Vigne

Publié le 03/02/2020

André Klein est passionné par l’histoire de Scherwiller, donc par celle de ses viticulteurs. Il en conserve toutes les preuves imprimées.

« Je m’intéresse à l’histoire locale. » André Klein a la formule laconique et modeste pour résumer son penchant de toujours pour la petite histoire de sa commune, Scherwiller, où il est né en 1956. « Je suis un grand conservateur », rigole-t-il. Pas un article dans un journal, quotidien ou professionnel, traitant de près ou de loin de la vie de la commune ne lui échappe. Il les découpe tous sans exception, les classe par ordre chronologique. Ses archives pourraient meubler des pièces entières. En attendant, elles remplissent de grands classeurs. André en a plus particulièrement préparé un. Un gros, de couleur verte. Il est consacré à la viticulture locale. « Cette profession fournit chaque année son lot d’événements », commente André. Remontons l’histoire avec lui. Tenez, savez-vous à quelle date le ban des vendanges a-t-il été ouvert en 1808 ? C’était le 24 septembre. Et même le 19 en 1862 ! En 1818, « le vin est excellent, mais pas abondant ». En 1854, le vignoble subit « une grande sécheresse ». « J’ai trouvé tout cela dans le livre journalier d’une famille de viticulteurs locaux. Il couvre toute la période de 1808 à 1878 », précise André. En 1816, le raisin gèle et certains retardent les premiers coups de sécateur après le 1er novembre. En 1838, c’est le conseil municipal avec le maire Vogel à sa tête qui décide le 1er octobre de fixer l’ouverture des vendanges au 5, car « les raisins sont à leur point de maturité et leur état ne permet plus de retarder » l’échéance. En 1899, les 50 hl étaient payés entre 14,40 et 15 marks. L’archive la plus ancienne témoigne qu’en 1760, Scherwiller s’étend sur 3 520 arpents de terre (un arpent = 24 ares) dont 1 014 de terres, 246 de prés et 583 de vignes. Plus proche du XXIe siècle, un document de la famille Sohler récapitule les mouvements d’entrée et de sortie des vins en 1942 et un fascicule vendu en 1981 par les écoliers reprend les chiffres de la récolte par cépage communiqués par le syndicat viticole. De multiples collections André Klein n’est pas issu d’une famille viticole. Il a mené une carrière d’agent à la SNCF, comme déjà son père. Ce dernier lui a laissé 20 ares de vignes en héritage. Deux parcelles, une de plaine, l’autre plus en coteau. « Je m’en suis occupé une vingtaine d’années avec un motoculteur pour principal outil. J’en livrais le raisin à deux négociants. Aujourd’hui, elles sont louées avec la perspective de les vendre. Je sais ce que c’est que la vigne », raconte André. S’il n’a jamais élaboré qu’un peu de vin issu de riesling et d’auxerrois pour sa consommation personnelle à l’aide d’un pressoir vertical fixe en béton, André collectionne volontiers tout ce qui s’y rapporte. Il conserve précieusement sous boîte les bouchons personnalisés par des domaines alsaciens comme ceux d’autres vignobles, du petit matériel comme des serpettes, des outils de tonnelier ou de rares verrous de tonneau avec leur clé. Il a surtout rassemblé des centaines d’étiquettes dont la plus ancienne de la maison Bléger, sans millésime, apposée sur une bouteille dans les années 1930. Il garde précieusement toutes celles des viticulteurs qui ont arrêté la bouteille, comme les Palmer, Dillenseger, Ernst ou Zobler. André poursuit sa quête même si les nouvelles étiquettes autocollantes ne lui facilitent pas la tâche. « Celles du domaine Jean-Paul Schmitt s’enlèvent le mieux », avoue-t-il. Pour les autres, André a sa petite astuce. Il place les bouteilles dans un four encore chaud d’une cuisson récente. Un grattoir règle l’affaire. En bon Scherwillerois, André Klein est fier que les viticulteurs locaux produisent un riesling réputé. « Les journaux le citaient déjà dans les années 1900. De grands noms du négoce alsacien, du sud comme du nord, venaient s’approvisionner ici. Ils chargeaient des raisins recherchés pour leur acidité sur la place des charpentiers (ou place Foch) où les livreurs se donnaient rendez-vous. Les charrettes chargées de raisin et, par les plus malins, de tous les objets lourds possibles passaient une première fois sur la balance publique. Elles étaient déchargées à la fourche avant la pesée à vide, opération pour laquelle le jeu consistait à avoir retiré les objets lourds déjà cités. La file d’attente de la pesée atteignait parfois une bonne centaine de mètres. Au fil des ans, les comportes ont remplacé les fourches, mais cette manière de livrer a duré jusqu’à la fin des années 1970 ! » Le courant commercial établi depuis plus d’un siècle perdure aujourd’hui. Il a adopté une forme plus discrète, certains viticulteurs étant devenus les intermédiaires pour mettre les comportes à disposition des vendeurs.

