien puisque cela fait déjà plusieurs années qu'ils travaillent avec eux. « Sauf qu'avant, cela se faisait par fax et coups de fils. Maintenant, tout est plus fluide et centralisé. En un clic, on peut visualiser toutes les commandes et l'ensemble des yaourts à produire. Les relations entre le producteur et l'acheteur sont professionnalisées », poursuit l'agricultrice. L'autre point essentiel mis en avant par David Gollentz est le « coût environnemental » de ces filières courtes. « On parle de Grenelle de l'Environnement. Mais quand voit le lait qu'on livre en laiterie partir à des centaines de kilomètres de son lieu de production, ça n'a pas beaucoup de sens. En valorisant notre lait à proximité, on gagne en cohérence tout en étant payé au juste prix. » Car ici, pas question d'écouler sa marchandise au-dessous du prix de revient ; chaque producteur a la liberté d'établir une grille tarifaire en fonction du type d'acheteur. Et c'est aussi lui qui choisit à qui il est prêt à vendre et à livrer ses produits. « C'est à chacun de dire ce qu'il peut produire, à quel moment, à quel endroit, et à quelle quantité », détaille Valérie Simon. Le seul bémol, c'est que la plateforme n'offre pas la possibilité de gérer ses stocks de manière dynamique. Une option qui nécessiterait des coûts de développement « trop importants » à l'heure actuelle pour voir le jour. Des produits locaux de plus en plus demandés Pour le Conseil départemental du Haut-Rhin, la création d'ApproAlsace est une « suite logique » au vu de l'engouement suscité par les circuits courts. « Cela va dans la continuité des actions que nous menons depuis plusieurs années pour la valorisation de cette filière », explique Éric Straumann. En 2013, la collectivité a lancé l'opération « Je mange local, c'est génial » dans les collèges haut-rhinois. Une animation qui consiste à faire découvrir aux élèves de menus réalisés à base de produits locaux. Une formule qui a rapidement séduit les établissements scolaires gérés par le Département : 45 % des collèges haut-rhinois ont participé à l'opération en 2016 alors qu'ils n'étaient « que » 10 % en 2013. Les chefs de cuisine comme les enfants ont plébiscité cette opération à en juger les témoignages recueillis par le Département du Haut-Rhin. Du coup, ApproAlsace est perçu comme un « atout » pour les jeunes estime la conseillère départementale Betty Muller. « Ils pourront ainsi devenir les premiers ambassadeurs de ces produits. » Et être aussi en meilleure santé croît savoir le président de la commission Éducation et Jeunesse au CD 68, Pierre Vogt. Cet ancien professeur de sport met en avant le phénomène d'obésité - de plus en plus présent au sein de la population française - pour étayer ses propos. « La santé du corps passe par l'assiette. Nous devons de ce fait apporter une éducation alimentaire aux jeunes générations. Les produits locaux sont à ce titre les plus sains qu'on puisse avoir. »

FDSEA du Haut-Rhin

« Soyons innovants ! »

Publié le 09/06/2016

Le 2 juin, la FDSEA du Haut-Rhin a convié l'ensemble de ses délégués cantonaux pour un moment « d'échange » autour de la crise « exceptionnelle » que traverse l'agriculture. Avenir du syndicat, crise laitière, Copvial, pertinence des manifestations, solutions à explorer, aucun dossier n'a été éludé.

