Vigne

Publié le 06/01/2020

Christian d’Andlau Hombourg est un noble, viticulteur au profil atypique. Il donne procuration pour qu’on lui produise « son » vin.

À peine poussé la porte du salon de réception du château d’Ittenwiller, Christian d’Andlau Hombourg propose à son hôte un verre de gewurztraminer millésime 2015 de sa facture. L’entrée en matière est comme l’homme : sans fioriture. Christian d’Andlau, comte de son état, a la culture du vin. « On m’a raconté que j’aurais vidé mon premier verre à l’âge d’un an et demi ! J’ai été surpris à faire les fonds de verre sur la table, après déjeuner. Plus sérieusement, j’avais 13 ans quand mon grand-père a demandé qu’un verre de vin me soit servi à chaque repas. Je devais m’habituer au vin, disait-il. Depuis, il y a toujours du vin sur ma table. » Pour dix bouteilles débouchées, neuf sont des Alsace. « Parce que nous sommes Alsaciens. Le goût est une question d’habitude », explique le comte. Il avoue une petite faiblesse pour le sylvaner car c’est le « moins alcoolisé, le plus fruité et qu’il est sans prétention ». Mais il apprécie aussi beaucoup le riesling et le gewurztraminer. « Lorsque je reçois mes invités, je sors en général un riesling grand cru. Un vin sans concession, bien carré. C’est ce que je préfère. » Calé dans un fauteuil, Christian d’Andlau parle posément et de manière détaillée. Roland, son père, est alsacien et sa mère américaine. Il est élevé en Suisse et passe sa maîtrise de droit. Il met fin à sa carrière de juriste financier en 2002. Depuis, il se consacre à des bonnes œuvres. « Moi, ce qui m’intéresse, c’est la politique, les lépreux, les esclaves en Afrique et la protection animale », résume-t-il. La vigne et le vin font aussi partie de cette vie. Le comte est moins technicien de la vigne et du vin que très attaché à son patrimoine. « Il m’arrive de me présenter comme viticulteur. Cela simplifie les choses. Il y a mon nom sur les étiquettes de mes bouteilles », fait-il remarquer. Un peu à l’écart de la route qui mène de Saint-Pierre à Eichhoffen, la propriété du château d’Ittenwiller compte quelques 30 ha de terres et 3 ha de vignes. En 1974, Roland d’Andlau dénonce le bail de location et remplace le sylvaner par du pinot gris et du gewurztraminer. « Il s’est investi pendant dix ans pour sauver les vignes du domaine. Avec le recul, il a été visionnaire. Il voulait encourager la qualité. C’est aussi pour cela qu’il a relancé la confrérie des Hospitaliers du Haut-Andlau », dit son fils. Celui-ci n’exploite plus directement les vignes du domaine. Sur décision d’une majorité des membres du conseil de famille, elles ont été redonnées en fermage à un viticulteur coopérateur. « Du vin de Paris » Cet épisode ne décourage pas Christian d’Andlau. Avec son épouse, il monte son vignoble personnel. Le couple achète, seul, avec des partenaires ou des relations, des parcelles à Itterswiller, Eichhoffen, Andlau, Mittelbergheim, Barr et Obernai, en privilégiant lieux-dits et grands crus. Il ne déroge pas à la formule déjà en vigueur du temps de Roland d’Andlau : « confier tout ce qui est possible à des prestataires de services », de la taille jusqu’à la vinification. « À un moment, il y avait un arrangement avec la cave de Barr-Obernai. Elle venait remplir avec du sylvaner et du riesling les tonneaux de la cave aujourd’hui désaffectée de notre château du XVIIe siècle », se rappelle Christian d’Andlau. Aujourd’hui, c’est Xavier, 42 ans, le fils adoptif du comte, qui a repris la gestion des activités viticoles. « Il a fait des études dans ce domaine », précise son père qui n’hésite pas, quant à lui, à faire la promotion de ses crus partout où il passe. Il choisit volontiers parmi ses nombreuses cartes de visite, celle sur laquelle il a fait imprimer « Comte et comtesse Christian d’Andlau Hombourg vins d’Alsace ». Le problème n’est donc pas « de vendre. Nous avons un carnet d’adresses que l’on n’imagine pas », lâche encore le comte. Il n’est pas rare de croiser Christian d’Andlau au chapitre de l’une ou l’autre confrérie alsacienne. Parce qu’il en est membre, ou par « pure amitié ». Le reste de son agenda se partage entre ses nombreux déplacements, son château alsacien et sa demeure parisienne. En 2005, il ne résiste pas à la tentation de planter en son jardin de la capitale 450 pieds de pinots blanc et noir nés dans une pépinière alsacienne. Xavier produit donc chaque année 300 bouteilles d’effervescent de Bagatelle, un vin de France, blanc et rosé. « C’est du vin de Paris », s’exclame Christian d’Andlau. « On n’en parle pas assez aux touristes étrangers. Au moins un sur deux visite Paris. Alors, avec un tel vin, vous faites un tabac. »

