Vigne

CIVA : Quatrième contrôle de maturité

Une acidité remarquable et une maturité plutôt lente

Publié le 24/09/2019

Les caractéristiques du millésime 2019 se précisent à la lumière des résultats du quatrième contrôle de maturité en ligne sur vinsalsace.pro. L’acidité est remarquable. Mais les teneurs en malique résiduel indiquent qu’il y avait encore au 16 septembre un peu de marge de maturité.

Le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace a mis en ligne les données analytiques de maturité du quatrième contrôle qui s’est déroulé les 15 et 16 septembre. Les quatre points de contrôle permettent désormais de mieux visualiser ce millésime. La maturité des rieslings adopte désormais un comportement plus conforme à la saison. Dans l’ensemble, ils titrent entre 10 et 11,5° d’alcool potentiel avec un pH « vif » autour de 3,0, et avec encore pas mal d’acide malique, entre 2 et 4 g/l, ce qui laisse augurer d’un grand millésime pour ce cépage. Du nord au sud du vignoble, la maturité des gewurztraminers apparaît homogène autour de 13° de TAP (titre alcoométrique potentiel), ceux des zones de Piémont du Bas-Rhin ayant connu la sécheresse ont un demi point de plus. Côté acidité, les pH oscillent autour de 3,4-3,5, avec une teneur résiduelle en malique située entre 2 et 4 g/l, là aussi de bon augure pour le potentiel final. Les surprises de ce millésime viennent des pinots gris, beaucoup plus hétérogènes avec des parcelles à 11° (Rouffach, Saint Hippolyte, Kientzheim, Rodern) et d’autres à 13° ou plus (Rosheim, Eichhoffen). Globalement, les pH autour de 3,2 - 3,3 traduisent une acidité très honorable, quelles que soient les conditions hydriques. Titrant entre 12° et 13° d’alcool potentiel, les pinots noirs présentent également de beaux pH acides et des teneurs en malique résiduel plutôt élevées au-dessus de 3g/l. De Marlenheim à Wettolsheim, les sylvaners titrent entre 11° et 13° : Heiligenstein et Mittelbergheim sont autour de 13°. Les pH autour de 3,1 font étalage d’une acidité remarquable, laissant envisager un très grand millésime pour ce cépage. Les teneurs en malique plutôt élevées constatées semblent indiquer que la maturité phénolique des raisins blancs n’a pas encore atteint son optimum. Aux vendangeoirs, de nombreux vignerons observent d’ailleurs que l’écoulement est encore difficile et que les matières sont pulpeuses. C’est désormais l’état sanitaire qui va conditionner la récolte.

Domaine Mann à Eguisheim

Une identité gravée dans les terroirs

Publié le 24/09/2019

À Eguisheim, le domaine Mann a récemment inauguré son nouveau caveau écologique et sa nouvelle identité « Vignoble des Trois Terres ». Une évolution logique pour un domaine qui a fait du retour à la nature et aux terroirs le moteur de son développement depuis bientôt 30 ans.