Pour les agriculteurs haut-rhinois, les mois passent inlassablement sans apporter de véritable situation à la crise qu'ils traversent. Pour le secrétaire général de la FDSEA du Haut-Rhin, Pascal Wittmann, c'est même la plus « dure » qui lui a été donné de voir depuis le début de sa carrière dans les années 1980. Depuis cette époque, l'agriculture française en a traversé des périodes de doute ou de remise en question. Des périodes où elle a été pointée du doigt, des périodes où certains modèles ont commencé à s'effriter, des périodes marquées par une conjoncture morose et une météo qui passe d'un extrême à l'autre. En ce mois de juin 2016, c'est un peu tout cela à la fois. Plus de 2 000 ha toujours pas semés dans le Sundgau au début du mois, des exploitations laitières qui continuent de tirer la langue, et un automne qui s'annonce déjà « très chaud » au vu des difficultés qui se présentent. « L'Europe ne fonctionne plus ! » Une situation de crise « exceptionnelle » qui donne du fil à retordre à la FDSEA du Haut-Rhin. Pourtant très actif sur bon nombre de dossiers, le premier syndicat des agriculteurs dans le département est conscient de ne pas avoir toutes les réponses face à la « mutation » que traverse l'agriculture. Désireux de faire évoluer favorablement la situation, il a convié la semaine dernière l'ensemble des délégués cantonaux pour un moment « d'écoute », de « partage » et « d'échange » pour trouver collectivement des solutions aux problèmes actuels. Et ils sont nombreux rappelle le président Denis Nass, en introduction de cette réunion de crise. « L'Europe ne fonctionne plus, au lieu de travailler ensemble, les Européens se déchirent. C'est compliqué aujourd'hui de faire une déclaration Pac sachant que le bilan 2015 n'est toujours pas arrivé. Ce bricolage technocratique fait que les gens souffrent sur le terrain et se sentent délaissés. Ça va mal et nous en sommes conscients. Et avoir un message positif dans un contexte comme celui-là, c'est très compliqué. Il faut être clair et ne pas se mentir. Pour autant, nous sommes persuadés que nous devons continuer à construire tous ensemble. Pour cela, nous devons identifer les difficultés de chacun pour apporter le maximum de soutien. Il n'y a pas de honte à partager ses problèmes. Nous sommes tous dans le même bateau. » Un problème qui n'est pas que franco-français comme le fait remarquer le responsable de la section Lait, Michel Rohrbach. « Le contexte laitier est catastrophique, mais c'est le cas dans toute l'Europe. Tout le monde est au bout du rouleau et personne ne voit la sortie. Et en aval, le consommateur ne comprend plus rien. » « On en a marre ! » Mais reconnaître publiquement qu'on est au plus mal, que les deux bouts ne peuvent plus être joints malgré des efforts répétés est un exercice très difficile. Et chez les agriculteurs, c'est d'abord le silence qui s'exprime quand le malaise s'installe. Dans le Haut-Rhin, ce silence est devenu « assourdissant » relate le président des JA 68, Christophe Bitsch. « On sait que les gens sont au bout. Mais comment leur colère, leur frustration ou leur désarroi vont-ils se manifester ? », s'interroge-t-il. Et plutôt que d'aller « tout casser » pour se faire entendre, ce dernier préconise de « bâtir des filières nouvelles ». Un vaste chantier qui ne se fera pas « du jour au lendemain » reconnaît le président des Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin. Une vision pragmatique de l'avenir qui contraste avec l'état d'esprit qui règne actuellement dans la campagne, à en croire les retours « énergiques » de certains adhérents de la FDSEA présents lors de cette réunion de crise. « Ce n’est pas compliqué, on est en train de crever ! On en a marre ! » Les mots sont lâchés, les langues se délient peu à peu. Au sujet de Sodiaal notamment, dont l'assemblée générale de la section Centre Est s'était tenue une semaine auparavant, dans la même salle. « On voulait bloquer cette réunion pour nous faire entendre. Mais nous avons reçu un fin de non-recevoir de la part de nos responsables. » Pour ces derniers, cette option n'était en effet pas envisageable comme le souligne Denis Nass. « Une AG, c'est le moment où on peut s'exprimer. Si quelqu'un a quelque chose à dire, il y va et dit ce qu'il a à dire. C'est facile d'accuser le syndicaliste de ceci ou cela alors qu'il n'y avait que treize Haut-Rhinois dans la salle, et que le seul qui s'est exprimé, c'est moi. Je me suis mouillé la chemise. Après, personne n'est vissé à sa chaise. S'il faut changer des hommes au syndicat, dites-le. » Cette réunion devait être un moment d'échanges, et de libre expression, elle l'est. Sans détour. « Vous voulez savoir ce qui se passe dans les campagnes ? Et bien, des gens sont seulement en train de payer les travaux de 2015. Globalement, rien ne bouge. À ce train-là, on ne peut pas continuer. Alors on fait quoi si on ne paie pas ? Un nouveau prêt de consolidation. Et pendant ce temps, je vois que la Chambre continue d'installer des jeunes alors qu'on est tous dans la merde. Je n'accepte plus ce que je lis aujourd'hui ! On ne peut pas produire moins cher, même dans les céréales. Et quand je vois qu'on reçoit Bruno Lemaire en haut lieu, alors