Journée des vins bios d’Alsace
La bio, un outil pour singulariser les vins
Journée des vins bios d’Alsace
Publié le 19/09/2019
Certains vignerons optent pour le cahier des charges de viticulture biologique par sensibilité environnementale, d’autres pour des motivations économiques, afin de répondre à une demande croissante. Mais lors du rendez-vous des vignerons bios à Traenheim, il était aussi question du bio comme un outil pour affirmer la personnalité des vins.
Pour leur 16e rendez-vous annuel, coordonné par l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), les vignerons bios d’Alsace ont proposé une nouvelle formule qui change sensiblement de la traditionnelle présentation dans les locaux de la confrérie Saint-Étienne, ou de la toute première présentation au Pavillon Joséphine à Strasbourg. Rendez-vous a été donné dans la commune de Traenheim qui a accueilli l’événement comme une grande fête locale. La météo capricieuse n’a pas découragé les aficionados des vins bios, puisque 300 repas ont été distribués, sans compter les nombreux inscrits aux dégustations et visites. Dans un rayon d’une centaine de mètres, au centre de Traenheim, quatre domaines bios ou en conversion ont ouvert leur cour à la manifestation : Frédéric Mochel, Charles Muller, Cyrille Meyer et le domaine Fischbach (Jean Dreyfuss). Au programme, un sentier viticole avec une présentation des services écosystémiques de différents éléments de biodiversité viticole, avec Marc Keller de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) : « Le vignoble est un milieu plutôt artificiel, souligne le naturaliste. Mais vous observez que la biodiversité y trouve plutôt son compte, sous certaines conditions. » Laisser un arbre, un arbre mort, une mare aux endroits de collecte des eaux pluviales, un bosquet, un roncier, un muret : l’idée du sentier, parsemé d'affiches explicatives, consiste à expliquer qu’il est possible de conjuguer biodiversité et viticulture. « On pourrait penser que ces milieux naturels sont perdus pour l’AOC, mais en réalité ils rendent un service écosystémique au vigneron », explique Marc Keller. Bruno Schloegel, vigneron à Wolxheim, qui commentait le sentier, va même plus loin en installant la biodiversité au cœur même de son vignoble, une proposition qui pour l’heure suscite beaucoup de questionnements et porte à réflexion. Au bout du sentier, les visiteurs étaient invités à déguster quelques préparations apéritives à base de plantes de Corinne Diemunsch, herboriste et vigneronne à Balbronn. Cette édition a aussi proposé des dégustations de vins d’une vingtaine de metteurs en marché, un parcours gastronomique, un concert et deux dégustations avec le journaliste Pierre Guigui, auteur et organisateur de concours de vins bios. Le tout assuré par les vignerons, l’ensemble des conseillers de l’Opaba et la municipalité de Traenheim, qui avait pour l’occasion réservé sa rue principale à l’événement. Affirmer sa personnalité Avec ses 3 000 hectares, ses 357 viticulteurs engagés, soit 19 % du vignoble alsacien, la viticulture bio recrute. Les motivations sont variées : environnement, qualité de maturité des vins, souci de répondre à la demande sociétale… Mais lors de ses deux conférences, Pierre Guigui a défendu l’idée que la viticulture bio, avec son pendant, la vinification en vins naturels, est aussi un outil destiné à singulariser les vins, à affirmer sa personnalité, quitte à s’écarter des typicités gustatives et olfactives classiques des appellations - cépages alsaciens. La première heure était consacrée à la dégustation à l’aveugle de vins bios. Pour l'auteur, il ne fait aucun doute que la viticulture biologique améliore la qualité des vins : « Au concours mondial des vins de Bruxelles, en dégustation à l’aveugle qui mélange indistinctement les vins bios et conventionnels, 11 % des vins conventionnels sont médaillés, et c’est 30 % pour les bios. » L’atelier intitulé « Dégustation découverte de la diversité des vins bios, vins de terroir, vins nature, vins de macération » a fait salle comble, preuve d’une attente forte vis-à-vis de vins qui sortent du classicisme alsacien. « Les vins nature ou de terroir, ce sont deux univers de pensée différents. Ce qui est intéressant en Alsace, c’est qu’il y a pluralité entre des vignerons très classiques, les vins de terroirs, de cépage. » Précision : en nature, en principe rien n’est autorisé en additif œnologique, mais « en fin de compte il n’y a pour l’heure aucune définition légale de la mention nature. » Selon Pierre Guigui, le succès des vins naturels tient au fait qu’ils sont en général « recalés par l’académisme ». Une mention spéciale de la salle a été donnée à un vin, un assemblage de deux macérations de pinot gris et de gewurztraminer, de Sylvie Spielmann : le vin a emporté la quasi-unanimité. De nouveaux identifiants gustatifs apparaissent dans ce type de dégustation, autres que l’acidité, la sucrosité ou les arômes : l’amertume, la salinité, la texture. Une dégustation d’une même cuvée, toujours à l’aveugle par la salle composée d’amateurs plus ou moins éclairés, l’une sulfitée et l’autre non sulfitée du domaine Clément Lissner, a mis en évidence l’effet durcissement contraction du vin par le soufre. Dégustation en vidéo