Publié le 01/02/2020

Agrovina reste un salon centré sur les innovations avant-gardistes. L’heure est aux solutions environnementales, comme Agrolase, cet appareil de comptage au laser des spores de mildiou et d’oïdium de l’air ambiant. Ce qui pourrait révolutionner la viticulture.

Agrovina 2020, à Martigny, a enregistré 16 500 visiteurs. Le contexte économique viticole en Suisse n’est pas bon. Il y a trois semaines, 250 vignerons genevois, valaisans et vaudois manifestaient à Berne devant leur office fédéral de l’agriculture. Les viticulteurs ont exprimé leur incompréhension : dans un pays qui consomme 2,5 Mhl (millions d’hl) de vins et qui en importe 1,7 Mhl, ils ne comprennent pas que le vrac ne s’écoule plus. Coté technique, Agrovina reste un salon particulièrement innovant. On notera parmi les innovations primées chez Albrigi un nouvel état de surface interne des cuves inox pour faciliter le nettoyage. Albrigi garantit une micro-rugosité minimale de manière à limiter les accrochages de tarte. Le brevet ne dit pas si la finition est de l’électropolissage, du polissage diamant ou du microbillage. La deuxième innovation primée vient de chez Felco, le fabricant de sécateurs : Digivitis est un bracelet pour la taille, les travaux à effectuer, les piquets, les fils cassés ou manquants, etc. Ce qui intéresse les gestionnaires viticoles quand la taille des exploitations devient importante et que la taille devient le seul passage non mécanisé dans les vignes… La troisième innovation, Agrolase, va peut-être révolutionner les modèles de prévision d’attaque de mildiou et d’oïdium. Jusqu’à présent, les modèles peuvent prévoir une attaque sur la base de données météo. Il peut y avoir le cas où les données climatiques sont favorables, mais il n’y a pourtant pas d’attaque effective, ce qui peut induire un traitement inutile. Pour une raison x ou y, les conditions météo favorables à la maladie n’ont pas été suivies de sporulation et de contamination. C’est ce à quoi s’attaque Agrolase. La technologie mesure le nombre de spores de mildiou et d’oïdium dans l’air ambiant : un pas de plus vers la fiabilité des outils prédictifs. Les chercheurs du département de physique appliquée de l’université de Genève, Jean-Pierre Wolf et Jérôme Kasparian, utilisent la néphélométrie par diffraction laser et holographie. La connaissance en temps réel de la sporée de mildiou et d’oïdium devient un outil qui permet de connaître précisément la pression en maladie et d’adapter la stratégie chimique. Une fois l’information recueillie, il y a ensuite quatre jours minimum d’incubation pour le mildiou et donc quatre jours minimum pour adapter sa stratégie à la pression observée.

Publié le 23/01/2020

Dans cet article, retrouvez le point de vue de trois acteurs de la filière viticole alsacienne. Le Groupement des producteurs négociants du vignoble alsacien (GPNVA), par la voix de son président Pierre Heydt-Trimbach, réclame des rendements de production pour 2020 adaptés à la situation de la filière des vins d’Alsace en situation d’excédent qu’elle peine à résorber. Il veut adresser un signal qualitatif aux marchés.

