Vigne

Association des viticulteurs d'Alsace

Le vignoble alsacien prêt à remonter la pente

Publié le 05/09/2019

Le vignoble s’est prononcé pour 80 hl/ha, malgré une situation de méventes. Il mise sur les petites lueurs de reprise, sur la capacité du vignoble à investir commercialement et des vins d’Alsace à être valorisés au vieillissement. Une réflexion à moyen - long termes sur l’avenir du vignoble va s’engager.

Les vendanges de crémant ont été fixées le 4 septembre pour les crémants, le 12 pour les AOP cépages, le 27 pour les VT et SGN. Pourtant, le premier contrôle de maturité du 22 août laissait sous-entendre un millésime plus tardif. Mais les chaleurs de ces derniers jours en ont décidé autrement, et jamais le vignoble n’a connu une telle rapidité de montée en sucres, et corrélativement dans le processus de maturation, une telle baisse d’acidité en si peu de jours. « Heureusement on est parti de très haut », souligne Jérôme Bauer, président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA). Les niveaux d’acidité sont bons, l’état sanitaire également. On s’acheminerait vers une récolte « peu abondante » de 980 000 hectolitres, mais « très qualitative ». Une qualité que l’on doit à la série de pluies de juillet et d’août qui a permis d’« éviter les blocages et stress hydriques ». Une fois n’est pas coutume, observe Jérôme Bauer, ce sont les vignobles septentrionaux de l’Alsace qui, cette année, ont plutôt manqué de pluie, la partie centrale et méridionale ayant connu une belle pluviométrie. À noter également que le pinot noir devrait se présenter sous les meilleurs auspices, selon les analyses de polyphénols. Quant au gewurztraminer, au comportement assez bisannuel, on s’acheminerait vers 35 hl/ha de moyenne. Une majorité simple au Crinao C’est sur la définition des conditions de production du millésime que le vignoble a rencontré quelques difficultés à s’entendre. Lundi matin, l’assemblée générale de l’AVA avait à voter ses conditions de production. Une large majorité s’est prononcée pour le maintien des rendements à 80 hl/ha. Traditionnellement, ce vote est entériné dans l’après-midi par le Crinao, instance décisionnelle régionale de l’Inao. Au conseil, sur 28 voix, la production en détient 14, le négoce 8 et l’administration 6. Par souci de ne pas interférer sur les débats internes à la filière, cette dernière s’abstient et le négoce a cette année décidé de voter 70 hl/ha. Donc au final, aucune majorité absolue n’a pas pu être dégagée. Selon Jérôme Bauer, « on serait en situation de majorité simple ». Rendez-vous était donné le 5 septembre, puis en novembre pour la décision finale à l’Inao à Paris. Mais Jérôme Bauer fustige en quelque sorte la position du négoce : « Une baisse du prix du raisin, ajoutée à la baisse des volumes, constituerait une double peine pour les producteurs ». Le 80 hl/ha l’emporte Cette difficulté de vote tient à « la situation économique inquiétante du vignoble ». Les discussions ont été « assez longues sur l’avenir à moyen long terme », mais courtoises. Dans l’immédiat, « c’est donc le statu quo des conditions de production qui a été adopté à une très large majorité », et donc 80 hl/ha. Le 9 septembre, les différentes structures de la filière (AVA, Civa, GPNVA, FCVA, Synvira et JA, et vendeurs de raisins) se réuniront pour « construire une méthode afin de préparer l’avenir du vignoble ». La question de l’avenir à long terme a quelque peu été délaissée ces dernières années, reconnaît Jérôme Bauer. Or, il s’agirait pour les vins d’Alsace de connaître leur positionnement sur les marchés du vin entre des entrées de gamme et vins super-premium (4 - 6 - 8 ou 10 €) et les moyens mis en œuvre pour clarifier ces positions. Des signaux « de destruction de valeur ajoutée » À cette heure, selon Jérôme Bauer et sans présager de l’avenir, « il n’y a pas de baisse de revenu des vignerons », mais il y a des signaux « de destruction de valeur ajoutée ». Au premier rang desquels, le marché du vrac « qui s’est effondré » en volumes transactés et en prix et toutes les indexations qui en découlent, pointe le président de l’AVA. Il lui paraît anormal que moins de 20 % de la production pèse sur les prix des 80 % restants et sur le prix du raisin. La situation serait la suivante : la coopération affiche un maintien des prix et certaines entreprises du négoce affichent des baisses de 20 % de leur prix du raisin, notamment pour le pinot gris et le gewurztraminer. Donc des baisses significatives du revenu sont à attendre. La coopération affiche clairement sa « volonté politique » de préserver les revenus, indique Pierre-Olivier Baffrey, représentant les coopérateurs, « mais ce sera clairement au détriment du résultat de nos entreprises ». Sans compter que certaines coopératives écoulent aussi des parties significatives de leur production sur le marché du vrac. Pour l’AVA, le vignoble souffrirait d’un manque d’investissement commercial. Mais la conjoncture qui affecte également le Bordelais et la Champagne, n’est pas favorable. Cependant, « nous devrions être en capacité de vendre le million d’hectos », estime Jérôme Bauer, rappelant que les alsaces tranquilles ne représentent qu’un marché de niche. Imaginer l’avenir Le vignoble doit donc imaginer d’autres avenirs. Mais il doit pour l’heure trouver une méthode pour que les acteurs de la filière arrivent à se concerter, à conjuguer les courants réformateurs et conservateurs, ceux qui veulent libérer les contraintes des AOC alsace cépage (BIB, irrigation, bi-tri-cépage, des outils de lissage des volumes, voire la mise d’origine) et ceux qui veulent encadrer davantage pour premiumiser les vins de coteaux et de terroir.