De la pierre, du bois - beaucoup de bois - un peu de métal et une - nouvelle - identité très forte. Après deux ans de travaux, Jean-Louis, Fabienne et Sébastien Mann, à Eguisheim, peuvent enfin savourer leur nouveau caveau écologique réalisé dans l’ancienne grange de la maison familiale. Un lieu « chargé d’histoire » que la famille de vignerons a souhaité valoriser en concrétisant un projet qui soit « durable » pour les générations à venir. Du mélèze habille les murs extérieurs, du pin ceux de l’intérieur et du chêne massif recouvre les sols. Le tout garanti 100 % local et 100 % non traité. La philosophie « biodynamie » appliquée dans les vignes se retrouve très logiquement dans cet endroit conçu avant tout pour que les gens « se sentent bien ». « Tout ce qu’on a fait ici, c’est avec le cœur », résume Sébastien Mann avec enthousiasme. Accompagner la nature C’est une étape de plus dans la « révolution » que le jeune vigneron a enclenchée en 2009 lors de son arrivée sur le domaine. « Quand je me suis installé, mes parents m’ont tout de suite dit qu’ils voulaient que j’apporte ma patte. Pour eux, il était hors de question que je fasse la même chose qu’eux. » Fort de ses expériences en Champagne, dans les Côtes Rôties et à l’étranger, il se lance alors dans le défi ambitieux de faire évoluer le domaine familial en biodynamie. D’abord avec les grands crus, puis avec l’ensemble du domaine en 2010. Heureusement pour lui, il ne partait pas de zéro. En 2004, ses parents avaient converti l’exploitation familiale au bio. L’aboutissement pour eux d’un chemin démarré à la fin des années 1980 avec l’enherbement des vignes, puis avec l’arrêt des désherbages chimiques dans les années 1990. Pour Jean-Louis Mann, ce déclic « environnemental » vient de Jean Schaetzel qui dispensait des formations au lycée agricole de Rouffach. « C’est une personne référente à mes yeux. À cette époque, l’Alsace avait besoin de changer. On avait l’inspiration allemande et suisse. Il fallait qu’on aille vers autre chose, vers plus de naturel », explique-t-il. Le passage au bio représentait donc une évolution logique à ses yeux. Celui vers la biodynamie est en quelque sorte une forme d’aboutissement de cette philosophie « verte ». « Au début, on ne sait pas trop où on va. On apprend ou réapprend le cycle de la nature, celui du soleil et de la lune. Progressivement, on s’aperçoit que la nature sait faire beaucoup de choses toute seule, pour peu qu’on l’accompagne correctement. Personnellement, je ne suis pas pour amener des plantes extérieures qui risqueraient d’être trop invasives. J’estime que la nature sait faire toute seule. Elle a une expérience de plusieurs millions d’années. On veut toujours faire mieux que la nature alors qu’elle sait mieux faire que nous », poursuit Jean-Louis Mann. « Des vins qui nous ressemblent » Laisser faire ne veut pas non plus dire « ne rien faire », comme le rappelle son fils. En biodynamie, il y a des moments « phares » dans la semaine et dans la journée. Tôt le matin, c’est la préparation des vignes avec l’application de la silice de corne. Tard le soir, au calme, retour dans les vignes pour la bouse de corne. Entre les deux, de la tisane pour aider les vignes. « Ça marche vraiment bien. Chez nous, elles sont épanouies malgré la sécheresse », indique Sébastien Mann. Tout cela demande évidemment du temps pour observer et comprendre le fonctionnement des plantes. « Et plus on comprend, plus on veut en faire davantage. C’est tellement passionnant ! » Au final, l’objectif est d’obtenir des raisins de très grande qualité. « Si on a ça, on aura des grands vins. Derrière, charge à nous de peaufiner la récolte en cave. » Pour tirer toute la quintessence de ses raisins soigneusement triés par les vendangeurs, Sébastien Mann effectue un pressurage pneumatique très long, de minimum neuf heures. De cette manière, le jus est soigneusement filtré par les rafles qui font office de drain. « On récupère un jus très clair. À la fin, il ne reste que la peau et les pépins qu’on évite soigneusement d’écraser », détaille Jean-Louis Mann. Chaque vin produit est choyé comme un enfant. « Il n’y en a pas un que je préfère plus qu’un autre. Ils ont tous leurs qualités et leurs caractères. C’est à chaque fois des vins uniques, qui nous ressemblent. C’est ça le plus important. »

De l’autre côté du Rhin

Une nouvelle équipe de désherbage

Publié le 21/09/2019

Depuis avril dernier dans le vignoble de Fribourg, des moutons broutent entre les cépages. Ils sont les protagonistes d’un projet de recherche qui étudie comment les animaux de pâturage peuvent aider la viticulture.