Les discussions entre familles professionnelles du vignoble se poursuivent en ce début d’année afin de dégager un consensus sur les conditions de production 2020. Elles devraient être présentées en mars prochain devant le Comité vins de l’Inao. Dans le processus décisionnel, les conditions de production doivent d’abord être définies en Conseil d’administration de l’Ava ; puis être ratifiées en assemblée générale de l’Ava. Ensuite, le Crinao (Comité régional de l’Inao) doit entériner ce vote. C’est à ce stade que la famille des négociants peut exprimer ses souhaits. Mieux vaut donc que les parties prenantes du vignoble se soient mises d’accord en amont, plutôt que d’arriver devant le comité national de l’Inao en ordre dispersé. Rappelons aussi que ce sont les Ministères de l’économie et des finances, de l’agriculture, de l’action et des comptes publics, qui apposent finalement leurs signatures pour une parution au Journal officiel. 300 000 hl de trop en 2019 et 2018 Avec ses 15 500 ha, le vignoble alsacien dispose d’une capacité maximale de production de près de 1,2 million d’hl s’il applique les plafonds de rendement autorisés jusqu’alors. Depuis 20 ans, sa capacité de mise en marché a diminué linéairement de 1 % par an pour atteindre 907 000 hl en janvier 2019, puis a légèrement remonté à 928 000 hl en novembre 2019. Cette situation entraîne mécaniquement un excédent structurel de 100 000 hl en 2019, après encore 200 000 hl en 2018. Le 7 janvier en Conseil d’administration de l’Ava, les discussions ont été particulièrement âpres. Au terme des échanges (lire encadré), le Conseil d’administration de l’Ava, qui représente la production, a dégagé un consensus sur un « rendement moyen d’exploitation à 75 hl/ha, une réduction des butoirs des pinots gris et des gewurztraminers à 70 hl/ha, assorti d’un Volume complémentaire individuel (VCI) de 5 hl sur chacun de ces cépages ». « On est déjà dans le mur » Pour le négoce alsacien, « Les grandes maisons d’Alsace », le compte n’y est pas. La proposition de la production ne permet en aucun cas de régler les problèmes d’excédents structurels. « Des mesures drastiques sont impératives, on est déjà dans le mur », souligne Pierre Heydt-Trimbach, président du GPNVA, qui admet cependant que « la situation est compliquée ». « Nous avions alerté en juin 2018 avec le potentiel de récolte 2018 qui s’annonçait » à près de 1,2 Mhl. À l’époque, rappelle-t-il, la solution retenue et préconisée par l’Ava était le blocage interprofessionnel. « Mais ça ne résout en rien la question des excédents de stocks. » Et, « le débat avait été un peu rapidement évacué au motif qu’il y avait besoin de vin, qu’il y avait des investissements dans la distribution et la commercialisation. Et puis, on entendait : il n’y a qu’à vendre, déplore-t-il. Beaucoup d’entre-nous se décarcassent pourtant pour vendre. Le marché est compliqué. » Il cite en exemple les taxes Trump aux États-Unis ou les appels d’offres qui oscillent entre 2 et 5 €/col au Canada. Hybrides, sucrage-mouillage et rendements à 100 hl Dans son histoire récente, le vignoble alsacien se confronte par deux fois à des décisions drastiques sur ses conditions de production. À la fin des années 1920, il s’agit d’abandonner les cépages hybrides qu’un certain Gustave Burger tient à conserver. Se pose dans les mêmes idéaux productifs, la question du sucrage-mouillage, abandonnée seulement en 1964. Tardivement donc au regard des autres appellations françaises. Aujourd’hui, se pose également au vignoble la question de l’abandon « d’un réflexe productif » sur ses choix de rendements pour « adresser un message qualitatif aux marchés ». Pour le négoce alsacien, il en va de la « crédibilité face aux marchés. Il faut leur apporter des garanties ». En clair, les rendements à 80 hl par exploitation et des butoirs permettant sur certaines parcelles d’atteindre les 100 hl, avec des systèmes de « vases communicants », « ne sont plus tenables ». Notre voie, poursuit Pierre Heydt-Trimbach, « c’est d’inverser la tendance, d’augmenter nos prix de vente pour pouvoir payer mieux les raisins. » Sauf, admet-il, que « c’est facile à dire et pas facile à faire ». Les outils de pilotage pour adapter les volumes produits aux capacités de mise en marché, comme les Déclarations récapitulatives mensuelles (DRM) dématérialisées, devraient rapidement donner plus de visibilité et renseigner sur les stocks exacts de chaque entreprise, estime Pierre Heydt-Trimbach. Plus de vases communicants Le négoce alsacien demande donc de se diriger vers un rendement par cépage et d’abandonner les mécanismes compensatoires qui autorisent des parcelles à forts rendements. « Notre solution, souligne Pierre Heydt-Trimbach, c’est de produire moins, surtout en pinot gris et en gewurztraminer, de supprimer les rendements butoirs et les édel replis. En clair, d’éviter qu’avec 50 hl/ha en gewurztraminer, on puisse faire 100 hl/ha en pinot blanc. » Face aux difficultés du marché, le négoce demande d’ouvrir les débats qui, pour l’heure, se heurtent à des fins de non-recevoir : le BIB sur certains cépages, officialiser les assemblages 85-15 intercépages, autoriser les cuvées bicépage et tricépage. La question du pinot noir est aussi sur la table. « Le vignoble a un avenir », estime-t-il, s’il adresse un « signal qualitatif » et s’engage résolument sur 60 hl/ha, en réservant les 75 hl/ha à la seule production de rosés. Les exigences sont fortes, mais Pierre Heydt-Trimbach estime que les réponses doivent être à la hauteur du problème. « Cela fait plus de 40 ans que je suis dans le métier, je ne m’imaginais pas que le vignoble vivrait une crise d'une telle ampleur à l’aube de ma retraite. »   Lire aussi : « 1 028 000 hl produits en 2019, vers les 75 hl/ha en 2020 », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ; « Vers une prise en compte des volumes commercialisés », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ; « Ce sera « 80 hl/ha pour calmer le jeu » », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.  

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