Vigne

Publié le 27/11/2019

La notion de biodiversité interpelle de plus en plus les viticulteurs. À Orschwihr, le domaine Valentin Zusslin la cultive depuis plus de dix ans et veut encore l’amplifier.

Avec un peu d’attention, l’œil repère, fixé à un mètre cinquante du sol, au premier poteau de la rangée de vignes par une anse en aluminium et un clou, ce qui, à première vue, a des allures de grand « casque ». Son contour est brun. Sur l’avant, sa face plus claire aisément démontable est percée dans son haut d’un trou de 32 mm de diamètre. C’est un nichoir destiné à accueillir une mésange charbonnière. Il est en béton de bois. Un tel matériau lui confère à la fois robustesse et isolation thermique. Selon le fabricant, il résiste de vingt à vingt-cinq ans aux éléments. À la suite d’une discussion avec un ornithologue, Jean-Paul Zusslin en a acheté 150 à 20 €/pièce il y a dix ans. Il les a identifiés avec les initiales du domaine, numérotés à la peinture et répartis sur toute sa surface avec une préférence pour le clos Liebenberg, un lieu-dit de 3,5 ha au sommet d’un coteau et en lisière de forêt. « Les installer au milieu de 100 ha sans haies, ni arbres, a moins de sens. J’estime le taux d’occupation global à 75 %. Dans le Liebenberg où les nichoirs sont placés dans les rangs ou dans les arbres proches, il atteint les 100 %. J’ai constaté jusqu’à trois pontes par an dans le même nid », indique Jean-Paul. Il les nettoie à l’automne pour qu’ils soient propres au printemps. « J’observe beaucoup plus d’oiseaux. La mésange charbonnière est très présente. Elle accepte plus facilement d’autres congénères. Mais elle ne fait pas bon ménage avec le torcol et le moineau. Il faut donc suivre un plan quand on implante un nichoir pour telle ou telle espèce. » Abriter la faune Pour offrir des abris à la faune, le domaine a planté, en dix ans, quelque 300 mètres de haies d’espèces locales : bouleau, cognassier, néflier, fusain, églantier, rosier, etc. Elles font environ trois mètres de large. Jean-Paul remonte les murets en pierre sèche, les débarrasse de leurs ronces et arbustes. Il replante tous les ans des fruitiers dans les alignements existants. Au Liebenberg, trois rangs, notamment de poiriers, servent de nourriture aux oiseaux à l’automne. Jean-Paul augmente aussi la présence animale grâce à deux partenariats. Le premier le lie à un propriétaire d’ovins. De la fin des vendanges jusqu’au printemps, une vingtaine de moutons sont lâchés dans le clos. Ils broutent l’herbe, entretiennent à moindres frais les talus difficiles d’accès. Le second partenariat a été conclu avec un apiculteur qui place ses ruches entre vignes, acacias et châtaigniers. Le domaine en revend le miel. Un nichoir à chauve-souris reste, lui, vide de locataires depuis deux ans. Mais Jean-Paul ne désespère pas d’en attirer. À la vendange, Jean-Paul a remarqué la multiplication des araignées, des coccinelles, des pucerons verts mais surtout des pince-oreilles. Les blancs filent donc à la table vibrante. Le pinot noir passe en sus sous un jet d’air, une fois égrappé. Sursemer le rang enherbé Pour son sol, Jean-Paul avait effectué il y a quinze ans, avec un botaniste, un inventaire des espèces présentes dans le Bollenberg. Le diagnostic était net. Leur nombre variait d’une cinquantaine, dans le meilleur des cas, à dix à quinze, dans le moins favorable. Un premier essai pour se rapprocher du niveau haut est tenté en 2009 avec un semis à la volée. Il s’est révélé compliqué à gérer en raison des graines qui ont germé sur le cavaillon et de la trop forte proportion de graminées qui ont trop consommé d’azote en provoquant une baisse de vigueur. Ce couvert a été détruit. Il y a trois ans, Jean-Paul a sursemé dans le rang enherbé un mélange composé par Vignes Vivantes comportant toujours des graminées mais aussi du trèfle, de la féverole et de la vesce. « Ce couvert nécessite plus de fumure. J’y apporte entre 7 et 10 t/ha de compost en fonction de l’appréciation visuelle que je peux en faire et de l’objectif de diamètre des bois. J’ai le choix entre trois composts maison plus ou moins riches en azote. » L’été prochain, Jean-Paul va augmenter la surface sursemée afin de stimuler la diversité floristique dans les rangs enherbés. Le semoir actuel étant trop lourd pour accéder à toutes les parcelles, il est décidé à investir dans un outil animé (fraise ou herse) qu’il équipera d’un semoir. Son choix est de faucher ce couvert avant que les plantes ne soient lignifiées et quand il aura une trentaine de centimètres de hauteur. « Dans les rangs sursemés, il y a beaucoup d’abeilles. Je trouve que les vins qui en sont issus sont aromatiquement plus diversifiés », remarque-t-il. En construisant ainsi sa biodiversité, Jean-Paul est convaincu « de sculpter un environnement sain, diversifié, agréable et paysager ».