Publié le 02/09/2019

Lundi 2 septembre, lors de son assemblée générale, l’Association des Viticulteurs d’Alsace a défini la date d’ouverture des vendanges pour ce mercredi 4 septembre pour le Crémant d’Alsace. Les vignerons pourront démarrer la récolte des raisons pour les vins tranquilles à compter du jeudi 12 septembre. Sur la question des rendements, les vignerons ont décidé de maintenir les rendements à 80 hl/ha à la quasi-unanimité. Ces propositions doivent être validées par le Comité Régional de l’INAO.

Évolution de la maturité du millésime 2019

Dans la lignée de 2013 et 2010... pour l'instant

Publié le 31/08/2019

Pas de précipitation ! Le millésime s’annonce moins précoce que 2018 ou 2017. Les données d’accumulation de sucres et de combustion d’acidité se situent dans la lignée de 2013 et 2010. Mais en 2019, les cinétiques de maturité sont plus importantes…

L’évaluation des maturités, effectuée par les services techniques du vignoble (Inra, Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, Association des viticulteurs d'Alsace, Chambre d’agriculture d’Alsace, Institut français de la vigne et du vin) et publiée par le Civa sur vinsalsace.pro, livre une première indication du millésime 2019. Si la phénologie (état d’avancée de la véraison) laisse entrevoir une année « normale » en précocité de maturité, comme l’indique le Bulletin de santé du végétal n° 14, à partir d’une cinquantaine de parcelles observées, les premières données techniques de sucres accumulés et d’acidité font apparaître des teneurs indiquant un millésime plus tardif que 2018, 2017 et 2015, et similaire à 2013 et 2010. Ceci, sans tenir compte du réchauffement climatique… Les prélèvements se sont déroulés le 22 août. Ils tablent sur 70 parcelles de référence du nord au sud du vignoble et se cantonnent pour l’heure aux cépages les plus précoces : les pinots noirs, gris, chardonnay et l’auxerrois (pour le réseau des partenaires). Et sur les parcelles du réseau « maturité Civa ». Les données sont en ligne sur vinsalsace.pro, avec comme chaque année un tableur permettant de visualiser des courbes de maturité comparatives entre millésimes (voir le graphique ci dessus). Par extrapolation linéaire, on constate que les données de teneur en sucres déjà accumulés et en acidité totale se situent dans la lignée de 2013. C’est donc un millésime qui ne devrait pas surprendre par une maturité précipitée, notamment pour les crémants. Reste que le vignoble a connu, du nord au sud, des précipitations bien différentes cette année, avec une région de Colmar copieusement arrosée (100 à 200 mm) et un bilan hydrique favorable à la fin juillet. Le Piémont bas-rhinois, lui, accuse jusqu’à 90 % de déficit hydrique sur 60 jours à cette même date. Quelques dizaines de millimètres de pluies salvatrices sont venus ensuite combler cette sécheresse. Certaines zones ont cependant connu d’importantes brûlures de baies, désormais partiellement ou totalement momifiées. Un bon potentiel de maturation Les données du réseau de maturité des partenaires, également en ligne sur vinsalsace.pro, apportent des éléments plus détaillés et par commune viticole de l’état d’avancée de la maturité. Pour 8° d’alcool potentiel acquis, tous les pH (ou presque) sont inférieurs à 3, ce qui signifie globalement que le millésime ne devrait pas manquer d’acidité. À ce stade, les cépages précités affichent entre 7,5 et 9 g/l d’acide tartrique et entre 6 et 15 g/l d’acide malique. Néanmoins, quelques parcelles ont déjà « décroché » en malique avec moins de 5 ou 6 g/l, signifiant un stress hydrique et probablement peu de capacité désormais à accumuler des sucres. Mais celles-ci sont plutôt rares sur les 70 parcelles évaluées. Toujours à ce stade des 8° d’alcool potentiel, la belle teneur en malique permet d’entrevoir un bon potentiel de maturation. Le malique constituant une réserve énergétique pour accumuler les sucres. Sur la situation sanitaire, le BSV n° 14 rédigé par la CAA et la Fredon, constitue une précieuse source d’informations. Les zones copieusement arrosées du Centre Alsace peuvent présenter des foyers de botrytis initiés par un éclatement de baies. Pour l’heure, aucune ponte de drosophile n’est signalée. On retient donc que le millésime se présente plutôt bien à la faveur de volumes de récolte plutôt faibles.

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