Publié le 02/01/2020

La Région Grand Est a signé avec les représentants des interprofessions le contrat de filière viticulture du Grand Est pour 2019-2021. Trois priorités d’actions sont fixées : la compétitivité et la durabilité des exploitations viticoles, l’export et l’œnotourisme.

Jean Rottner, président de la Région Grand Est, aux côtés de Pascale Gaillot, vice-présidente de la Région en charge de l’agriculture et de la viticulture, et de Jackie Helfgott, président de la Commission tourisme, a signé, mardi 17 décembre 2019, à Metz, le contrat de filière viticulture du Grand Est 2019-2021 avec les représentants des interprofessions*. Ce contrat, signé pour trois ans, définit les orientations stratégiques et les priorités d’actions à mener en s’appuyant sur les trois axes suivants : La compétitivité et la durabilité des exploitations viticoles. Il s’agit de préserver le potentiel qualitatif et quantitatif de la récolte et de soutenir le développement économique des exploitations (soutien à l’installation, à la formation, à l’investissement…), de promouvoir les programmes de recherche, d’expérimentation et d’innovation pour répondre aux enjeux de durabilité de la viticulture et enfin, d’accompagner les changements de pratiques dans le cadre de la transition environnementale des vignobles. L’ambition est de tendre vers 0 % d’herbicide à l’horizon 2025. La Région entend faire de la filière viticole un acteur régional incontournable de la bioéconomie. L’export. L’objectif est de promouvoir et développer la présence des vins du Grand Est à l’international : un enjeu fort pour la compétitivité des entreprises et l’attractivité du territoire. La Région peut s’appuyer sur son dispositif Be Export, en vigueur depuis 2018, et qui a déjà permis d’accompagner une trentaine de vignerons et coopératives sur des salons professionnels internationaux ou opérations de « tasting » à l’étranger. L’œnotourisme. Les vignobles du Grand Est présentent, outre des produits de qualité, des patrimoines et des paysages remarquables. Leur mise en tourisme autour d’une offre œnotouristique attractive représente une opportunité majeure pour la promotion et la vente des vins en direct par les viticulteurs. L’intervention régionale portera notamment sur le développement des infrastructures d’accueil dans les exploitations viticoles. Les acteurs de la filière seront associés aux pactes de destination régionaux en vue de promouvoir les vins des vignobles du Grand Est. La Région et ses partenaires porteront également des actions de formations au plus près des besoins.     En signant un contrat de filière avec la viticulture nous prenons un engagement fort : plus aucun herbicide chimique dans nos vignes à partir de 2025 ! Nous sommes la seule région en France à assurer cette transition écologique. ⁦@VinsAlsace⁩ ⁦@Champagne⁩ pic.twitter.com/IFkLJ2H451 — Jean ROTTNER (@JeanROTTNER) December 17, 2019

Publié le 14/12/2019

À Hunawihr, le domaine François Schwach profite de la fête de Noël pour animer son caveau de façon minimaliste, mais pertinente.

