Vie professionnelle

« La ferme Clarisse » inaugurée à Sigolsheim

Des circuits courts au menu

Publié le 26/05/2016

Un point de vente regroupant 29 producteurs fermiers, un atelier de transformation pour des sirops et confitures « maison », un restaurant estampillé « 100 % produits locaux »… Avec ces nouvelles installations inaugurées lundi à Sigolsheim, Clarisse Sibler et ses deux filles offrent aux consommateurs un « package » complet de filières courtes, du champ jusqu'au plat du jour.

C'est une « nouvelle aventure » qui démarre plutôt bien pour les « 3 Alsaciennes », Clarisse Sibler et ses deux filles, Pauline et Amélie. Lundi dernier, cette famille d'agricultrices de Sigolsheim a eu le plaisir de recevoir amis, partenaires, élus et responsables professionnels à l'inauguration de ses nouvelles installations : un local de transformation, un nouveau local de vente et un restaurant « 100 % local ». Depuis son ouverture le 21 avril, le magasin de vente de produits locaux, sobrement appelé « La Ferme Clarisse », rencontre un joli succès auprès de la clientèle. Un démarrage en trombe que Clarisse Sibler attribue à « l'attractivité » des asperges auprès du public. « On espère que ça va durer maintenant, même quand la saison des asperges sera terminée. » À en juger le contenu des cabas qui passent en caisse, ses espoirs sont bien partis pour se concrétiser. Œufs, fruits, légumes, viandes, confitures, fromages, yaourts, confitures… le choix est vaste et là aussi estampillé « 100 % local ». Pour la responsable des circuits courts à la Chambre d'agriculture d'Alsace, il ne pouvait pas en être autrement de toute façon. Ce projet, cela faisait des années qu'il germait dans la tête de Clarisse, encouragée certainement par le succès de ses « ventes directes » d'asperges et de fraises. Et sa fille Pauline a manifesté le désir de continuer l'aventure de sa mère malgré une première orientation professionnelle dans la kinésithérapie. Installée officiellement depuis novembre 2015, elle aurait très bien pu reprendre l'existant sans aller plus loin. « Cela aurait été plus facile, c'est vrai. Mais je voulais apporter ma touche personnelle et faire évoluer l'exploitation. » Elle se dit qu'un atelier de transformation pourrait être une perspective intéressante. Alors elle se forme auprès de la Chambre d'agriculture, apprend les rudiments de cette activité pour se lancer dans sa propre production de confitures et sirops. Pour les commercialiser, rien ne vaut un espace de vente flambant neuf rassemblant au même endroit vingt-neuf producteurs du coin, tous engagés dans une démarche « Bienvenue à la Ferme » ou « Agriculture Biologique ». Qui plus est avec une visibilité de premier choix, le long de l'illustre Route des Vins d'Alsace, en lieu et place de l'ancienne Auberge du vignoble, démolie pour l'occasion. « Ici, à l'entrée de la vallée de Kaysersberg, c'est 15 000 voitures par jour », fait remarquer le président du Conseil départemental du Haut-Rhin, Eric Straumann. Clarisse n'entend pas pour autant se laisser griser par ce fort potentiel de clientèle. « J'espère