Le projet a été présenté fin juillet à l’Institut viticole de Fribourg. La végétation dans les vignes constitue un défi permanent pour la viticulture, car elle est en concurrence avec les vignes pour l’eau et les nutriments. Les viticulteurs doivent donc désherber plusieurs fois par an, mécaniquement ou chimiquement. Ce qui représente pour eux un travail coûteux et difficile en raison de la culture en pente. Situation gagnant-gagnant Le pâturage avec des moutons pourrait y remédier, comme l’expliquent les promoteurs du projet « Win-Win-In-Weinberg » ou W3 (gagnant-gagnant dans le vignoble, en français) dans un communiqué de presse. Il permet à la fois de contrôler la croissance des autres plantes et de préserver la vie du sol. Les ovins se chargent d’éliminer l’éclosion des bourgeons. « En Autriche, dans le Südtirol, en France ainsi qu’en Allemagne, il existe déjà des pionniers qui le pratiquent avec succès », explique Nicolas Schoof, coauteur du projet et docteur à la faculté des ressources naturelles et de l’environnement de Fribourg. Jusqu’à présent cependant, il n’y avait pas de recherches concrètes sur l’utilisation des moutons dans les vignes et les vignerons n’avaient donc pas de recommandations fiables d’action. Le projet « Win-Win-In-Weinberg » commence donc en ce moment à Fribourg. Le projet de recherche vise à explorer les fondements écologiques et économiques et à les transmettre sur le terrain. « Nous fournirons des stratégies de mise en œuvre adaptées aux différents systèmes viticoles, dans lesquels les bergers joueront probablement un rôle important », promet Nicolas Schoof. Pour ce faire, les ovins pâtureront pendant quatre ans sur plusieurs parcelles expérimentales dans différentes formes de culture de la vigne. Les initiateurs du projet veulent évaluer en particulier si l’utilisation de moutons permet de réduire la durée de vie de la végétation dans les vignes et donc l’utilisation d’herbicides et de machines. Les premiers résultats sont positifs : « Nous avons observé, sur des surfaces aussi bien en pente qu’à plat, la manière dont les animaux nettoyaient les ceps de vigne et constatons qu’ils ont mangé 96 % des pousses indésirables », déclare Nicolas Schoof. « Les moutons ne touchent même pas aux raisins ou aux cèpes. » Une alternative intéressante dans les pentes abruptes Nicolas Schoof estime que le pâturage des moutons est une véritable alternative dans certaines régions. Les animaux, en particulier sur les pentes escarpées, pourraient contribuer à économiser du travail. En outre, le fauchage doit souvent se faire avec la débroussailleuse, ce qui peut blesser les ceps. « Les moutons, eux, travaillent avec plus de ménagement. » Enfin, les ovins sont également des fournisseurs potentiels de laine et de viande. Le pâturage dans les vignobles constituerait du coup une stratégie intéressante de double utilisation dont profiterait le viticulteur. Dans tous les cas, Nicolas Schoof recommande aux viticulteurs de coopérer avec un berger local. Ce dernier peut laisser quelques-uns de ses moutons sur le vignoble pendant deux à trois jours, afin qu’ils taillent et coupent les jeunes pousses. Cela aiderait les deux parties à faire des économies car un hectare de vigne coûte environ 600 euros à un viticulteur en entretien alors que vingt moutons font le même travail en quatre à cinq jours. Le berger Edgar Engist de Bollschweiler participe également au projet avec son troupeau. L’idée vient aussi de lui : il fait paître ses animaux depuis des années en hiver dans les vignobles autour de Bollschweiler, notamment parce que les pâturages pour ses animaux sont de plus en plus rares. Avec Nicolas Schoof, il a lancé le projet. L’universitaire en est d’ailleurs convaincu : on peut aussi laisser le mouton dans le vignoble toute l’année. Cependant, cela augmente la charge de travail car « les moutons commencent leur « travail » en bas et grimpe au fur et à mesure alors une fois qu’ils sont en haut, vous devez réagir à temps », explique Schoof. Ceci est également confirmé par Edgar Engist : « Quand les raisins commencent à produire du sucre et que les moutons le découvrent, cela devient dangereux pour le raisin. » En conséquence, il a donc eu l’idée de mettre ses moutons dans des vignobles à variétés tardives où les animaux peuvent paître plus longtemps. Pour le berger, fort de 40 ans d’expérience, ce projet constitue un défi passionnant. « C’est une technique d’élevage très différente du pâturage. Tu réapprends tous les jours. »

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