Quatre fois en décembre, le mardi en début d’après-midi et le jeudi en fin de matinée, le domaine François Schwach organise le « temps de la gourmandise ». Son concept est des plus simples. Ludovic Hypolite, le responsable commercial, guide un tour de cave en cinq étapes et quelque quarante minutes. De retour au caveau où un sapin expose ses boules rouges et ses guirlandes argentées, les participants s’attablent pour déguster des bredeles de Noël accompagnés d’un vendanges tardives. « Des collègues jouent sur la décoration et théâtralisent la chose. Il faut en avoir l’envie et le temps. Je préfère me concentrer sur l’échange avec les personnes », affirme Ludovic. La dégustation peut prendre une demi-heure, mais aussi jusqu’à deux heures, selon l’intérêt manifesté. Pour simplifier la gestion du moment, aucune réservation n’est demandée. « La visite est effective dès l’arrivée d’une seule personne. Au plus, il y en a eu huit et au total une trentaine de personnes sur toutes les dates proposées en 2018. » Le choix a été fait de faire payer 7 €/tête à l’issue du passage au caveau. « Mobiliser un salarié représente un coût. Les participants sont bien souvent des étrangers. Mettre un prix ne dérange pas. C’est une activité où, comme pour aller au musée, on paye son billet d’entrée », justifie Ludovic. Le positionnement des dates en semaine et en journée, hors congés scolaires, interpelle. « Les vacances correspondent à un pic de passage au caveau qui nous interdit de nous consacrer à ce type d’accueil. Nous ciblons les gens qui séjournent à proximité, qui veulent s’éloigner de la foule, prendre leur temps, qui recherchent autre chose que de fréquenter un marché de Noël. Cette clientèle existe. Elle souhaite connaître les coulisses du travail du viticulteur, échanger sur la dégustation au chaud, installée au caveau », explique Ludovic qui s’est forgé sa conviction lors d’une précédente expérience dans l’hôtellerie. Cet après-midi, Jean-Claude et Monique confirment cette impression à leur manière. Ils habitent le Sundgau. Devant une assiette de bredeles au beurre, aux noisettes et au miel-café, Jean-Claude confie que, comme Ludovic, il apprécie « les vins avec de la minéralité », à l’image du riesling Muehlforst 2015 qu’il a dans son verre. Il délaisse volontairement le pinot blanc mais est un peu marri d’apprendre que le muscat médaillé 2015 qu’il demande est épuisé. « Je vous verse du 2018. Il est un peu plus frais en bouche, plus sec », enchaîne Ludovic. Il sert enfin au couple un gewurztraminer vendanges tardives Kaefferkopf 2008 à 30 € la bouteille. Jean-Claude et Monique rivalisent d’adjectifs élogieux pour qualifier le nectar. Il n’était pas dans leur intention de départ d’en acheter. Mais ils en prendront une bouteille. Un panier moyen de 135 € La plus modeste des dégustations prévoit cinq vins, dont deux crémants, la spécialité de la maison qui en a cinq sur sa carte. « Deux des trois vins restants sont fonction du goût des participants. Mais dépasser cinq vins n’est pas un problème. Tous sont disponibles. Il y a tout le temps des bouteilles ouvertes. Je propose des vins de cépage aux non connaisseurs, les vins de terroir aux amateurs. Je les sers le plus souvent au bar car il induit plus de proximité entre les clients et moi », précise Ludovic. Il laisse toujours la personne qui déguste se faire son propre avis sur le nez, le palais du vin servi. Il intervient ensuite pour le raccrocher souvent à la géologie qui est à l’origine de sa naissance. 95 % des gens ayant participé à la visite et à la dégustation repartent avec des bouteilles, immanquablement choisies parmi celles ayant été dégustées. À Noël, le domaine réalise 30 % de ses ventes par expédition et 15 % de son chiffre d’affaires au caveau. La cuvée particulière de gewurztraminer à 13 € et le crémant blanc de blancs à 8,50 € constituent les meilleures ventes. Le prix moyen à la bouteille s’affiche à 11 € à Noël contre 10,40 € en août. Le panier moyen s’élève à 135 €, 15 € de plus qu’en août. L’an prochain, l’opération ne se contentera plus seulement de figurer dans le calendrier imprimé de l’office de tourisme de Ribeauvillé et diffusé sur les réseaux sociaux. Ludovic l’annoncera en 2020 sur les dépliants du domaine distribués aux hôteliers de la région colmarienne qui achètent ses vins. L’offre sera complétée par le « moment d’exception » que doit constituer un accord mets/vins avec foie gras et caviar à 59 €/personne. Début janvier, le « temps de la gourmandise » se transforme en « petite année », en référence à la période des douze jours qui suivent Noël. Le scénario est le même, sauf que les bredeles sont remplacés par une galette des rois.

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