déjà que les producteurs qui sont présents dans la boutique resteront. Nous les avons choisis parce qu'ils sont bons. Ils n'ont pas besoin de nous pour vendre leurs produits », souligne-t-elle avec lucidité. Elle estime néanmoins qu'il y a de la place pour tout le monde sur ce créneau des filières courtes. « Quand elle a pris connaissance de notre projet, la boucherie située en face a commencé à s'inquiéter pour son activité. Je lui ai expliqué qu'on était complémentaires, et pas concurrents. Aujourd'hui, les produits écoulés en circuits courts sont en position de force auprès des consommateurs. Ils sont de plus en plus nombreux à rechercher la qualité et la proximité dans les produits qu'ils achètent », justifie-t-elle. Dix emplois créés C'est dans cet esprit qu'est née l'idée d'adosser un restaurant proposant une cuisine constituée uniquement de produits locaux, ou presque. « Il y a bien sûr quelques ingrédients qu'on doit chercher ailleurs comme le beurre ou la crème. Il n'y a malheureusement pas suffisamment de volume produit à proximité pour répondre à nos besoins », explique Pauline. Qui dit produits locaux et de saison, dit aussi menus de saison. Depuis l'ouverture le 4 mai dernier, on retrouve ainsi beaucoup de spécialités à base d'asperges. Logique, encore une fois, vu l'identité des propriétaires. Mais ce ne sont pas ces « 3 Alsaciennes » qui tiennent les fourneaux. « À part des pâtes au beurre, je ne sais pas faire grand-chose », glisse Pauline d'un air amusé. « Ce que nous voulons, c'est créer un lieu qui vit de lui-même, avec des personnes qui sauront le valoriser au maximum », complète Clarisse. Elle peut compter sur le chef Joël Tournier, qui a officié à l'Arbre Vert d'Ammerschwihr pendant plus de vingt ans. À travers sa cuisine, il entend revisiter des plats traditionnels tout en proposant des menus plus « classiques » aux 120 couverts (90 en salle et 30 en terrasse) que compte le restaurant. Il peut s'appuyer sur une équipe de commis de cuisine et de serveurs recrutés spécialement pour l'occasion. Au total, ce sont dix postes à temps plein qui ont été créés entre le restaurant, le nouveau magasin de vente et le local de transformation. « Avant, on avait qu'un employé à temps plein, ça fait un sacré changement ! Mais on sait pourquoi on a fait tout ça », témoigne Pauline. Et ce n'est pas fini. La jeune agricultrice a une autre idée qui lui trotte dans la tête : un drive fermier. « Ce n'est pas pour tout de suite, mais j'y pense. Quand j'aurai un peu plus de temps disponible, je pourrai m'y consacrer. » Pour sa maman, ce drive est une suite « logique » de tout ce qui a été entrepris au sein de l'exploitation familiale. « Les modes de consommation évoluent. Si les gens sont favorables aux circuits courts, ils n'ont pas forcément le temps d'aller dans différents endroits pour faire leurs achats. Avec ce concept, on peut leur proposer de bons produits au même endroit, faciles à commander et rapides à récupérer. C'est un marché porteur, j'en suis convaincue. » La « nouvelle aventure » des « 3 Alsaciennes » n'est pas près de se terminer.