Rendements d’appellation pour 2020

Vers une prise en compte des volumes commercialisés

Publié le 25/11/2019

Jusqu’à présent, les maxima de rendements autorisés dans les appellations Alsace cépage, communales et grands crus ne tenaient pas compte des volumes commercialisés. Cela pourrait changer en 2020.

Après une récolte pleine en 2016 et supérieure à sa capacité de mise en marché, le vignoble alsacien a récolté 1,180 Mhl (millions d’hectolitres) en 2018 pour 909 000 hl au 31 décembre 2018 de volumes vendus, soit 200 000 hl d’excédents. Devraient encore s’ajouter quelque 100 000 hl d’excédents pour 2019, avec un volume de production estimé selon Agreste à 1,02 Mhl pour une capacité de mise en marché qui n’a guère progressé. Elle était de 918 000 hl en août 2019. À la veille des vendanges, des dissensions sont apparues entre les familles professionnelles du vignoble sur la fixation des rendements d’appellation. Le comité vins de l’Inao avait alors préconisé le 5 septembre dernier de présenter, pour la réunion du comité en novembre, un plan pour 2020 et avait enjoint le vignoble à trouver des solutions à ses excédents de production. La perspective d’une réduction des rendements d’appellation a crispé le débat en septembre dernier, compte tenu des différences de performance commerciale selon les opérateurs du vignoble. Mais les conditions du débat ont pris pour cible des représentants de l’Inao. Le dernier comité vins, qui s’est tenu la semaine dernière, a été l’occasion pour l’Inao d’une mise au point à l'égard du vignoble alsacien. « Il n’est pas acceptable que des membres du comité national, quels qu’ils soient, d’où ils viennent, puissent être menacés par rapport aux prises de paroles et positions qu’ils peuvent prendre dans le cadre des travaux et discussions du comité national », a rappelé Christian Paly, le président du Comité Vins, considérant que cette situation « n’est pas humainement et intellectuellement tolérable ». Le risque, a-t-il poursuivi, est que « cela pourrait tout simplement remettre en cause le bon fonctionnement du comité national ou des comités régionaux ainsi que la totale liberté de parole ». Le vignoble alsacien face à un « problème structurel » Le vignoble doit en l’état faire des propositions pour le 23 janvier prochain. L’idée serait d’ajuster « au mieux la production à la commercialisation », avec la « mise en œuvre d’un outil d’aide à la décision du rendement pour la récolte 2020 à partir d’indicateurs économiques que sont la production, la commercialisation et les stocks par cépages ». Concrètement, un ajustement des maxima de production d’appellation à la capacité de mise en marché, sans autre prise en compte de paramètre, abaisserait globalement les rendements à 60 hl/ha pour les AOC cépage. Une déclinaison plus fine par cépage et une prise en compte de stock de vieillissement qualitatif atténueraient sans doute cette baisse drastique. À plus long terme, Christian Paly a estimé que le vignoble alsacien « ne se trouve pas uniquement face à un problème économique conjoncturel mais qu’il s’agissait d’un problème très structurel ». Il ne s’agirait donc pas de réduire le débat à la seule question « des rendements ou de la gouvernance ». Néanmoins pour 2019, ce sera le « statu quo sur les demandes de rendements, hormis sur la possibilité de constituer un VCI sur l’appellation régionale ».

Publié le 14/11/2019

À Blienschwiller, la famille Spitz se divise chaque année sur treize salons. Elle y écoule un quart de ses bouteilles.

