Le nouveau marketing du Civa
Sans tabou…
Le nouveau marketing du Civa
Publié le 09/12/2019
Après la nouvelle campagne du Civa, le temps est venu désormais de « déployer un plan de transformation du vignoble alsacien au service de son image, de sa performance économique et émotionnelle ».
La finalité, explique Philippe Bouvet, directeur marketing, « c’est la pérennité du vignoble, et de laisser une trace dans le cœur de nos consommateurs, de nos distributeurs ». Il invite donc le vignoble à s’approprier le discours porté par la nouvelle campagne. Quelques grands principes de base guident la nouvelle stratégie. La reconquête des vins d’Alsace vise d’abord le marché national pour « être bon à domicile ». « Si on n’est pas fichu de déplacer Millésimes Alsace de Colmar à Strasbourg, arrêtons de dire qu’on a de l’ambition », glisse un brin agacé Philippe Bouvet. La nouvelle stratégie vise à « élargir la clientèle des vins d’Alsace ». Car l’analyse du marché met en évidence qu’il y a « beaucoup plus de gens qui n’achètent pas de vins d’Alsace que des gens qui en achètent ». Et pour rendre plus visible les vins d’Alsace, l’objectif est « d’élargir notre prise de parole et la portée de nos actions auprès de ceux qui nous font vivre, nos clients », explique le directeur. Or, « pour l’image et la visibilité des vins d’Alsace, le recrutement de nouveaux consommateurs, et pour les volumes à mettre en marché sans les opposer à la valeur », il y a certains « clients clés », comme les acheteurs de la GD ou de centrales d’approvisionnement. Le service marketing a entrepris de tous les rencontrer. « On a entendu : « ça y est le Civa va travailler pour la GD ! » Mais 87 % des consommateurs de vins d’Alsace en France achètent en GD, dont 30 % exclusivement en GD ! Qu’on aime ou n’aime pas la GD, il faut y être. C’est un peu comme aimer ou ne pas aimer la pluie. » Discours catégoriel Auprès de ces acteurs importants, « les grands comptes », le service marketing tient un discours catégoriel. Philippe Bouvet s’en explique : auparavant le client était en dehors du cadre de travail interprofessionnel, « les choses étaient gérées ponctuellement ou par opportunité ». Là, il est replacé au cœur du quotidien des entreprises. « On intègre les clients dans notre stratégie, notre base de données, dans nos discours, nos actions de promotion, dans nos rendez-vous. Avec comme objectif de gagner en position, en image, en vente et en influence. » Mais l’humilité, poursuit Philippe Bouvet, impose d’avoir à l’esprit que les acheteurs « ne se lèvent pas tous les matins en pensant vin d’Alsace »… Car un acheteur chez France Boissons, Leclerc ou autres, gère « le total boisson », une catégorie qui pèse 23 Md€ dans l’univers de la GD. « Éventuellement, il gère la catégorie des boissons alcoolisées. » Et peut-être même, à un degré encore plus spécifique, la catégorie des effervescents… Mais « autant dire que les vins d’Alsace sont très loin de leur priorité » et représentent une petite partie de leur périmètre. Donc il faut se mettre en empathie, se mettre à la place de ces acheteurs avec sincérité et de manière professionnelle. Réinventer le marché du vin Cette « vraie relation » engagée par le Civa avec ces clients acheteurs donne « des retours, voire des engagements extrêmement positifs » et témoigne d’un accueil très favorable du terrain. « Une fois que le client est remis au cœur du sujet, on lui explique que la filière se réinvente, c’est le concept Alsace Rocks. […] Notre rôle, c’est de réinventer le marché du vin, s’inspirer des racines du succès de la bière, le succès des bières craft*. » Et s’inspirer des nouvelles tendances de consommation plus conviviale, plus fraîche, plus accessible… « Ça va marcher, mais il n’y a pas de miracle », prévient Philippe Bouvet. « On rabâche que les vins blancs se portent mieux, notamment les vins secs », et que les vins d’Alsace sont élaborés dans le respect de la biodiversité, de l’Homme. Bref, ce sont des vins qui ont du relief, du sens, et de l’authenticité. Et les vins d’Alsace sont « au carrefour des tendances ». Concrètement en chiffres, les vins d’Alsace ont actuellement des parts de marché supérieures au pourcentage de part de linéaires qui leur sont dédiés. Et il s’agit pour le service marketing de convaincre les acheteurs qu’il y a dans toutes les régions de France un potentiel de croissance en vins d’Alsace, pour peu qu’ils figurent en linéaire dans des proportions significatives et en lien avec leur potentiel : + 3 % de ventes en GD en Loire, et +2,5 % en Aquitaine, par exemple. Ne plus se disperser À l’export, le Civa n’entend plus disperser ses billes… « Ce n’est pas notre argent, c’est l’argent du vigneron. Ce serait faire un affront que de dépenser sans compter. Il y a des choses à optimiser », concède Philippe Bouvet. Il souhaite travailler à « budget contraint, pour stimuler la créativité ». Il appelle à redéfinir la ventilation des budgets vers « des actions plus orientées sur le business, des salons ou des actions d’image beaucoup plus en ligne avec notre positionnement ». D’où des « exigences accrues et un challenge beaucoup plus fort vis-à-vis des agences. On n’est pas là pour faire vivre des partenaires agences. On veut que l’argent dépensé soit visible par le consommateur », résume-t-il. Les nouveaux budgets consacrés à la promotion à l’export diminuent donc significativement. Trois types de marché sont distingués : « Les gros volumes comme le Benelux et l’Allemagne, les bonnes valorisations – US, UK, Japon, Italie – avec des budgets sacralisés, et les marchés médians comme les pays scandinaves. Les arbitrages budgétaires imposent de se concentrer sur ce qui créé de la valeur. » Enfin, plusieurs actions nouvelles ont été annoncées : un nouveau magazine à destination de 1 600 cavistes et restaurateurs ; un wine-truck sera mis à disposition de la profession ; un focus promotionnel lors du nouvel an chinois. Enfin, le salon Millésimes Alsace à Strasbourg devrait contribuer à renforcer la visibilité des vins d’Alsace.