Publié le 25/05/2016

Afin de se mettre en conformité avec la fusion des régions, les Safer Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine ont décidé de procéder au regroupement des trois entités en une seule, et ce, au plus tard le 1er juillet 2017. Cette décision a été approuvée à l'unanimité des actionnaires présents de la Safer Alsace.

« La Safer Alsace est en train de vivre son dernier exercice sous la configuration actuelle », prévient le président Marc Moser. Mais il rassure : « Nos comités techniques resteront départementaux dans l'organisation de la Safer Grand Est. C'est la meilleure garantie pour répondre de manière adaptée aux enjeux locaux. » Avant de demander l'approbation de cette décision, la parole a été donnée aux invités de cette assemblée générale. Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, confirme la nécessité d'un ancrage territorial : « La Safer est l'un des acteurs incontournables du territoire. Il faut que le travail fait ici soit au plus proche des attentes de l'économie et des citoyens. La Safer a un rôle politique aussi, en relation quotidienne avec les collectivités, les partenaires. La Safer doit pouvoir anticiper l'avenir, avoir une vision à long terme par son action et les compensations environnementales que l'on peut envisager dès aujourd'hui. Il faut qu'elle continue à donner de la compétitivité aux exploitations. Vous le faites beaucoup en viticulture, pourquoi ne pas aller plus loin en agriculture ? » « La régionalisation est complexe, mais pas insurmontable » Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d'Alsace, souligne la qualité historique de ce moment pour la Safer Alsace. Il balaie l'idée d'une baisse de pouvoir de l'Alsace : « Le poids de l'Alsace est celui que l'on veut lui donner. La grande région a un mérite : nous fédérer entre le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. L'identité alsacienne est en train de se renforcer dans cette grande région. La filière végétale est malmenée, la production animale est devenue complexe avec la fin des quotas laitiers. Il est important d'avoir auprès de nous une Safer dynamique. On peut définir des politiques régionales tout en gardant un ancrage territorial de proximité. La régionalisation est complexe, mais pas insurmontable. » Pour la directrice de la fédération nationale des Safer, Muriel Gozal, ce passage de 26 à 13 Safer dans notre pays est un « moment historique, surtout pas un enterrement. Il y a des perspectives intéressantes pour cette nouvelle échelle. Il faut en tirer le meilleur parti possible. Vous avez un marché qui se ferme, un parcellaire très atomisé, des transactions réalisées de manière complexe, on comprend l'importance de la dynamique de la Safer qui permet que les mutations aient lieu de manière coordonnée. Les missions de la Safer sont de donner accès au foncier aux porteurs de projet : pouvoir en devenir propriétaire ou le bénéficiaire, le renouvellement des générations, accompagner les stratégies des territoires et des filières. Les modèles agricoles sont divers. Il faut faire du sur-mesure. » Conserver la souveraineté alimentaire de la France Muriel Gozal a répondu à deux sujets abordés lors de l'assemblée générale. Concernant le portage de foncier, Franck Sander considère que « certains agriculteurs ne peuvent pas ou ne souhaitent plus acheter du foncier ». « La question du financement se pose dans tous les dossiers, estime Muriel Gozal. Des portages de court terme, de moyen terme et de long terme peuvent être proposés. On peut être agriculteur sans être propriétaire. Mais nous devons être attentifs : la prise de décision doit rester au chef d'exploitation. Pourquoi pas des apporteurs de capitaux, mais le centre de décision doit rester au chef d'exploitation. » Ceci est en lien avec le deuxième sujet plusieurs fois évoqué par les intervenants : l'acquisition par une société chinoise de nombreuses terres agricoles dans l'Indre : « En quatre à cinq transactions, 1 700 ha ont été acquis, sans aucune possibilité de contrôle. Le risque est de perdre notre souveraineté alimentaire. Il faut que nous gardions une cohérence tout en nous dotant d'outils d'intervention plus modernes. » Marc Moser conclut en précisant que « le législateur est en pleine réflexion pour faire évoluer les textes pour plus de transparence au niveau de ces pratiques ».

Mutualité sociale agricole d'Alsace

Agir quand l'aide financière ne suffit plus

Publié le 25/05/2016

La MSA d'Alsace a choisi de tenir sa traditionnelle conférence de presse à la ferme Malaitis de Jebsheim. Après un incendie et pour faire face à la crise agricole, le chef de cette exploitation a accepté le soutien de la MSA.