« Le premier week-end de novembre, tout le monde était sur le pont. Marc, mon fils, d’un côté, Marie-Claude, mon épouse, et moi-même de l’autre. Sur l’année, deux des trois permanents du domaine cumulent deux mois d’absence parce qu’ils courent à droite et à gauche », calcule Dominique Spitz. La famille est une habituée des salons. Son calendrier annuel en comporte treize, de deux, trois ou cinq jours, hors déplacement. Tous se déroulent en France et en général au nord de la Loire. Six sont planifiés par les Vignerons indépendants (VIF), trois organisés directement par un groupe de neuf viticulteurs issus de différents vignobles qui se sont connus en de telles occasions, trois consistent en des portes ouvertes entre collègues et le dernier rassemble des amateurs d’œnologie pendant une journée. L’emploi du temps, les dates des événements, la fréquentation attendue, l’occupation des chambres d’hôtes décident du nombre de viticulteurs qui se déplacent. Les « grands salons » comme Paris et Strasbourg mobilisent le trio, la plupart plutôt un duo et l’un ou l’autre une seule personne. Jusqu'à 2 000 courriers aux clients Dominique pense à certains salons six mois à l’avance : c’est le moment où il réserve l’hôtel. Pour d’autres, il s’y prend un mois avant. L’envoi d’un courrier postal aux clients de la zone reste la règle. De 300 à 400 lettres pour un week-end portes ouvertes, de 1 500 à 2 000 pour un salon VIF. Le domaine dispose d’une machine de mise sous pli et appose des étiquettes autocollantes sur les enveloppes. Dominique en évalue le coût entre 0,80 et 1 € l’unité. Les adresses de courriel sont scrupuleusement collectées. Dans les salons qu’il organise avec ses collègues, une tombola quotidienne sert notamment à recueillir cette information. Elle permet aussi d’analyser quel moyen de communication a été le plus efficace entre l’invitation personnelle, le bouche-à-oreille, la mise en place de panneaux. Pour l’heure, Dominique hésite encore à basculer vers l’envoi électronique qui serait moins cher. « Les messages peuvent atterrir dans le courrier indésirable ou ne pas être ouverts. Il est aussi arrivé que la poste ne distribue pas un envoi groupé. L’effet sur le client qui passe néanmoins nous voir peut être désastreux. Il a l’impression que nous l’avons oublié », constate Dominique. Le type de vins constitutif de la palette expédiée à un salon VIF comme les 2 000 bouteilles transportées dans une camionnette avec sa remorque est adapté à chaque événement. « Sauf exception, je ne veux pas avoir d’expéditions à faire après coup. C’est trop compliqué à gérer pour la personne qui attend un transporteur qui ne s’annonce pas toujours. En cas de rupture, j’essaye d’aiguiller le client vers ce qui reste disponible. » « Chacun doit pouvoir trouver un vin à son goût » Sur place, les viticulteurs veulent en priorité accrocher l’œil du visiteur. Ils présentent à la fois des bouteilles à étiquette traditionnelle qui ont leurs fidèles, et à étiquette stylisée plus moderne qui plaisent aux jeunes générations. Ils posent en évidence sur le comptoir deux magnums (un effervescent, un vin tranquille) au col ceint d’un tissu rouge scellé à la cire. Ils y ajoutent deux crémants, un vin médaillé, un grand cru, un pinot noir, et deux autres vins, l’un en bouteille de verre blanc, l’autre en bouteille de verre brun. Hormis deux d’entre eux, tous les vins figurant sur la carte sont disponibles. « Chacun doit pouvoir trouver un vin à son goût », justifie Dominique. La facturation se fait au carnet car « sur les salons très fréquentés, il est impossible de suivre le rythme de vente avec ordinateur et imprimante. » Marie, la fille de Dominique saisit les factures au retour en veillant à mettre les fiches clients à jour. Alors qu’elle progressait avant, la vente sur les salons se maintient depuis 2010. « C’est toujours le fond de clients habitués qui fait tourner la boutique. Mais le consommateur et le mode de consommation sont en train de prendre un grand virage. Le public rajeunit. Il achète moins de bouteilles, mais mieux. Il choisit plutôt une cuvée ou un grand cru. Le prix moyen est donc plus élevé pour un même chiffre d’affaires. Chaque bouteille est vendue 1 € plus cher qu’un départ cave pour rentrer un peu dans les frais », analyse Dominique. Comme au caveau, l’auxerrois, le riesling Waldweg, le gewurztraminer grand cru et le crémant blanc de noir constituent les meilleures ventes du domaine.

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