que c'est lui qui est derrière la fin des quotas, ça me met très en colère contre le syndicat ! » Faire évoluer l'action syndicale Un témoignage venu du cœur qui exprime à quel point la cocotte-minute agricole est prête à exploser. Pour autant, les responsables de la FDSEA du Haut-Rhin écartent toute éventualité d'aller manifester une nouvelle fois. Pourtant, la tentation pourrait être très forte de rallier les mouvements sociaux qui émergent un peu partout contre la loi Travail. L'occasion, par exemple, de médiatiser une nouvelle fois, et de manière percutante, le mal-être qui habite la profession agricole. « Pour nous, manifester n'est pas la bonne solution. On ne veut pas s'associer avec n'importe qui et n'importe comment alors qu'on véhicule d'autres valeurs. Nous devons continuer à être vrais et clairs. Car malgré ce qui se passe, les dernières enquêtes montrent que l'opinion publique est avec nous. Maintenant, il faut se demander comment en profiter », observe Denis Nass. Pour y parvenir, le président de la MSA d'Alsace, David Herrscher, estime qu'il va falloir « montrer patte blanche » aux consommateurs. « Il y a des mouvements de société en cours. On doit être plus intelligents qu'une association comme L214. Nous devons être plus pertinents pour attaquer ces gens de manière frontale et posée. Deuxièmement, je pense qu'il faut viser les grandes surfaces. Attaquer aujourd'hui des préfectures, c'est d'un autre temps. Les pouvoirs politiques ont de toute façon perdu le pouvoir et ils le reconnaissent. Et de toute façon, l'État n'a plus d'argent. Par contre, nous devons lui faire jouer son rôle de négociateur entre les producteurs et la distribution. » Comme le résume le président de l'Apco, Thomas Obrecht, les agriculteurs haut-rhinois doivent désormais « réinventer leur avenir » et « imaginer notre futur ». Cela sous-entend de faire évoluer sa vision des choses, envers les écologistes par exemple. « Nous devons changer de stratégie avec eux et leur tendre la main. Il y a un travail de fond à faire avec ces gens. Nous pourrions aborder les problématiques ensemble, je pense par exemple à l'urbanisation », explique David Herrscher. Pour Denis Nass, il faut opérer un rapprochement avec Alsace Nature. « Ça serait l'occasion de montrer à quel point on est victime des inondations. Et si nous n’anticipons pas ce dossier et que nous laissons la communication à d'autres, c'est nous qui allons tout encaisser », justifie-t-il. David Herrscher met aussi sur la table la création d'une association environnementale « d'intérêt général » géré par les agriculteurs. « Cela pourrait être une alternative. Mais après, il faut la porter. » Quel (s) rôle (s) pour la FDSEA de demain ? Il s'agit aussi d'imaginer le syndicalisme de demain et au rôle que doit - et devra - jouer la FDSEA du Haut-Rhin auprès de ses adhérents. « Concrètement, quelles sont vos attentes par rapport au syndicat ? Est-ce que notre fonctionnement est inadapté ? Est-on à côté de la plaque ? Doit-on se structurer différemment ? Est-ce qu'on veut monter en puissance financière ? Est-ce que, collectivement, on prend les dossiers en main ? Est-ce qu'on se fédère au niveau du Grand Est, ou reste-t-on à une échelle plus locale ? », interroge le directeur de la FDSEA du Haut-Rhin, Michel Busch. Avec la nouvelle région, ces questions méritent d'être posées. Certains interlocuteurs ne sont plus les même, des structures (ex : la Draaf) ont été délocalisées hors d'Alsace… « Si on ne fait rien, il n'y aura plus de FDSEA dans le Haut-Rhin d'ici huit à dix ans », avertit Michel Busch qui se défend néanmoins de toute « sinistrose ». « Nous avons malgré tout des résultats relativement satisfaisants. Dans les autres départements, il y a de la casse. Chez nous, ce n'est pas le cas. Maintenant, c'est à vous de nous dire si nous devons juste avoir un rôle déclaratif ou non », complète-t-il. Si des moyens peuvent être mutualisés à l'échelle du Grand Est, reste à savoir lesquels. Pour y voir plus clair, les dix FDSEA de la région ont mis en place une commission « prospective » recensant les différentes problématiques. « On va devoir faire ce travail chez nous, et tous ensemble. Car si on a pas la capacité de réfléchir collectivement à un sujet, on va se faire bouffer », résume Michel Busch. Une opportunité pour Pascal Wittmann pour « réfléchir ensemble » et « arrêter les querelles ». « Le syndicat n'est rien sans vous. Nous voulons avancer et apporter des solutions, et nous avons besoin de décisions partagées. » Un appel que la FDSEA du Haut-Rhin veut concrétiser à travers des groupes de travail spécialement créés pour l'occasion : le premier relatif à l'élevage bovin et allaitant, le deuxième portant sur la prospective et la solidarité, le troisième relatif à l'urbanisme et le dernier relatif aux céréales, en lien avec l'Apco. Des groupes de travail qui doivent être menés conjointement avec les Jeunes Agriculteurs, canton par canton. « Le plus urgent, c'est le groupe lait/viande. Après, nous sommes ouverts à la création d'autres groupes si vous avez des idées. Dans tous les cas, prenez votre avenir en main », ajoute-t-il.

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