Le matin du 20 mai, dans une exploitation portant toujours les stigmates de l'incendie de l'été dernier, le président de la Mutualité sociale agricole d'Alsace, David Herrscher, ouvre la rencontre sur le thème de la crise agricole avec ce constat : « L'Alsace est une région diversifiée en termes de filières, ce qui nous permettait de maintenir des revenus décents. 2015 est la première année où les revenus ont chuté à tel point que beaucoup d'exploitants ont rencontré des difficultés. » Pour répondre à cette baisse de revenus, la MSA a mis en place plusieurs dispositifs : la modulation des cotisations, le changement d'assiette pour le calcul des cotisations (se baser sur l'année précédente plutôt que sur les trois dernières années) et des délais de paiement. Le gouvernement a annoncé en février dernier des mesures complémentaires pour les chefs d'exploitation : la baisse de 7 points de cotisation d'assurance maladie et maternité (Amexa) pour l'année 2016 et le report de cotisations. Un cyclone sur les revenus En termes d'aide financière, la prime d'activité, lancée le 1er janvier dernier, est malheureusement victime de son succès. Pascal Cormery, président de la Caisse centrale de la MSA qui prenait part à cette conférence de presse, s'en désole : « Les pouvoirs publics prévoyaient 60 000 demandes, nous en sommes à 140 000. Soit plus de 5 000 demandes par semaine en France. La prime est demandée à 40 % par des exploitants agricoles et 60 % par des salariés. Et ce, pour espérer seulement autour de 250 euros ! Même si je reste optimiste, actuellement, c'est un vrai cyclone en termes de revenu. » Parfois, le soutien financier ou l'étalement des cotisations ne suffisent plus. « L'isolement peut entraîner des catastrophes familiales, affirme David Herrscher. Nous avons 528 délégués sur toute l'Alsace, ils sont les oreilles de la MSA, un relais indispensable pour connaître au mieux les situations du terrain. Nos conseillers sociaux ont détecté 1 200 cas de personnes en souffrance. Depuis un mois, nous avons mis en place un numéro spécial* et déjà plus de 23 appels nous sont parvenus. » « Si j'avais refusé l'aide, l'une des issues aurait pu être le suicide » Alfred Ritzenthaler, en Gaec avec son fils Yves depuis deux ans, présente son exploitation : « Elle compte 160 bêtes dont 75 vaches laitières, on produit 2 tonnes de lait par jour. On cultive une centaine d'hectares : maïs, blé et prairie. La moitié pour nourrir le bétail, le reste vendu à un négociant. Le blé est vendu à Alsépi. C'était avant le désastre. » L'an dernier un incendie a ravagé une grande partie de son exploitation. « Suite à l'appel d'un délégué de la MSA, je me suis dit ou j'accepte le soutien ou je dis non, je m'enfonce et la seule issue serait le suicide. J'ai décidé de leur faire confiance. J'ai bénéficié avec ma famille d'une aide psychologique. Cela nous a permis de remonter la pente et de retrouver confiance. » Avec d'autres personnes touchées par un accident de la vie, Alfred Ritzenthaler suit le « Parcours confiance ». « Cela m'a permis d'avoir à nouveau le goût de travailler. Grâce à la MSA, nous sommes ici et nous croyons à l'avenir. » L'avenir est représenté par ses fils, Yves et Lucas, avec qui il projette de reconstruire une nouvelle exploitation. Yves a bénéficié du « Passeport avenir jeunes », une enveloppe de 2 000 € destinée aux jeunes qui s'installent pour l'aide au financement d'une formation, d'un salarié, d'une mutuelle, de vacances… Les présidents des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, Thomas Gillig et Christophe Bitsch, soulignent le rôle essentiel de la MSA lors de l'installation, notamment grâce à cette aide. « On ne pourra pas aider si les prix agricoles n'augmentent pas », alerte Pascal Cormery. Pour autant, « la priorité est la prévention et la détection. Si l'agriculteur refuse, on est dans l'incapacité d'intervenir. » Le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass, salue le courage de ce témoignage et la capacité de l'agriculteur à rebondir. « On passe plus qu'une crise, c'est une mutation ». Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, s'accorde pour dire que l'agriculture est en mutation : « C'est un choc dans le monde agricole que nous ne pourrons pas gérer avec des pansements, il faut réorienter ».  Pas de bénévolat obligatoire pour les bénéficiaires du RSA affiliés à la MSA Éric Straumann, président du Conseil départemental, présente les liens entre le Département et la MSA : « Nous avons ensemble une convention de gestion du RSA : 200 bénéficiaires relèvent de la MSA, pour 20 000 bénéficiaires au total dans le Haut-Rhin et 30 000 dans le Bas-Rhin. Je précise que les heures de bénévolat ne les concerneront pas. Nous soutenons l'entreprise Germa qui met à disposition de l'agriculture du personnel en insertion. Nous menons des actions de prévention auprès des personnes âgées dans le secteur rural par un versement de 14 000 € à la MSA. Nous avons également des actions communes comme la protection maternelle et infantile et le service de remplacement du Haut-Rhin subventionné à hauteur de 8 000 €. La loi NOTRe ne nous permet plus d'effectuer des aides directes à l'agriculture, mais nous la soutenons à travers les Gerplan, les marchés paysans, l'abattoir départemental. Le Conseil départemental est à l'écoute du monde rural, avec les moyens dont il dispose, pour maintenir une agriculture de qualité. »

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